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Le bureau des légendes – Saison 2 – Canal + – 2016

13627109_10153800357192106_2815372411416111681_nSecret défense.

   9.0   La première saison nous avait laissé sur de fines promesses et une bonne dose de frustration : Quelques lourdeurs (une voix off beaucoup trop omniprésente, des personnages fonctionnels et des scènes de formations ou d’interrogatoires un brin mécaniques et illustratives) empêchaient d’y voir ce qu’elle était pourtant déjà : Une mosaïque folle du quotidien des services des renseignements extérieurs français entre création de légende, clandestins envoyés sur le terrain, salle de crise, infiltrations et suspicions diverses autour des éventuels agents doubles.

     En filigrane de ce premier jet il y avait l’interrogatoire de Guillaume Debailly aka Paul Lefèvre aka Malotru (Mathieu Kassovitz) par la CIA, qui clôturait la saison et sera une donnée importante de celle à venir. Les dix épisodes de ce nouvel opus sont guidés par une lettre écrite par Malotru à sa fille avant son départ vers Raqqa pour une mission kamikaze. En plus de faire se chevaucher intrigues et personnages, histoires intimes et infiltrations, la série crée un vertige supplémentaire dans la gestion de sa voix off, accentuant la précarité identitaire de ses agents, veilleurs ou clandés.

     Si les intrigues précédentes (Autour de Cyclone, qui est revenu et Nadia El Mansour retenue prisonnière en Syrie, notamment) laissent quelques traces, Le bureau des légendes se concentre sur deux nouvelles sorties : Le départ de Marina Loiseau aka Phénomène (Sara Giraudeau) pour l’Iran où elle incarne une sismologue devant approcher le réseau nucléaire par l’intermédiaire du fils d’un haut dignitaire (De très loin ce que cette saison offrira de plus intense et éprouvant. Et bouleversant tant la relation entre Marina & Shaipur pourraient être l’autre versant de l’amour impossible vécu par Paul & Nadia) ; Et la neutralisation d’un djihadiste français, qui décapite les otages, qui a tout pour devenir un bourreau de Daesh (La séquence de double infiltration vécu par Raymond Sisteron avec la sœur de la cible, épisode 5 je crois, est un sommet de la saison).

     C’est rappeler combien Le bureau des légendes, contrairement aux habituelles séries françaises (à l’exception d’Engrenages) se cale énormément avec l’actualité et n’hésite pas à investir le terrain, à allonger certaines séquences, à créer du rythme avec de faux temps-morts (Nadia en Picardie, Malotru et sa fille), à créer le suspense avec de l’attente ou d’infimes évolutions de scénario (Le texto de Shaipur sur les indications nucléaires, le micro d’Henri Duflot), faire apparaître de nouveaux personnages (le journaliste allemand, incarné par Magne-Håvard Brekke, qu’on avait déjà adoré chez Mia Hansen-Love) et surtout faire naître de longues plages de tension, comme on en voit peu à la télévision – Soyons précis : Comme on en avait jamais vu ailleurs. Le fait que Rochant soit seul showrunner de cette entreprise y joue énormément : L’unité d’ensemble est le gros point fort.

     Et la série s’est construit son monde et sa propre zone d’exigence : Si chaque personnage de la DGSE se dore d’un surnom d’insulte du Capitaine Haddock, l’astuce si elle peut faire sourire, ne se vautre jamais dans le ridicule car tout est comme le reste : tient à merveille sa ligne de conduite, efficace et complexe. Ainsi, il en va de même des différents lieux que la série s’en va fouler : On y parle la langue locale, on y embrasse les coutumes. Et chaque séquence, aussi elliptique puisse-t-elle être offre un équilibre subtil dans chacun de ses récits en étoile.

     Concernant la fin du dernier épisode, aucun reproche à faire, de mon côté. Je trouve l’issue explosive nettement plus forte et mystérieuse que ne pouvait l’être celle de la fin de saison 5 d’Engrenages (qui elle était vraiment ratée) par exemple. Là on ne sait pas tout. C’est comme si plus tôt, on avait vu Marina sortir du camion sans l’interaction qui précède, on aurait trouvé ça peu crédible. Ou si l’on avait revu Shaipur avant sa probable dernière entrevue avec Marina. Je trouve que la série joue beaucoup là-dessus : Sur ce que l’on donne à voir ou non.

     Bref, on sait combien les suites sont dangereuses, combien elles peuvent briser l’ambiance originale et/ou tenter d’en faire trop, s’éparpiller et perdre en caractère. Et c’est une saison hallucinante pour ma part. Aussi bien dans la mission de Phénomène que sur celle autour du djihadiste. Tout est complexe, dense mais hyper fluide (cette fluidité qui manquait un peu à Baron Noir). Certains épisodes étaient pas loin de me faire défaillir tant ils sont tendus, éprouvants et menacent de tout faire écrouler d’un claquement de doigts.

Game of thrones – Saison 6 – HBO – 2016

13631616_10153800357122106_1944173727140183386_nRenaissance.

