• Accueil
  • > 2014/2015 : Top10 Séries

Archives pour la catégorie 2014/2015 : Top10 Séries

Banshee – Saison 3 – Cinemax – 2015

32Even God Doesn’t Know What to Make of You.

   7.5   Me voilà donc à jour, prêt à en découdre avec une quatrième et dernière saison qui s’annonce phénoménale. Je vais me répéter mais c’est un superbe troisième opus, à la fois dans ce qu’il continue de construire de tragique, éreintant (on a vraiment la sensation de voir apparaître les fêlures sur chaque visage) et irrémédiable que dans sa générosité d’action proprement hallucinante qu’il s’agisse ici d’un casse vertigineux (s’étirant sur une moitié d’épisode non-stop) ou d’une baston bien grasse dont seul Banshee a le secret (Je veux bien entendu parlé de celle, mémorable, entre Nola et Burton) ou d’un huis clos de taré dans un commissariat pris d’assaut ou de ce jeu de chat engagé entre Chayton et les autres, essentiellement Hood, qui plus que jamais voudrait quitter Banshee mais en est empêché, à la fois par les évènements, mais aussi par une force abstraite qu’il ne maitrise pas et le rend de plus en plus vulnérable. Autant qu’immortel. C’est tout le paradoxe génial de cette saison hors norme, dont on ne serait finalement pas surpris de voir crever tout le monde – L’épisode final, une fois de plus, est une merveille de violence absolue et de construction croisée (Trois règlements de compte en un). Chayton, lui, balance tous les anciens méchants dans les cordes, au moins en tant que boule de rage et de haine sans but précis, au point de palier à l’absence de Rabit. D’autant qu’il est merveilleusement relayé ici par de nombreuses storylines qui se rejoignent, jusque dans un groupe militaire qui en tient aussi une bonne couche. La saison collectionne les morceaux de bravoure et les glissements imprévisibles à l’image de cette fin d’épisode 5 d’une violence terrible, parachevant un climat des plus anxiogènes, qui m’a laissé sur le carreau. La suite !

The Affair – Saison 1 – Showtime – 2014

11742685_10153027482422106_504544373456523111_nAu-delà du souvenir.

   9.0   Noah, néo quadra, est prof et écrivain à ses heures, marié et père de quatre enfants. Un gars de la ville, sans histoire. Alison, la trentaine, est serveuse dans une petite bourgade près de la mer. Une femme mariée qui transporte une blessure récente et terrible. Tous deux vont se croiser et s’aimer follement plus ou moins dès le premier regard. The Affair fait le pari de raconter cette relation en sectionnant chaque fois son épisode en deux parties, l’une offerte à Noah (Impeccable Dominic West), l’autre à Alison (Divine Ruth Wilson).

     Ce qui est beau dans le pilot c’est de voir combien cette future rencontre est vécue de manière prémonitoire dans la partie offert à Noah et complètement hasardeuse, du côté d’Alison. Pour elle c’est un jour habituel si ce n’est que Montauk reçoit ses estivants. Pour lui c’est un flirt à l’honneur dans une ouverture à la piscine municipale où il se laisse gentiment séduire par une jeune femme, qui au sortir se dérobe aussitôt découvert l’alliance au doigt de sa proie. Mais l’épisode, l’air de rien, s’ouvre sur une subtile odeur de mort qui fera forcément écho avec le drame vécu par Alison – C’est d’abord le fiston qui simule un suicide au moment du départ, plus tard la plus jeune qui s’étouffe avec une bille, sans conséquence. L’idée est d’ailleurs double puisque l’étouffement se déroulera dans le restaurant dans lequel travaille Alison, encore fragile, je n’en dis pas plus. Je ne parle qu’exclusivement du pilot, là. Quoiqu’il en soit, tous les relie, inévitablement. La ville rencontre la campagne. L’apparente tranquillité familiale entre en contact avec le drame familial qui a tout brisé. Les différences d’âge aussi, se collisionnent.

     Les trois premiers épisodes, aussi sublimes soient-ils, pourraient dégager un schématisme rugueux dans lequel chaque partie serait le miroir déformé de la précédente sur un laps de temps et de situation similaire, avec comme seule différence notable le point de vue. Celui de Noah, puis celui d’Alison. Le quatrième épisode, construit pourtant pareil en apparence, brise cette habitude, la partie Alison débutant là où s’achevait la partie Noah. Pendant qu’ils font l’amour, pour la première fois. Un tournant. C’est d’ailleurs un épisode qui leur est entièrement dévoué, leurs maris et femmes restant hors-champ pendant l’heure. Tout se passe à Brock Island, lieu d’évasion vers lequel on file par le ferry, à l’intérieur duquel on se perd entre petites boutiques, phare et falaises. L’épisode suivant reprendra le schéma initial mais inversera l’ordre des points de vue, comme si le récit venait empiéter et dévorer la construction même, accentuer le mystère, le vertige et faire exploser la discrétion de cette double relation adultère.

