« Attica ! Attica ! »
8.0 Film qui fut très important pour moi, dans ma découverte du cinéma de Sidney Lumet et bien entendu dans celle du Nouvel Hollywood. À l’époque je vois ce film pour Pacino, je pense. Au même titre que Panique à Needle Park, Mélodie pour un meurtre, Donnie Brasco et tant d’autres. Je le vois peut-être aussi pour John Cazale, acteur qui me hante depuis Le parrain et bien entendu depuis Voyage au bout de l’enfer.
Un après-midi de chien arrive juste après Serpico, dans la filmographie de Lumet et ce sont deux films que l’on peut relier, et pas seulement car ils sont tous deux incarnés par Pacino : ils abritent in fine une part de destruction du mythe de la fiction américaine, du flic comme du braqueur, en s’inspirant chaque fois d’une histoire vraie. Et d’une Amérique très éloignée du rêve qu’elle souhaite renvoyer.
Trois types s’apprêtent à entrer dans une petite banque de Brooklyn, pour la braquer. Le film s’ouvre dans le vif sans véritable préambule sinon quelques plans, en musique, qui ancrent le film dans un quartier de New York, ses rues, ses bâtiments, ses chantiers, ses ghettos, ses résidences pavillonnaires, sa population, sa chaleur. Les trois types sont des gamins, des paumés, ça clignote sur leur tronche et dans leur démarche.
Si bien qu’une fois le braquage amorcé, l’un d’eux se débine, se tire. On ne le verra plus. Ils étaient trois, ils ne sont plus que deux. Bientôt ils découvrent qu’ils ont été mal renseignés puisque les coffres sont vides. C’est un fiasco. Plutôt le symbole d’un groupe désorganisé, sans véritable plan, sinon celui pour l’un – on le découvrira plus tard dans le récit – d’offrir l’argent de l’opération à son épouse transgenre qui souhaite changer de sexe, pour l’autre un geste à moitié suicidaire, sans but précis sinon celui de ne surtout pas retourner en taule.
Al Pacino et John Cazale y sont tous deux exceptionnels, dans deux registres très différents, pour ne pas dire opposés. À la passivité mutique et dépressive de Sal (Cazale) répond la vivacité mal canalisée de Sonny (Pacino). On les aime d’emblée, ces deux personnages, pourtant complètement à côté de la plaque. Et Lumet les aime aussi, ça se sent, tant tout repose sur eux, leur visage, leur gestuelle et leur background qui nous arrive par bribes.
L’action du film se tient dans cet espace clos – qui rappelle que Lumet y est décidément très à son aise, puisqu’il suffit de repenser à Douze hommes en colère – et dans la rue de la banque, rapidement cernée par les forces de police, le FBI, la presse et les badauds. Si l’intérieur est filmé avec une énergie folle et des plans absolument parfaits, l’extérieur multiplie les points de vue, jusque sur les toits ou les hélicoptères. Le montage alterné est absolument brillant.
La chaleur y tient aussi un rôle fondamental, qu’on retrouve jusque dans son titre : Dog day afternoon étant une expression désignant les jours de canicule. Il fait très chaud dans Un après-midi de chien. Dehors mais aussi à l’intérieur de la banque, qui se voit bientôt privée de son système de ventilation. La sueur perle sur les visages. Les chemises sont trempées. Et c’est contagieux car on a très chaud aussi !
0 commentaire à “Un après-midi de chien (Dog day afternoon) – Sidney Lumet – 1976”