   8.0   C’est la saison de la résurrection des Stark, clairement. Lors du final de l’opus précédent, chacun se voyait ancré dans un futur au moins indécis (Arya perdait la vue, Sansa s’échappait mais où ?) sinon anéanti (Jon Snow « For the watch ») et très vite ici leur avenir se pare de promesses, d’une nouvelle donne : Mélisandre (Pile : Bombasse ; Face : Shining) c’était attendu, ramène Jon à la vie et l’épisode en question fait les choses dignement ce qui permet au futur king in the north d’affronter Ramsay « Pire ordure » Bolton dans un traditionnel épisode 9 de grande tenue (Immense réalisation de  Miguel Sapochnik) ; Arya est en plein apprentissage guerrier chez les Sans-Visages de Braavos ; Sansa est en route pour récupérer Winterfell, Théon Greyjoy puis Lady Brienne puis Littlefinger (un retour sobre mais toujours là quand il faut celui-là) aidant ; Et dans un registre parallèle (car les saisons précédentes l’avaient un peu abandonné) Bran réapparait affublé d’un pouvoir lui permettant de voir le passé, les débuts de son père compris. C’est donc l’occasion d’un retour de Ned Stark (Et d’un Sean Benn lookalike un peu foiré) et d’un épisode titanesque autour de Hodor, Lostien en diable. Que demander de plus ? Un peu plus d’embrasement, peut-être. A King’s Landing et à Meereen, surtout. La partie Daenerys est plus intéressante cette année, plus ambigu, mais il manque encore le souffle qu’on voudrait lui trouver – Quoique de beaux instants s’en échappent ci et là, comme Thyrion et les dragons, Daenerys s’extirpant des flammes, encore. La famille Lanister décimée, King’s Landing n’a que peu d’envergure (Vraiment le point faible de la saison, chaque séquence là-bas provoque l’ennui) mais il faut attendre les vingt premières démentes minutes du season final pour se prendre une claque dans la gueule. On savait Cersei capable de tout, mais là, eh bé. Elle a quelque part sa propre résurrection puisque d’une marche expiatrice (5.10) elle termine sur ce qu’elle convoitait plus que tout : le trône. L’échange de regard qu’elle tient avec Jaime dit tout de la cassure idéologique et affective qui s’est immiscée entre eux et les sépare probablement de manière définitive. Quoiqu’il en soit, Jon Snow et Bran de côté il s’agit clairement de la saison du Girl power. Cersei et Daenerys prennent de la place, comme d’habitude. Mais ce sont les transformations de Sansa et Arya qui sont les plus imposantes. Sans parler de Yara Greyjoy, Lyanna Mormont et les Dorniennes. Une fois encore, chaque épisode pris un par un, chaque semaine, semble offrir un ensemble inégal. Mais au sortir, c’est bien sa richesse dans ses enjeux et dans ses différentes intrigues qui l’emporte.

The Affair – Saison 2 – Showtime – 2015

13139345_10153648320982106_1572119449050898047_nSolitudes.

   8.0   C’est une superbe saison. Probablement moins homogène que la première, mais elle n’aura pas hésité à offrir de ses quatre personnages majeurs un lot de rebondissements généreux. C’est d’ailleurs ce que l’on retient en premier de cette saison, ils sont quatre. Vraiment quatre, parfois même interchangeables ; Jusqu’à faire des chapitres sur Helen et Cole quand la première saison se contentait de faire des épisodes miroir sur Alison et Noah. J’aime l’idée que la série se réinvente formellement et narrativement (Le récit de ces douze épisodes semble se dérouler sur plusieurs années) et bouscule toutes nos attentes. Il y a même un épisode, celui de l’ouragan, où les chapitres coutumiers ont disparu, à la place on nous offre un montage parallèle entre les quatre personnages, se croisant ou non, débouchant sur l’accouchement d’Alison.

     Ma préférence va toutefois à celui qui démarre sur une thérapie, celle de Noah. La série n’hésite pas à faire durer cette séquence (Il devait être accompagné d’Alison et finira par se confier entièrement en solo) dans son entièreté, soit pendant une demi-heure. Un parti pris que j’aime beaucoup, parmi d’autres. Dans la seconde partie de l’épisode en question, Alison rencontre furtivement Scott en ville, se rapproche de Cole qui vit sa nouvelle passion amoureuse et s’éloigne un peu plus de Noah (qui ne vit plus que pour sa réussite et ce qu’elle engendre) préparant le double épisode final qui va enfin tout nous dire sur la mort du frangin Lockhart, que l’on suit depuis le début (dans un flou de moins en moins flou) via ces étranges interrogatoires de fin d’épisodes.

