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The Revenant – Alejandro González Iñárritu – 2016

46Hell Ensemble.

   7.1   Biutiful avait sonné le glas de la recette chorale Inarritu. On le savait et apparemment lui aussi. Qu’on l’accepte ou non, Birdman marquait une certaine renaissance ; On lui reconnaissait sa lourdeur mais plus trop ses récits à tiroirs. C’est un film pour lequel j’ai une certaine affection, avec le recul, bien que je n’aie guère l’envie de le revoir. Avec The revenant, le cinéaste mexicain effectue un nouveau virage. Son meilleur. A la fois brutal, esthétique, grandiloquent et stimulant.

     On a beaucoup vanté la performance hallucinée de DiCaprio. En effet, on ne voit pas comment l’Oscar pouvait cette fois, encore lui échapper. Néanmoins, je le trouve excellent dedans, je veux dire jamais dans une surenchère ou un déséquilibre inadapté, où l’on ne verrait que lui. Certes il grimace beaucoup, hurle et grogne (ses lignes de dialogues sont rares) mais comme à son habitude il trouve le ton juste, la bonne grimace, le bon cri. A contrario, Tom Hardy que l’on voit aussi beaucoup, en fait trop en ne faisant rien, avec son accent bien prononcé, ses yeux exorbités et sa démarche de bossu.

     Mais ce n’est pas ce que je vais retenir. Le film me semble bien plus puissant, efficace et démesuré ailleurs. Il est au revenge western ce que Essential killing et Apocalypto étaient au survival. Je les rapproche tous trois puisque, chacun à leur manière, ils ne sont pas irréprochables. On pourrait trouver que ça manque d’épure, formelle et géographique ; On peut aussi regretter quelques passages en force et cette obligation de tout montrer, ailleurs que dans le cheminement du héros, ce qui n’apporte pas grand-chose. La subtilité et le hors champ pur ne sont pas le propre d’Inarritu, on le sait depuis toujours – lui qui a toujours été animé/fasciné par les imbrications et ce besoin d’omniscience. Mais Skolimowski et Gibson n’étaient pas hyper subtils non plus.

     A coté de ça, The revenant est un super film d’ambiance, dépouillé et magistral, tout en montagnes enneigées et infinies, longs chemins forestiers, lacs gelés et nuages crépusculaires. Un Dakota du sud comme on ne l’avait jamais vu. La musique, signée Ryuichi Sakamoto, Alva Noto & Bryce Dessner (Excusez du peu) joue là un rôle essentiel : Oscillant entre de pures giclées de violence sourde ou viscérale avant de replonger dans une accalmie si douce qu’elle en devient anxiogène. La longueur des plans et l’imposante durée du métrage participent beaucoup à sa réussite : Il faut que ça dure pour qu’on accepte d’y plonger. Dans une rivière, une forêt, un combat contre un ours, dans les entrailles d’un cheval. On rampe aussi entre les arbres, on plonge dans les rapides, on mange du bison et du poisson cru, on accepte la lévitation de Hugh Glass (trappeur laissé pour mort après une attaque de grizzly) qui mélange rêves, souvenirs et de pures hallucinations – Comme Gallo, mourrant, y glissait aussi dans le film de Jerzy Skolimovski. C’est l’acceptation progressive de n’être qu’une poussière dans l’Histoire, au point que l’histoire, justement, existe à peine. Inarritu n’a plus vocation de faire du cinéma sérieux et plein comme un œuf. Ce nouveau film est réduit au simple survival sauvage, bestial, excessif, dont la mise en scène immersive vient provoquer une plongée physique, parfois insoutenable, similaire à celle qui emporte Glass dans les nombreux obstacles qu’il est amené à traverser.

     The Revenant est semble t-il très proche dans ses lignes d’un film de Sarafian, Le convoi sauvage (Que je découvrirai d’ici peu) mais c’est à un autre cinéaste auquel on pense beaucoup ici : Andreï Tarkovski. On peut voir sur Vimeo une vidéo troublante mettant en relation des plans similaires entre le film d’Inarritu et toute la filmographie du russe, de L’enfance d’Ivan à Stalker. C’est assez flagrant, notamment dans le plan d’ouverture. Le must : Si vous superposez le meilleur morceau de la bande son, Goodbye to Hawk, avec la séquence de télékinésie de l’enfant dans Stalker, le résultat est des plus bluffant. In fine je suis agréablement surpris de voir que le cinéaste mexicain s’inspire d’un tel maître, même si la photo de The revenant fait clairement plus Malickienne, Emmanuel Lubezki oblige, que Tarkovskienne et que tous les rouages hollywoodiens sont de la partie. Quoiqu’il en soit, je suis ravi d’être à nouveau emporté par un film d’Inarritu car je ne voyais pas trop comment cela pouvait être encore possible.

Birdman – Alejandro Gonzalez Iñarritu – 2015

_AF_6405.CR2La forme Sabots.

