Archives pour la catégorie * 2009 : Top 10

Wendy & Lucy – Kelly Reichardt – 2009

wendy_and_lucy07Voyage interrompu.

   8.4   C’est un road-movie pas comme les autres, puisque géostationnaire. Ce qui ne l’empêche pas d’être toujours en mouvement, de traverser des rues, des routes, des forêts, des voies ferrées ; D’entrer dans une épicerie, un garage, un commissariat, une fourrière, des toilettes de station-service. De croiser du monde. Wendy et son chien Lucy échouent dans un bled paumé de l’Oregon. Au départ, c’est une étape parmi d’autres, jusqu’en Alaska. Dormir puis repartir. Quand le film s’ouvre, on sait que le voyage ne s’est pas lancé d’hier. Les visages, les fringues, la voiture, une façon de marcher, d’errer, de se débrouiller. On apprendra plus tard que Wendy vient d’Indiana. Autant dire qu’elle a déjà traversé à minima six Etats.

     Le carrefour que va constituer cet apparent lieu d’escale, autant sur le plan physique qu’initiatique ressemble fortement à celui dans lequel s’engage alors Kelly Reichardt, la réalisatrice, qui après les effluves d’errance forestière de deux amis paumés dans Old Joy, et avant le western étique que sera La dernière piste, choisit de mettre en scène ses propres doutes, son goût pour les espaces, les silences, son amour du plan fixe et des discrets travellings. C’est un cinéma qui se rapproche de celui de Gus Van Sant, versant Paranoid park et des frères Dardenne, versant Rosetta. Mais sans l’érotisation du premier ni la charge sociale du second. Enfin disons qu’il y a les deux mais de façon beaucoup plus simple et aléatoire.

     Le voyage statique de Wendy est rythmé par des rencontres, parfois douloureuses comme ce jeune employé de supermarché zélé, qui fait le nécessaire pour que la voleuse serve d’exemple et se fasse arrêter la contraignant à laisser Lucy seule, attachée dehors ; Ou comme ce vieux clochard, qui vient perturber son sommeil en lui crachant sa haine du monde, s’autoproclamant serial killer. Dans ce dédale de solitude, forcément guidé par l’inconnu donc la peur, Wendy rencontre un vieil homme, qui est gardien d’un parking privé vide. C’est lui qui lui demandera d’enlever sa voiture mais c’est aussi lui qui la guidera dans ses nombreux travers (Faire réparer son tacot, récupérer son chien…) n’hésitant pas à lui prêter son téléphone ni à lui proposer un peu d’argent. Et moins distinctement, Wendy croisera la route d’autres laissés pour compte (Routards post-hippies et Sdf recycleurs de canettes) et de simples guichetiers.

     Un film avec un chien c’est toujours un peu dangereux, alors si en plus le personnage le perd ça peut carrément devenir grossier. Ce qui est beau dans le film de Kelly Reichardt c’est que Lucy n’a pas vraiment le temps de devenir Lucy à l’écran puisque Wendy est très vite à sa recherche. C’est un vrai personnage pourtant puisque tout le récit tourne autour d’elle, mais c’est un personnage absent, entre les mailles d’une ville, dont on va traverser chaque parcelle, de simples terrains vagues jusqu’à un quartier résidentiel, qui ressemble enfin à l’Oregon du cinéma qu’on connait. Probablement un moyen accueillant pour accepter ce que ce petit bout de jardin entouré de grillages va nous dire.

     Si le film est si ténu, narrativement parlant, il n’en délivre pas moins une puissante évocation de la solitude, entre abandon trouble et rêves secrets d’ailleurs. Le film se déroule à Portland, terreau du cinéaste Todd Haynes, qui a produit les deux premiers longs de Kelly Reichardt. Et le film vient saisir quelque chose d’étrangement doux de cet étonnant paysage, une douceur brute, inquiétante et bienveillante à la fois. Et du haut de ses soixante-dix-sept minutes, procure cette paradoxale sensation d’angoisse mélodieuse. Et s’avère, grâce en partie à la présence d’une extraordinaire Michelle Williams, infiniment bouleversant.

The wrestler – Darren Aronofsky – 2009

the-wrestlerPassion.

   8.0   Encore un film que je revoyais. Je ne l’avais cependant pas revu depuis sa sortie, je me souviens que j’y étais allé deux fois. La claque avait été forte puisque j’y allais sans conviction étant donné que ce n’était pas un cinéaste que je portais dans mon cœur. Confirmation que c’est un très beau film, sur un rescapé vieillissant en pleine crucifixion. Aronofsky trouve le ton juste alors que tout cela pourrait être gros et empesé. J’aime tout. Toutes les entrevues avec cette strip-teaseuse dans une situation similaire à celle de Randy, la retrouvaille avec l’enfant déçue, les scènes de boulot comme autant de montée sur le ring sans le souffle de l’adrénaline.

     The wrestler parle du come-back post déclin, il se situe donc à deux niveaux puisqu’il évoque celui de Randy the Ram, catcheur mondialement connu, et celui de Mickey Rourke lui-même. Mais pas seulement. Il y a comme une gravité, un sentiment d’effroi qui traverse chaque minute du film, cette odeur de mort qui ne fait qu’attiser les regrets et installer les inquiétudes. Cela se traduit par une échéance, un combat d’anniversaire que tout le milieu attend, mais aussi par un accident grave qui n’engendre que deux possibilités extrêmes : vivre avec ceux que l’on aime ou ce que l’on aime.

     Dès les premiers instants du film on sent d’emblée cette opposition. Elle est liée au temps. Un générique rock’n’roll montrant des images (mortes) d’un combat de catch commenté tel un direct. On a l’impression de vivre ce combat puis pas du tout. Plan fixe en longue focale où l’on découvre ce même Randy, vingt ans plus tard, assis au fond d’une pièce, de dos, se préparant à un nouveau combat. C’est l’effervescence face au silence. Le corps mort de l’image qui prend vie grâce à une voix face au corps en vie que ce silence a rendu mort. Ce n’est que les premières minutes, donc Randy, et forcément Mickey Rourke auront le temps de reprendre vie par la suite, mais le ton est donné. Ce ne sera ni un film sur le catch, ni un film sur un éventuel retour. C’est un film qui parlera de passion. D’amour de ce qui nous le rend.

     Il y a une épure dans le film d’Aronofsky que je trouve passionnante. Car c’est aussi un film sur la solitude. Être passionné c’est aussi savoir être seul non ? J’aime cette faculté de parler d’un type dont la vie est rythmée par le catch. C’est un homme qui n’a probablement pas la patience d’attendre de recevoir l’amour qu’il donne. Le catch lui rend instantanément, sur le ring. Il prend plaisir à mettre des coups et en prendre, envoyer dans les cordes et finir sur son coup du bélier fétiche aussi parce qu’il y a la foule autour de lui, cette effervescence, ce bruit, cette vie en continu. Dans la vie il se posera un problème, par exemple lorsqu’il tentera de revoir sa fille post accident. Il va se heurter face au mur. Résister comme il sait si bien faire, puis rendra les armes. C’est ce choix qui sera difficile à la toute fin du film. Vivre avec ceux que l’on aime mais qui ne le rendent pas, là où l’on vivra tout en se compromettant. Ou vivre pour ce que l’on aime et qui le rend bien, là où l’on aura la tête haute mais où l’on mourra.