     Je ne suis pas aussi enthousiaste que l’an passé, preuve en est que j’ai parfois laissé passer quelques semaines entre mes visionnages, mais quand on y est plongé, il faut reconnaître qu’on y est bien. Le problème vient essentiellement des personnages centraux qu’on adorait sans limite avant et qui sont devenus un peu antipathiques (Noah, le premier) à l’image de leur version future qu’on nous offre depuis le début en échantillon. Ils se font dévorer par l’intrigue, quand ils voltigeaient encore au-dessus l’an passé. Helen et Cole permettent de nuancer cette distance. Ce sont eux qui apporte une force nouvelle, elle dans le rejet de sa mère (Saleté, celle-là) et lui dans sa rencontre avec Luisa.

     Et puis il y a tout ce que cette histoire (de plus en plus dingue) traite d’inéluctable qui reste fascinant, comme l’évocation du Lobster Roll (dont on parle en permanence et qui rappelons-le était le premier lieu de rencontre entre Alison et Noah), la mort de Scott (Accident ? Meurtre ? Cette saison apporte une réponse claire et précise), la famille maudite (La faute semble-t-il à un grand-père monstrueux), le fantôme de Gabriel (Qui hante la nouvelle grossesse d’Alison et la renaissance de Cole) ainsi que la réussite de Noah (Qui a enfin sorti un livre qui marche du tonnerre, problème est qu’il s’agit de son histoire à Montauk). Nombreux paramètres qui étoffent un récit d’une richesse constante et finissent de noyer la série dans un Soap vertigineux et parfois bouleversant – Les instants les plus beaux de cette saison sont à mes yeux ceux entre Helen et Noah (L’hôpital, essentiellement) qui s’aiment toujours, autant qu’Alison et Cole, c’est ce qui est le plus bouleversant là-dedans.

Better Call Saul – Saison 2 – AMC – 2016

13124610_10153648320222106_2501814626625886719_nFrères d’arme.

   8.5   Better Call Saul prend donc l’amplitude que la saison d’ouverture promettait. Le spin off de Breaking Bad est noyé sous la richesse thématique, mise en scénique et sous-textuelle que chaque épisode impose, loin, très loin, de l’emblématisme de la série référente. Néanmoins, à l’instar de Walter White se métamorphosant en Heisenberg lors de son premier vrai fait d’armes tragique de la fin de saison 2 c’est aussi lors de cet avant dernier mouvement de la saison que Better Call Saul choisit d’entrevoir et de faire de James McGill le Saul Goodman qu’il sera, probablement bientôt, en offrant le point de non-retour de la relation entre les deux frères – On verra que c’est bien plus compliqué que cela.

     Tout d’abord lorsque Jimmy se débarrasse de Chuck, pas directement certes, mais de manière brutale comme par Ko après un rude combat. Malgré la cordialité qui résiste entre les deux hommes, on ressent l’affrontement depuis le début, entre la réussite de l’un et les échecs à répétition de l’autre, le rejet maladif de l’électronique pour Chuck, les petites combines à répétition de Jimmy ; Cette manière qu’à Jimmy de s’occuper de Chuck tandis que ce dernier semble ne vouloir d’aucune aide. Les dix derniers minutes de cet épisode (absolument parfait, mais toute la saison aura une fois de plus tenu une tenue exemplaire hallucinante) se déroulant « à la photocopieuse » sont à la fois jubilatoires, anxiogènes et cruelles. Ce « Call 911, call 911 » que répète inlassablement Jimmy à personne, dans la pénombre, sans pour autant bouger le petit doigt, rappelle forcément l’immobilité d’enfoiré puissance mille de Walt face à l’overdose de Jane. Pourtant, l’épisode suivant, bien qu’un poil en deça nous emmène ailleurs encore.

     C’est une rivalité fraternelle qui sert de trame narrative durant toute cette saison. Un flashback en ouverture du dernier épisode nous permet d’appréhender la genèse de cette rivalité, où au chevet de leur mère mourante, Jimmy, petit préféré, devient bête noire de son frère, sans le savoir. Quand il va donc se battre contre Chuck pour un dossier important (Mesa Verde) il le fait surtout pour Kim (Quand Saul fera plus tard les choses pour Saul, uniquement) sans jamais laissé tomber son frère pour qui il préfère, bon joueur, avouer son coup plutôt que de le voir démissionner et sombrer dans la dépression. Chuck, lui, n’a pas cette tendresse pour son frère, il reste à tout jamais marqué dans son ego par leur rivalité. Il est donc prêt à user de la faiblesse de Jimmy pour parvenir à ses fins. Ce qui en fait le grand méchant, quand bien même le récit lui révèle une fascinante complexité.

     La saison se ferme là-dessus, sur le dernier des sales coups. Jimmy ne pourra plus jamais être un Mc Gill après cela. C’est là que Walt (de Breaking Bad) et Jimmy sont en totale opposition dans leurs actes. Ils ont tous deux franchi un palier de non-retour, auquel ils ont réagi de façon opposée. Cela ne fait que confirmer la volonté des créateurs de ne pas refaire un portrait à la Walter (Le mec lambda qui devient une ordure) mais celui d’un homme complexe, tiraillé par son besoin de réussite et son attachement indéfectible à ses proches. Je trouve que c’est la meilleure idée de BCS : Avoir créer une réelle empathie pour un personnage qui était apparu si antipathique jusqu’alors.

