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Jeanne Dielman 23, Quai du commerce, 1080 Bruxelles – Chantal Akerman – 1976

01.-jeanne-dielman-23-quai-du-commerce-1080-bruxelles-chantal-akermanDeux ou trois choses que je sais d’elle.

   10.0   Une mère et son fils habitent un appartement de la capitale belge. Lui va chaque jour au lycée. Elle reste à la maison et vit de baby-sitting et de prostitution. En outre, le mari n’est plus, depuis six ans. Leur journée est programmée comme une horloge : Jeanne réveille Sylvain le matin avant de lui servir le petit déjeuner ; elle fait la vaisselle une fois que celui-ci est parti ; elle allume le poste radio chaque soir lorsque son fils lit et qu’elle tricote ; chaque fois qu’elle quitte une pièce elle se doit d’éteindre la lumière avant d’en allumer celle de la pièce dans laquelle est entre.

     Le film commence à l’heure où Jeanne prépare le dîner (son fils arrivera plus tard) en attendant son client hebdomadaire (il dira « à la semaine prochaine »). 1h30 plus tard, le film aura fait une boucle : 24 heures. Jeanne prépare à nouveau le dîner, on sonne à la porte, elle ouvre, débarrasse le client de ses frusques superflues et l’emmène dans sa chambre.

     Le choix de démarrer le film à cet instant n’est pas le fruit du hasard. C’est après la venue de cette autre personne qu’il semble se produire un premier dérèglement dans la routine de Jeanne. Sans doute que l’homme a davantage pris son temps par rapport aux autres, par rapport à ses habitudes, qu’importe, une chose est sure, quelque chose a perturbé la jeune femme. Ses pommes de terre sont trop cuites. Il ne lui en reste plus assez pour le repas, il faut qu’elle descende en acheter. Effet boule de neige, ce petit contretemps aura des répercussions sur le quotidien et la personnalité de Jeanne. Et l’on sait maintenant à quel point elle est attachée à sa routine. Le nombre de détails de ce dérèglement est absolument passionnant. Jeanne fera tomber une brosse, incident mineur, mais peu coutumier. Ou bien Sylvain lui fera remarquer qu’elle est décoiffée, la jeune femme n’ayant pas eu le temps de s’occuper de ses cheveux, perturbée par le changement du temps.

     Le dérèglement à son paroxysme le lendemain matin lorsque le réveil de Jeanne sonne une heure plus tôt. C’est dès lors sans nul doute le véritable déclencheur d’une prise de conscience d’une aliénation refoulée qui conduira Jeanne à l’implosion, l’apogée se trouvant évidemment dans cette chambre de prostitution, la boucle est bouclée, dans la plus cruelle des libérations morales. La précision chirurgicale des plans, tous fixes. La réflexion sur la répétition, sur le temps. Les ellipses narratives mesurées. Une Delphine Seyrig incroyable. Un travail sonore hors norme. Des cadrages d’une justesse insolente. Chantal Akerman réussit tout ce qu’elle entreprend. Fascine durant près de quatre heures. C’est tout simplement l’un des plus beaux et douloureux films que je connaisse. C’est absolument sidérant. Chef-d’œuvre absolu !

Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister Harmoniak) – Béla Tarr – 2003

Les Harmonies Werckmeister (Werckmeister Harmoniak) - Béla Tarr - 2003 dans 100 01.lesharmonieswerckmeister-300x190 Land of the dead.

   10.0   Voici l’une de mes plus importantes découvertes cinématographiques. De celles vers lesquelles je ne cesse de me référer. De celles qui sont devenues des modèles de perfection. Méconnaissable durant le générique final, à l’époque, il m’a fallu une bonne nuit pour le digérer, et facilement quelques jours pour en écrire quelques lignes.