     Randy n’est pas un homme qui fait des compromis. C’est quelqu’un de patient (le face-à-face avec sa fille, son calme au travail…) mais avec trop de fierté pour se tenir rangé. Il est prêt à tout laisser tomber pour Pam (Cassidy, sa strip-teaseuse habituelle dont il semble amouraché) ou sa fille parce que c’est un amour qu’il recherche ou peut-être tout simplement parce qu’il ne le connaît pas, c’est un homme seul, éternellement seul. Puis dès que quelque chose perturbe son avancé (l’oubli du rendez-vous avec sa fille, le holà de Pam qui ne préfère pas s’engager, un homme qui le reconnaît au supermarché) il s’effondre. D’où le yo-yo par la suite où Randy annule ses combats les uns après les autres avant de revenir sur ses décisions. Je dis qu’il s’effondre par ce que quelque part c’est triste, il choisit de mourir. Puis il y a ces dernières minutes, qui montre un homme serein, pour une fois loin de ses envies pulsionnelles. Il dira qu’il se sent mourir à l’extérieur. Il dira qu’il se sentira en vie sur le ring. Et même si c’est au prix fort qu’on le paye, le choix lui paraît si simple désormais.

     Un mot sur le travail du cinéaste, que je trouve absolument prodigieux, tout particulièrement dans les reconstitutions d’ambiance. Une caméra qui ne fait que suivre ses personnages, se met à leur niveau, comme dans un jeu vidéo. Un réalisme presque documentaire dans les vestiaires, dans cette façon de filmer des discussions. Un tempo impressionnant dans toutes les scènes sur le ring. La reconstitution du catch, l’envers de son décor. Ce (faux)sport violent mais calculé. Parfois même extrêmement violent, comme le combat avec l’agrafeur. Aronofsky m’a donné l’impression d’être moi aussi au milieu de cette foule. Et à côté de ça il a su se faire très tendre lorsque l’on sort du catch. Par moment il se laisse aller à quelques grossièretés (gros plan surprenant sur le pontage, larmes superflues) mais on lui pardonne sans problème tant c’est infime comparé à la beauté du reste. Et à d’autres moments il adopte un parti pris intéressant en optant pour le parallèle passion/profession. J’ai adoré voir Randy marcher dans les couloirs de ce supermarché comme il marcherait dans les couloirs d’une salle de catch, attendre au rideau transparent comme il attendrait derrière le rideau noir, entrer et entendre les cris se substituer au silence.

     Aronofsky nous offre deux derniers regards magnifiques à la toute fin du film. Pam qui voit Randy monter sur le ring, recevoir son premier coup, le regarde une dernière fois et le laisse. Elle ne le regarde pas comme quelqu’un qui le jugerait, pas comme quelqu’un qui condamnerait ce choix suicidaire mais comme quelqu’un de triste qui comprend qu’elle ne pourra jamais lui offrir mieux que ce qu’il a autour de lui à cet instant. Et celui de Randy qui jette un œil furtif où se trouvait Pam, juste avant d’effectuer son dernier saut. Un regard plein de peur mais un regard certain, qui en ne croisant pas le sien prendra davantage confiance. Probablement ce qui pouvait lui arriver de meilleur.

Fish Tank – Andrea Arnold – 2009

1535021_10151912722847106_303153206_nLife’s a bitch.

     8.8   Dans la première scène du film, Mia est déjà essoufflée. Elle vient de s’arrêter de danser mais elle aurait tout aussi bien pu avoir couru, pour échapper à quelqu’un comme ce sera souvent le cas ou s’être égosillée sur sa mère, sur sa sœur. Avec Mia c’est toujours à double tranchant. Dans la scène suivante, elle s’en va alpaguer une camarade en criant son nom en bas de son immeuble (après avoir laissé moult messages sur son répondeur) avant d’insulter le père d’icelle qui la reçoit d’une volée de bois vert. Plus tard c’est un coup de boule à une autre dans un groupe de danseuses, frétillant leurs nénés devant quelques mâles tout excités, ce qui est de bon ton d’agacer prodigieusement la demoiselle solitaire. Encore plus tard, elle échappe à une agression (elle y laisse son baladeur) dans un camp de gitans où elle souhaitait y délivrer un magnifique cheval blanc, seul, enchainé à une pierre. On est dans une banlieue Londonienne déshéritée, L’Essex, rempli d’immeubles monochromes, d’espaces goudronnés inhabités.

     Andrea Arnold s’est assagie. Dans Dog, court métrage proposant une trame identique à celle reproduite ici (banlieue difficile, conflit familial, errance extérieure), elle s’intéressait à une rencontre similaire, avec un garçon tout aussi paumé. Tous deux y baisaient froidement sur un canapé dans un terrain vague avant que le garçon ne massacre de colère, un chien qui lui avait gobé sa boulette de shit. Il fallait que ça gicle, que ça choque. Fish Tank propose une relation plus secrète, mystérieuse, la cinéaste préférant ne pas trop en dévoiler car n’appartenant pas pleinement au noyau de son récit, mais l’esquissant suffisamment pour s’en servir en tant que rebond salvateur final. La subtilité de cette relation c’est aussi qu’elle naît d’abord de l’impossible, d’une agression subie transformée en bienveillance mutuelle.

     Le film tire principalement sa singularité de la multitude d’ambiguïté qui le nourrit, à commencer par le personnage de Connor (Michael Fassbender) amant de Joanne, la mère, d’un infini tact avec la jeune Mia, joueur avec Kyle, la plus jeune. Il représente presque le papa de substitution parfait. Mais Mia ne le voit pas vraiment comme un papa, elle en tombe amoureuse au point de piétiner les plates-bandes de sa mère (la pêche à la carpe). L’attirance pourrait demeurer unilatérale mais l’amant finit par succomber à son charme, qu’elle argumente d’une danse sur son morceau préféré, California dreamin’ entendu un peu plus tôt dans la voiture. Ils font l’amour furtivement pendant que la mère cuve, sans doute parce que Connor est lui aussi suffisamment éméché pour se laisser aller à ses pulsions (aucun désir pervers là-dedans) sans se soucier d’une quelconque morale. Et Mia en tombe forcément encore plus amoureuse. Mais l’ambiguïté aura éclos avant cela à plusieurs reprises, surtout au détour de deux portés sublimes. Le premier lorsqu’il l’emmène se coucher alors qu’elle feint de s’être endormie. Le second après la pêche en binôme. Deux brèves séquences dans un effet de ralenti accentuant la bulle idyllique dans laquelle se trouve la jeune femme, puisque le film n’aura de cesse d’apprivoiser son regard et uniquement son regard. On pourrait aussi évoquer la danse sur le parking ou le pansement et d’autres situations qui les conduisent à l’irréparable.