     En parallèle nous suivons toujours Mike, qui ne croisera quasi pas la route de Jimmy durant ces dix épisodes mais se retrouve lui aussi dans une situation inexorable après son altercation avec Tuco qui le conduit à rencontrer Hector Salamanca, encore sur ses deux jambes. Pour le coup on te prépare vraiment le terrain Breaking bad. L’étau se resserre donc pourtant la série se redéploye constamment. C’est d’un tel niveau de maitrise, fascination, perfection, ça frise l’insolence. Je pense que l’on peut d’ores et déjà y voir la marque d’un classique instantané.

Love – Saison 1 – Netflix – 2016

14.-love-saison-1-netflix-2016-900x622Elle et Lui.

   8.0   Mickey et Gus sont tous deux dans une impasse affective, ils ont la trentaine et ne se connaissent pas encore. Le premier épisode s’intéresse à leur quotidien professionnel et leurs déboires sentimentaux. Elle travaille comme programmatrice dans une radio locale, lui est professeur particulier sur le tournage d’une série de sorcières. Et ils vont tous deux mettre un terme à la relation amoureuse stérile qu’ils entretiennent chacun de leur côté. L’épisode suivant les voit se rencontrer, un lendemain de cuite, dans une épicerie. Et les suivants vont les rapprocher, les éloigner, les assembler dans une mouvance rom’com qui s’affranchit aisément des codes de la comédie romantique. Apatow est derrière tout ça donc c’est forcément génial, drôle et sinistre, énergique et down tempo ; Toujours dans une évolution insondable. La série creuse les personnages qui gravitent autour de Mickey et Gus, avec entre autre la colocataire de Mickey – qui rappelle d’abord la Soshanna de Girls et devient beaucoup plus dès l’épisode du rencard entre elle et Gus, arrangé par Mickey. Ampleur que prend aussi cette mini starlette, incarnée par la cadette Apatow, Iris (qui fait quelques apparitions dans ses films) devenue ado. Ainsi que tous ces personnages secondaires croisés à la radio, au studio, chez Gus, par exemple lorsqu’ils font leurs soirées dédiées à créer des chansons de génériques de fin de films qui n’en ont pas. Idée qui fait écho à d’autres déjà apparues dans certaines réalisations d’Apatow, de Knocked up à This is 40. La série creuse moins l’humour gras habituel que les longues séquences évoluant sur un épisode entier : Ici un dîner ou les tournages studio, là une soirée cosy ou une soirée magie. Et donc s’aventure aussi dans les aspirations et la solitude respective de ses deux héros. A ce jeu-là, Mickey et ses dépendances multiples, à la drogue comme au sexe, sa dépression et son impulsivité, gagne par KO et campe un personnage relativement nouveau (féminin, déjà) dans l’univers du cinéaste, depuis le très beau virage Crazy Amy, en fait. Les dernières minutes de la saison m’ont fait chialer. En fait, je suis tombé amoureux aussi bien de Mickey que de Gus. De la cruauté malade de Mickey, toujours à contretemps. Et de la façon qu’à Gus de jouer avec son corps couplé à une énergie maladroite dans le langage qui m’ont souvent évoqué Woody Allen, celui de Annie Hall. Ils vont sacrément me manquer ces deux-là. Vivement la saison 2.

The Knick – Saison 2 – Cinemax – 2015

the-knick-clive-owen-04-900x621This Is All We Are.

   8.0   Je vous épargne les images gores, ai préféré opté pour un photogramme disons plus traditionnel, mais je préviens, cette saison ne lésine pas. Quoiqu’il en soit c’est fort, très fort. Je persiste donc : The Knick est sans nul doute le chef d’oeuvre de Steven Soderbergh.

     Voici dix nouveaux épisodes tous réalisés par Steven Soderbergh. Et ça a son importance tant cela crée une unité d’ensemble, un dosage parfait. On a pu le constater avec la première saison de True detective ainsi qu’avec la récente création de David Simon, une bonne série n’est pas qu’affaire de bon showrunner. Lorsqu’un seul réalisateur s’y colle entièrement ça se sent.

     La série reprend là où elle s’était arrêtée et creuse à nouveau chacun de ses personnages majeurs qui apparaissaient déjà dans la saison introductive : John Thackery, en cure de désintoxication, qui se venge sur l’héroïne, ce qui conduit Algie Edwards à le remplacer au poste de chef de chirurgie, ce qui n’est pas du goût de Gallinger qui va enlever « Thack » et le ramener au Knick à sa manière. Trois personnages phares, complémentaires et contradictoires, acteurs de l’Histoire, révélateurs de l’époque.