     Ce qui ne change pas c’est le degré d’investissement et de détermination qui réside en chacun des deux personnages, évoluant au gré des souvenirs respectifs. L’un étant systématiquement plus entreprenant dans le souvenir de l’autre. Et ce que l’on retrouve aussi systématiquement ce sont ces brefs flashes forward d’interrogatoires dans lesquels on comprend qu’ils sont tous deux questionné sur une affaire de meurtre, qui s’éclaircit à mesure que la série progresse – On pense au procédé utilisé dans True detective, excusez du peu. Du coup on peut aussi voir cette somme de souvenirs comme le récit que nos deux personnages racontent et tentent de se remémorer (voire écrire) plus tard – Aucun élément n’est donné à propos de la temporalité. C’est une donnée importante dans The affair cette dislocation temporelle. Dans quelle sphère se situe cette partie thriller ? Quels sont les écarts de temps entre les différentes rencontres entre Alison et Noah ? Un moment donné, plus ou moins vers la moitié de la saison, on comprend que les vacances se terminent, on comprend alors que l’on vient de voir une passion cachée de huit semaines. Et que tout est censé s’arrêter net, comme ça, aussi parce qu’il y a une affaire de drogue pas très reluisante d’un côté et un problème avec la plus grande des filles de l’autre. Une fois de plus, quoiqu’il en soit, on nous prend au dépourvu. On quitte un peu Montauk, on retrouve Blooklyn. Comment se relever de ce changement d’axe ?

     Il faudrait s’attarder davantage sur l’écriture  tant c’est une merveille de tous les instants. Jusqu’aux dialogues les plus insolites à l’image de celui entre Noah et son beau-père lequel on comprend a traversé jadis une situation similaire qui lui a permis de se jeter à corps perdus dans son meilleur livre. C’est dingue comme les personnages les plus secondaires et à priori les moins aimables sont écrits avec intelligence et subtilité. Ils existent parfois en trois répliques voire en un regard. Le fils de Noah, la mère d’Alison, Whitney, Le flic, Oscar. Il y a aussi cette thérapie de couple en filigrane, qui évoque de loin cet immense joyau qu’est Tell me you love me. Ou là le poids de cet enfant disparu la puissance insondable de cette merveille qu’est Mildred Pierce. La fragilité du couple, d’un côté comme de l’autre. La difficulté d’être parent. La mort qui rôde sans cesse. Et l’eau qui est partout, piscine comme océan, lieu dans lequel on repense ses origines. Et la force mystique des lieux : ici un ranch en sursis, là un appartement ou une chambre d’hôtel, tout prend une envergure dramatique hallucinante. C’est tout ça à la fois The Affair, pas moins. C’est d’une force inouïe en continu.

     On aurait seulement pu craindre un essoufflement avec l’arrivée de la fin de l’été, qui convoquait donc la fin (provisoire) de la relation. La série rebondit alors et dilate (encore davantage) le temps. Les ellipses sont plus imposantes et parfaitement travaillées – On parle de quatre mois depuis l’été ici, on ressent presque la boucle annuelle là. Il y a quelque chose de complètement délirant dans notre rapport à la temporalité qui se rapproche de ce que vivent Alison et Noah, qui ne sont plus ceux qu’ils étaient et ne considèrent plus seulement leur relation comme un plaisir instantané. Les aveux mutuels de l’épisode 7 sont d’une puissance et d’une justesse rare – cette séquence entre Alison et Cole sur le trottoir, sublime. Et le tragique qui enrobe l’épisode suivant absolument magnifique – La séquence du coffre à jouet, j’étais inconsolable. J’ai chaque fois l’impression que la série ne se relèvera pas des nouvelles données qu’elle se crée. C’est fascinant.

     Reste un dernier épisode pour le moins troublant. D’une part car ce sont des nouvelles vies qui nous sont données à voir, on a presque l’impression d’avoir manqué des épisodes. D’autre part car la collision dorénavant habituelle qui va se produire entre Alison et Noah est racontée très différemment cette fois, selon le point de vue, contrairement aux infimes détails changeants de leurs précédents souvenirs. Un souvenir comme celui-ci n’a aucune probabilité d’être perçu avec autant de différence d’un cerveau à l’autre. Mais bon, qu’en est-il vraiment de ces interrogatoires ? Des bouleversements conjugaux à répétition ? Où est la frontière entre le souvenir et le fantasme, la vérité, l’altération et le mensonge ? Que penser de cette toute fin de saison ? La temporalité fait encore des siennes. Des années ont passé ? Qu’importe. J’ai appris que The Affair avait été renouvelée et donc écrite sur trois saisons, on est donc en droit de penser que les zones d’ombre sont encore nombreuses. Inutile de tourner autour du pot, je pense sincèrement que c’est le truc le plus fort et prometteur vu cette année avec The leftovers.

Engrenages – Saison 5 – Canal+ – 2014

11049562_10153004276477106_780180919799672690_nLes réprouvés.

   8.5   Je suis à la fois hyper enthousiaste et mesuré. D’une part je trouve que la scission de la fin de l’épisode central casse quelque peu la dynamique car franchement, la première partie de saison est haut la main ce que la série aura fait de mieux, c’est ahurissant de maîtrise, de suspense, de densité, de zones d’ombre, de filatures. Franchement, c’est du niveau The Wire, sans forcer. C’est éblouissant dans la construction, vertigineux dans le tempo et ça ne redescend jamais. Mais le final du 6, c’est une tarte, une vraie. Réaliste, absurde et brutal à la fois. Avec le recul on peut se dire qu’on l’attendait tant tout ne tenait plus qu’à un fil et tant le climat n’avait jamais été si électrique à l’image de l’altercation entre Gilou et Tintin ou de ces étranges saignements de nez de Roban.

