Archive pour la Catégorie 'Alain Resnais'

Nuit et brouillard – Alain Resnais – 1955

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      10.0   Comment réactiver les mémoires, donc lutter contre l’oubli en naviguant entre l’expérimentation et la pédagogie cinématographiques ? L’holocauste nazie n’a pas dix ans que l’on se doit d’en rendre déjà compte en images, le plus vite possible, c’est sans doute ce que se sont dits Alain Resnais et Jean Cayrol (auteur du texte de Nuit et brouillard). C’est un document. Peut-on le qualifier de film de cinéma ? Cannes l’avait d’ailleurs refusé de son festival. C’est faire un mauvais amalgame entre la dureté du propos et l’expérience de cinéma. Nuit et brouillard est un document, un ovni donc (Comme on pourrait en dire autant de La jetée, Schizophrenia ou Holy motors ?) ? C’est à s’y perdre. Si le cinéma fait renaître les fantômes, Nuit et brouillard est le cinéma pur, et par la cruauté de son évocation, ni plus ni moins la plus grande catastrophe humaine du XX° siècle, et par ses partis prix de cinéma, flirtant tour à tour entre l’évocation de lieux du passé au présent, images d’archives insoutenables et texte monocorde, pas systématiquement relié à l’image de façon coordonnée. Nuit et brouillard est un film incomplet. Il suffit de voir ce que Lanzmann a fait cinématographiquement de la Shoah, soit tout autre chose, de dispositif moins centré sur le montage mais davantage sur la rencontre, dialoguer avec ces victimes et bourreaux de la guerre, recréer la sensation par la lente traversée et les mots sans rien enlever. C’est l’aspect pédagogique du film d’Alain Resnais, sa durée, sa faculté de synthétiser, ce pourquoi on le propose dans les écoles davantage que le film de Claude Lanzmann. A l’image ici, celle du présent, des terrains vagues, le vide, des ruines, beaucoup de ruines et ce qu’elles suggèrent, des lieux ou machines de mort à l’abandon mais dont on s’en méfierait comme de la mort elle-même. Et puis des images du passé, en noir et blanc, essentiellement des photos, ce passé là a cessé de vivre, d’être en mouvement. Un homme mort sur un grillage de barbelés. Un mur à fusillade, protégé contre le ricochet des balles. Les marques d’ongles qui ornent le plafond des chambres à gaz. Un amas de cheveux. Un amas d’os. Des corps calcinés. Des corps transportés à la pelleteuse. Les images sont d’une violence insoutenable. Et le film dans sa rigueur et sa faculté de mettre en relation ce présent, ce texte et ce passé devient le document ultime sur la Shoah, celui que l’on garde sous la main, pour se rappeler que cela est vraiment arrivé, il y a à peine plus d’un demi siècle, pour ne pas oublier, jamais.

Les herbes folles – Alain Resnais – 2009

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     4.5   Je n’avais que moyennement aimé Coeurs il y a trois ans. C’est un dispositif qui me plaisait beaucoup et dans le même temps je ne pouvais pas m’empêcher de le trouver grotesque, principalement dès que ça tournait autour de Dussollier ou de Claude Rich, invisible, dans son lit.

     Je ne vais pas y aller par quatre chemins pour moi Les herbes folles est un mauvais film. Non pas qu’il soit raté, simplement qu’il est mauvais. Si Hiroshima mon amour respirait la jeunesse d’un homme plein de fougue, d’un homme qui s’engageait, les herbes folles est un film daté, un film déjà vieux en sortant de la salle. Et cela n’a rien à voir avec l’âge, il suffit de voir Les amours d’Astrée et de Céladon, le dernier film de Rohmer, pour s’en persuader. Il y avait ce parfum de jeunesse que Resnais n’a pas su trouver. Que Resnais a perdu depuis Smoking/No Smoking ?

     Son dernier film ne manque pas de sympathie, mais il échoue dans tout ce qu’il entreprend, se ridiculise dans chaque séquence, provoquant un ennui latent. Ça me fait beaucoup de mal de dire ça, c’était horrible cette séance, je l’attendais ce film, j’y croyais tout simplement, et je me suis trompé. Comme je me suis trompé cette année avec Chabrol et Podalydès. Trois films usés. Trois cinéastes usés ? Donc oui il y a de la sympathie pour le cinéma récent de Resnais. Pour ces personnages pleins de folies. Ces plans colorés. Ces dialogues parfois (trop rarement ici) savoureux. Cette autosuffisance permanente. L’impression que Resnais radote, mais j’y reviendrai après. Quelque chose ne fonctionne pas ou fonctionne mal à l’écran. Ce personnage, Georges Palet, pourrait être quelqu’un de passionnant, vraiment. Lui qui après avoir trouvé un portefeuille s’invente un scénario dingue, qui après avoir croisé des nanas dont on y voyait dépasser le string se met en tête de les buter. Oui il est génial ce personnage, mais comme tout le reste trop appuyé. Il y a ces dialogues qui s’arrêtent aussi, pas au point, mais à la virgule. Je crois que ça sonne faux tout simplement, on voudrait tellement y croire qu’on s’agace à voir tout tomber à plat. Cet air faussement naïf de chacun des personnages, ces grimaces outrancières, cette empathie qui joue sur le burlesque conduisant évidemment à une empathie dramatique, cet air un peu trop théâtral les amenant à faire leur propre caricature. Et par-dessus tout ce qui me choque ici, ce sont les procédés cinématographiques grandiloquents. Qu’est ce que c’est que ces gros plans sur la braguette de Dussollier ? Ces plans saccades sur les flics qui mitraillent plusieurs fois la même question ? C’est moche merde. Même Cœurs, pourtant clinquant, était sobre à ce niveau là, beau même – toute la symbolique de Paris sous la neige. Les herbes folles n’est même pas beau. Il recycle. C’est du cinéma de recyclage, du cinéma de récup, comme dans le dernier Jeunet. On en viendrait presque à penser à de l’auto parodie. L’ami qui était avec moi m’a tout de suite dit ça dès le début du générique. C’est vrai c’est Resnais qui parodie Resnais. Jusque dans la reprise des plans « numéros sur les portes » de La guerre est finie. Il y a une volonté quelque peu naturaliste, ces fameuses herbes folles, que l’on a déjà le sentiment d’avoir croisé dans Mon Oncle d’Amérique.

 

     Bref, c’est une immense déception. On ne vit pas Les herbes folles malheureusement, on le subit. Oh je suis un peu dur, quand j’y repense il y a des choses originales, pas réussies d’accord, mais qui suscite un intérêt tout de même, car ce n’est pas n’importe quel tâcheron, et que forcément il y a une analyse derrière chaque plan. Certaines saynètes sont savoureuses. Le premier dialogue téléphonique entre Mme Muir et Georges Palet. La double séquence au commissariat avec Amalric, flic bizarre, plutôt froid et spontané qui voit une gravité là où les autres ne la verrait pas. J’aime aussi l’idée des herbes folles, donc ce titre. Ces brindilles improbables qui poussent entre deux dalles de bétons. Ces brindilles incomprises. Qui sont sur la tâte de Palet sur l’affiche du film. Cette déconstruction, ce récit un peu barré (mais pas suffisamment) conduisant ses personnages dans des endroits aussi étranges que ce petit coucou qui fait des pirouettes. Cette phrase surréaliste finale, bien pensée. C’est excellent mais je ne sais pas pourquoi ça n’a aucun effet sur moi. Aucun sourire. Aucune admiration. C’est un comble qu’un film d’une telle envolée me paresse pantouflard quand même.


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silencio


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