     Et puis il y a ceux plus secondaires que la série va prendre grand soin à fouiller de fond en comble : Lucy et sa relation avec son père, pasteur de retour à New York, dont elle suit le prêche avant de se confesser et d’en encaisser les coups ainsi que son rapprochement avec Henry Robertson. Barrow et les pots-de-vin que lui procure la construction du nouvel établissement ainsi que son entichement pour une prostituée dont il décide qu’elle sera la nouvelle femme de sa vie. Soeur Harriet et son mis au ban suite à son importance dans les avortements clandestins, avant d’y voir sa relation avec Cleary, l’ambulancier attitré du Knickerbocker.

     La série multiplie les chassés croisés entre le quotidien de l’hôpital, les grandes discussions autour de son éventuel rachat, sa délocalisation prochaine, la dépendance et la folie de Thackery (Clive Owen est décidément un acteur incroyable), la montée de l’eugénisme (Et la stérilisation des immigrés), les inventions médicales (Rachianesthésie) et toutes les autres (La naissance du cinéma, de la psychanalyse) et poursuit brillamment les interactions entre les personnages, surtout entre Edwards et Gallinger, brosse des portraits personnels profonds de chacun d’eux.

     Certains épisodes se concentrent sur des intrigues parallèles passionnantes et parfois très émouvantes. C’est le cas de ces soeurs siamoises, qui appartiennent à un sale type qui en a fait des bêtes de foire, que Tackery va rencontrer et aider, moins par altruisme que pour s’offrir un défi supplémentaire en leur offrant de quoi les séparer – Ce plan qui les voit marcher chacune de leur côté avec difficulté mais avec le plaisir affiché d’un enfant qui fait ses premier pas, le regard méfiant et émerveillé, est d’une beauté folle. Il y a le nez d’Abigail et cette syphilis (qui s’est à nouveau détériorée à cause d’une bague en toc en guise de greffe) que Thack tente d’abord de guérir en lui faisant choper le paludisme de manière à ce que la forte fièvre tue la première maladie, avant de traiter la seconde. Ici le morphinomane, crâne béant (Séquence devant laquelle il est difficile de ne pas détourner les yeux). Bertie qui après s’être fait un petit séjour à l’hôpital juif du Mont Sinaï, revient avec une obsession pour les sauvetages en dernier recours à base d’adrénaline et essaie de mettre en place les recherches de Pierre Curie pour soigner les cancer par radiothérapie. Là l’explosion dans le chantier du métro rappelle ce que pouvait être les gros rush d’Urgences, les jours d’accident.

     L’épisode 9 sublime s’ouvre et se ferme au Nicaragua par la rencontre entre Thackery  et Robertson et crée un troublant parallèle entre les relations avec les pères : Le parricide de Lucy Elkins d’un côté (couronné par un monologue absolument sidérant de la belle Eve Hewson), le suicide du père Robertson de l’autre, dans les flammes du futur nouveau Knick. C’est riche et passionnant à tous les niveaux.

     Dans la première saison, le score de Cliff Martinez qui faisait très post Drive me dérangeait un peu dans la mesure où il appuyait l’anachronisme, jouait la carte de la sensation. Dans cette seconde salve, je le trouve enfin en phase avec le récit et la forme, plus discret tout en restant marqué au sein de chaque épisode, mais plus puissant dès que retentit le générique final de ces dix épisodes. Comme pour Soderbergh à la réalisation, l’homogénéité de la bande-son accentue la cohésion et la continuité.

     Si ma réserve cette fois tournait au début sur les couleurs (du bon gros filtre bleu, froid, écarlate) lors des scènes extérieures – C’était déjà le bémol que j’avais soulevé après avoir découvert le très beau Magic Mike – je ne le ressens plus dès l’instant que le récit et ses multiples strates se sont mises en route.

     En un sens je retrouve ce qui me séduisait dans une série comme Deadwood, cette sensation du zéro compromis (jusqu’aux personnages, dont les caractères sont nuancés au point de mêler d’une séquence à l’autre identification et rejet), d’être face à quelque chose en marge, qui se construit moins sur ce qu’on attend de lui, que sur une volonté de foncer, agrémenter, enrichir un récit déjà bien dense et complexe.

     Même quand il est prévisible, à l’image du retour de cure de Thackery, on ne sait pas non plus où le récit nous emmène. Ça foisonnait déjà l’an passé mais il me semble qu’on a franchit un nouveau cap ici. J’ai l’impression d’être passé à côté de plein de choses, l’impression que je pourrais aisément tout me relancer et découvrir des éléments nouveaux.

     Les dernières minutes du dernier épisode sont monstrueuses. Frustrantes mais démentes. Je n’en dis pas plus. De toute façon c’est ouvert. On peut tout faire avec une fin pareille. Ou ne rien faire justement (que ça me conviendrait largement) c’est ce qui est beau.

Show Me A Hero – HBO – 2015

01.-show-me-a-hero-hbo-2015-1024x576And I’ll write you a tragedy.

   9.0   Il y a parfois des œuvres qui s’imposent instantanément, qui révèlent une telle richesse, pertinence, virtuosité, qu’on en sort changé.