     La suite est très bien malgré tout, essentiellement le dernier épisode qui m’a fichu dans un état de stress sans précédent. Mais c’est un peu plus du Engrenages comme on l’attend, comme on la connaît. Il y a deux trucs forts : d’une part l’exploitation pleine du season final dernier, on a vraiment la sensation de ressentir son impact dans chacune des situations. Sami n’est plus, Brémont est éclipsé, Herville sur la sellette, Laure dans un deuil violent, Tintin s’en veut de ne pas avoir été là quand Gilou, curieusement se retrouve à composer avec tout ça et à recoller les morceaux – Un comble lorsque l’on se remémore les saisons précédentes, même s’il ne sera pas vraiment épargné plus tard non plus.

     Puis il y a La thématique globale, subtile et surlignée à la fois : l’idée que ce soit la saison des enfants. Pas pour les enfants, loin de là, mais sur les enfants et la tourmente des parents ou futurs parents. Ce n’est que ça. Au départ, une fillette est retrouvée morte dans les bras de sa mère, noyée elle aussi, dans un canal. Au départ toujours, on apprend que Laure Berthaud est enceinte. Au départ encore, le principal suspect de ce double meurtre n’est autre que le père, en fuite avec son petit garçon. Au départ, continuons, Tintin ne rentre plus chez lui, insupporté par ses gosses tyrans. On ne peut pas faire plus clair. Plus tard, c’est une bande de filles que l’on recherche, que l’on suspecte, au détour d’autres recherches et suspections, comme Engrenages sait très bien nous en concocter, au beau milieu d’une histoire de vol de sac, de la mort d’un policier en fonction, de braqueurs de Dab ou de recèle organisé.

     De nombreuses storyline qui se croisent ou non, comme d’habitude, mais avec une fluidité encore plus déconcertante ici. J’aime beaucoup quand la série parvient à me donner le vertige de la sorte. A la fin je commence davantage à tout sentir venir même si, soyons honnêtes, tout fonctionne admirablement. C’est juste que cet entonnoir inévitable commun entre le destin de l’enfant de la capitaine, cette nouvelle petite fille enlevée, cette autre agressée par des chiens et celle bourreau que sa mère a toujours rejeté, crée une légère sensation de trop plein. Sans compter la mise en scène d’un final complètement ratée.

     Quoiqu’il en soit, c’est l’une des plus belles choses que j’ai vu cette année en matière de série, du niveau des quatre dernières saisons d’Engrenages (Série ô combien indispensable je le répète) qui fait d’ailleurs la part belle aux filoches (pour reprendre les mots d’usage) bref le bonheur. J’aurais pu tout mater d’une traite tellement j’étais à fond. Je suis juste déçu de ne pas pouvoir crier que c’est la meilleure saison du show et la seule série avec Breaking Bad où chaque saison est nettement meilleure que celle qui précède tant dans ses six premiers brillants épisodes il n’y avait à mes yeux absolument pas photo.

Rectify – Saison 2 – Sundance Channel – 2014

20084_10152981930157106_2975155801878573061_nWeird as you.

   7.5   C’est une très belle saison dans la continuité de la première, qui parvient même à faire mieux à raison d’un récit nettement plus dense, à l’ambiance plus éthérée, hypnotique. Si Daniel est toujours bien entendu le point de convergence, celui autour duquel chaque parcelle d’écriture se développe, à l’image de ce régulier flash back prison qui s’immisce parfois dans le présent – pas forcément ce que la série fait de mieux à mon avis – c’est surtout un temps offert aux personnages secondaires et donc à la petite ville de Paulie qui marque cette fois davantage. En particulier Teddy, le beau-frère, élément déjà éminemment problématique dans la première saison, qui est ici au bord de la rupture, autant professionnelle que conjugale. Je garde toutefois quelques réserves, essentiellement dans la première partie de saison où l’extrême lenteur de la progression narrative me parait un peu forcée. Il y a par exemple des moments illustrant le quotidien (Amantha à la caisse du supermarché, pour ne citer que le plus évident) qui sont plus faibles que le reste. Mais finalement, Rectify trouve de plus en plus son tempo, s’affirmant d’épisode en épisode, en brouillant constamment les cartes, dégageant un lot de nuances considérable. Si bien que l’on en sort aussi désarçonné que Daniel qui, au-delà de cette liberté intérieure qu’il a inévitablement déniché en cellule, ce nouvel espace-temps qu’il y a construit, il semble lui-même ne plus savoir s’il est innocent ou coupable (« I’m not a good guy » ne cesse t-il de répéter à Tawney) de ce meurtre dont il a finalement été disculpé trop tard, continuant ainsi de le hanter au quotidien, aussi bien au niveau mental que physique, familial ou politique. Quelque chose de terrible se noue à nouveau puisque l’affaire reconsidère les preuves Adn en revenant sur les aveux d’époque de Daniel, qui pourraient aussi avoir été donné sous la contrainte. Tout est flou pour tout le monde (l’enquête judiciaire aussi) et ce d’autant plus que le temps a fait son travail, qu’il est irrécupérable comme la mémoire qui se brouille. Six épisodes pour traiter cela, c’était peut-être un peu juste. Dix probablement trop. Qu’importe, il y a vraiment quelque chose de saisissant là-dedans, d’autant que Rectify offre pourtant dans ce cauchemar au carré des instants de grâce pure. C’est Six feet under qui croise Top of the lake. Bref, c’est très beau.

