Annie s’éveille.
7.5 Dans un appartement parisien vivent trois femmes : Annie, la vingtaine, étudie le chinois à la Sorbonne, sa mère (Suzanne Flon) et sa tante, Zita, professeur de piano. On comprend que le frère de Zita (et père d’Annie) était un anarchiste espagnol, qui après avoir fui son pays à la suite de la victoire de Franco, y est retourné pour continuer sa lutte, abandonnant sa sœur, sa femme et sa fille. Un générique en forme de photos d’archives, déroule le temps passé, de la guerre d’Espagne à la déroute républicaine, en passant par les camps de réfugiés.
Un jour, après un cours de piano, Zita s’écroule, victime d’une attaque cérébrale. Pour le médecin (Paul Crauchet) proche ami de la famille, son cas est désespéré. Il lui donne quelques jours. Aux côtés de sa mère, Annie reste au chevet de sa vieille tante qu’elle aime profondément, mais qui agonise, entre râles et longs silences. Mais pour Annie, cette mort imminente est bientôt insupportable. Elle quitte l’appartement et erre dans la nuit de Paris.
Le film change radicalement de ton : à l’intimité pesante et macabre parsemée de flashbacks (qui font un peu songer à ceux que Robert Enrico utilisera dans Le vieux fusil), se substitue la fantaisie d’un voyage étrange au sein d’un Paris impalpable. Une errance dans une chaude nuit. Peuplée de rencontres insolites – un éleveur de moutons, un musicien, un étudiant haïtien – et foisonnantes, aux frontières de l’hallucination. Un voyage vers la magie noctambule qui vaut pour acceptation de la mort.
C’est un Enrico singulier. Un film un peu bancal, mais toujours passionnant. Il y a du Blow-up dans Tante Zita, du Deep end, aussi, je pense. Il y a une drôle de séquence dans un grand bar de nuit où on dîne à l’étage et où, au rez-de-chaussée des bandes de jeunes se livrent à des compétitions acharnées sur des mini circuits routiers électriques. Il y a cette scène folle de longue poursuite du bélier Pylade, échappé de sa bétaillère, autour de la place Saint-Sulpice et de la fontaine des Quatre orateurs. Il faut aussi noter que le film est accompagné d’un morceau de François de Roubaix, qui revient telle une ritournelle mélancolique où le macabre se teinte d’espérance.
Quel bonheur de retrouver Joanna Shimkus qui irradiait déjà le précédent film de Robert Enrico, Les aventuriers, son chef d’œuvre, bien qu’elle y soit accompagnée (et pas tant écrasée) par Delon, Reggiani & Ventura. Ici, elle y tient le premier rôle et sera quasi de tous les plans. Sa beauté absolue (sans doute à mettre sur le singulier combo canadienne d’origines irlandaise et lituanienne) ne ternit pourtant jamais son jeu, impénétrable, magnétique, qui navigue entre légèreté et gravité. Mais existe t-il une actrice plus jolie, vraiment ? Véritable étoile filante, absolument mystérieuse, en tout cas, puisqu’elle prend sa retraite d’actrice au mitan des années 70. Je peux revoir le film illico juste pour la regarder.
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