Archives pour la catégorie Agnès Varda

Les glaneurs et la glaneuse – Agnès Varda – 2000

13346419_10153718648327106_4322925395800920532_nGlanons, grappillons.

   7.2   C’est moins l’occasion pour Varda de faire un docu stricto sensu sur les conditions et l’histoire du glanage, comme pour offrir une version filmée d’un tableau de Millet ou de Breton, que d’expérimenter une fois de plus les possibilités du matériau filmique, glaner de l’image, en somme. Saisir de sa main qui filme son autre main qui glane, répète t-elle régulièrement. Autrement dit, mettre en scène la finalité de son idée, de ses convictions. Et en profiter pour raconter son vieillissement, prendre son corps à témoin (ses mains, ses cheveux) à la fois le reflet de ces patates qui verdissent et celui de cette seconde vie qu’elle lui offre, autant que ces pommes de terre au rebus, ces figues oubliées, ces produits de supermarché jetés, ces huîtres que la marée a fait jaillir des parcs, ces objets abandonnés sur les trottoirs. L’un d’eux attirera d’ailleurs son attention, une vieille horloge sans aiguilles, où le temps dit-elle, ne s’écoule pas. Les glaneurs et la glaneuse est aussi l’occasion de donner la parole aux gens, réprouvés que l’on ne voit nulle part sinon chez Depardon ou Varda, glaneurs par besoin, glaneurs par plaisir. C’est aussi une façon d’interroger les possibilités du glanage, les restrictions législatives, de constater les cheminements des patates, des champs aux usines avant le rejet des grosses dans les terrains vagues. D’aller observer les glaneurs d’huîtres à Noirmoutier, qui doivent se tenir à une distance minimum des parcs, ramasser une certaine quantité ; De voir ceux qui s’entichent des fins de marché parisiens, comme cet homme qui ne vit que de ça depuis dix ans, cet autre qui écume marchés et poubelles le jour et donne des cours d’alphabétisation le soir. De leur donner la parole ; Du temps de pellicule. Le film est d’ailleurs construit comme on grappille, il ne suit pas de schéma, s’abandonne ici, s’aventure là-bas, insère de la fantaisie (la main de Varda qui attrape des camions, filme des patates en forme de cœur) et cite à foison les nombreuses œuvres de peintres de glaneurs, sans jamais tirer vers le cérémonial. Le film était diffusé dans le cadre d’une exposition d’art contemporain « L’abbaye fleurie » de Régis Perray, initialement prévue en plein air mais retranchée pour cause de temps menaçant, dans la grange de l’abbaye de Maubuisson. Faisait frisquet mais c’était très beau.

Les demoiselles ont eu 25 ans – Agnès Varda – 1993

Les demoiselles ont eu 25 ans - Agnès Varda - 1993 dans Agnès Varda Les-demoiselles-ont-eu-25-ans-setfoto-300x219 Merveille d’appendice.  

   7.0   Catherine Deneuve dit quelque chose d’important dans le film : que c’est une fête, comme l’était le film en 1966, qu’il faut le revivre ainsi et tenter de ne pas se laisser gagner par la mélancolie, mais que plus que tout autre chose il s’agit d’un film sur la mémoire, le souvenir d’un film vieux de 25 ans. Elle a bien résumé le travail d’Agnès Varda. On pourrait même ajouter un intérêt supplémentaire, celui de s’intéresser et de produire les images du travail de Jacques Demy, qui s’était totalement investit dans ce projet, mais aussi le plaisir de faire la rencontre au présent d’acteurs, figurants ou techniciens, pas forcément ceux que l’on se souvient en repensant ni même en revoyant Les demoiselles de Rochefort. C’est donc, avant tout, une ode à Rochefort et à l’influence des Demoiselles de Demy sur Rochefort. C’est à la fois un making off un peu spécial puisqu’il est cinématographique (dans le sens où il intègre parfaitement la filmographie d’Agnès Varda), mais aussi un reportage ou la parole est donnée. On y découvre le travail sur certaines séquences, notamment des discussions entre le cinéaste et Gene Kelly, ou encore des répétitions avec Deneuve et Dorléac. Et puis à côté de cela, entre de nombreuses images de Rochefort aujourd’hui (le plaisir de Varda est, nous dira t-elle, de filmer les habitants, ce qu’elle préfère) quelques personnages qui se souviennent, des quatre motards de la place Colbert aux deux enfants qui effectuent de brefs pas de danse avec Gene Kelly. Et puis aussi quelques mots de Jacques Perrin, Michel Piccoli voire même Agnès Varda elle-même. L’ambiance est à la fête même si celle-ci est entrecoupée de moments mélancoliques et forts, lorsque sont évoquées les inaugurations de noms de place ou d’avenue, Jacques Demy ou Françoise Dorléac. C’était cela dont parlait Catherine Deneuve. Parce que sa sœur a disparu dans un accident de voiture peu après le tournage du film et que Jacques Demy est décédé tout récemment. Il fallait l’évoquer, Varda le fait avec la manière, en s’intéressant davantage aux images qu’ils nous laissent d’eux. Et puis il y a encore d’autres instants fabuleux comme cette scène entièrement filmée, où Demy enfile un pull-over, dans un rythme qui n’appartient qu’à lui, dit Agnès Varda. S’intéresser à ces petits riens qui nourrissent la mémoire de chacun, s’intéresser aux détails de la vie. N’était-ce déjà pas le principe et sujet même des Demoiselles de Rochefort, toujours finement écrit et passionnant ? La proposition d’Agnès Varda fait un peu fouillis, mais c’est un fouillis qui me plait, j’aime chaque seconde de son film, même quand elle reprend certaines séquences du film de son mari. Il y a une sensation très intense, mais ce n’est pas une mauvaise émotion, c’est vraiment pour la mémoire, pour agrémenter le chef d’œuvre de Jacques Demy pas tant pour le compléter mais plutôt pour donner immédiatement envie de s’y replonger. Et c’est magnifique.