Game of thrones – Saison 5 – HBO – 2015

11061319_10152981930167106_1047643884083260129_nThe wars to come.

   8.0   Comme l’an passé, le grand frisson aura pour moi été atteint sur le final de l’épisode 8. L’attaque des marcheurs blancs succède donc au combat entre Oberyn « La vipère » Martell et Gregor « La Montagne » Clegane. C’est un grand moment, admirablement construit, tout simplement parce qu’il nous prend au dépourvu. On attendait quelque chose, mais pas comme ça. Plutôt entre la Garde et les sauvageons, quoi. C’est hyper fluide, lisible et crescendo à l’image de cette saison toute entière. On ne donnait pas cher pour John Snow, après ça. Bref.

     J’ai vraiment la sensation, pour la première fois, avec Game of thrones, qu’un cap est passé, que le combat des trônes se relègue progressivement derrière cette menace infiniment plus grande, derrière le mur, plus si loin en fin de compte. Et puis ils sont nombreux, ces cons de white walkers, n’empêche et n’ont pas fini de l’être. On est quoiqu’il en soit loin du sprint final (Combien de saisons en perspective ? Difficile à dire) mais un avant-goût est lancé. Reste à savoir comment les grosses entités vont se croiser. Dragons/Marcheurs, Daenerys/Snow, Feu/Glace. Si tant est qu’ils se croisent, tu me suis, toi qui es allé jusqu’au bout de cette saison. No spoiler ! Je fais au mieux.

     Dans les à-côtés, Braavos reste floue mais très excitante ; A Meereen ça me plait ; A Dorne c’est assez anecdotique mais je suis archi fan des décors et des Aspics des sables, évidemment. A Winterfell on attendait que ça pète. Et ça a pété. Trois secondes. Carnage absolu, inattendu, magnifique. Il y a une élégance dans les partis pris qui me fascine. Comment peut-on autant mousser un lieu (qui engage Ramsay, Theon, Sansa, Stannis, Brienne…) et le dissoudre aussi violement ? J’adore. Dingue de constater combien cette cinquième saison aura pris son temps. Et ça l’est tout autant de la voir aussi saisissante et démesurée lors de ces trois épisodes finaux. Je ne sais d’ailleurs pas si je la trouve aussi réussie que la précédente – Haut fait de Game of thrones, définitivement, de bout en bout – mais la plupart des choix force le respect. Les types sont vraiment balèzes quand même.

     On pourrait d’ailleurs parler construction. Celle des deux dernières saisons assez différentes, pour ne pas dire inversées. Cette année on peut dire que durant sept épisodes (qui m’ont laissé quelque peu sceptiques) ça aura bien ronronné jusqu’à lâcher les chevaux à la fin (Trois derniers épisodes d’une puissance hallucinante) même si toujours dans un esprit de cohérence, de crescendo adéquat. L’an passé, il y avait ce deuxième épisode (Les noces de Joffrey) qui redistribuait toutes les cartes très vite, même si là encore la série avait fini en furie (Oberyn, l’attaque du mur). Quoiqu’il en soit, le dernier épisode marque une vraie rupture. A celui lumineux, espacé, optimiste de fin de saison 4 répond celui terrible, confiné et funeste de cette saison 5.

     C’est fou comme cette série parvient à renverser toutes les certitudes, contourner toutes le attentes, Cette dernière heure qui clôture donc notre plongée dans GoT avant sa reprise dans un an, est probablement ce que la série aura offert de plus fort, une totale maitrise, autant dans l’écriture, la mise en scène, la gestion de chaque séquence, sa brièveté (Winterfell, donc), sa longueur (Sublime dialogue entre Daenerys & Tyrion), son malaise (Cersei, séquence hallucinante), sa violence (Arya), sa soudaineté (Snow). Un crescendo dramatique d’orfèvre. Je ne savais plus où j’habitais, à l’image de Daenerys perdue avec son dragon dans ce qui ressemble à une steppe de Dothraki. Quant à la marche expiatoire, c’est probablement le truc le plus terrifiant jamais vu dans du Game of thrones. Pour en arriver à avoir de la compassion pour Cersei, il fallait frapper fort. Jamais la série n’avait atteint ce point de malaisance.

     J’ai lu des trucs désespérants à son propos, on a vraiment l’impression que certains aiment vomir leur bile pour se décréter une forme de pouvoir. Surtout que la plupart de ces lignes, il faut le reconnaître, sont mal écrites, à peine argumentées. Je trouve que c’est un season final honnête pour du GoT au sens où il correspond parfaitement à son dessein, se glisse dans son univers. Ce qui aurait mal fonctionné peut-être c’est de se servir de tout ça comme d’un twist un peu fumeux, alors que tout parait cohérent, inéluctable. Non, franchement, je trouve cette saison admirable à tout point de vue. Tous les arcs narratifs mis en place durant dix épisodes se ferment à la perfection pour en ouvrir d’autres à l’image de la fuite de Sansa. De quoi alimenter une attente considérable. Avec un peu de frustration, aussi. Bref, tout ce que l’on aime.

Le bureau des légendes – Saison 1 – Canal+ – 2015

11407036_10152962216222106_1525682781981198622_nDans l’œil du cyclone.