     C’est simple, la première séquence du film est probablement l’une de mes préférés, tout type de cinéma confondu. Oui, rien que ça. Un plan-séquence d’une dizaine de minutes, en mouvement, qui filme diverses personnes dans un bar, choisis pour une expérience cosmologique schématique organisée par Valuska, personnage central du film, fasciné par la Création, son miracle. Cette première scène est à l’image de la suite du film : magnifique, avec son noir et blanc crépusculaire, son rythme hypnotique, sa musique divine. Puis se dessine une histoire presque irréelle, d’errance nocturne, de découvertes, un voyage hors du temps, dans un quartier voué au chaos total, qui pourtant à travers un récit des plus pessimistes laisse entrevoir quelques rayons lumineux.

     J’ai vraiment garder la sensation de film unique. Une œuvre d’art sans précédent, un objet cinématographique fascinant, beau à en pleurer, qui déballe sans sourciller une succession de tableaux, poétiques, tout en musicalité. L’emploi du plan-séquence n’est évidemment pas anodin dans la réussite de l’entreprise tant il fait figure emblématique du récit. Le plan devient l’unique unité de temps. On plane sans réellement se poser de questions, on vit l’instant comme Valuska, et on se dit qu’il n’y a probablement aucun équivalent cinématographique.

     Fin du film, La grand-place, en plein brouillard, La Baleine dépouillée de sa protection, Le Chaos a pris place, à moins que ce ne soit le contraire, et l’apparition lumineuse au travers de cet épais brouillard, qui annonce le début d’autre chose. Béla Tarr ne dit rien, il nous demande d’observer, de se laisser happer, dans ce qui se révèle être un film très exigeant, pour spectateur averti, mais qui quoiqu’il arrive a déjà sa place dans le panthéon de la Création cinématographique.

      J’hésitais à le mentionner, allez je me lance : Je suis resté sur « les fesses » quelques minutes après la fin du générique, j’ai beaucoup, beaucoup pleuré, prenant conscience petit à petit de l’ampleur de cette œuvre, qui à l’instar d’Inland Empire de David Lynch, nous fait basculer dans une ère nouvelle. Rarement, pour ne pas dire jamais vu un truc pareil, aussi fou. Une sorte d’état de grâce !

J’ai écrit ceci, en le revoyant quatre ans plus tard :

     Ce qui est incroyable c’est le chaos général qu’a su rendre Béla Tarr. On sent que c’est un village sur le point de mourir. Et puis à travers tout ça on suit un quotidien, celui de Janos Valuska, simple postier, qui s’extasie très facilement devant le mystère de la création et son infinie puissance. Lorsqu’un cirque débarque avec une immense baleine, Janos ne verra pas l’envers du décor. Il a cette naïveté, cette poésie incroyable. Toute cette vérité violente et cruelle lui éclatera petit à petit à la figure. Il devient témoin, et nous avec lui, d’un soulèvement populaire, dans une Hongrie dévastée, presque chimérique. Il y a une scène extrêmement violente dans un hôpital où le cinéaste glisse délicatement dans chaque pièce, nous montre ce qui s’y passe. Cette violence sourde (pas de cris) cessera soudainement, à la vue d’un vieux monsieur, nu, debout dans une baignoire. Les manifestants rentrent chez eux. Lorsque l’armée prendra les choses en main, que le jeune homme fuit de peur qu’on s’en prenne à lui. « Je n’ai rien fait » dira t-il. Cette violence ne s’estompera pas. Ellipse. Il est dans un hôpital psychiatrique, il chantonne, encore plus naïf qu’auparavant. Sur la grand place, oncle Gyuri avait promis qu’il irait voir la baleine le lendemain. Tout a changé. Tout est mort. La baleine est entièrement découverte. Les dalles de la place sont à moitié explosées. C’est un climat de mort qui règne. Comme après une guerre.

     Béla Tarr ne demande pas de comprendre. Sa caméra se déplace délicatement dans ce village, via les yeux de ce personnage. Le temps c’est le plan. Le plan n’est jamais fixe chez Béla Tarr. Il y a un espace et il gère cet espace. Il est rare de ne pas voir dans une scène ce qui se passe aussi derrière nous, quelquefois seulement, lors de plans uniquement latéraux. Une scène, à ce titre, est à couper le souffle : Janos Valuska marche, le pas déterminé, face caméra. Il rejoint son oncle. Nous suivons la conversation. Il dit qu’il va jeter un œil sur la grand place. Son oncle lui demande d’être prudent. Il s’engage. La caméra effectue un demi-tour afin de le suivre, et dévoile dans un plan global, des attroupements de personnes, des feux qui envahissent la ville. Jamais je ne me suis autant senti investit dans une séquence de film. Et jamais je n’avais autant fait corps avec un personnage dans un film.

