Archives pour la catégorie André Cayatte

Le miroir à deux faces – André Cayatte – 1958

40La vengeance au doux visage.

   7.3   En tant qu’ancien avocat, Cayatte pourrait être un cinéaste de la résolution – Ce qu’il sera un peu dans le bon, mais plus mécanique Les risques du métier. Le miroir à deux faces s’ouvre par cette résolution. Tardivet se pointe chez les flics et dit qu’il a tué puis raconte son histoire. On sent que Cayatte veut se débarrasser de ça sans doute aussi pour ne pas être tenté, ni tenter son spectateur, de suivre une maquette d’intrigue à suspense qui reposerait beaucoup sur sa fin. Il ne veut pas refaire Les diaboliques. De Clouzot le film s’apparenterait davantage à L’enfer, merveille inachevée que l’on ne verra jamais.

     Tout se joue dans une structure archi fataliste où l’arc tragique provient de coïncidences apparemment anodines. C’est une petite annonce qui marie Bourvil, à une femme au physique ingrat. Dix ans plus tard, c’est un banal accident de voiture – « Mais n’allons pas trop vite » raconte-t-il ; L’image de cette voiture est en effet son dernier instant de plénitude vaniteuse – qui conduit sa femme entre les mains d’un chirurgien zélé qui en guise de constat préfère réparer les visages. Dans Le mépris, lorsque Camille et Paul rencontrent Palance qui demande à la jeune femme si elle veut faire un tour dans son Alfa, Paul la laisse filer, par suffisance et naïveté professionnelle. Dans Le miroir à deux faces, lorsque le médecin propose ses soins à Bourvil, ce dernier déchire ses photos Avant/Après précisant que sa femme ne veut pas changer son visage. Ce bref instant de dépossession dans l’un et de possession dans l’autre crée une faille. Toutes deux joueront alors le jeu de la contradiction.

     Le film est imprégné d’images extrêmement fortes, autant sur le plan de la désagrégation conjugale – le réveil de Marie-José, l’indigente arrogance de Bourvil – que de l’anticipation de sa dissolution – Tout ce qui se trame à Venise, en début de film, annonce un destin funeste. Et bien sûr via le personnage de Michèle Morgan, qu’on transforme façon Les yeux sans visage. Et Cayatte a créé un monstre quasi absent du cadre mais qui n’est pas sans évoquer les plus grandes mères castratrices de l’histoire du cinéma. Bourvil, absolument excellent, campe ce fiston sous emprise, un peu benêt, beaucoup salaud, avec une puissance de jeu telle qu’il en devient insupportable. Type qui avait épousé une femme suffisamment laide pour ne pas se la faire prendre mais qui fait chaque jour en sorte qu’elle s’excuse de l’être en jouant le rôle de sa bonne à tout faire. La résurrection de cette femme soumise est à la fois quelque chose d’hyper jouissif autant que c’en est troublant, tragique. C’est vraiment un film très particulier, étonnant dans sa construction mais tout à fait limpide, classique et moderne à la fois. 

Mourir d’aimer – André Cayatte – 1971

52Le dernier combat.

     7.7   J’en suis sorti sur les rotules. Cayatte ne fait pas dans la dentelle, il dénonce et va au bout de son entreprise. C’est sans doute un peu too much dans la descente aux enfers à l’excès, le combat contre un mur, la société décadente mais en l’état j’ai trouvé ça magnifique.

Les risques du métier – André Cayatte – 1967

16. Les risques du métier - André Cayatte - 1967

Au cœur du mensonge.

   5.3   Le film fait un peu trop office de plaidoirie pour convaincre, à l’inverse de Mourir d’aimer (que Cayatte tournera quatre ans plus tard) qui sur un thème central similaire – le milieu professoral – nous embarquait très loin dans sa spirale mélodramatique. J’ai le souvenir d’un truc extrêmement physique. Un temps, on pense Les risques du métier fait sur le même moule. Le temps d’une première séquence, ouverture tétanisante où une adolescente sort en larmes en en courant de son établissement scolaire, dans un unique plan séquence suivant ses foulées jusque chez elle. Ça dure pas loin d’1min30 et ça donne le La. Martyrs, de Pascal Laugier reprendra une ouverture similaire d’ailleurs mais le plan sera plus outrancier, de face, en contre plongée. Ici ce n’est pas le personnage qui se cale sur la mise en scène de Cayatte mais l’inverse. Mais la suite est moins vivante, plus théâtrale, l’écriture y est trop prononcée au point de faire sonner faux certains dialogues. Et puis j’ai un problème avec les gosses du film. Ces filles doivent incarner le mensonge et certaines sont dans l’excès de façade à l’image de la petite Hélène, toujours stoïque, les yeux exorbités (sorte de Carole Bouquet ado) qui croyait sans doute jouer dans Le village des damnés. Malgré tout il y a quelques idées de marque : tout d’abord ce superbe dialogue conjugal entre le professeur accusé et sa femme, cette dernière culpabilisant de ne pas parvenir à lui faire d’enfant, poussant selon elle les parents de ses élèves à le considérer comme une menace, un dom juan et non en tant que père de famille. C’est une belle scène car on dépasse soudain le propos du film, on l’aère, on le détache de son obsession de vérité, son côté oppressant et son méticuleux travail procédurier. On ressent peut-être trop que Cayatte fut avocat en fin de compte. Son film peine à transcender son sujet, tout reste au stade de scénario filmé, bien que ce qu’il dit de l’importance du rôle des pères et de la dangerosité du mensonge enfantin vaille le détour, ne serait-ce que dans sa capacité à brouiller les temporalités et en faire un présent évolutif qui conte systématiquement sous flash-back, comme un juge remonterait un dossier en quête de vérité.


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silencio


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