   7.5   C’est un grand récit d’espionnage, à raison d’agents doubles, de missions secrètes internationales, de recrutement poussé, de test d’intégrité, d’infiltrations, de surveillances en tout genre. C’est d’une telle richesse, d’une telle complexité, ça frise parfois l’hermétisme, avec ces tunnels de dialogues qui succèdent aux longs entretiens en trompe l’œil. Et la construction est étonnante, variant les points de vue, les fonctionnements narratifs, les ellipses. Clairement ce que Rochant a fait de mieux depuis Les patriotes. Au-delà de cette impression positive je n’oublie pas aussi m’être régulièrement désintéressé du récit à de nombreuses reprises, sans doute car format aidant, j’ai la sensation qu’elle se disperse trop ;  c’est assez inégal, surtout au début, il faut réussir à y entrer.  Car paradoxalement je trouve que ça manque de grandes séquences, qui te restent, te collent à la peau. La série joue tellement peu la virtuosité et c’est tout à son honneur, qu’elle en devient parfois monotone. J’ai un peu pensé au Carlos de Assayas, qui lui justement se permettait ce grain de folie, se laissait gagner par l’étirement et l’énergie de sa mise en scène. Ça se regardait aisément d’une traite, Le bureau des légendes, moins, déjà. Mais je reste impressionné globalement par la densité de la chose, autant dans la caractérisation des personnages que dans l’écriture narrative. Tu sens le travail de fourmi en amont. Mais surtout, je trouve la série assez touchante, je pense que c’est là-dessus qu’elle est venue me cueillir. Moins par sa truculence et sa multiplicité donc que dans l’intimité qu’elle parvient à saisir de certains personnages, notamment Malotru (Mathieu Kassovitz) amoureux d’une libanaise (qui a est aussi pleine de secrets) sous son identité de légende, qu’il va revoir à Paris ce qui est formellement interdit dès que la mission est achevée. La série creuse aussi minutieusement ses rapports distants avec sa fille qu’il n’avait pas vue depuis six ans, pendant qu’il était en mission à Damas. Cette manière de tout resserrer sur l’intimité du personnage crée une identification forte. Il y a aussi Marina Loiseau (Sara Giraudeau) une jeune sortante de polytechnique, que l’on forme violement (à toute forme de résistance) avant de l’envoyer sur le terrain en Iran. Immense personnage. Et l’actrice est formidable, elle réussit merveilleusement à jouer la maîtrise et la candeur sans que l’on y décèle fausseté ou performance. C’est finalement cette part formatrice de la peinture de la DGSE qui me fascine vraiment dans Le bureau des légendes, moins ce qui tourne autour de Cyclone, un de leurs agents enlevé en Syrie. La fin est mortelle, surtout qu’elle annonce clairement le début d’autre chose ; La fin de l’affaire Cyclone, mais l’ouverture sur une infinité de possibles. Hâte de retrouver cette petite équipe secrète (Malotru, Pépé, Mémé, Moule à gaufres, Rim, Marie-Jeanne…) dans une prochaine saison.

Better Call Saul – Saison 1 – AMC – 2015

11152711_10152877589512106_3707044060217165250_nLe Jeune Berger des Alpes.

   8.5   Non sans craintes, je me suis jeté dans la découverte de Better Caul Saul, spin off officiel de Breaking bad. Comment passer après un tel chef d’œuvre ? Surtout comment y parvenir en prenant comme personnage central le déluré Saul Goodman, le plus antipathique de la série mère ? Et dans le même temps, après tout, c’était celui dont on sentait qu’il méritait d’être le plus étoffé, celui dont on avait aucun élément dramatique à portée, celui qui faisait le clown, personnage immédiat, amusant ou détestable, selon les épisodes. L’idée rejoint finalement l’univers des créateurs, jamais dans la facilité, jonglant avec tous ce qui leur est offert.

     Mes craintes furent aussitôt balayées dès l’instant que j’avais retrouvé la patte Gilligan, le tempo, l’écriture qui faisait le sel de Breaking bad. Certes c’est une autre histoire, mais quel plaisir énorme de retrouver un terrain connu, que l’on croit connaitre par cœur, mais qui va révéler de nombreuses nouvelles zones d’ombre. Disons que l’ombre de Breaking bad plane sans cesse sur Better Caul Saul, comme si nous avions affaire à un Breaking bad 0. Avant que Saul Goodman ne devienne Saul Goodman. Quand Saul Goodman était encore James Mc.Gill. Sans parler des multiples crossovers purement jouissifs et ceci dès le premier épisode, bien que l’on sente combien la série en garde volontiers sur la pédale, pour les prochaines saisons.

     Sauf qu’à ce stade de perfection là, il n’y a plus vraiment de comparaison à faire : Better Call Saul est une œuvre à part, qui ne doit rien à personne et on ressent cela à mesure que les dix épisodes s’offrent à nous, tous merveilleux, magnifiquement écrit, tout en trompe l’œil, lente progression dramatique. Dévastateur. Je ne m’attendais pas à ça. La série se débarrasse même des facilités qui faisaient partie de la série d’origine, surtout dans les deux premières saisons. On enchaine les épisodes comme des gâteaux apéritifs. Addictif à mort. En espérant plus grand, évidemment. En espérant que Gould & Gilligan en gardent autant sous le pied que durant leur merveille que constitue l’intégralité de Breaking bad, qui n’a donc pas fini de susciter fascination et dérivés. Mais un spin off comme celui-là, qui peut se targuer de parvenir au niveau de son référent, je me demande si ce n’est pas exceptionnel, franchement.