     La boule de rage Mia se fait toujours taquine mais plus tendre au contact de Connor, avant de découvrir sa vie de famille et de kidnapper dans son élan de colère Keira, sa propre fille, après avoir pissé au beau milieu de son salon. La séquence avec la petite fille déguisée en princesse, sur les bords de la Tamise est un sommet d’angoisse convoquant inexorablement les grands instants de L’enfant, des frères Dardenne. Mais ça va encore plus loin. Mia veut faire disparaître Keira, l’ange forcément irremplaçable de Connor, avant de se rendre compte, sans doute, qu’elle n’est que son propre miroir, d’enfant dans la tourmente. Fish tank signifie littéralement Aquarium. L’Essex pourrait donc être l’aquarium de Mia, de Keira, duquel on s’extirpe via une rivière, un fleuve, bientôt un autre littoral.

     Le titre d’une chanson de Nas, utilisé dans la sublime séquence d’adieu (« C’est un disque à toi, je crois ? » demande la mère à sa fille, en se trémoussant voluptueusement, en sanglotant) est plutôt représentative de l’ambiance du film, de la violence qui la traverse quotidiennement, éternellement, de cette fausse nonchalance qui l’habite (les larmes de la mère dans cette même scène sont peut-être ce que l’on verra de plus touchant et lumineux dans le film) et de méchanceté gratuite poussée en guise de contrepartie à une tendresse qu’il ne faut surtout pas montrer. L’image de la famille harmonieuse et aimante dont chacune d’elles rêve secrètement, entrecroisé dans ce déchirement de la séparation. Pour se dire je t’aime, les deux sœurs disent qu’elles se haïssent. Il faut y détecter le ton dans l’insulte, celui qui veut dire exactement le contraire de ce qu’il semble dire, à l’image de ce geste, cette étreinte magnifique, incontrôlée, qui n’avait jusqu’ici pas dû se produire souvent.

     L’intelligence de la fin est d’avoir contré la supposée binarité initiatique qui surplombe le cas Mia pendant tout le film, réduit en apparence à un départ en pension ou à la réussite d’un concours de danse. Pas de concours, finalement, étant donné qu’elle s’en échappe en constatant la supercherie, un peu ahurie devant des minettes toutes ressemblantes, très nouvelle star. Ce choix brutal brise définitivement le lien qui l’unissait symboliquement avec Connor puisque c’était de lui dont venait l’idée. Et pas même de pension. Le film se ferme sur son départ donc on croit que c’est sa nouvelle destination. Mais le film s’illumine une dernière fois sur ce parking, laissant Mia filer accompagnée du jeune gitan qui l’emmène au Pays de Galles. Une fin lumineuse pour Mia mais d’une tristesse infinie pour Kyle, qui accompagne son départ et qui n’aura bientôt plus sa grande sœur à embêter, sur qui crier, en qui se confier, avec qui s’étreindre.

Montparnasse – Mikhaël Hers – 2009

Montparnasse - Mikhaël Hers - 2009 dans * 2009 : Top 10 25.-Montparnasse-Mikhaël-Hers-2009-300x168Nocturnorama.

   8.5   Ce troisième moyen métrage est révélateur des aspirations du cinéma de Mikhaël Hers et sa découpe pour la première fois volontairement chapitrale ne fait que renforcer l’idée générale qui règne au sein de ses films, à savoir d’avancer avec le passé, de saisir le moindre fait du présent, une rencontre ou une simple discussion, de saisir des instants charnières qui n’en ont pas l’air, afin de libérer son esprit, non pas d’effacer marques et blessures (pas de réponses, pas de pages qui se tournent définitivement), mais de les utiliser pour repartir autrement. Montparnasse pourrait être un film choral pourtant il se constitue de trois petites histoires qui n’ont en commun que leur lieu et l’heure de la journée, le film étant entièrement nocturne. Ce sont Les rendez-vous de Paris Rohmériens à la sauce Hersienne. Les personnages intervenants dans une histoire n’apparaissent pas dans les deux autres. Malgré tout, ils ont tout en commun. Sandrine pourrait être Aude, autrement, ou Leïla, un autre jour.

     Le film s’ouvre sur Montparnasse et ne cessera d’y revenir de temps à autres, spécialité du cinéma de Mikhaël Hers que de mettre en lumière, en plan fixe, les lieux de ses propres films en insérant ci et là, en quasi suspension, le mouvement de la ville, ses lumières, son horizon, la beauté de son paysage, architectural ou naturel. De cette manière, la ville est elle aussi un personnage autour des personnages centraux interagissant dans chaque histoire. Cela peut-être la femme de l’étage du dessus que l’on entend crier ou encore croiser un vieil ami lors d’une balade ou alors une inconnue qui demande une cigarette. On parle régulièrement des lieux aussi, impressions diverses du présent ou remémoration de souvenirs, Roissy au loin et ces aléas d’avion incessants, une salle de cinéma à Denfert-Rochereau ou bien la simple évocation d’une ville du sud dans laquelle on a passé quelques temps. Et évidemment, le choix du plan-séquence, que Mikhaël Hers utilise beaucoup, renforce la qualité de ces films quant à l’espace utilisé.

     Dans le premier segment, Sandrine s’apprête à accompagner sa soeur au cinéma, mais elles lui préféreront une longue marche dans laquelle s’engagera une discussion qui se terminera dans l’appartement de la seconde. Le personnage joué par Sandrine ressemble beaucoup à celui de Raphaël dans Memory Lane, en plus retenu, sur la brèche mais encore loin, peut-être, de cette saturation terrifiante. Discussion sur la peur de ne pas être à la hauteur, d’avoir cette impression de faire fuir, de ne pas vivre sa vie comme on l’espérait. On ne le dira jamais assez mais la qualité première chez Hers c’est l’écriture et sa manière de la mettre en scène, tant il trouve un équilibre surprenant. Ce segment s’achève sur une séquence aussi hypnotique que déchirante, en musique comme souvent chez le cinéaste. La grande soeur (encore que là-dessus rien n’est précisé) se met à danser, Sandrine la regarde, elle sourit, elle l’admire, l’envie, on ne sait plus trop, puis finalement elle danse à ses côtés et Hers n’hésite pas à étirer cette séquence afin d’accentuer cet état d’hypnose avant de terminer sur le même plan que précédemment de Sandrine, assise, observant sa soeur, donc on ne saura pas si oui ou non elle a réussi à la rejoindre, franchit ce cap de la timidité, fait ce pas en avant qu’elle redoute, permis à ce corps de se libérer entièrement ou si elle rêvait simplement de cette symbiose des corps en mouvement.

     Dans le suivant, ce qui s’apparente d’abord à un dîner entre un père et son fils, se révèle l’échange improbable du croisement occasionnels des uns en mémoire de quelqu’un. Aude. C’est le nom de ce court. On ne verra pas d’Aude. On en parlera beaucoup, parfois au présent, parfois à l’imparfait, ne serait-ce que cette simple idée c’est bouleversant. Un objet devient le vecteur d’un sentiment fort, ce genre de vecteur où il faut se retenir pour ne pas craquer. Un appareil photo, dans lequel s’y trouve l’impression de ces souvenirs, trop importants pour les oublier, trop éprouvant pour en parler. La discussion évoque Aude, parcimonieusement, mais surtout elle se centre sur les destins de chacun, extrapole pour éviter le sujet premier de ce dîner qui n’a rien de banal. Cette partie se termine sur un plan de retrouvaille entre le garçon et Aurélie, la soeur de la fille dont on ne fait que parler et un père qui s’en va de son côté, mais déjà cet ultime plan a quelque chose de plus réconfortant que celui de la première partie.

