Double destinée.
8.0 Dans le New York de 1988, la police mène une guerre active contre la drogue. Bobby Green, gérant d’un club pour le compte d’un patriarche russe, est aussi le membre d’une famille de flics puisque son frère et son père sont policiers. Spécialisés dans les narcotiques ces derniers surveillent notamment cette boîte de nuit régulièrement fréquentée par des voyous, qu’ils soupçonnent être lié au trafic de drogue. Évidemment, personne dans le milieu n’est au courant de ce double ancrage, à l’exception d’Amada, la petite amie de Bobby.
La nuit nous appartient fut un grand choc en salle, pour moi. J’étais allé le voir à deux reprises. C’était sans doute l’une des premières fois où je me sentais contemporain d’un cinéaste que j’adulais, puisque j’adorais déjà Little Odessa et The yards. J’allais voir ce troisième film comme aujourd’hui je vais voir le nouveau Letourneur ou Guiraudie. Religieusement.
Depuis, je me suis un peu détaché de (mon amour aveugle pour) James Gray quand bien même j’apprécie chacun de ses films, de The Immigrant à Armageddon time, sinon davantage puisque j’adore Ad astra et The lost city of Z. Mais disons que je le trouve un poil trop académique. Que ses films manquent un peu de vertige pour m’impressionner, me bouleverser et me donner envie d’y replonger.
En revoyant La nuit nous appartient aujourd’hui, je m’exposais inéluctablement à une certaine dose de déception. Alors j’adore toujours le film pour plein de raisons, notamment son ambiance, sa photo, son interprétation (Phoenix et Duvall en priorité), sa relecture du mélodrame familial, mais je le trouve un peu trop verrouillé, un peu mécanique dans sa construction scénaristique.
Je dirais qu’il souffre des mêmes défauts qu’un film comme Le silence des agneaux, en somme. Deux films merveilleux, assez parfaits dans leur genre, mais avec certains choix formels moins audacieux : ici je pense notamment à des ralentis inutiles, des inserts un peu trop pratiques, de grandes scènes qui ne s’étirent pas suffisamment. C’est trop écrit pour être bien mis en scène, si j’ose dire. Mais j’exagère le trait, bien sûr, tant le film reste un polar opératique formidable.
La nuit nous appartient est une vraie tragédie grecque indexée sur la trajectoire morale de son personnage à double destinée, déjà symbolisé par ce nom double puisqu’il est à la fois Bobby Green & Bob Grusinsky. Un type écartelé dans ses fidélités contradictoires. À la fin, il perdra tout mais aura retrouvé l’estime de son frère. La dernière séquence est terrible (avec le visage rêvé d’Amada aka Eva Mendes dans la salle) et achève d’en faire un personnage en crise, mort de l’intérieur.
C’est peut-être un peu trop schématique, in fine, pas très subtil, cette idée du personnage qui ne pourra échapper au déterminisme familial. Bobby se voit donc déchiré entre la mafia russe et la police New-Yorkaise sans toutefois appartenir ni à une famille ni à l’autre, puisque c’est le monde de la nuit qui fait sa pleine liberté. C’est ce même monde qui va l’en éloigner. We on the night, titre qui renvoi donc à Bobby et cette dichotomie irréconciliable puisqu’il s’agit aussi de la devise de la police de New York.
Certaines séquences sont toujours aussi admirables, à l’image de celle, angoissante de l’infiltration dans un laboratoire fabriquant la cocaïne, de celle, graphique de la chasse dans des roseaux enfumés et bien entendu de celle, point d’orgue archi tendu au rythme des essuie-glaces d’une course poursuite sous des trombes d’eau. Morceaux de bravoure qui donnent au film cette dimension spectaculaire qu’il mérite sans jamais la surjouer tant ils sont des sommets d’épure formelle.
L’enfant sauvage.

Au-delà des collines.
Nous ne vieillirons pas ensemble.
Métamorphoses du paysage.
Love will tear us apart.