Deux flics à Rouen.
7.0 Quel bonheur de revoir aujourd’hui Adieu poulet, qui m’avait semblé avoir le cul entre deux chaises, la toute première fois, il y a longtemps. C’est le cas, mais dans le bon sens du terme. C’est à la fois un « buddy cop movie » comme on dit outre atlantique (soit un film avec deux flics au tempérament diamétralement opposé) et un thriller politique. Un film écrit par Francis Veber (qui n’avait pas encore mis en scène) lorgnant du côté de Pakula, Verneuil ou Boisset.
Le point de départ : un fait divers de 1971, l’assassinat d’un colleur d’affiches à Puteaux. Veber et Granier-Deferre – qui avait jusqu’ici réalisé des adaptations de Simenon : Le chat, La veuve Couderc, Le train – déplacent l’action à Rouen. Et Rouen n’est pas un decorum comme un autre, la ville est filmée, sa respiration, son atmosphère de campagne électorale, ses lieux au même titre que l’époque giscardienne dans laquelle baigne l’intégralité du récit.
Le récit est très complexe, plein de bifurcations et ramifications, réunissant corruptions politiques, grand banditisme et manœuvres hiérarchiques dans la police, intrigue et sous-intrigues, mais le cœur du film c’est bien entendu ce magnifique duo composé par Lino Ventura et Patrick Dewaere : unique fois où on les verra tourner ensemble.
Ils sont tellement le cœur battant que le film ira le rappeler dans son ultime séquence, avec notamment cette dernière réplique qui donne son titre au film : quelle audace de planter l’intrigue de cette façon là, à la fois pour confirmer que l’intrigue sans ce duo n’a plus d’intérêt mais aussi pour dire qu’en politique une issue n’apporte pas vraiment de solution, encore moins de grand bouleversement, qu’un pourri remplacera toujours un autre pourri et que les flics n’y changeront rien.
C’est une fin très sombre, au diapason d’un film qui l’est aussi tout entier, malgré l’humour qui le traverse, notamment par l’intermédiaire de son duo iconique. La mise en scène de Pierre Granier-Deferre est aussi efficace que l’écriture de Veber est ciselée. Allez, on aurait peut-être pu se passer de quelques saillies burlesques un peu trop grandguignolesques pour le film : le vol plané des bouddhistes, Zardi en patient balloté contre son gré dans les couloirs d’un l’hôpital. Reproches minimes pour un film assez génial par ailleurs accompagné de seconds rôles imparables (Rich, Lanoux, Guiomar…). Un polar français à deux millions d’entrées, comme on n’en fait plus.
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