     Le cinéma est aussi une affaire de sens, de choix du sens, donc de montage. L’inversion des courts dans le moyen métrage aurait sans doute eu un autre impact, plus grave, trop mélancolique, moins lumineux. Mikhaël Hers prend l’option d’achever Montparnasse sur une rencontre, d’une simplicité étonnante. Une rencontre dans un bar, où la jeune femme écoute la musique du garçon, avant que cela ne se poursuive dehors, lors d’une marche sans fin (Les personnages choisissent systématiquement de marcher dans les films de Mikhaël Hers tout en ayant souvent pris d’abord l’option d’aller boire un verre, se poser ou aller au cinéma) puis dans l’appartement de la jeune femme. Regarder Paris, scruter l’horizon et échanger des banalités qui n’ont finalement plus rien de banales. Lorsque le jeune homme demande à la jeune femme s’il peut l’embrasser et que le film s’en va se fermer sur ce baiser, on se dit que ce voyage, bien que souvent éprouvant, gagne en luminosité. Cet équilibre là me fascine énormément dans ce cinéma là. Dans le cinéma d’aujourd’hui, mais à un degré moindre tout de même, seuls deux cinéastes ont réussi à rendre compte de ce double état, il s’agit de Guillaume Brac et de Sophie Letourneur. Mais Hers a quelque chose de plus : cette magie de l’épure saisissante alliée à des dialogues renversants.

35 rhums – Claire Denis – 2009

35 rhums - Claire Denis - 2009 dans * 2009 : Top 10 35-rhums-18-02-2009-8-g

I guess I’m floating.

   9.0   Le cinéma de Claire Denis abrite beaucoup plus qu’il ne montre. D’un iceberg, elle masque la partie immergée. Elle a cette faculté à faire que l’on débarque dans une histoire, le tournant d’une histoire, pas non plus édifiante mais qui a le mérite d’exacerber émotions et sensations. Et ceci, c’est le cinéma de Claire Denis. Probablement celui qui se rapproche le plus de Us go home, son meilleur film. Des adolescents grandissent le temps d’une soirée, un père et sa fille vivent leurs derniers instants vraiment ensemble sous le même toit avant que la seconde ne prenne son envol d’indépendance. Une page se tourne. La forme est un poil différente ici : la réduction en une journée semble avoir glissée vers une retranscription plus elliptique selon une temporalité moins aisément situable. C’est le quotidien d’un père et de sa fille. Un pot en honneur d’un collègue retraité. Une soirée concert qui prend une autre tournure. Un voyage en Allemagne sur la tombe d’une mère défunte. Les préparatifs d’un mariage. Et bien d’autres moments encore. Sinon celui de la fatalité, ce cinéma là recherche l’instant définitif. Aux trois regards fuyants dans des directions opposés dans le dernier plan de Us go home qui semblent vouloir dire qu’une simple nuit comme une vie vient de passer, 35 rhums apparaît plus chargé, l’idée apparaissant sous différentes formes, au moyen de plusieurs destins. La retraite apaise un homme autant qu’elle masque une inquiétude, un manque, elle devient errance et solitude, s’engouffrant dans un vide existentiel suicidaire. Un jeune homme peine à quitter le foyer probablement familial, tout du moins un appartement hérité, où les souvenirs s’entassent autant que les bibelots et la poussière. Grégoire Colin dans le rôle du garçon c’est tout le cinéma de Claire Denis qui ressurgit, fait apparaître les fêlures par la simple présence d’un visage que l’on a tant pu croiser. Une fille en fac qui vit seule avec son père est elle aussi sur le point de partir. Et une femme attend éternellement. Les édifices du scénario n’ont rien de foncièrement sensationnel c’est ce qui me plait dans ce cinéma. Un cadavre sur une voie ferrée, la visite à une femme/mère au cimetière, l’imminence d’un mariage, tout cela pourrait être lourd ailleurs mais ce n’est jamais appuyé ici, à peine esquissé qu’il peut planer quelques doutes, mais ça n’a pas d’importance, ce sont les interactions qui sont importantes. Ce n’est pas le but du voyage en Allemagne qui devient central (nous ne verrons qu’un plan unique de quelques secondes d’une gerbe déposée) mais le voyage lui-même, la rencontre, la présence d’une tante, d’une cousine, le dialogue en allemand et la promiscuité chaque jour plus forte entre un père et sa fille. Tout est affaire d’instant, où la sensation naît de la durée de cet instant. La plus belle séquence du film c’est le concert manqué. On peut même se dire, avec un peu de recul (car une fois encore rien ne sera textuellement explicite) que cette soirée est peut-être celle qui voit Joséphine choisir Noé, le voisin amoureux plutôt que Ruben, l’ami de la fac. Une voiture qui fait un caprice et un concert annulé, la soirée se termine dans un bar fermé qui va rouvrir. Les corps sont guidés par la singularité du moment, un mouvement nouveau, un peu de musique les entraîne et une chorégraphie, comme seule Claire Denis sait le faire, se met en place. Une danse puis une autre, dans la durée, où les regards et les gestes ont la charge d’une ivresse chaleureuse, d’une tendresse généreuse. Le film s’ouvrait sur le plan à l’avant d’un train, en mouvement, à l’orée du crépuscule. Ce n’est pourtant pas un film crépusculaire mais celui d’une attente liée à une inquiétude des lendemains. Les rails prennent la moitié du plan et sont déjà des personnages, ils suivent une ligne droite, se chevauchent, tournent, se dédoublent, prennent une autre direction. Ils sont déjà ce mystère. Le mystère c’est la réussite de ce 35 rhums. Film simple et limpide qui masque tout mais ne cache rien. C’était ma deuxième fois. La deuxième rencontre avec un film de Claire Denis est au moins aussi importante que la première, elle permet une autre lecture, plus axée sur l’histoire que sur son ambiance, donc d’y voir un autre film. C’est magnifique. Je m’y sens comme chez moi.

Les derniers jours du monde – Jean-Marie & Arnaud Larrieu – 2009

Les derniers jours du monde - Jean-Marie & Arnaud Larrieu - 2009 dans * 2009 : Top 10 80289_oLiberté !

