Consternation du troisième type.
2.5 Selon Spielberg, Disclosure day serait l’aboutissement de cinquante ans de réflexion sur les ovnis.
Super !
Pour moi, Spielberg est avant tout un super conteur. Qui plus est dans ce registre-là. Et donc il parvient souvent à suspendre mon incrédulité, pour reprendre une formule qu’on associe à la littérature mais aussi beaucoup au cinéma.
Donc là, comment dire ? J’y cours. Sereinement.
Patatras. Je n’y ai pas cru une seconde. J’ai vu un cinéaste tentant de me faire croire à son récit et y mettre du sien, avec sa caméra, sa virtuosité. Il multiplie les mouvements, les plans impossibles (dans les bagnoles, toujours) et les plans grue. Il nous fait une scène d’action, d’abord à un passage à niveau en forme d’auto-remake de Duel, puis à bord d’un train qui fait écho au Plus grand Chapiteau du monde, qui fut matriciel pour lui, comme il a pu nous le confier dans son précédent film, l’un de ses chefs d’œuvre, The Fabelmans.
Mais je ne crois en rien là-dedans. Et comme c’est le vrai sujet du film, la croyance, c’est compliqué, très compliqué. Très compliqué car c’est du prêchi-prêcha de vieux démocrate gâteux, qui voudrait que le monde se réconcilie devant leurs écrans ou pire que tout le monde soit ému devant un film de Spielberg. Qu’on pense tous pareil, en somme. Cet aspect mégalomaniaque (sinon totalitaire) a toujours fait partie de son cinéma mais il prend des atours beaucoup trop régressifs pour moi ici.
Donc on a deux personnages élus ici. Daniel et Margaret. Il a hérité des mathématiques. Elle a hérité de l’empathie. Très progressiste, Spielberg, merci. On dirait un scénario des années 50. C’est pourtant co-écrit avec David Koepp (ils avaient écrit Jurassic Park ensemble, hein) mais purée ce que c’est mal narré et construit : une sorte de course poursuite en boucle avec des gentils qui se font attraper par des méchants avant de leur échapper, de se faire à nouveau attraper puis de leur échapper, sans qu’on y croie un instant. Ce n’est pas Tintin ni Minority report, quoi.
Disclosure day est le film synthétique de sa carrière. On y retrouve tout son imaginaire. Tous les genres y sont mélangés. Sans la bonne quantité ni les bons ingrédients. L’opposé de The Fabelmans, en somme. C’est du mash-up bourrin, uniquement guidé par du symbolisme religieux à la truelle.
Ça m’est tombé des yeux comme rarement. Un moment donné, j’ai regardé ma montre, je me faisais tellement chier. Ce n’était pas commencé depuis une heure. Le supplice. Et devant un Spielberg c’est nouveau. Et ça ne peut qu’être affaire de croyance en ce que je vois. Pourquoi E.T. m’embarque de la première à la dernière seconde et pourquoi celui-ci me laisse sur la touche dès son premier plan ? C’est un cinéma dont la réussite tient à cet élément-là, aussi fragile que gigantesque. Pendant le film je me suis dit que je comprenais enfin ce qu’avaient pu ressentir ceux qui détestent Interstellar, de Nolan. Là aussi il y était question d’une chambre d’enfant.
Alors je pense toutefois que le film gagne un peu de sympathie (c’est déjà ça) quand Emily Blunt et Josh O’Connor se rejoignent. Mais bon. L’aveu d’échec (que l’on peut trouver touchant j’imagine) se retrouve dans le rôle de l’antagoniste : quand tu prends le pire acteur de la planète (Colin Firth) pour jouer ton méchant c’est qu’en un sens tu t’en branles.
Et pourtant j’y allais pour adorer. Moi, Spielberg et les extraterrestres – à part quand il en met dans son quatrième opus d’Indy – je suis évidemment client, qu’ils soient gentils (E.T.) ou non (La guerre des mondes).
Rarement vu un film autant mal branlé. À l’image de la scène de la falaise, absolument ridicule : viens on fait croire qu’on est tombé et on se cache derrière le petit rocher là-bas. RIDICULE. Nanar alert !
Bon, j’arrête là. Et avec tout le respect que j’ai pour ceux qui ont aimé ou adoré le film, moi je le dis je suis dégouté. Le mec a réussi à plus me déprimer que pendant France/Espagne. Disclosure day est à Spielberg ce que Megalopolis est à Coppola. Très pénible.
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