     Quoiqu’il en soit, il faut souligner à quel point chaque personnage prend une dimension phénoménale à mesure, à l’image de Chuck Mc Gill, ce frangin allergique aux ondes, de Kim (dont je suis littéralement tombé amoureux fou, notamment de sa voix) son amie/collègue chez HHM  voire Howard… Sans parler du rôle prépondérant, deuxième personnage principal (comme pouvait l’être Jesse dans BB) que campe Mike. Quel bonheur de le retrouver, n’empêche. Vivement la suite.

Togetherness – Saison 1 – HBO – 2015

11201163_10152877589527106_2110611647324005878_nThis is 40.

   7.0   C’est la nouvelle création des frères Duplass à qui l’on doit notamment l’excellent Cyrus, avec Jonah Hill. Togetherness est une minisérie de huit épisodes au format 22 minutes qui s’intéresse à quatre personnages, à l’instar du You’re the worst – produit formellement similaire – sorti l’an passé. Un couple de quadras, Michelle et Brett (Mark Duplass himself, j’adore cet acteur), parents de deux enfants, qui s’aiment mais ne baisent plus, auxquels se joint Tina, la sœur de la première et Alex, le meilleur ami du second, sont plus ou moins tous dans une impasse affective et/ou professionnelle. Si la série campe clairement dans l’univers et le ton des deux frangins, il faut souligner la qualité de l’écriture et l’amplitude que le récit parvient à s’octroyer, tout en subtilité, de ses situations les plus attendues à d’autres plus surprenantes, pour ne pas dire absurdes (Le mari, preneur de son, parti enregistrer le cri du coyote dans les hauteurs de LA, croisant sur son chemin une hippie délurée dont le passetemps est de s’enterrer). Ces doubles relations, conjugales (Michelle/Brett) et amicales (Tina/Alex) s’étoffent à mesure, jusqu’à converger vers une fin absolument déchirante, je n’en dis pas plus. Entre temps, la série aura alterné les moments les plus drôles (tentative de baise SM avortée), touchants et délirants. Après Hacker, ravi de revoir John Ortiz, l’énorme Jose Yero de Miami Vice, d’autant que son personnage, comme tous les autres (ce que ne parvenait jamais à réussir You’re the worst) apparait quand il faut, est très bien écrit, très beau. A part ça j’ai vraiment hâte de retrouver, en espérant vraiment la retrouver, Togetherness pour un deuxième opus.

The Knick – Saison 1 – Cinemax – 2014

10406579_10152584741477106_6676059177149786949_nAnatomie de l’enfer.

   8.0   The Knick, la nouvelle série médicale 2014, prend acte sur la chaîne Cinemax, petite soeur de Hbo, offrant dix épisodes, tous réalisés par Steven Soderbergh, suivant majoritairement John Thackery chirurgien en chef en charge du Knickerbocker.

     C’est une franche réussite, qui s’est imposée à moi progressivement. Une réussite dont on pourrait aisément s’en tenir qu’à cette première saison qu’elle serait déjà d’une grande richesse, une reconstitution méticuleuse, une narration d’une limpidité exemplaire, une élégance de mise en scène, brassant de multiples vieilles thématiques qui se croisent brillamment : Problèmes socio-économiques, racisme, savoir-faire médical archaïque, addiction à la drogue, amour impossible, filiation spirituelle.

     Tout se déroule au début du siècle dernier, dans un hôpital new-yorkais tandis que les soins sont encore au stade relativement primitif – Médecine pré antibiotiques, hygiène douteuse, zéro transfusion, absence de groupe sanguin, une époque où la cocaïne est un anesthésiant vendu librement en pharmacie – et la recherche en plein boom, alors encore sans aucun souci d’éventuelles conséquences désastreuses – Les rayons X. C’est une fresque somptueuse. Sorte de Deadwood hospitalier. Un document sans concession. Méningite d’une enfant, avortement clandestin, césariennes foirées, la série ne nous épargne rien. L’ambiance est très sombre, que l’on soit dans les rues new-yorkaises, les appartements de chacun, les couloirs de l’hôpital. Seule une pièce, plus lumineuse, mais forcément plus terrifiante sort de ce cadre c’est évidemment cette immense salle de chirurgie.

     La série multiplie les personnages en leur offrant à chacun une épaisseur, une dimension tragique. Et plus particulièrement trois médecins. Le Dr John Thackery, médecin virtuose nommé chef du service de chirurgie, qui brille sous l’emprise de cocaïne. Il y a le Dr Everett Gallinger qui le supplante en bras droit suranné, sans affect. Ils sont bientôt rejoints par le Dr Algernon Edwards, arrivé d’Europe, médecin noir et nouveau génie que l’on ne veut pas reconnaître, combattant les préjugés raciaux imposés par la profession en générale et une population locale majoritairement blanche et raciste.

     The Knick démarre dans une froideur clinique telle qu’elle déroute presque jusqu’à l’antipathie, multipliant les opérations chirurgicales – le premier épisode est vraiment trash – devant une estrade de chercheurs et appuyant chaque séquence permettant de saisir les inégalités sociales de l’époque. Là-dessus rien n’est fait pour séduire, c’est un New York débarrassé de ses attraits romanesques. Il faut bien quatre épisodes pour que ça se décante ouvertement et sorte de sa torpeur néanmoins magnifique – Deadwood m’avait cueilli de manière similaire, je me souviens. Tout s’illumine alors au détour d’une fin d’épisode 5 détachée (le vélo) et d’un épisode 7 hallucinant. Là on se dit Whaou. Thackery, autant que la série, devient peu à peu attachant et bouleversant. Clive Owen est immense, à ce titre.