     8.3   Les dernières paroles que l’on entend sont celles de Léo Ferré, ‘(…)c’est ton style, ton style c’est ton cul, c’est ton cul (…)’ ce sur quoi un homme et une femme courent nus en plein Paris juste avant l’Apocalypse. Cette fin, que le titre suggère, ne correspondra jamais à ce que l’on s’y faisait. Au présent, un homme tente de raconter son histoire, plutôt récente, elle date d’un an. Au présent, il a un bras amputé, il semble vivre seul, déambuler dans un Biarritz proche du chaos, sous une pluie de cendre ou envahis par des hommes masqués tout de jaune vêtus. Au passé, ce sont les images de ce qu’il nous raconte que l’on voit, sa vie de famille, puis cette troublante apparition en la présence d’une femme, qui le conduira à l’adultère. Passé et présent se mélangent. Quelques signes ou personnages, ambiances ou objets permettent de les différencier, mais on glisse de l’un à l’autre sans indices, sans évidences, soit lorsque Robinson est enfin seul, devant ce petit livre de cuisine qui lui sert de manuscrit (parce qu’il y a pénurie de papier dans le pays) ou simplement d’une scène à une autre, parce que la précédente se termine. Il n’est pas impossible de le voir aux côtés de sa femme, puis ensuite accompagné de l’ange blanc Laé ou par rencontres régulières avec cette femme qui semble si bien le connaître, lui et son père, récemment disparu en mer. Il n’y a rien de précis, c’est comme si l’on naviguait dans la tête de cet homme. Ce qu’il voit et vit et ce qu’il se rappelle. Si au début le souvenir prend davantage de place qu’ensuite, les lignes temporelles continueront de se mélanger jusqu’à la toute fin du film où elles ne semblent plus faire qu’un. Le film ne devient pas fou, il est fou. Dès les premiers instants. Le fait de ne rien savoir de cette situation inquiétante liée à ce chaos imminent suffit. Le film est vécu de l’intérieur. En accompagnant systématiquement cet homme, complètement en retrait face aux évènements, indifférents aux propositions de sa fille de quitter le pays sur son bateau, refusant par la même occasion les avances de cette femme qui voudrait le conduire jusqu’en Costa Brava. C’est Laé qui le préoccupe. Cet amour clandestin qui s’est estompé, qui a disparu, qui l’a abandonné, on n’en sait dans un premier temps pas grand chose. Et puis cette menace d’apocalypse se confirme. L’eau potable vire au jaune fluo. La terre se met à trembler. On parle aussi d’ogives nucléaires. Le chaos prenait l’apparence d’un problème d’ordre chimique (bouches d’égout ouvertes, hommes masqués, contamination de l’eau courante) avant qu’il ne semble être lié aux nappes phréatiques (éboulements, tremblements) puis aux menaces gouvernementales (renforcement des frontières, missiles nucléaires). Le film ne contrebalance jamais son point de vue. Pas de fin du monde à l’américaine, pas d’effets spéciaux. Tout est vécu d’un point de vue humain, qui devient multiple, parce qu’il se charge de raconter une époque et une autre. De s’attarder sur des personnages et sur d’autres. De surprendre par des détails ou des trucs incroyablement imposants. On y échange un morceau de viande contre un vélo, on conduit une camionnette avec un masque de plongée parce qu’il n’y a plus de pare-brise puis de nombreux personnages se mettent à mourir tous en cœur dans un effet boule de neige. Et on baise ! Ombeline (Catherine Frot) voudrait s’offrir à Robinson toute la journée en buvant du vin. Laé déambule entièrement nue dans la majorité de ses apparitions. Lorsque Robinson retrouve sa femme sur Toulouse – devenue capitale de la France parce que Paris est sous les bombes – et alors qu’ils sont séparés, là-aussi il n’est plus question que de sexe car comme le dira t-elle « C’est fou c’qu’on baise quand ça va mal ». Le dernier film des frères Larrieu s’apparente à quelque chose de plus passionnel et pulsionnel qu’autre chose, comme si cette fin du monde matérialisait toutes les envies et les propulsait en remparts aux évènements. Du même coup on se fiche de cette fin du monde. Elle n’est pas vécue comme un cauchemar ni comme quelque chose de tragique. C’est un récit extrêmement drôle qui vient nourrir toute cette utopie du plaisir avant la mort. Parce qu’il y a des morts en plus, dans le chaos qui se propage des coups de folies surgissent – Une femme déçue se tranche la gorge, un homme terriblement amoureux fait le saut de l’ange – et des attentats se multiplient – le tir de rocket. Mais ce n’est jamais grave, toujours fou et génial. C’est un film d’une liberté absolue, complètement fou et foutraque et pourtant c’est tout à fait lisible, très beau, très poétique – quelle fin magnifique !

Le ruban blanc (Das weiße band : Eine deutsche kindergeschichte) – Michael Haneke – 2009

Le ruban blanc (Das weiße band : Eine deutsche kindergeschichte) - Michael Haneke - 2009 dans * 2009 : Top 10 ruban-blanc-michael-haneke-300x200Le vent sombre.   

   8.2   Le nouveau film du réalisateur de Benny’s vidéo n’est pas tant un retour aux origines du fascisme, comme on a eu le loisir de le lire dans de nombreuses critiques cannoises, qu’une expérimentation des dérives de l’éducation répressive. S’il était imprudent, Haneke aurait très bien pu présenter son récit telle une démonstration pédagogique. Heureusement, formellement il est très fidèle à lui-même (plans-séquences fixes, hors-champs, atmosphère clinique) et utilise plus de moyens suggestifs que démonstratifs. Parfois il est même pris au piège par ses propres initiatives, on y reviendra. Mais Le ruban blanc a aussi une qualité qui le place indéniablement comme l’un des films les plus importants de l’année c’est son aspect authentique dans la fiction. Le jeu absolument irréprochable de chacun des acteurs, de tous les enfants. Sa manière de traiter l’histoire en simple toile de fond en s’intéressant avant tout au destin tragique de ce petit village, ses relations conflictuels, ses mystères, sa violence brute ou suggérée, et cette histoire d’amour pleine de pudeur que vit notre narrateur.

     J’ai choisi différentes séquences – plutôt que d’exprimer un point de vue et une admiration qui tournerait en rond – symbolisant toutes les tentatives du cinéaste, ses choix, afin de cerner au mieux la dimension émotionnelle du récit, la force de sa mise en scène et sa portée universelle.

     La première scène (soit le premier plan) est déjà fascinante. Une voix se fait entendre, elle semble appartenir à un narrateur. Elle n’évoque pas de situation historique, elle parle directement de ce village. D’une petite communauté qui vivrait sous les ordres de dieu et où rien ne laisserait envisager d’évènements tragiques. Mais, très modestement, elle se déleste de toutes vérités absolues en nous faisant savoir que tout ce qui va nous être raconté n’est probablement pas entièrement véridique. L’écran est d’abord entièrement noir avant de laisser apparaître une image, celle d’un grand verger en profondeur. Le cadre et son noir et blanc sont immédiatement prodigieux, on est saisit par cette beauté plastique autant que par la force déjà singulière du récit qui nous est comté. La voix parle d’un accident et nous voyons celui-ci se produire. Un homme sur son cheval chute violemment, à cause d’un fil invisible que l’on aurait tendu volontairement entre deux arbres. Mais ce dernier fait nous ne le saurions que peu de temps après. Ce qui me fascinait dans cette première scène c’était son pouvoir immédiat d’inscription dans l’œuvre. Dès les premières secondes nous y entrons, nous n’en sortirons jamais. Un peu comme dans Barry Lyndon de Kubrick qui nous saisit d’emblée par sa Sarabande, ce duel et cette voix cynique et amicale. Haneke est encore plus économe que Kubrick, car il fait tout cela en silence. Il faut attendre une bonne minute, une fois que le film commence, pour entendre cette voix, puis encore une avant d’y entrevoir une image. Personnellement j’ai trouvé cette idée merveilleuse. Une idée très proche du Satantango de Béla Tarr qui lui avait choisi ce travelling très lent pour dévoiler la ferme et les rues du village, tout cela dans le silence complet, excepté celui des bêtes et du vent.

