Archives pour la catégorie Alan Clarke

Elephant – Alan Clarke – 1989

13. Elephant - Alan Clarke - 1989Mélodie pour un meurtre.

   7.9   Constitué de 18 meurtres, chaque fois des exécutions, en autant de séquences plus ou moins similaires, Elephant se déroule dans les rues de Belfast, dans des lieux ordinaires, bâtiments délabrés, entrepôts, parcs, stations-services, bureaux. Chaque séquence dévoile d’abord un plan d’ensemble situant les lieux, relayée par un travelling, accompagnant le tueur ou le tué, plusieurs secondes durant, suivi d’une mise à mort très découpée (Plan arme, plan impact et/ou plan lointain) avant de repartir sur un travelling raccompagnant le tueur et finir en plan fixe, d’une vingtaine de secondes, sur le cadavre abandonné dans le silence.

     L’approche radicale et ouvertement répétitive, lesté de tout attribut narratif, permet au film d’être le portrait d’une Irlande, plongée en pleine guerre civile, dominée par le crime, guerre religieuse entre protestants et catholiques. En 1988, Belfast compte en effet plus de 2000 meurtres religieux depuis vingt ans, montrés à la chaine, banalisés chaque soir dans les journaux télévisés et reproduit ici synthétiquement dans un essai de cinéma singulier. Clarke, cinéaste de la violence, est arrivé à son point de rupture : La narration ne l’intéresse plus. Il refuse pourtant de mentir sur ses partis pris. Il ne s’agit pas de reproduire le réel par le cinéma mais de retracer la cruauté de ces mises à mort, de montrer la succession comme dans les médias, sans caractère accrocheur mais en rendant leur pouvoir de réalisme, mécanique, désincarné.

     Ainsi voit-on ce que l’on ne voit jamais dans un meurtre au cinéma. La marche l’atteste, autant que les violents coups de feu, brutaux, sans jamais esthétiser la violence. Chaque personnage est différent d’une séquence à l’autre. Chaque acteur est différent. « Actors » c’est le premier mot du générique final, il n’y a aucune tentative de mensonge. Il y est en tout cas très difficile de distinguer les bourreaux des victimes, qui se distinguent par un pas décidé, une démarche mécanique, de nuit comme de jour. Les personnages sont anonymes, les lieux sont anonymes, il n’y a ni parole, ni musique. Finalement, si la démarche de Gus Van Sant, qui s’en inspirera est volontiers plus poétique et douce, le carnage est le même, ordinaire, absurde et raconte aussi un drame sans vraiment le situer.

The Firm – Alan Clarke – 1989

12. The Firm - Alan Clarke - 1989Œil pour œil, dent pour dent.

   8.8   C’est probablement le plus beau brulot qu’on ait vu sur le hooliganisme. Tranchant, sec, brutal. 67 minutes d’une fureur inédite. Il n’en faudrait pas une de plus tant l’uppercut est sans appel. Gary Oldman qui débute, à peine trente ans, incarne Clive Bissel dit Bex, père de famille et agent immobilier dans une banlieue de Londres, mais il rythme son temps libre de petits matchs de foot entre potes et d’affrontements entre bandes. C’est un supporter du club londonien de West Ham United et un hooligan agissant pour l’Inter City Crew, se battant contre d’autres, pour savoir qui peut s’octroyer le droit de défendre son équipe de cœur en Europe. Qu’on se le dise il s’agit seulement d’affrontements entre tribunes, non entre clubs. Toute l’absurdité se joue là-dessus. Aucune image de football ici hormis un bref passage dans un stade et les nombreuses affiches qui ornent la chambre d’ado de Bex – Qui après avoir quitté son foyer retourne chez ses parents, dans la même rue. The firm constitue la quintessence du cinéma d’Alan Clarke, en ce sens que s’il se veut encore narratif (Ce qui ne sera plus le cas la même année pour Elephant) le film est surtout une succession de violences, physiques et verbales, filmées à la manière d’un reportage, d’appartement et de rue, entre vandalisme de bagnoles, affrontements verbaux, bastons à coup de batte, agressions au cutter. En famille ou en groupe, la même rage, les mêmes cris. Les plans sont souvent très serrés cloitrant les personnages dans une géographie imprécise où rien n’existe ailleurs que dans leur cercle de rage. C’est un combat pour rien, se battre uniquement pour exister, appartenir à un groupe, trouver refuge dans la violence – Le football en est le prétexte. Dans les dernières minutes, tandis que Bex vient de mourir,  les hooligans de chaque bande sont réunis pour former l’unité nationale dont Bex rêvait. Le garçon scarifié plus tôt utilise sa blessure comme une marque initiatrice. « England, England » est scandé en mantra terrifiant. Le tout dans un reportage de bar filmé par une équipe vidéo qui pourrait ressembler à s’y méprendre à une mise en abyme du cinéma d’Alan Clarke. Chef d’œuvre sidérant, irrespirable, moderne, inépuisable.

Scum – Alan Clarke – 1980

Scum - Alan Clarke - 1980 dans Alan Clarke 11.-Scum-Alan-Clarke-1980-300x189

Violence en mosaïque.

   8.2   Superbe et traumatisant, bien que je fus très déçu de constater que Dog Pound, le dernier film de Kim Chapiron que j’avais (donc forcément) trouvé excellent, en était le remake quasi exact. Une légère différence dans la forme (monochrome chez Clarke, frénétique chez Chapiron) et deux/trois partis pris comme l’absence dans le Chapiron de ce personnage incroyable chez Clarke, végétarien qui refuse de porter du cuir, écrit I am happy sur la peinture fraîche et monologue sur la confiance et l’établissement qui engendre le mal. Scum fonctionne aussi à l’énergie mais se remplit davantage de vide au sens où il ne se base pas sur un scénario sensationnel, ce qui intéresse Clarke ce sont les rapports de force au sein d’un mécanisme plein de rage rentrée avant qu’elle n’explose. Il n’y a pas de montage traditionnel. Hormis cet aspect de début (l’arrivée dans le borstal de trois petits nouveaux aux parcours bien eux) et de fin (la mort d’un détenu, le réfectoire saccagé) le film n’égrène que des saynètes sans véritable unité de temps, simple mosaïque de la violence qu’engendre ce système de rétention répressif. C’est impressionnant, c’est un film coup de poing au sens non galvaudé du terme et tout cela sans que le réalisateur n’appuie ou ne s’apitoie. Ni emphase ni sentimentalisme chez Clarke. Chaque détenu, aussi faible ou puissant qu’il soit, s’il prend des gnons justifiera ses bleus en disant qu’il a simplement glissé. Un caïd se fait défoncer, il disparaît. Un autre prend sa place. La fin, similaire dans les deux films, symbolise formellement cette différence qui règne entre l’original et son remake : plus longue d’un côté, démonstrative autant qu’elle est terrifiante tandis qu’elle est plus forte de l’autre, dans son économie et un épilogue à foutre des frissons…). En fait c’est simple, le Clarke me donne l’impression de voir un « 120 journées de Sodome » légal (même si les établissements en question ont été fermés peu de temps après l’action du film) dans lequel les gardiens participeraient moins aux sévices mais feraient en sorte que leurs prisonniers se les fassent entre eux. Le Chapiron a ce côté film hollywoodien édifiant, très écrit, très clean, presque trop formaté. Le Clarke semble avoir été fait en deux temps, il a ce climat que l’on retrouve nul part ailleurs si ce n’est dans les autres films de Clarke bien entendu.


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silencio


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