Jacquot de Nantes – Agnès Varda – 1990

varda_jaquotL’empire de la passion.    

   6.1   Agnès Varda n’aura eu de cesse d’intégrer dans sa filmographie récente des films hommage à l’homme/cinéaste Jacques Demy, son mari à la ville. Les demoiselles ont eu 25 ans revient sur Rochefort, les lieux de tournages, évoque les décès des uns, les réussites des autres. Film entièrement dépendant du chef d’œuvre de Jacques Demy qui est aussi un très bel essai sur la force implacable du temps. Plus tard L’univers de Jacques Demy pour en savoir plus sur cet énergumène fou de cinéma et de chansons poétiques. Et très récemment, Les plages d’Agnès, film expérimental qui travaille sur les reflets de l’image en parallèle à la mémoire, qui rend hommage à la nouvelle vague d’une manière générale, à Jacques Demy donc aussi. Jacquot de Nantes est le premier de tous ces films. Le réalisateur français vient de mourir, sa femme décide de lutter contre l’oubli et commence ce film qui retracera l’enfance de Jacques Demy et racontera les origines de sa passion pour le cinéma.

     Trois jeunes acteurs joueront le futur réalisateur. Trois jeunes acteurs d’âges différents en fait. Pour autant, et c’est une grande qualité, le film n’est pas du tout construit en trois étapes de vie, de développement culturel. Les seuls changements brutaux qui interviendront seront les métamorphoses physiques que Demy subira, pour montrer qu’il grandit. Les grandes étapes sont évidentes mais elles se confondent avec le reste pour retracer une enfance complète. Il en ressortira plus principalement la période de guerre. La première rencontre amoureuse. La première initiation au métier de cinéaste. Des seuils importants dans la vie de cet homme. Agnès Varda nous procure quelque chose de très intense par moment. Elle fait des inserts de films de son mari dans son propre film biographique. Ainsi chaque fois qu’une situation rappelle un film de Demy, elle cale une scène de ce film durant quelques secondes. Par exemple, il est question de manifestations dans les rues de Nantes, une séquence d’Une chambre en ville s’intercale. Si l’on y voit le garage où Demy a grandit, on y verra juste après une scène des Parapluies de Cherbourg. Si au premier abord on peut trouver le procédé redondant et facile, il s’avère très efficace ensuite et plus discret. Et c’est finalement très touchant car l’on se rend compte combien le cinéaste a puisé dans sa mémoire, dans ses souvenirs – dans le vécu donc, le vrai – pour étayer ses propres films.

     Jacquot de Nantes parle de cinéma, systématiquement, car parle d’un jeune homme qui passait sa vie dans les salles obscures, qui dénichait tous les films et faisait ensuite les programmes ciné de ses potes. D’un gamin qui très tôt, et par le plus grand des hasards, s’est intéressé au métier de cinéaste, en se procurant une petite caméra, visionnant maintes fois le même film (un court de Charlot) avant d’effacer la bande et d’en faire ses propres images, dessinées au feutre sur la bande. Le cinéma tient là une place considérable. Tout comme la guerre qui l’aura beaucoup marqué. Surtout la fois où il a vu une femme morte devant ses yeux. La ville de Nantes bien entendu. Ce sabotier chez qui il est resté un long moment aussi (il fera d’ailleurs un court métrage, adulte, qu’il appellera le Sabotier du val de Loire). Il y a une volonté inoxydable chez ce bonhomme, qui travaillait plus dans son grenier (à faire ses petits films) qu’à l’usine (boulot que son père recommandait) et aimait tellement ce qu’il faisait qu’il aurait été difficile d’imaginer ne pas le voir reconnu aujourd’hui comme un grand cinéastes.

Sans toit ni loi – Agnès Varda – 1985

35.13Au gré des vents.

     6.3   Un beau portrait de femme. Celui d’une jeune érante, qui comme le dit Agnès Varda en guise d’intro, a sans doute marqué davantage les gens qui l’ont croisé récemment que ceux qu’elle a connu toute petite. La rencontre avec cette femme « experte en platane » est le moment le plus fort du film. Ou comment une fille sans le sou s’en sort provisoirement grâce à une bonté venue d’ailleurs, et comment cette rencontre va t-elle faire grandir cette femme, dont l’acte de bonté soudain lui permit de se surprendre elle-même. D’autres rencontres sont très belles aussi. Celle avec Hassoun par exemple. Globalement ce qui marque c’est ce choix de faux documentaire, on nage en pleine fiction c’est évident, mais Varda filme tellement de choses, et pas forcément des choses utiles au récit, et ça c’est formidable.


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silencio


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