     Mon second choix se porte sur un dialogue entre un petit garçon de cinq ans et sa sœur. Rudolph et Anni. Ils mangent une bonne soupe quand soudain Rudi s’intéresse au sort de la femme du paysan. Sa grande sœur lui dit qu’elle est morte. Il demande ce que cela signifie. S’ensuit une très longue discussion autour de la mort. Le rapprochement opéré avec le père, notre docteur du départ, tombé de cheval. Rudi comprend l’accident (donc la mort) mais pas sa gravité. Il demande si tout être vivant doit passer par-là. Moi aussi ? Papa aussi ? Même maman ? Et c’est à cet instant qu’il comprend qu’on lui a caché la mort de sa mère, qu’il croyait en voyage. Ce dialogue uniquement en champ/contrechamp est somptueux. Toutes ces questions surviennent comme un amas de plomb sur la tête de la jeune fille qui ne peut guère mentir, sinon s’arranger pour modérer. Rudolph l’innocent donnera un grand coup dans son bol de soupe, pour témoigner sa colère, montrer que l’on n’a pas respecté ses sentiments. Quelque part, il a déjà le visage de son père.

     Je voulais aussi intervenir sur une scène aussi magnifique que symptomatique des limites du travail de précision et de ‘cache’ d’Haneke. Nous sommes dans la demeure du pasteur. Précédemment il fait un discours moraliste à ses enfants parce qu’ils ne sont pas rentrés à l’heure et méritent donc de porter ce ruban de l’innocence autour du bras ainsi que recevoir des coups de cravache. On découvre la mère préparant les rubans. Elle appelle ses enfants. Klara et Martin. Ils rejoignent leur père dans une pièce. La caméra se fige derrière la porte. On ne voit pas ce qui se passe à l’intérieur. Martin ressort, il semble devoir aller chercher quelque chose. Il revient. Une cravache à la main. Il entre, ferme la porte. La caméra se fige une nouvelle fois comme par pudeur derrière cette barrière. Perfection du hors-champ, de la suggestion d’une violence. Comme dans Funny games où après un coup de feu, l’objectif restait pointé sur la télé, couverte de sang, sans rien dévoiler de la situation, nous rendant prisonnier des faits. Haneke en est un grand spécialiste. Mais dans cette très belle scène (il faut malgré tout lui reconnaître ça) il va sans doute trop loin. Choisissant de nous faire entendre les coups infligés ainsi que les cris qui s’ensuivent. Etait-ce utile ? Il avait déjà tout dit. Du coup il se place comme voyeur dans cette séquence. Ou plutôt il nous place comme voyeur – plaisir sadique. Il ne montre pas directement mais il montre quand même. C’est vraiment dommage car tout dans cette séquence est huilée à la perfection. C’est d’ailleurs la seule chose que je lui reproche dans son film. La clarté évidente (surtout lors du second visionnage) de l’enchaînement de chaque situation ne permettait pas un tel abus de pouvoir. Mais je ne lui en veux pas.

     Une séquence sublime aussi pendant la fête de la moisson. Le narrateur nous guide encore. Il annonce un climat festif, dans lequel on baigne déjà, tout en prévoyant un événement désastreux. D’un côté cet homme qui danse avec sa future promise, ces tables pleines à craquer de bouffes, de boissons. De l’autre un paysan vengeur et désespéré qui s’en va faucher les choux du régisseur. Haneke alterne c’est assez rare chez lui. Alterner deux événements sur une temporalité identique. Cette scène est très intéressante parce qu’elle montre que même si le cinéaste a choisi l’option mystérieuse quant aux actes criminels qui surgissent un à un dans la petite bourgade, il n’a néanmoins pas oublié d’en montrer d’autres, plus évidents, souvent vengeurs, celui-ci où celui de l’oiseau en croix, tout en laissant à d’autres encore le mystère de l’accident ou non, comme celui de la jeune paysanne. C’est tout à son honneur. Et surtout ça renforce l’aspect authentique car non systématique de la récurrence des faits.

     Il y a aussi cette scène, la plus violente du film. Une des plus violentes du cinéma de l’Autrichien. En un sens je trouve qu’elle lui correspond, la violence a toujours été plus ou moins présente dans son œuvre, psychologique, sèche ou continue. Mais souvent elle apparaissait jusqu’ici par l’image, le mouvement. L’autodestruction dans Le septième continent. La tuerie dans 71 fragments d’une chronologie du hasard. Pour une fois elle est un dialogue. A part une gifle il n’y aura pas de violence physique dans cette séquence, tout passe par les mots. Le docteur est en train de se faire masturber par la gouvernante. Plan quasi identique à l’un de ceux de La pianiste. L’homme ne bande plus, il se retire, en colère et vide son sac sur cette femme, lui débite tout un tas de méchancetés, qu’il devait ruminer depuis des années, avant de lui asséner un « Mais bon sang, tu ne peux pas juste mourir ? » final. Cette scène qui montre une fois de plus l’excellente prestation de Suzanne Lothar, la mère de famille de Funny games, est un truc abominable, qui fou la chair de poule.

     Cette violence est partout dans le ruban blanc. Les hommes face aux femmes. Les parents face aux enfants. Les enfants entre eux. Les enfants face aux parents ? Mais elle est construite discrètement. Avec discernement. Dans le mensonge, les coups-bas. Elle est vicieuse. Mais imprévisible. Haneke se gardera bien de tout nous dévoiler et c’est tout à son honneur. Il ne cherche pas les coupables, comme cet instituteur à la fin ne les cherche pas non plus. Il les a sans doute en face de lui. Non c’est avant tout de savoir pourquoi qui intéresse et le cinéaste et l’instituteur, alter égo du cinéaste quelque part. Evidemment ça saute aux yeux que les enfants sont coupables sans véritablement l’être au départ, qu’il s’agit d’un concours de circonstances basé sur des idéologies autoritaires, un système de punition sans faille, des coutumes supprimant les libertés qui font de ces enfants des (futurs) êtres dangereux.

Le roi de l’évasion – Alain Guiraudie – 2009

le-roi-de-l-evasion_207931_16465Sexe fou.  

   8.7   Voilà le film de l’année 2009 qui met la pêche ! Une petite merveille incroyablement déjantée, que je mettrai bien aux côtés d’un autre film sorti cette même année, Les derniers jours du monde des frères Larrieu. Deux films fantastiques, drôles et surprenant. Deux films aux dialogues aussi improbables que leurs personnages. Et une bande-son qui vient d’ailleurs.

     Armand vend du matériel agricole dans une petite campagne du sud, il aime la vie et les hommes bien mûrs. Mais il ne ressent pas une pleine satisfaction et se pose de grandes questions sur sa marginalité. Curly (Hafzia Herzi dans un rôle surprenant) est une fille de seize ans. Lorsque Armand la sauvera d’une situation bien délicate, Curly va tomber amoureuse de lui. C’est d’abord une pulsion sexuelle puis c’est davantage. Bientôt ils se retrouveront tous deux dans une cavale assez géniale avec le sexe comme fil rouge.

