Secret therapy.
7.5 Emma et Charlie sont sur le point de se marier. Ils ont une semaine pour finaliser les préparatifs, trouver leur discours, un photographe, peut-être changer de DJ mais aussi pour goûter et choisir les plats conseillés par leur traiteur. C’est au cours d’une soirée chez leur prestataire culinaire, où ils sont accompagnés de leur couple d’amis et futurs témoins, Rachel et Mike, qu’ils vont faire un petit jeu durant lequel une révélation va tout bouleverser. Ce genre de jeu à la con – surtout quand on est bourré, et ils le sont – où il s’agit de partager « la pire chose que chacun ait faite » : un secret inavouable, en somme.
Il faut savoir qu’il y a toute une opération marketing derrière The drama, production A24, épaulé par Ari Aster (Midsommar, Eddington). Bref, en s’intéressant un peu aux soubassements du projet, on pouvait savoir qu’on n’allait pas voir une simple rom’com avec Zendaya & Robert Pattinson. D’autant que la bande annonce jouait sur cet effet d’annonce, justement, agrémenté d’un petit secret que nous pouvions découvrir qu’en allant voir le film. J’avoue je n’ai pas suivi sa campagne promotionnelle. Et n’avais aucun souvenir de son teaser à part d’y voir la présence de ces deux méga stars. J’aime bien que le gros twist, celui sur lequel tout le film se fonde et s’argumente, se livre au bout de vingt minutes. Ça change.
Or The drama emprunte d’abord les voies de la comédie romantique pure. Mais déjà le fait-il sous un angle un peu oblique, un peu rétroactif, puisque c’est en écrivant son discours que Charlie nous plonge dans sa vie avec Emma, leur rencontre, leur premier baiser, leurs fous rires. Tout le début se joue donc dans un présent qui se projette dans un futur proche (le mariage) en nous abreuvant d’images du passé. C’est un léger trouble mais il annonce en quelques sortes le virage brutal que le film va prendre et la crise conjugale à venir.
À première vue c’est un film qui dit qu’on ne connaît jamais vraiment la personne avec laquelle on vit. Or c’est surtout un film sur une bourgeoisie incapable de mesurer le mal-être et la tentation de la mort. C’est un film sur le jugement, avant tout. Très tôt dans The drama, il y a une scène qui n’a l’air de rien : Emma est avec ses amies dans un café et leur apprend que Charlie est son premier amour doublé de son premier crush, révélation pas si anodine pour laquelle l’une d’entre elles, incarnée par Alana Haim hallucine. À trente ans, sans déconner ? Point de drama encore, mais c’est déjà un indice, sur Emma, sur Rachel. Surtout sur Rachel, la vraie méchante du film.
Quand plus tard le secret est dévoilé, c’est plutôt Charlie qui s’effondre, devient paranoïaque au point de tout remettre en question. Mais il est intéressant de constater qu’il s’agit peut-être moins de la révélation que ce qu’elle a produit sur leurs amis, qui vient le perturber, jusque dans ses cauchemars et visions éveillées qui s’offrent à nous en se mélangeant avec des souvenirs. Il essaiera d’ailleurs de défendre Emma à plusieurs reprises, changeant un peu son histoire à son avantage à lui, soit de façon qu’on ne juge plus son acte, mais son mal-être préalable. À noter que l’acte n’en est d’ailleurs pas un, il s’agit plutôt d’une intention. L’acte inavouable avoué par Rachel est bien plus terrifiant, finalement.
J’essaie de ne pas trop en dire et surtout ne pas dévoiler ce que révèle le personnage de Zendaya tant cette révélation irrigue tout le film, jusque dans son ambiance et occasionne des questionnements assez passionnants pour nous, spectateurs, aussi. Mais il y aurait mille choses à dire là-dessus. Sur les images que Kristoffer Borgli (je ne connaissais pas du tout ce réalisateur, tiens, mais j’apprends qu’il est norvégien, c’est intéressant, j’y reviens…) notamment, qui joue beaucoup avec le fantasme et les déformations.
Surtout le film qui prenait l’aspect d’une comédie romantique mute en pur film malaisant, avec cette idée géniale de couper les scènes parfois trop vite, parfois en les faisant durer trop longtemps, créant un vertige assez stimulant mais complètement contre nos attentes et habitudes. À ce titre la scène de bascule est géniale tant elle s’étire, contrairement aux toutes premières scènes très brèves, très dynamiques, très cutées.
Bref, pas loin d’avoir adoré. Je pense que c’est un grand film satirique, sur le couple et l’hypocrisie bourgeoise, dans la lignée de Snow therapy et Triangle of sadness, de Ruben Ostlund. Les haters sont prévenus.
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