     Nouvelle création de David Simon, intégralement mise en scène par Paul Haggis, Show me a hero, inspirée de faits réels, est une série hors norme, six épisodes ou trois blocs de deux heures d’une densité incroyable, ancrée dans la ville de Yonkers, Etat de New York, s’intéressant à la politique municipale lors de la création d’habitations à loyer modéré à la fin des années 80.

     La série fait surtout le portrait d’un homme (Nick Wasicsko, interprété par l’excellent Oscar Isaac) et de quatre femmes. Sept années mouvementées du futur maire élu puis bientôt sortant avant qu’il ne devienne simple conseiller et sombre dans la frustration et l’oubli. Ainsi donc que celui de plusieurs familles pauvres des cités environnantes, qui vont pour certain avoir accès à des murs neufs dans des quartiers plus sécurisés ; Ainsi qu’une femme de classe aisée vivant dans ces mêmes quartiers qui vit deux batailles soit d’abord contre cette construction future qui, comme beaucoup de ces voisins, y voit une chute de leur niveau de vie, montée de violence et baisse de leur bien immobilier avant qu’elle ne plonge corps et âme dans le partage et la compréhension d’une chance offerte aux plus démunis. Pour ce personnage (interprété par la géniale Catherine Keener) la série vaut déjà largement qu’on s’y penche.

     Manifestations diverses, assemblée de vote, conseils municipaux et rencontres politiques en tout genre, la série s’engouffre dans un matériau riche, fouillé, passionnant et fourmille d’idées et possibilités sans jamais tomber dans le démonstratif. C’est un The Wire plus ramassé, plus intime (au sens où s’il met en scène de nombreux personnages, il se penche minutieusement sur peu d’entre eux) mais tout aussi riche et passionnant dans ce qu’il aborde de l’échec du système politique et social américain, des inégalités qu’il engendre, les tensions qu’il nourrit, la peur qu’il installe. Le format et l’amplitude du récit convoque pêle-mêle les Carlos, Mildred Pierce, JFK, Erin Brockovich. Rien que ça.

     Fort d’être un édifiant portrait d’une période américaine, puisque c’est aussi l’adaptation du livre de Lisa Belkin, Show me a hero impressionne surtout dans sa confrontation avec les problématiques modernes. Il y a en effet beaucoup d’aujourd’hui dans ce conte d’hier. Beaucoup de chez nous dans cette histoire outre-Atlantique. Ne serait-ce que dans cette affaire de création de logements. Aparté personnel : Il se trouve que notre immeuble affronte aussi cette réforme, puisque beaucoup de gens distribuent des tracts, frappent aux portes, affichent leur mécontentements sur des banderoles, pour ne pas que l’on construise un « foyer » sur le terrain vague d’en face. Je pense que la série m’a beaucoup parlé aussi pour ça : sa façon d’évoquer frontalement cet embourgeoisement urbain, la haine du pauvre, le racisme ou  tout simplement ce refus de l’autre sous prétexte qu’il ferait baisser la valeur de nos biens. Hier et Aujourd’hui, ici et là-bas, même combat.

     Ces six heures brassent surtout énormément de l’absurdité politique en nous conviant à suivre le personnage de Nick, petit arriviste et fier d’arborer le blason de plus jeune maire des Etats-unis, qui coiffe d’abord le maire sortant en s’opposant à la mise en place des « Projects » avant qu’il ne soit plus tard dans l’obligation, pour s’en sortir et pour ne pas se faire démolir par la législation, de les défendre voire de s’allier à d’anciens adversaires ou de se présenter contre son propre parti.

     Il y a bien entendu des choses qui auraient pu être condensées, d’autres moins explicitées. Mais bon, me lançant dans un récit de politique du logement, j’avais quelques craintes. Surtout lors d’un premier épisode assez ingrat (autant que pouvait l’être le premier de The Wire) dans sa peinture foisonnante et excessive. Puis plus aucun doute après la première heure. Ça pouvait durer deux fois plus longtemps, j’y étais installé, bien. C’est tellement fort, tellement dense et précis, hyper ancré géographiquement, avec un cast ahurissant, des instants de grâce, des personnages fascinants, une sensibilité inouïe que toutes les réserves s’amenuisent jusqu’à disparaitre. D’autant que la série n’hésite pas à user d’ellipses ni à simplifier la moindre situation avec un œil avisé, lucide sur la reconstitution historique et une mélancolie quasi permanente renforcée par de très beaux choix musicaux – Bruce Springsteen, essentiellement.

     Précision, qui n’est pas non plus le scoop de l’année : J’ai beaucoup pleuré. Sérieusement j’ai fini dans un état indescriptible. Et puis c’est la première fois qu’Oscar Isaac me fait une aussi forte impression. Et puis il y a Carla Quevedo, aussi. Surtout. Ravi aussi de revoir Alfred Molina, qui campe avec brio une ordure modéré, politicard en pantoufle. Ravi de retrouver Clarke Peters, qui jouait Lester Freamon dans The Wire. Et puis parce que David Simon, évidemment. Showrunner de première classe.

