Un monde sans mère.
6.5 Souvent reconnu par les pro Franco comme étant son meilleur film, Despues de Lucia (son deuxième long métrage) est volontiers moins problématique que son premier film, Daniel y Ana, mais peut-être un peu moins subtil, aussi.
Comme dans chacun de ses essais, ce qui frappe ici c’est sa faculté à faire plusieurs films en un seul.
C’est d’abord le récit d’un deuil et d’une reconstruction. Un père et sa fille emménagent à Mexico. Il a un nouveau travail, elle une nouvelle école. Bien que le film ne libère ses informations que tardivement et partiellement, on comprend que la mère, Lucia, est décédée dans un accident de voiture. D’où le titre, très beau : Après Lucia. Nous ne la verrons jamais or ce prénom résonne partout.
Le deuxième récit se pointe alors sans qu’on n’ait vraiment eu le temps de digérer l’entièreté du premier. Lors d’une soirée dans la luxueuse villa d’un de ses camarades, l’adolescente couche avec un type. Ils se filment. Le lendemain, la sextape est balancée sur internet et la jeune femme devient la cible de persécutions par sa classe.
Les séquences d’humiliation s’enchaînent. Non qu’elles soient filmées de façon complaisante. Mais il y a une volonté d’énumération – qui résonne avec la liste des réparations effectuées sur la voiture dans le garage auto au tout début du film. De petit théâtre de la cruauté, un peu excessif, à mon sens. Il me semble que la subtilité du premier tiers disparaît du film, qui jusqu’ici était volontiers dans l’opacité.
Or chez Franco – dans le cinéma duquel tout semble pensé, millimétré, jusqu’au moindre cadre, jusqu’à la moindre durée de plan, cet excès est forcément souhaité. Je n’arrive pas vraiment à accepter une telle cruauté des gamins – bien sûr je sais que cela existe mais il me semble qu’ils sont trop sympas au préalable pour être si horribles ensuite.
En revanche, c’est dans ses trous dans le récit que j’ai compris pourquoi le film allait si loin, ne serait-ce que dans l’acceptation de cette humiliation par le personnage. Rien n’est dit de l’accident de la mère. Alors ne serait-il pas causé par la fille ? Qu’elle fût au volant ou non, qu’importe. Cela permettrait de comprendre un peu plus le cheminement des uns et des autres. Et notamment du père, qui finit par venger sa fille autant qu’il assouvit in extremis son besoin de la punir. C’est assez vertigineux, une fois de plus.
En deux films, Franco imposait quoiqu’on en pense une patte, dérangeante, radicale. Il reprend la scène du plan séquence dans la voiture, qui constituait le basculement dans Daniel y Ana et qui sert d’ouverture mystérieuse ici. Mais c’est sans doute la dernière scène du film – là aussi un plan séquence très long à bord d’un véhicule (en l’occurrence un bateau à moteur) – qui fait de Michel Franco un cinéaste vraiment pas comme un autre.
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