Cris et chuchotements.
9.0 Ce fut un grand choc à l’époque, pour moi, Le bannissement. L’un des films charnières ayant bousculé ma cinéphilie. Durant cette même période (fin 2007, début 2008) Lumière silencieuse (de Carlos Reygadas), La graine et le mulet (d’Abdellatif Kechiche) ou encore Rome plutôt que vous (de Tariq Teguia) ont tout chamboulé aussi.
J’ai scrupuleusement suivi la carrière d’Andrei Zviaguintsev par la suite, allant voir en salle Elena (2011), Leviathan (2014) puis le magnifique Faute d’amour (2017). Or, depuis, le cinéaste russe n’a plus tourné. Je ne sais pas pourquoi – si certains ont des infos ? J’aimais bien ma cuvée Zviaguintsev tous les trois ans.
Et je repense souvent au Bannissement, quand je me remémore cette période de ma vie où mes envies de cinéma ont changé. Dernière fois où j’ai eu une carte illimitée : ça ne m’intéressait plus d’aller voir tout et n’importe quoi et surtout de ne pas pouvoir voir les films que je rêvais de voir. Dès lors, sauf exception, j’ai toujours privilégié les cinémas de quartier autour de chez moi. Et je me souviens très bien de cette séance. De la sensation du film. De l’état dans lequel j’étais quand j’en suis sorti.
Je n’avais donc pas revu Le bannissement depuis dix-huit ans : c’était le 21 février 2008, j’ai retrouvé mon ticket. J’en rêvais autant que je craignais un peu de le revoir. Mais le film est pile comme dans mes souvenirs. Il a tout pour être extrêmement âpre et lourd étant donné son sujet, ses compositions millimétrées, son utilisation musicale : c’était l’époque où l’on mettait du Arvo Part partout. Mais il est au contraire étrangement aéré, habité par son lieu, cette campagne, cette maison, ses vallées en pente, ses arbres et la douceur du regard que Zviaguintsev porte sur chacun de ses personnages malgré l’oppression masculine et l’absence d’amour qui déborde de chaque scène.
Le film est jalonné d’instants magnifiques. Je repense à ce plan de plongée incroyable sur un puzzle de « L’annonciation » de Leonard de Vinci avec des mains de gamins cherchant à assembler des pièces pendant qu’un chat noir traverse le cadre. Si ce plan est très signifiant au regard de ce qui va suivre, il me semble que Zviaguintsev l’intègre à merveille dans l’atmosphère du film et dans son récit.
Je repense également à cette scène où le couple s’en va discuter dans la vallée, entre les arbres, au couchant. À cet instant où ils sont cadrés tous deux avant que lui ne s’extraie du cadre d’un côté pour en revenir par l’autre, donnant une sensation de cloisonnement du personnage féminin par le plan. Pareil, on peut trouver ça trop, mais il me semble que le cinéaste trouve la juste distance, la bonne durée.
Le film est une étourdissante proposition de mise en scène. Une beauté de chaque plan. Mais sa narration n’est pas en reste, choisissant une rupture aux deux tiers – après une parenthèse quasi mystique où la caméra semble s’échapper du film, pour en trouver un autre, un peu comme dans les récents films d’Alice Rohrwacher.
Le bannissement est incarné par deux acteurs magnifiques : le très tarkovskien Konstantin Lavronenko et la très bergmanienne Maria Bonnevie. Voilà, Tarkovski et Bergman en figure tutélaire, c’est pas mal. Peut-être un peu écrasant, chacun sera seul juge. Moi c’est sans doute l’un des films qui m’ont permis d’entrer dans ce cinéma-là.
des cinemas de quartier ?!!! ça existe encore chez vous ? ça n’existe plus ! il n’y aplus que de gros multiplexs à caméras de vidéosurveillance. De tels lieux je boycotte.
Avant il y avait le Noroît, cinema « d’art et d’essai » ouon acheteait des cartes de 10 films à prix réduit, et où on ne passait que des films de qualité, et de tous pays. Mais omme tout ce qui était libre et de qualité on l’a forcé à la fermeture. Plus de cinéma, fini.
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Bonjour,
Andrei Zviaguintsev n’a plus tourné parce qu’il s’est opposé à Poutine sur l’Ukraine, mais il a surtout failli mourir à cause d’un covid sévère. Il s’est soigné à Berlin et ensuite est venu en France. Son nouveau film sera à Cannes cette année.
A.
Je ne sais pas si l’on peut toujours appeler cela des cinémas de quartier en effet. J’ai la chance de vivre en banlieue parisienne donc il reste des petits cinémas malgré tout, dans lesquels je paie ma place 5€ via des carnets de dix entrées. on n’y achète pas sa place sur une machine et on n’y mange pas de popcorn. Je suis resté là-dessus, j’espère que ça durera encore.
Merci pour vos renseignements, adama.
Je ne savais pas tout cela. Heureux d’apprendre qu’un nouveau film de lui nous arrive !