     Bref, il faut s’y ruer illico. C’est un monument. Un manifeste politique et fin observateur des rapports sociaux en milieu urbain, sur la question de la mixité sociale. Humain malgré la violence qu’il charrie qui n’est autre que celle du réel. Six heures pleines, lucides, cruelles, bouleversantes.

The leftovers – Saison 2 – HBO – 2015

The leftovers - Saison 2 - HBO - 2015 dans 2015/2016 : Top10 Séries the-fight-the-leftoversWhere is my mind ?

   9.5   En effet, je ne sais pas bien où je suis.

     Dire que The Leftovers m’a chamboulé au-delà du chamboulement est bien en dessous de la réalité. Il va de soi que cela vaut pour les deux saisons, mais le niveau de ces dix derniers épisodes est si étourdissant. Ce n’est définitivement pas une série comme les autres. C’est un tremblement de terre.

     Je suis sorti terrassé de ce dernier épisode. Terrassé mais serein, tant je ressens ce que ça représente, la trace que ça va laisser, je m’y sens chez moi, je me laisse aller. Atteindre un tel pouvoir de fascination, un tel crescendo émotionnel, sans jamais forcer des entrées ni des sentiers attendus c’est assez inédit il me semble.

     The Leftovers a donc troqué sa petite bourgade de Mappleton (Celle du livre de Perotta) touchée comme le reste du monde par le suddent departure, pour Jarden, au Texas, ville curieusement entièrement épargnée. Une fois de plus, il ne s’agit pas de focaliser sur l’événement mais de vivre avec l’héritage qu’il laisse derrière lui. Prendre un lieu qui n’a pas bougé, rebaptisé dorénavant Miracle, que l’on vient visiter, que l’on souhaite habiter est une idée incroyable. Une de plus.

     What’s happened ? La série ne cesse, par l’intermédiaire de ses personnages de se poser cette question insoluble, de nous mettre en situation de se la poser. Qu’importe les questions et surtout les réponses sitôt qu’y demeure mystère et fascination – Incroyable séquence introductive, échappée de nulle part, dont on entrevoit des bribes réflectives dix épisodes plus loin. Qu’importe les miracles, les tremblements, les disparitions, les grillons récalcitrants, pourvu qu’on soit invité à s’y lover intimement, à ne plus vouloir en sortir.

     On pourrait grossièrement dire que The Leftovers est un Lost plus adulte. Rien de péjoratif dans ce constat bateau, simplement la sensation que les nombreux rebondissements qui faisaient le sel de l’une sont distillés et condensés dans l’autre de manière à créer une sidération sur la durée, en n’hésitant donc jamais à étirer les mystères (Un épisode sideway, dores et déjà dans la légende), poser un long dialogue, attiser nos incompréhensions. C’est faire le pari que le spectateur a déjà prévu de faire cet effort-là, d’assister et de vivre sa propre cour des miracles.

     On voudrait que ça ne termine jamais. Seul le voyage compte, à l’image de Kevin et plutôt deux fois qu’une ou comme Mary et plutôt deux retours qu’un. The Leftovers n’est que traversées hallucinantes, dérives déconcertantes. L’importance musicale, aussi, en tant que ritournelle ou trouée bouleversante sur Homeward Bound. Comment peut-on à ce point être aussi inspiré ?

     Holy shit. Ce sont les mots prononcés par Michael à l’issue de l’épisode 8 lorsqu’il assiste à quelque chose qui mérite largement cette exclamation. Oui, holy shit. On ne cesse de le dire aussi. C’est le ressenti global de cette deuxième saison qui te clou systématiquement par sa densité, sa puissance, sa profondeur.

     Il faut certes accepter de se séparer d’un certain bagage sériel commun, The Leftovers a davantage qu’un programme à offrir. C’est la vie dans ce qu’elle a de plus complexe, belle, indomptable, cruelle, incroyable.

     Je le disais, c’est un choc tellurique. Merci, Damon Lindelof. Et si cette fin me convient à merveille, please HBO, faites que ça continue.

Sense8 – Saison 1 – Netflix – 2015

Nomi2What’s going on ?

   8.5   Il s’est passé plein de trucs étranges avec cette série. Déjà, je l’ai lancé tout seul, comme un grand, alors qu’à priori les Wachowski et moi ça fait deux. Le pitch y était pour beaucoup. Puis je l’ai volontairement stoppé à mi-saison pour la reprendre aussitôt, cette fois accompagné. C’est la première fois que ça m’arrive. L’envie probablement de retrouver l’effervescence conjugale éprouvée fut un temps devant les six saisons de Lost. Je ne sais pas. J’aurais voulu tout regarder sans m’arrêter – d’autant que Sense8 est un peu faite pour être regarder ainsi – mais je tenais avant tout à la partager. Aussi parce qu’il fallait que j’impose ce déclic, cette initiative à ma partenaire tant ça ne lui disait rien, Cloud Atlas aidant. Et bien pas une seule fois je me suis dit que c’était une mauvaise idée, au contraire, cela m’a permis de réhabiliter d’une part complètement les trois premiers épisodes, absolument magnifiques, mais aussi d’apprécier davantage cette dynamique de l’entonnoir, avec ses lumineuses transitions. Enfin bref, je ne vais pas te faire un dessin, c’est le truc le plus excitant, lumineux, drôle, émouvant vu depuis un moment.