     Mais il y a un flic un peu collant. Le genre de flic qui peut vous surprendre en pleine masturbation dans la nature face à un lac, en pleine fellation de votre patron. Le genre de flic qui est partout même quand il n’est pas là (la scène du bracelet électronique, tordante). Il est très calme et nous gratifie à la fin d’un ‘je suis sur une autre piste’ qui prend une tournure désopilante par la suite. L’acteur dans la peau de ce flic est fantastique. Pour moi c’est une découverte. N’importe quel acteur l’aurait mal interprété. Sa personnalité est tellement singulière, presque sereine, hypnotique, qu’un jeu caricatural aurait probablement tout détruit, l’aurait rendu détestable.

     Il y a une autre trouvaille qui vaut son pesant de cacahuètes : La Dourougne. Sorte de pomme de terre revigorante qui en plus de rendre super dynamique a des vertus aphrodisiaques d’enfer. C’est un élément majeur dans le film. Elle semble d’abord exister pour satisfaire les petites envies homosexuelles dans la forêt puis sera utilisée par notre petit couple pour fuir – entre deux plaisirs – la police qui commence à avoir des doutes quant à leur performance d’endurance. L’envie de bouger, l’envie de baiser ! Fantastique ! Et il faut voir Herzi et Berthillot courir entre les arbres, c’est à mourir de rire.

     Une scène, à la toute fin du film, concourt pour les plus beaux moments cinématographiques de l’année : Un petit vieux, pas le queutard du début bien sur, évoque sa vie sexuelle, son conventionnalisme et sa redondance « et le plus con dans tout ça c’est qu’il m’a fallu attendre soixante-dix ans pour comprendre ça… » donc ses regrets. C’est une scène somptueuse, filmée avec beaucoup de pudeur, avec une sorte de symbiose lorsque les corps nus se tournent, avec une infinie tendresse lorsqu’ils se touchent. Guiraudie, comme Reygadas avant lui, rend beau, du moins charmant, des corps que l’on trouverait laids, des corps tout du moins éloignés des canons de beauté et cette séquence en est l’illustration parfaite. Il éclate même cette barrière de la sexualité unilatérale. Deux corps nus similaires – de même sexe – ensemble ou le sexe hétéro plus traditionnel, sonnent de la même manière, se répondent, se font écho.

     Il y a quelque chose de fort dans le cinéma de Guiraudie c’est sa façon de se jouer des codes, des tendances, des conventions du dialogue. Il prend plaisir à tout contourner mais sans cynisme, à rendre sérieux une discussion surréaliste. N’oublions pas que 80% des hommes du film sont gays ! Il y a un dialogue que j’aime beaucoup qui se déroule sur une aire de drague homo. Armand fait part de ses doutes à son ami « Si hommes et femmes s’entendent, qu’ils font des gosses, que c’est comme cela depuis la nuit des temps, c’est que ça doit pas être si mal.«  Il faut voir le ton de Berthillot et le regard de son ami. Cette sensation d’un truc universellement incompris, au moins dans le cinéma de Guiraudie, et pourtant si évident. J’adore l’idée même de se poser la question. Berthillot m’a beaucoup rappelé Pharaon dans L’humanité de Bruno Dumont. Même sensibilité un peu gauche, même timidité. Personnage extraordinaire.

     Le roi de l’évasion est donc un film fou, où l’on ne sait plus si l’on rêve, si tout est réel (à l’image du cauchemar de Armand) doté d’une ambiance western plutôt étrange, un film très nature, qui bouge sans cesse à l’image de sa dourougne, gadget cinématographique comestible de l’année.

Kinatay – Brillante Mendoza – 2009

Kinatay - Brillante Mendoza - 2009 dans * 2009 : Top 10 kinatay-3-300x200

Voyage au bout de l’enfer    

   8.5   Mendoza est l’un des grands cinéastes jeunes à suivre. John John et Serbis le prouvait, Kinatay le confirme. Ce dernier est son film le plus intense, le plus suffocant. C’est une expérience cinématographique hallucinante qui diffère quelque peu de ses précédents films et tant mieux. Dans les premières minutes on se croirait à nouveau dans John John. Même effervescence de la ville. Puis, lorsque la nuit va tomber c’est un nouveau visage que nous montre Mendoza. Un cinéma du temps réel ça on le savait déjà, un cinéma de l’horreur version torture réaliste, surtout un cinéma expérimental déjouant les sons de l’extérieur par des sons artificiels stridents, angoissants, rappelant certains films d’horreur, dont il est en train de s’approprier les codes, de les utiliser à sa manière.

Un jeune homme d’une vingtaine d’année, qui prend des cours de criminologie (ironie du sort, premier clin d’œil à un possible film de genre) afin de devenir policier, vit avec sa petite amie, avec qui il va se marier en début de film (nouveau clin d’œil via la suite de l’histoire au genre Horreur avec un événement important renforçant le paroxysme de l’histoire donc sa non-crédibilité) et son bébé de sept mois. Pour y survivre il fait des petits boulots nocturnes illégaux, principalement liés à la drogue. Balades dans Manille, mariage express à la mairie, passage devant un attroupement de journalistes et passants attendant le suicide d’un citoyen. Caméra à l’épaule, lieux très bruyants, Mendoza fait du Mendoza et déjà c’est assez magnifique.

Puis il y a une scission, une cassure très nette dans ce quotidien tracé. Un boulot plus important qui rapportera un max de fric. Peping est alors embarqué dans une bagnole avec d’autres types. Un long voyage en quasi-temps réel, se jouant entièrement dans le silence, avec seulement les bruits de la ville, les klaxons, les cris, et comme seule lumière les phares des voitures, les lampadaires sur les trottoirs. L’objet de ce voyage c’est une fille, appelée Madonna, qui n’a pas réglé ses dettes de dope. L’enlèvement est très violent, Peping ne peut pas broncher, il est déjà l’impuissant. La deuxième partie du voyage est d’une intensité rarement atteinte. En plus des bruits initiaux, ceux de la jeune femme, qui s’égosille pour rien derrière un amas de scotch, pleure à grands sanglots, ceux artificiels qui renforcent cet enfermement, la peur qui se joue sous nos yeux, nous qui découvrons tout en même temps que Peping. Nous sommes Peping finalement.

La dernière partie du film n’est pas racontable. Elle se vit. On bascule dans l’horreur suprême, le tout filmé de façon très pudique (en tout cas pour un film d’horreur). Filmé du point de vue de Peping. Nous voyons ce qu’il voit. Il ne peut agir et devient complice du drame. Aucune complaisance là-dedans, nombreuses sont les séquences insupportables que Mendoza se garde de nous passer. Ou seulement en hors champs. Seuls les sons seront présents. Peut-être est-ce pire ? Quoi qu’il en soit, ce voyage au bout de la nuit, où le levé du jour apparaît comme un coup de massue, un retour au réel (la circulation), aux besoins quotidiens (un morceau de bœuf ?), à la vie intime (une femme et son enfant) est le truc le plus malaisant vu cette année. Sans oublier cette incapacité de Peping à prendre un autre taxi à la toute fin du film. Cette impuissance (symbolique) qui le conduira à reprendre le même. La réalité de sa nuit cauchemardesque a rejoint la réalité de son quotidien. J’étais content d’en sortir. Et pourtant je rêve d’y retourner, tant c’est une expérience hors du commun.