Eurêka (Yurika) – Shinji Aoyama – 2000

Eurêka (Yurika) - Shinji Aoyama - 2000 dans 200 eureka2Résurrection.

   9.5   L’exemple parfait de film que j’aurais adoré découvrir sur grand écran. Cadrages divins,  photo miraculeuse (il existait la couleur et le noir et blanc, il existe désormais le « Shinji Aoyama », mélange de sépia lumineux, à la fois sombre et écarlate ) et une histoire bouleversante.

     Tout commence dans l’archipel japonais par un détournement de bus qui tourne au drame. Le cinéaste choisit ensuite de suivre les destins des trois survivants de ce carnage. Il livre un manifeste de questions essentielles basées sur le traumatisme, la culpabilité, la paranoïa, les non-dits, les destins tourmentés liés, la famille dans une succession de tableaux aussi resplendissants les uns que les autres, d’une profondeur indéniable, d’une subtilité infinie. Très souvent les corps s’enfoncent dans l’horizon, l’obscurité ; très souvent ces corps sont mutilés ou déformés à l’écran. L’ambiguité est maitresse car l’image sert d’illusion au récit. Rien n’est prêmaché, tout est subtilité. N’est-ce pas la définition même du cinéma ?

     Tout est dans l’intensité : on doute, on partage, on vie le périple de ces personnages. Un parcours qui se révèle semé d’embûches, mais aussi un long voyage initiatique vers un nouveau départ, une renaissance, une résurrection après deux ans d’absence, de mort spirituelle. Un possible voyage vers la lumière. On pense à Kiarostami évidemment mais dans un fond opposé : le personnage dans le Goût de la cerise voyage vers la mort, ceux-ci vers la vie. Je suis tout simplement resté béat comme un neuneu devant tant de beauté, devant cette expérience visuelle unique. Un miracle venu d’ailleurs.

De la guerre – Bertrand Bonello – 2008

De la guerre - Bertrand Bonello - 2008 dans * 2008 : Top 10 h_4_ill_1046445_delaguerre-bisDe l’extase.

   9.0   Étrange sensation au sortir du film de Bertrand Bonello, dont c’était son premier que je découvrais. Quelque peu sonné surtout. Comme si je venais de vivre deux heures de méditation, deux heures d’images m’embarquant totalement dans des confins personnels que j’ignorais encore. L’autre sentiment singulier concerne l’histoire du film même. Parce qu’étonnamment je ne pense pas en avoir saisi tous les horizons, mais il m’a suffisamment parlé pour que je puisse en éloigner cette interrogation.

     De La Guerre s’ouvre sur une citation de Dylan : « Si je n’étais pas Bob Dylan je penserais moi aussi que Bob Dylan a réponse à tout ! » et ne fait que l’illustrer deux heures durant. Bertrand – l’alter ego du réalisateur ça ne fait aucun doute – va vivre une expérience brève mais intense le temps d’une nuit dans un premier temps. Enfermé par maladresse dans un cercueil, alors qu’il venait simplement faire des repérages pour son prochain film, il va découvrir une aspiration inconnue de lui-même : il va atteindre le sublime, l’extase. Et grâce à Charles, prophète tombé du ciel (génial et regretté Guillaume Depardieu) il va vivre l’expérience de sa vie, la plus fascinante, dans un lieu isolé, loin de tout, sorte d’îlot s’apparentant à une secte, où chacun s’y trouvant est en quête de ce plaisir, de cette liberté que Bertrand convoite tant. Il fera face à son esprit, et à lui seulement.