     Si comme moi tu as au départ peu d’atomes crochus avec le cinéma des Wachowski, il va falloir t’accrocher. Parce que franchement, ça vaut le coup. Il y a donc je le disais d’abord trois épisodes difficiles, mais cela dit pas désagréables, devant lesquels il est possible de rester sceptique. Dans le vertige, le mélange des genres, la kyrielle de personnages olé olé – Un acteur mexicain gai, une coréenne calée en kick-boxing, une hackeuse transsexuelle, une islandaise transportant un lourd trauma et d’autres. Un beau catalogue. Mais un catalogue qui prend justement une ampleur logique et dramatique à mesure que le récit central se met en place. C’est fort de café, mais bon, quand on a mangé Cloud Atlas, on est capable de tout encaisser. Justement, Cloud Atlas, parlons-en : Si le pitch semble similaire (une affaire de connexions spirituelles entre plusieurs personnages à travers le monde) Sense8 s’en échappe rapidement autant dans sa construction labyrinthique (des portes qui s’ouvrent sur d’autres, des sons qui en convoquent d’autres, des décors qui se superposent), ce que draine chaque personnage, d’important ou non (Fait rarissime en série, je les apprécie tous pareil ; Il n’y en a pas un que je cherche plus que l’autre) que dans la légèreté qui émane de l’ensemble tout en s’enfonçant dans une noirceur renversante assez inattendue.

     Très vite on se familiarise avec les lieux (Séoul, San Francisco, Londres puis Reykjavik, Nairobi, Mumbaï, Mexico, Berlin et Chicago) ainsi qu’avec le genre qui lui est approprié. De la comédie romantique on passe au thriller d’espionnage, un casse se superpose avec un mariage façon Bollywood. La familiarisation opère très rapidement parce que j’y trouve de l’intérêt somme toute partout, dans tout ce que je vois, dans toutes les connexions, aussi infimes soient-elles au départ (il faut lancer la machine, poser les conditions et faire en sorte que cette nouvelle naissance à huit soit imposante, éreintante, belle et douloureuse). On pourra toujours y voir naïveté et grandiloquence mais on retiendra surtout la générosité de l’ensemble, qui converge peu à peu vers un magma de rencontres et de fusions d’une puissance géniale qui n’a d’égal que l’épaisseur globale, où chaque personnage devient le vecteur de quelque chose de plus grand, une révolution hilarante (« Do I know you ? » demande Will à Lito dans ce dernier épisode qui lui répond « We had sex ! ») et bouleversante (sublime mixture orchestrale des naissances de l’épisode dix) façon huit pour tous à la Lady in the water assez jubilatoire. Peut-être me fallait-il un format série pour accepter, enfin, l’univers Wachowskien.

Rectify – Saison 3 – Sundance Channel – 2015

12027659_10153173841832106_4636984155167472493_nA side trip in the side trip.

   8.0   Jusqu’ou Rectify nous emmènera ? Difficile de l’imaginer. La série est à l’image de sa construction, de son intrigue, de Daniel, impalpable à souhait. Tout devient de plus en plus intense à mesure que le récit se déploie d’épisode en épisode. Une intensité jamais exagérée, toujours avec la bonne distanciation, la durée adéquate. Et avec tellement peu, concrètement parlant. Peu de rebondissements, peu d’accélérations. Tout ce qui se joue est pourtant d’une force inouïe, mais se loge entre les lignes, jamais ostensible mais prêt à exploser. C’est d’une telle force, justesse, patience, retenue, ça frise l’excellence en permanence. Ça l’atteint d’ailleurs le temps d’un dernier épisode sublimissime.

     Chaque strate du récit aura donc pris le temps de grandir, de se mettre en place voluptueusement et douloureusement. Pour Daniel et autour de Daniel. Plus que jamais, la série donne à voir ce que cette sortie ambiguë laisse comme traces partout où elle passe, revient, s’installe. Dans un foyer qui se désagrège. Une entreprise qui disparaît littéralement de l’écran, durant cette troisième saison. Une cuisine, que l’on rafistole. Une piscine que l’on repeint. Et puis plus que jamais la série rappelle quelque chose de fondamentale mais de pas forcément évident : Daniel est un corps adulte prisonnier dans une âme d’adolescent, puisqu’il reprend une part de son âge qu’il avait laissé en partant. Parvenir à mettre cela en scène n’était pas gagné d’avance. Rectify y parvient. Haut la main. Et l’image de cette piscine, de cette plage, de ce road trip mère/fils souligne cela à merveille.


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silencio


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