Adventureland – Greg Mottola – 2009

Adventureland - Greg Mottola - 2009 dans * 2009 : Top 10 adventureland

Satellite of love.    

   8.7   Greg Mottola, protégé de Judd Apatow à la base est passé indépendant, dans le sens où il réalise donc sans son aide Adventureland, dans lequel on retrouve une équipe qui nous est quelque peu familière, comme Jesse Eisenberg, Kristen Wiig, Martin Starr ou encore Bill Hader, croisé deux ans plus tôt dans Supergrave produit par Apatow, déjà réalisé par Mottola.

     Adventureland est un parc d’attractions, ou plutôt une petite fête foraine qui a investit les lieux pour l’été. On y engage que des jeunes, qui n’auront guère le choix de se placer aux jeux ou aux manèges, ne pourront ni faire de cadeaux aux potes ni s’offrir une glace, et n’auront pour ainsi dire qu’une vulgaire pause pipi, où comme elle rare il vaut mieux faire la grosse commission, dira Joel (Martin Starr, le shooté de En cloque mode d’emploi). James fera partie de cette troupe. Lui  qui se voyait déjà en Europe avec ses amis pour juillet/août, mais qui mal aidé par des parents qui traversent une légère crise financière – prétexte pour le faire tafer ? Pour ne pas qu’il s’en aille ? – se voit contraint de bosser tout l’été pour financer sa rentrée à New York. Et ce sera donc Adventureland, le seul endroit où l’on accepte un type en pleines études littéraires.

     Un environnement que l’on imagine sans tricherie, où l’on découvre un chapeau collé dans le jeu des chapeaux, un panier ovale dans les tirs de baskets. Lieu que l’on pense sûr, où les forains eux-même n’iraient pas mettre le pied dans les manèges doutant de leur sécurité. Pourtant, ok le travail n’est pas spécialement passionnant – entre passer sa journée à commenter avec entrain imposé une course de chevaux colorés en plastique ou appuyer sur des boutons pour faire démarrer/arrêter un manège, pas sûr en effet que ce soit réellement palpitant -, ok il faut savoir se heurter parfois à une clientèle récalcitrante – qui voudrait, moyennant violence s’il le faut, le gros panda que les forains sont interdits d’offrir – mais il y a néanmoins un truc pour lequel on s’attache : Les collègues, dans la même merde que soi, on se fait des amis, voir plus. Cette phase de découverte du parc est probablement le moment le plus drôle du film. Ensuite il cherche beaucoup plus loin.

     C’est vrai chez Apatow et consorts, il est très souvent question de cul. Concrètement (En cloque mode d’emploi, Sans Sarah rien ne va…) ou dans le dialogue (Supergrave, 40 ans toujours puceau…) occasionnant pour les premiers une dimension conjugale intéressante et cocasse, et pour les seconds l’emploi d’un dialecte fait de grossièretés par des jeunes qui n’en demeurent pas moins attachants, par leurs maladresses et leurs émotions certes souterraines, mais fortes. Adventureland n’appartient à aucune de ces catégories, si je puis dire. C’est un film d’amour et de sexe. Le premier amour, la première fois, les amours déchus, les amours croisés. Mottola ne généralise pas. Car ce qu’il fait à merveille ici c’est de construire son histoire autour de cette kyrielle de personnages, finalement assez réduites (une dizaine seulement que l’on va bien connaître) avec lesquels, et pour chacun d’eux, il est possible de s’identifier au moins un peu. C’était Fassbinder qui disait, à propos de Douglas Sirk, qu’il était selon lui « l’unique cinéaste à aimer tant ses personnages pendant que de nombreux autres, moi compris, ne faisons que les mépriser ». Incroyable mais lorsque l’on sort d’un Sirk – je prends l’exemple de Mirage de la vie, celui qui m’a marqué au fer -  le cinéaste allemand a raison, on se rend compte que l’on aime tout le monde, qu’il n’y a pas ci et là de réels méchants, et ses films sont intenses aussi pour ça. Récemment je n’ai ressenti ça que devant deux films : Two lovers de James Gray, et donc Adventureland de Greg Mottola.

     Le fait de construire un récit à la manière d’un polar (quel amour s’en sortira ? Quelles vérités, quels mensonges éclateront ? Qui va payer l’erreur, la trahison d’un autre ? A quel niveau les différences se situent t-elle ? …) provoque généralement une identification à l’un, une répugnance à l’autre. Pas dans ces trois films. Pas dans Adventureland. Le film dans lequel il pourrait y avoir les pires connards de la terre et des salopes impossibles, et où finalement derrière chaque comportement, bon ou non, il y a un costume bien humain. L’exemple à citer c’est Connell, ou Lisa-Marie, mais prenons Connell : Le mécano du parc, play boy de ses dames qui drague en se faisant passer pour l’ancien batteur de Lou Reed, alors qu’il se trompe de titre pour Satellite of love, Connell qui avec ça entretient, alors qu’il est marié,  une relation purement sexuelle avec Em, dont James est tombé amoureux. Rien ne semble rattraper ce pauvre DomJuan. Et pourtant c’est un homme qui devient attachant peu à peu, car il se révèle une sorte de grand frère auprès de James, le conseille plus que l’enfonce dans son désir amoureux pour la jeune femme.

     Il y a un côté très intime là-dedans, qui sonne vrai, que l’on ne voit jamais au cinéma : ce garçon qui est gêné par une gaule persistante et qui décide de rester dans la piscine au moment où la jeune fille lui demande de la suivre, cet instant où il embrasse Lisa-Marie après le resto alors qu’elle lâche un « hum, fondue… », lorsqu’il dévoile ses (non) expériences sexuelles à Em et qu’elle sourit, mais pas d’un sourire moqueur. C’est ça que j’aime ici, ça me parle vachement, l’impression de l’avoir ressenti comme l’ayant déjà vécu. Et il faut croire que Mottola a vécu ce qu’il filme. Cette date déjà, 1987, qui semble le rapprocher de sa propre jeunesse. Et cette évocation permanente du chanteur des Velvet Underground qui est partout : Sur les murs, les tee shirts, dans les discussions, à l’écoute dans la voiture. Je voulais justement parler de Pale Blue Eyes, morceau employé comme love theme du film. Une scène quasi muette où les regards se perdent et se croisent. On se croirait l’espace d’un instant tout droit sortis de la Swedish Love Story de Roy Anderson.

     Bref, c’est selon moi un grand film romantique. Avec des acteurs superbes, Kristen Stewart devant, littéralement magnifique, qui en plus est doté d’une mise en scène sobre et belle. Au verso du dvd on a droit à une perle : le film est présenté comme déjanté et hilarant. A se demander si les distributeurs ont vu le film. Cela dit, ils n’ont pas totalement tort. Le film est aussi très drôle. Il y a ce personnage très Superbad qui s’exprime à coups de « chat-bite violents » et aussi certaines séquences avec Bill Hader par exemple, avec le client violent ou le commentaire de course, qui sont des trucs énormes dignes des plus grands moments de Supergrave. Mais en mieux, car mieux dosé. Qu’importe, en ce qui me concerne, ce fut un super moment. Drôle mais surtout bouleversant.


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