     De La Guerre est un voyage exaltant, surprenant, drôle et unique. Une œuvre fabuleuse (même si je comprendrais qu’on la trouve hermétique) qui évoque les doutes existentiels, entre beauté céleste et ténèbres infinies. Un œuvre diablement moderne qui parle de choses intelligentes et graves en toute légèreté. Une œuvre citationnelle, devant laquelle on pense à Last Days, Tropical Malady, The Beach et bien évidemment Apocalypse Now. Une œuvre qui oscille entre rêverie poétique et ridicule de situations, qui s’approprie les deux, et touche au sublime. L’état second dans lequel il m’a plongé ne s’est toujours pas atténué ; il est donc difficile de pondre ces lignes.

Uzak – Nuri Bilge Ceylan – 2004

PDVD_015Blanc comme neige.    

   9.5   Uzak est un film qui me tient énormément à cœur. A sa découverte, une brèche s’est entrouverte dans mon esprit, une brèche qui concentre désormais tout l’amour que je porte à de nombreux films dans la veine de celui de Ceylan. 

     Il faut dire que les images chez le cinéaste turc parlent à son avantage. Il suffit de voir son court métrage Koza (qui date de 95) pour s’en persuader. Pendant vingt minutes il racontait une tragédie familiale à sa manière, jouant abusivement avec tous les sons possibles et les éléments fondamentaux terrestres, comme le faisait si bien un certain cinéaste russe.

     Car il n’est pas interdit je crois de l’en comparer. D’ailleurs si ce n’est pas en toute logique que le personnage de son film Uzak est photographe et délaisse un peu ses objectifs artistiques primordiaux pour se consacrer à autre chose qui marche mieux, de plus commercial en fait. Contre l’avis de certains de ses amis qui iront jusqu’à lui dire de persévérer, de ne jamais se fourvoyer, de faire de la photo comme ça lui chante, lui qui auparavant rêvait de faire des films comme Andrei Tarkovski !

      Et non content de faire un film ultra référencé, un film presque pamphlet de l’industrie commerciale, un film à la photographie superbe, Nuri Bilge Ceylan nous gratifie d’une critique sociale assez amer sur la difficulté d’intégration.

Rome plutôt que vous (Roma wa la n’touma) – Tariq Teguia – 2008

Rome plutôt que vous (Roma wa la n'touma) - Tariq Teguia - 2008 dans * 2008 : Top 10 1235127172Immagine2De l’autre côté. 

   9.0   Deux jeunes algériens (en couple, ou pas) en quête d’autre chose, sillonnent les routes à la recherche d’un certain Bosco qui pourrait être celui qui les délivrerait de ce carcan tenace qu’est l’identité individuel.

     Les partis pris de mise en scène sont parfois inexplicable mais ne nous empêchent pas de saisir l’essentiel et d’admirer le travail accompli. Certaines séquences sont magnifiques. Comme ce long travelling à hauteur d’homme (de la jeune femme tout particulièrement) dans une rue d’Alger en début de film. Ces longues scènes subjectives (donc le regard des personnages) évoquant le songe permanent. Cette scène terrassante, étouffante d’angoisse de l’arrivée des « flics » dans le bar (un calvaire pour nous autant que pour les protagonistes !). Ces plans sur la plage d’une beauté défiant toute concurrence. Cette scène de festivité, où se dégage une réelle sensation de liberté, un instant trop bref comme le peut être une fête dans notre quotidien : scène finalement joyeuse qui nous ôte toute dépression. Les plans s’étirent, et finalement c’est aussi ce qui arrive aux personnages : ils tournent en rond, sont dans une phase de transition, presque sans identités, comme des êtres hors du temps, qui n’ont d’importance qu’aux yeux du spectateur.

     Ajoutez à tout cela des images, des sons en adéquation idéale avec le récit, car c’est probablement avec Le Bannissement de Zviaguinstev, ce que j’aurais vu de plus beau en images et sonorités cette année. Et on obtient un film d’une richesse évidente, où chaque plan n’est pas anodin, un film il est vrai très exigeant, mais dont le sujet est à la fois grave et d’actualité. Un journal évoquait Costa, Zhang-Ke quant aux influences. On pourrait tout aussi bien ajouter Cassavetes et Antonioni, et surtout reconnaître un talent évident, en la personne de Tariq Teguia, qui devient légitimement un cinéaste à suivre de près.