     C’est alors que ça se resserre imperceptiblement, tout est plus intime, tout en continuant d’être un beau document sur l’Amérique de l’immigration noire et des inventions les plus folles. On y croise brièvement Thomas Edison présentant son phonographe. On y voit aussi l’apparition des premières radiographies. Ainsi qu’une première opération réussie de l’appendice par ablation. L’éclosion des greffes – de nez en l’occurrence – pour ainsi dire calamiteuses. C’est très beau car tous ces marqueurs d’époque se fondent dans un ensemble, et ne sont jamais clinquants ou poseurs.

     L’ultime épisode est un chef d’oeuvre à lui seul. Bouclant d’une part brillamment les storylines en cours et en centrant son écriture sur le sang, dénominateur commun de la série, inéluctablement, trouvant ici l’apothéose thématique et ironique aussi bien dans les avancées sur les groupes sanguins, le marché sanguinaire avec Wu (Personnage clairement échappé de Deadwood, jusqu’à son nom) ainsi que la dépendance maladive de Thackery qui ira jusqu’à tuer une petite fille en croyant la sauver d’une anémie, au moyen d’une transfusion ratée. Dans les dernières séquences, l’hôpital semble être sur le point de fermer ses portes. Et Thackery est pris en cure de désintoxication, où sa dépendance à la cocaïne est prise en charge par un nouveau traitement à base d’Héroïne. Putain de dernier plan. Et vivement la suite.

The Leftovers – Saison 1 – HBO – 2014

The Leftovers - Saison 1 - HBO - 2014 dans 2014/2015 : Top10 Séries LeftoversThe sound of silence.

   9.0   Et une série supplémentaire sur le thème de la disparition ! Dans les plus estimées, citons Lost – du même showrunner – qui s’était aventuré dans des contrées folles, hallucinogènes, sur six saisons, en se contentant de s’intéresser à ses disparus, naufragés d’un crash échoués sur une île plus que mystérieuse. Evoquons la superbe série française Les revenants (que l’on trépigne de retrouver) qui faisait elle réapparaître des morts d’antan tragiquement partis dans un accident de car, au sein d’une petite ville montagneuse et patibulaire. Il faudra dorénavant compter sur The Leftovers. Nouveau produit HBO, tout beau, tout neuf, qui n’a pas fini de faire couler de l’encre.

     Dès le premier épisode on est saisit. La série contourne d’emblée les attentes et la linéarité en présentant le fléau en une scène, avant de suivre une journée banale mais agitée à Mapleton, journée de commémoration du troisième anniversaire du drame comme n’importe quel patelin commémorerait le 11 septembre. L’atmosphère est anxiogène. L’ambiance musicale forte. On y entend du Max Richter, du James Blake mais surtout, surtout Sweet love for planet earth de Fuck Buttons. Caviar. Gros frissons me concernant. Autant dire que c’était déjà gagné. A part ça je ne comprenais pas grand-chose encore mais l’ambiance globale suffisait à me rendre attentif, fasciné, impatient. En un épisode pilot d’1h11 tu sens le truc ultra puissant qui couve déjà.

     La magie de The Leftovers et ce pourquoi il en vient à constituer un terreau d’attente prochaine absolument hors norme se joue dans sa propension à brouiller le tissu commun, la norme qu’impose les différents registres, fantastiques ou dramatiques. C’était la narration alambiquée de l’île monde créée dans Lost. C’était le schéma traditionnel de l’enquête pervertie dans Twin Peaks. Pour ne citer que ces deux-là. En se plaçant trois ans après les événements, la série refuse d’enquêter sur le fléau lui-même mais fait le pari de suivre les survivants de ce fléau, ce que ces leftovers, ces restes, sont devenus dans une trivialité quotidienne redistribuée. Un monde nouveau qui abrite un chaos imminent, entre ceux qui souhaitent chaque jour se souvenir et se murer peu à peu dans le silence jusqu’à mourir et ceux qui tentent d’oublier et de survivre dans une nouvelle réalité. On peut le voir comme un Lost inversé. Voire même comme un contrechamp de Lost.

     Les épisodes défilent et il est bluffant de constater le rythme émotionnel que la série impose. Ce qu’elle distille d’émotions, d’ambiguïtés, de métaphores, de tragique sous-jacent tout en restant constamment indomptable, éloignée de toute standardisation, de l’emprise sensationnelle. Il se joue ici quelque chose d’autre que son simple pitch, des événements qui semblent dépasser la série elle-même, tout respire un désespoir inéluctable, l’impression d’un château de cartes avant la tourmente. Il y a pourtant d’abord une frustration à ne pas être beaucoup plus éclairé sur le phénomène, les origines autant que sa dimension, mais la série choisit de nous tenir à l’écart de tout arrangement explicatif, nous laissant dans le même flou que celui dans lequel se trouvent les personnages. En un sens elle semble dire que la folie provient ce qui est inexpliqué et/ou inexplicable. L’évocation majeure de la religion, notamment dans l’épisode 3 centré sur le pasteur puis le suivant avec le bébé de la crèche qui disparaît accentue ce trouble et ce désordre général glissant progressivement vers le chaos. C’est un cataclysme qui ébranle tout, jusqu’à la notion même de foi : ici un homme en vient à venir lyncher un révérend en plein sermon. Rappelons que la série en s’ouvrant sur les disparitions intégrait celle du pape. Si les créateurs ont appuyé sur l’Eglise c’est qu’ils savent l’Amérique camouflée, si désastre, derrière cette institution à priori inébranlable. L’être humain semble aux portes de sa propre décomposition, dans son confort autant que ses croyances.

