Archives pour la catégorie Alex Lutz

Connemara – Alex Lutz – 2025

22. Connemara - Alex Lutz - 2025Partir une nuit.

   4.5   En allant voir Connemara, j’ai réalisé que je n’avais toujours pas vu l’autre adaptation d’un livre de Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux. S’il fallait choisir, je suis plus sensible à Connemara – le bouquin – qu’à l’autre. Voilà sans doute pourquoi j’attendais davantage de ce film-là, signé Alex Lutz, qui m’avait, qui plus est, émerveillé avec Guy.

     Soyons clairs, le film n’est pas du niveau du livre. Il est très décevant, la faute à une mise en scène peu inspirée, pleine d’affèteries, d’effets de flou, de ralentis, de séquences en musique. Tout le début du film est insupportable, maniéré à l’excès jusque dans le brouillard de l’image, les ombres bord-cadre, puis ça se calme ou on s’y fait, au choix, quand Hélène et Christophe se retrouvent et deviennent amants.

     Mais le problème majeur du film, c’est sa quasi-absence de contexte social. Il édulcore ce paramètre essentiel du livre. Il fait office de petit manuel du burnout avant de délivrer une petite histoire de relation adultère contrariée mais sans intérêt. Le vrai sujet se joue dans les rapports de classe, il était là le sel de Connemara. Il n’y a pas de conflit de classe dans le film. Ou c’est une toile de fond, un arrière-plan qui s’invite ici et là et s’évapore dans un conflit de temps qui passe. Il n’y a pas de lieu non plus. Épinal n’existe jamais à l’écran. Il n’y a plus de décor social puisque tout est filmé à la longue focale et joué sur le registre de l’introspection.

     L’autre problème, c’est qu’il arrive après Partir un jour et qu’il lui ressemble beaucoup dans sa trame narrative, dans ses scènes (on a parfois l’impression d’assister à des chutes du film d’Amélie Bonnin, c’est très troublant), dans sa géographie d’une France périphérique et bien sûr avec la présence de Bastien Bouillon. À la fraîcheur mélancolique et chantante de l’un s’est substitué une lourdeur scolaire désincarnée.

     Mais il faut reconnaître à Lutz un talent, à savoir sa direction d’acteurs. Si notre couple central fonctionne bien – et principalement dans une très belle scène d’acte sexuel – le film est très attentif aux personnages secondaires et à ce petit jeu, il faut signaler à quel point Jacques Gamblin et Clémentine Célarié – qui campent respectivement les rôles du père malade de Christophe et de la mère inquiète d’Hélène – sont magnifiques et bouleversants. C’est déjà pas mal. Mais j’attendais davantage de cette adaptation d’un bouquin que j’adore.

Une nuit – Alex Lutz – 2023

21. Une nuit - Alex Lutz - 2023Copie informe.

   3.5   Une histoire d’amour d’une nuit, qui s’ouvre sur une engueulade dans le métro puis une baise dans un photomaton, avant de se poursuivre dans une soirée étudiants puis dans un club échangiste, dans un restaurant chinois puis à une pièce de théâtre, sur les quais de Seine puis dans un parc à la belle étoile, je crois que c’est à peu près la dernière chose que j’ai envie de voir. Si ce couple c’est Karin Viard et Alex Lutz c’est encore pire je crois. Mais je sais pas, j’avais envie d’essayer, en grande partie car Lutz m’avait épaté avec son précédent film, Guy.

     Bon, c’est pas terrible mais pas catastrophique non plus. Quelque chose fonctionne entre les deux. Autour d’eux rien ne va, mais entre eux, pourquoi pas. Au bout d’un moment, j’ai réussi à croire à leur rencontre, leurs désirs, à cette étincelle qu’ils essaient de préserver, ce temps qu’ils voudraient arrêter. Jusqu’à ce que je comprenne qu’ils faisaient semblant de se rencontrer, qu’ils étaient en fait un couple, façon Copie conforme. J’ai tout spoilé desolé mais je m’en branle : là d’un coup c’est devenu affreux. En partie car on comprend trop vite le subterfuge merdique du jeu de rôle et que son twist final, censé être émouvant, n’a plus aucun sens.

Guy – Alex Lutz – 2018

22. Guy - Alex Lutz - 2018« Prend le galop, mon garçon »

   7.5   Film absolument génial, que j’avais pourtant snobé à sa sortie. Je ne le sentais vraiment pas, sans doute à cause d’Alex Lutz, le gars qui joue Catherine dans le duo Catherine & Liliane, mais aussi celui qui joue Heinrich Von Zimmel dans OSS 117, Rio ne répond plus. J’imaginais déjà un film cynique, un film avec une idée forte, une idée de sketch, mais qui ne tiendrait pas sur un format long métrage. Et pourtant c’est fascinant à tout point de vue. Déjà, mea culpa, Alex Lutz est incroyable. Filez-lui un Cesar. Enfin si vous le filez pas à Romain Duris, quoi. Guy est donc un faux reportage sur un faux chanteur. Ce sont les images d’un garçon, Gauthier, qui vient interviewer une star, mais surtout un père (puisque sa mère lui a appris qu’il serait son fils illégitime) mais c’est comme si on en voyait le produit fini, avec des images d’archives, des clips insérés. Bref, un documentaire complet, sur une star. Et ce faux chanteur de variétés, Guy Jamet, joué par un Lutz ridé, est une somme, physique ou non, de plein de chanteurs connus, de Charles Aznavour à Herbert Léonard, de Jacques Dutronc à Michel Sardou. Le film est à l’image de ces chansons, ces tubes que l’on voient de temps à autres : On a l’impression que ce sont des vrais tubes des années 70 ou 80. Donc on a l’impression que tout est vrai, tout le temps, au point de parfois oublié que c’est faux, que ce chanteur est créé de toute pièce, que Lutz n’a que quarante ans, en vrai. Et le film a cette double élégance, d’abord de la tendresse pour cet héritage, pour la variété française de manière générale, qu’il observe, moque et embelli, avec beaucoup de subtilité et d’amour. Ensuite de filmer la beauté de cette rencontre, avec celui, invisible (mais dont on entend parfois la voix) qui filme, l’écoute et lui cache ce qu’il nous dit d’emblée, à savoir qu’il est son fils. Cette relation est sans doute ce que le film réussit de plus beau et subtil, avec cette distance préalable (surtout face à cet humour omniprésent, envahissant) et cette complicité naissante. C’est un film bouleversant, sur les rapports père/fils, la famille et la vieillesse, en fin de compte. Et c’est aussi super drôle en permanence. Bref, c’est une merveille.


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