Le Voleur de bicyclette (Ladri di biciclette) – Vittorio De Sica – 1949

f_31Le pain et la rue.

   9.0   Vittorio De Sica est ici très proche de Buñuel ou serait-ce l’inverse ? La mise en scène, le propos, le climat, le milieu social rappellent inévitablement Los Olvidados, au détail près que le cinéaste italien n’utilise pas les codes oniriques comme son confrère espagnol. Son film n’en est pas moins somptueux pour autant.

     Les Ricci sont issus d’un milieu social très modeste. Et le jour où le mari dégote un travail, poseur d’affiches, il doit se procurer une bicyclette au plus vite pour ne pas se faire substituer son poste. Sa femme lui dira qu’ils n’ont pas besoin de draps pour dormir et hop ils vendent leurs draps afin de s’acheter cette bicyclette. C’est chose faite, le père Ricci peut travailler. Ce deux-roues prend donc une place très importante dans la vie de cet homme et dans le film tout court. Elle est son gagne-pain, ce qui lui permet aussi de nourrir les siens. Et le spectateur a les yeux rivés dessus autant que son propriétaire.

     Evidemment arrive l’instant tant redouté, sans cela le titre n’existerait pas. Et voilà notre ami accroché à cet objet comme à la prunelle de ses yeux, le voilà lancé aux trousses du voleur, comme si c’était son enfant qui avait été kidnappé… Plus qu’un film social sur la difficulté de s’en sortir, Vittorio De Sica parle de désespoir, d’anéantissement moral en n’omettant pas de rappeler que dans les pires situations, le vol n’est plus vraiment un crime mais la démonstration qu’une âme en perdition peut y recourir en guise de profond désespoir. En somme, on ne vole pas pour voler, comme on ne tue pas pour tuer, mais pour manger.

Le Septième Continent (Der Siebente Kontinent) – Michael Haneke – 1993

Le Septième Continent (Der Siebente Kontinent) - Michael Haneke - 1993 dans 100 der-siebente-kontinent09979318-35-19

De l’évaporation.

   10.0   C’est l’histoire d’une aliénation familiale, d’une autodestruction sociale dans sa forme la plus individualiste, la plus égoïste qui soit. Le Septième Continent, premier long métrage de Michaël Haneke, suit le destin tragique d’une famille bourgeoise à travers trois étapes – trois ans – de leur vie : Le combat pour appartenir à la société, pour en accepter ses règles, son fonctionnement ; La réussite professionnelle, qui n’exclut pas la solitude ; La destruction de soi et de ce qui gravite autour de soi.

     Pour le spectateur, l’évolution du récit se présente de deux manières : c’est d’une part l’observation d’un quotidien, les gestes et regards des personnages, leurs mouvements et interactions sur les objets, leurs habitudes, leur recherche permanente d’une vie sans passion qui suit malgré tout le chemin tout tracé des conventions morales. Ou d’autre part ce sont les lettres de la famille envoyées, elles aussi en trois étapes, aux parents de Georg, le mari, afin de les rassurer, de leur raconter brièvement leur fade quotidien.

     La mise en scène clinique accentue cet état d’emprisonnement, cet isolement familial. La tension s’accroît au fil du récit pour accoucher sur un climat d’horreur, sans pathos, déluge d’hémoglobine ou jubilation, simplement en montrant des corps, voués à l’abandon. Le Septième Continent (le couple dira l’Australie à leur entourage) se fait de plus en plus proche. Le matérialisme de la vie poussé à son paroxysme est en train de s’éteindre. Pas de trace d’un éventuel et éphémère passage sur Terre. Et ce brin de lucidité suicidaire dans ce carcan monstrueux des conventions quotidiennes est d’autant plus cruel que lorsque l’on regarde les rouages de la société moderne on se dit que dans un élan de triste lucidité il pourrait très bien s’emparer de nous.

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silencio


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