Daniel y Ana – Michel Franco – 2010

27. Daniel y Ana - Michel Franco - 2010Les nouveaux sauvages.

   7.0   Daniel & Ana sont frère et sœur. Tandis qu’ils vont courir un marathon à Mexico, ils sont kidnappés dans leur bagnole, séquestrés dans une barraque et contraints de baiser ensemble devant une caméra, avant d’être relâchés, traumatisés, brisés à jamais.

     Argument terrible – qui plus est pour un premier film – puisé dans le réel puisque le film rappelle, dans sa conclusion, qu’il existe de nombreux enlèvements au Mexique, souvent dans le but de forcer les victimes à tourner des pornos clandestins incestueux envoyés ensuite sur Internet.

     L’anti-Franco ne se pose pas les bonnes questions, me semble t-il. Ce constat s’avère frappant dès ce premier long métrage. Pourquoi filmer ce kidnapping et surtout cet acte sexuel ? Question critique récurrente alors que le vrai questionnement – posé par le cinéaste lui-même – n’est pas de savoir pourquoi il ne l’élude pas mais plutôt de voir comment il le filme.

     Et là-dessus, quand bien même la séquence soit clairement insoutenable, elle l’est davantage pour ce qu’elle incarne et représente que dans sa matière organique, tant elle semble débarrassée de toute complaisance ou voyeurisme. C’est quasi bressonien, en deux plans, deux angles, sans filtre, sans musique. Elle rapporte un fait, pour s’en extraire aussitôt.

     Daniel y Ana est en effet plutôt la chronique de l’après, de leur (impossible) reconstruction. Mais pour être le plus proche du réel et de la complexité de ses personnages, il fallait filmer cet événement. Déjà être avec les acteurs de cette étude post-traumatique à venir.

     Comment Daniel & Ana se relèvent-ils de cette agression ? Il y a mille façons – Franco en choisit deux, une pour Ana, une autre pour Daniel, diamétralement opposées – mais il y avait peut-être qu’une seule manière de filmer cet événement, dès l’instant qu’il fut essentiel de le filmer.

     En réalité, le film est d’une simplicité désarmante. C’est une chronique à l’os, souvent très silencieuse, d’ailleurs, accompagnant ses deux personnages dans leur quotidien qui n’a plus rien à voir avec ce qu’il était, notamment dans leur relation amoureuse respective et évidemment dans leur relation fraternelle, qui fait éclater autant leur symbiose que leur asymétrisme.

     Je ne suis pas certain que le virage choisi par le film aux deux tiers ne soit pleinement intéressant. J’aurais peut-être préféré qu’il aboutisse à davantage de subtilité. Mais c’est un choix fort. Un nouvel angle qui redistribue toutes les cartes et permet de faire naître un doute, une rupture. Et cette incertitude me passionne, dans le cinéma de Franco.

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