Miroir déformant.
7.0 Alter ego m’excitait à plus d’un titre. D’une part, le film est particulièrement bien reçu autour de moi et dans la critique de manière générale. D’autre part, l’idée d’avoir deux Laurent Laffite dans le même film, c’est toujours plus intéressant que deux Michael B.Jordan – c’est gratuit, je sais, mais je crois que le relatif triomphe aux oscars du médiocre Sinners me reste en travers de la gorge. Ensuite, c’est simple, une comédie française, si elle est bien faite – c’est rare – reste mon petit péché mignon. Et le pitch de celle-ci est absolument génial. Et pour finir, j’aime bien casser mes à priori : j’avais tellement détesté La personne aux deux personnes qu’il fallait des arguments pour me faire voir un nouveau film de Nicolas & Bruno, comme on les appelle dans le milieu. À noter que je ne connais pas grand-chose d’eux, j’avais dû voir quelques-unes de leurs pastilles des messages à caractère informatif, mais c’est tout.
C’est donc l’histoire d’Alex, qui vit dans une petite maison d’une province (non nommée, fantasmée) avec sa femme (Blanche Gardin) et son fils, et qui travaille à la Cogip (une société d’assurances). Un jour, de nouveaux voisins emménagent. Et le type lui ressemble comme deux gouttes d’eau – puisqu’il est aussi joué par Laurent Lafitte. Mais il est le seul (avec nous) à le voir. Un peu comme dans La Moustache, d’Emmanuel Carrère. C’est le même gars, mais en mieux. Il a des cheveux. Il est sportif. Il est sympa. Il a une plus grosse voiture. Il fait du yoga. Sa femme c’est Olga Kurylenko. Et bientôt il est embauché dans la même boîte que lui, un peu au-dessus de lui. L’enfer. J’essaie de pas en dire trop (là ce sont vraiment les bases) car la grande vertu du film est sa faculté à rebondir, d’une situation à l’autre, à surprendre jusque dans son dernier tiers aussi vertigineux que noir et jubilatoire.
Je n’avais pas ris au cinéma comme ça depuis très longtemps. Alors c’est évidemment en grande partie grâce à Laurent Laffite qui est incroyable dans ce double rôle. Il l’est tellement qu’on n’a presque plus l’impression au fil du film de voir deux acteurs mais bien deux personnages distincts incarnés par deux acteurs différents – renforcé par une séquence folle, qui convoque à la fois Chaplin et le théâtre de boulevard. C’est aussi cela le plaisir procuré par ce film : il passe par tous les registres de comédie, il tente tout et réussit presque tout, tout en étant absolument casse-gueule. Un peu comme un croisement fou entre les meilleurs Dupieux (allez si je devais faire un reproche c’est sur sa photo : un peu comme les derniers Dupieux, ras le cul de cette image pale, lisse et floue), La tour Montparnasse infernale et Problemos. C’est un peu absurde, un peu fantastique, mais jamais trop, afin de ne pas perdre de vue les fondations premières. C’est hyper bien écrit, en fait. Avec des idées géniales comme cette maison mitoyenne. Des objets fabuleux, comme ce matériel sonore de gamin, cette cabane pour enfant, ces sacs de compost, ce t-shirt à l’effigie de l’entreprise. La scène de la guitare, bordel. Celle de la réparation de la gouttière. Le collant mauve de Marc Fraize. La moustache de Zabou Breitman. Vraiment, c’est trop, j’ai envie de le revoir.
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