   5.1   Iñarritu c’est un peu particulier pour moi. Un temps où sans doute les formes morcelées – entendre puzzle narratif – m’exaltaient, 21 grams et Amores perros avaient été des claques. Surtout le premier. Comme d’autres ont Requiem for a dream, j’imagine. Puis Babel m’avait un peu déçu, je n’en ai d’ailleurs pas gardé grand-chose. Puis il y eut la purge, Biutiful. Je ne sais pas ce que ça me ferait de revoir les premiers Iñarritu aujourd’hui. Je n’en ai pas l’envie d’ailleurs. Il y a dix ans, la sortie d’un film tourné en un seul plan séquence aurait suffi à m’enthousiasmé mais ça m’est passé. Me retrouver aujourd’hui face à ce genre de performance ne m’inspire que de la crainte. Ce qui ne m’empêche pas d’adorer L’arche russe et Irréversible, mais moins pour leur évidente prouesse (Un plan séquence unique, un montage renversé) que pour ce qu’ils me racontent de la Russie ou d’un couple. J’allais voir Birdman avec la plus grande méfiance et je reconnais que le film m’a plu sur certains aspects, soulé sur d’autres. Je trouve que le film veut trop en mettre, qu’il est à la fois dans la continuité des meilleurs Aronosky (le come-back de The wrestler, la parano maladive de Black swan) et qu’il voudrait aussi être un remake de Opening night. Je considère le Cassavetes comme l’un des plus grands films du monde, donc pas touche. A ce niveau là je trouve ça d’une pauvreté hallucinante. Tout y est appuyé, balourd, exagéré, hystérique. Et mal fichu dans sa construction. En revanche, techniquement, là où je craignais plus le film, sa prouesse de faux plan-séquence unique, je trouve que le cinéaste n’en fait pas trop, qu’il n’est pas dans le martellement ni l’ostentatoire, qu’on oublie finalement assez vite la prouesse et ça me plait. Si Birdman me mitige c’est pourtant cette prouesse qui me fait tenir, autrement j’aurais détesté. Mais du coup je ne vois pas trop l’intérêt de ce procédé, ni ce qu’il justifie. Il y a bien entendu l’idée que la vie c’est la scène et que la scène c’est la vie, qu’il n’y a pas de frontière, que tout fusionne. Sur ce point le film me parait assez réussi, d’autant qu’il ne cherche aucunement à l’ancrer dans une temporalité identique, sclérosée, naturaliste disons. Le plan fait deux heures mais le récit se déroule sur trois jours. Ces trois jours qui précèdent la représentation de la première. Le film aurait néanmoins gagné à investir les lieux plutôt que de faire semblant de les parcourir. Les plus belles scènes sont celles où apparaît Norton, notamment sur le toit, avec Emma Stone, mais elles sont hors sujet, si on replace la technique comme une représentation mentale du personnage joué par Keaton. Quoiqu’il en soit et même si le film ne devrait pas trop me marquer, j’ai trouvé ça infiniment meilleur que sa merde d’avant et ça me fait plaisir de retrouver un peu l’inspiration d’un cinéaste qui m’avait conquis voire chaviré à ses débuts.

Biutiful – Alejandro Gonzalez Iñarritu – 2010

Biutiful - Alejandro Gonzalez Iñarritu - 2010 dans Alejandro Gonzalez Inarritu Biutiful2

Ugly.    

   1.3   Je me suis rendu compte de quelque chose durant la projection : Le cinéma d’Inarritu, lorsqu’il n’a plus Arriaga à ses côtés ni son monteur fou, n’a plus grand intérêt. J’ai beaucoup aimé 21 grammes, et je pense que je l’aimerai toujours aujourd’hui. Dans ce montage déstructuré tout me plaisait, les émotions se décuplaient et même si je le voyais davantage comme un exercice de style cette histoire d’accident et ses répercussions sur trois personnages me prenait vraiment aux tripes. Amores perros, précédemment, était un film brillant mais antipathique. Babel était déjà sur la corde raide. Biutiful est un film absolument insupportable. Déjà par son titre. Puis par sa croyance suffisante en son cinéma, comme si le cinéaste se sentait maintenant intouchable, qu’il pouvait se saisir de n’importe quel mélo, le transformer à tout va, lui insuffler des éléments nouveaux (un petit côté fantastique, mais qui finalement ne l’est pas, avec Inarritu il faut que tout paraisse vrai) et même y injecter des acteurs. 21 grammes était déjà un film d’acteurs, le cinéaste croyait en leurs interactions, il avait raison. Conscient de son talent, Inarritu s’est dit qu’il n’avait plus besoin de tout ça, que Javier Bardem, l’acteur du moment, allait suffire. Acteur américain, mais espagnol. Et hop, Inarritu, comme pour se détacher de tous ces gros benêts amerloques tourne désormais en Espagne, après avoir tourné aux quatre coins du monde avec Babel. Son film n’est que boursouflures. Comme le dernier Vinterberg. Sauf que ce dernier touchait un peu, il y avait comme une sobriété Loachienne dedans. Et pour en arriver à parler de sobriété Loachienne c’est dire à quel point ce Biutiful est hautement insupportable. Je voulais sortir plusieurs fois, mais j’étais curieux, aussi parce que je n’ai jamais rien eu contre le cinéaste mexicain. Mais là, cette prétention, cette suffisance m’ont sauté aux yeux, et dès le début du film. A l’époque de Babel je me souviens encore d’une salle très peu remplie, un cinéma qui n’avait pas encore trouvé son public. Je suis rentré cette fois-ci dans une salle archi comble, pour voir un mélo insignifiant de presque 2h30. Inarritu a donc touché son public, mission accomplie, il en fera encore dix des films comme celui-ci. Reste une certaine maîtrise de mise en scène, notamment lors d’une scène en boite de nuit ou encore quelques envolées vers le ciel de Barcelone mais globalement ce cinéma là n’est plus pour moi. Ce cinéma envahit par des notes de musiques (toujours la même depuis Amores perros) qui sonnent comme des coups de boutoirs. Ce cinéma qui ne laisse aucune lumière y transparaître. Ce cinéma qui se plaît à voir souffrir et pleurer ses personnages. Nombreux sont ceux qui parlent dans la presse de l’abandon du cinéma puzzle pour Inarritu. Mais finalement il fuit encore la linéarité et comme pour s’auto parodier, son début et sa fin sont les mêmes, prises sous un angle différent. Inarritu n’aura donc jamais la décence de faire simple.


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