     Il y a une beauté et une cruauté à voir ce que ce phénomène crée de multitudes recomposées, à constater que les idéaux d’antan sont soit bouleversés (Certains tentent encore de fermer les yeux) soit anéantis par cette nouvelle donne. Le chaos provient au fond d’un profond sentiment d’injustice, puisque chaque famille ne le vit pas selon la même intensité. C’est le cas pour cette femme qui s’est vu privée, en ce jour de 14 octobre, de son mari et de ses deux enfants – Une probabilité aussi faible que de gagner au loto. A l’opposé, certaines familles ont été entièrement épargnées. Une personne qui disparait sur cinquante ce n’est finalement pas suffisant pour ne pas tenter d’y survivre. Cette impression d’injustice ne cesse de planer jusque dans cette disparition du pape qui ira côtoyer un dangereux condamné à mort ravi de sa cellule de transit. L’ébranlement provient de là : Si encore on pouvait réfugier ce ravissement derrière une solution cartésienne ou la possibilité d’absolution, mais pas du tout. C’est une injustice cruelle, d’autant plus cruelle et injuste qu’elle est inexplicable. Pour tout le monde. Ainsi, comment ne pas concevoir de se laisser dériver vers la folie ou de croire en cet ésotérisme (les fameuses blouses blanches qui refusent de gaspiller leur salive et tentent de guider les hérétiques vers ce que l’on croit d’une part être une sorte de rupture émotionnelle – se séparer de son passé – mais dont on apprendra vite un tout autre dessein) quand on se trouve face à l’impensable, qui semble apparemment uniquement guidé par les lois du hasard ? Comprendre alors pourquoi cette femme et mère de famille quitte tout alors qu’elle a, par chance, semble-t-il encore tout – On verra aussi plus tard que ce n’est pas si prosaïque. La série est puissante sur ce qu’elle dit de la non acceptation de ce statut de privilégie qui peut échoir à certain au milieu du malheur indomptable des autres.

     C’est tout le programme d’un récit fou qui entremêle les destins, les triturent, les chevauchent, déjoue les attentes, use de faux-semblants. Ces guilty remnants n’acceptent pas l’oubli et c’est parce qu’ils ne l’acceptent pas qu’ils vivent dans ce silence, ne choisissant aucune compensation affective. A contrario, le personnage de Nora Durst, touché par le départ de toute sa famille, donne un sens à sa vie en sondant les victimes pour que le gouvernement puisse éventuellement éclaircir les origines. Eux choisissent la souffrance. La souffrance muette, sans échappatoire.

     Quand la série, dans l’ultime épisode de sa première saison, cumule les idées si hallucinantes qu’elle te procure un frisson tenace et continu, tu te dis que ça se pose là, que le show dont tu rêvais secrètement est arrivé. Assister à ce contrechamp vertigineux où Nora se trouve face aux répliques cirées de sa famille disparue, assis comme leur de leur disparition fait dores et déjà partie des plans les plus terrifiants ever. Ecouter Kevin raconter qu’avant ce jour il aurait voulu fuir le noyau familial et qu’il fut pétri de honte lorsqu’il a senti ses enfants heureux de voir qu’il n’avait pas disparu. Et que dire de ce cri de Laurie lors du chaos incendiaire, qui renvoi au cri sourd de son fils dans la piscine durant l’un des tous premiers épisodes ?

     Depuis Lost, quelle série jouait à ce point de cette sidération permanente ? The Leftovers parait pourtant plus ramassé, plus concentrée et concise que son modèle – Deux fois moins d’épisodes, déjà – ce qui du coup provoque cette impression de dévastation constante, dans chaque épisode, chaque séquence où l’on ne sait jamais où l’on va finir – entre réalité parallèle, personnages mystérieux, rêves indéchiffrables. Il faut aimer jouir de l’imprévisible. Et cette quête de la sidération parfaite – que l’on pourrait définitivement associée aux cinq dernières minutes de la saison 3 de Lost / Au « We have to go back » de Jack dans Lost, The Leftovers y répond via la plume de Mégan : « We made than remember » – semble être une constante en germe dans ce nouveau produit HBO.

     2014 aura vu naître deux bombes sérielles. Si True Detective semble marquer la quintessence du polar hypnotique, la perfection anthologique de l’année, huit épisodes qui se suffisent à eux-mêmes, The Leftovers est incontestablement – jusque dans son emphase et ses imperfections – la série (en devenir) la plus excitante, éprouvante, sidérante vue depuis longtemps. 


Catégories

juillet 2017
L Ma Me J V S D
« juin    
 12
3456789
10111213141516
17181920212223
24252627282930
31  

Auteur:

silencio


shaolin13 |
Silyvor Movie |
PHILIPPE PINSON - ... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Playboy Communiste
| STREAMINGRATOX
| lemysteredelamaisonblanche