Archives pour la catégorie Andreï Zviaguintsev

Faute d’amour (Нелюбовь) – Andreï Zviaguintsev – 2017

11. Faute d'amour - Нелюбовь - Andreï Zviaguintsev - 2017L’enfant délaissé.

   7.8   Quel bonheur de retrouver Andreï Zviaguintsev à son meilleur niveau soit celui de ses premiers films : Le retour (2003) et Le bannissement (2008). Le second fut l’un de mes premiers grands chocs dans une salle de cinéma et donc fut parmi les déclencheurs de ma cinéphilie actuelle.

     Faute d’amour est une œuvre puissante, vertigineuse, parfois insoutenable où le récit n’est jamais dévoré par la symbolique. Son âpreté et sa violence n’empêche pas une certaine douceur. Le cinéaste russe avait un peu perdu cet équilibre, je trouve. D’emblée, Faute d’amour est partagé entre deux pôles opposés et pourtant contigus : La terrible atmosphère de ce qui reste du foyer familial (lequel un garçon de douze ans préfère fuir, en marchant en bord de rivière, jetant des rubans de chantier dans les arbres, ou en pleurant sans bruit derrière la porte de la salle de bain) s’oppose à des moments inouïs, entre les deux couples recomposés né de cette séparation officieuse – Puisque le divorce n’est pas prononcé et que leur appartement ne se vend pas.

     On voit peu ceci au cinéma, finalement. On voit soit l’un soit l’autre mais pas les deux. Là je pense au film merveilleux de Radu Muntean, Mardi après noël mais ça ne vise pas la même finalité. Genia voit donc un homme plus âgé avec lequel elle s’apprête à emménager dans son immense appartement. Boris, lui, veille quotidiennement sa petite amie plus jeune et enceinte. Genia prend soin de ses cheveux, de son corps et passe son temps à faire des selfie. Boris est accaparé par son travail et semble absent, effacé, sans aucun repère sitôt qu’il s’en extraie. Elle vomit chaque insulte. Il est d’un silencieux macabre. Ce sont deux figures modernes et monstrueuses.

     Personne ne prend donc soin d’Aliosha, ce garçon né de leur union (Ils répètent qu’ils ne se sont jamais aimé, mais le film par petite touches – Dans sa deuxième partie – parvient à nous montrer qu’il est pourtant possible que ce fut jadis le cas) ; Personne ne passe du temps avec lui ni ne fait d’effort pour lui épargner les disputes parentales. Pire, on comprend vite que ni son père, ni sa mère ne souhaite véritablement hériter de sa garde. C’est comme s’il était le témoin insoutenable de leur échec. Le rappel quotidien de leur erreur.

     Le nouveau très beau film d’Andreï Zviaguintsev est pourtant scindé en deux parties, distinctes et surprenantes : Je n’avais rien lu sur le film, je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il glisse de la sorte. Il y a donc l’Avant disparition d’Aliosha et l’Après. Avant, sa présence est un fard.eau, après elle est une douleur. Inavouable mais pourtant vite perceptible. Avant, le film semble très cadré, construit, resserré ; après il est plus impénétrable, on ne sait pas si l’on ne va pas sortir du cadre familial pour y suivre le quotidien des chercheurs bénévoles.

     Sans trop révéler la suite des évènements, Zviaguintsev entretient judicieusement le mystère autour de la disparition de l’enfant de façon à préserver un maigre espoir dans cet océan de tristesse, un trou d’air dans ce brouillard étouffant. S’il manque parfois de subtilité et écrase la force de son récit par des symboles un peu lourds, on ne pourra pas lui enlever la force avec laquelle il déploie l’universalité de son drame, la profondeur que recèle nombreux de ses plans, la dimension mortifère qu’il offre de cette société russe qui s’engouffre (littéralement dans le film) dans le marasme, les ruines et la désolation. Y a un paquet de séquences là-dedans que je ne suis pas prêt d’oublier.

Leviathan (Левиафан) – Andreï Zviaguintsev – 2014

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La maison et le monde.

   6.8   Quitte à donner la palme à un film austère, ce n’était pas à Ceylan qu’elle devait échoir, pour son lénifiant Winter Sleep mais à Zviaguintsev. Léviathan est un très beau film, dans la continuité de son cinéma, qui avait néanmoins perdu un peu de sa magie avec Elena. Je ne suis pas super convaincu par le début du film, bien que je reconnaisse qu’il faille en passer par là et de cette manière-là pour pouvoir se prendre la suite dans la tronche. C’est trop maîtrisé, trop écrit, trop politique. L’espace – et quel espace ! – n’a plus sa place, le cinéaste privilégiant ses longues séquences dialoguées, majoritairement noyées sous l’alcool qu’il ne vitalise pas vraiment par sa mise en scène, saccadée de champ/contrechamps épuisants. Syndrome Winter sleep dans ces instants là. Et puis le film glisse insidieusement. Lors de ce fameux pique-nique et ces tirs à la carabine. Une fois pleinement resserré sur l’intimité familiale et /ou individuelle, toute la puissance d’anéantissement du récit se révèle dans une tragédie absolue. Tout devient très beau, impressionnant et terrifiant. L’une des plus belles pièces de Glass, Akhnaten, prélude, achève d’offrir toute son ampleur tragique à ce film somme qui lévite véritablement. La musique de Glass, ouvrant (d’entrée ça fait peur, on se dit encore, c’est pas possible) et fermant le film est plutôt bien utilisée – Sa plus belle utilisation à mon avis avec le Koyaanisqatsi de Reggio. Deux utilisations complètement différentes pourtant mais les seuls à le faire ainsi ce qui prouve qu’il n’y a pas trente-six manières de mettre en scène Glass dans un film. Un début et une fin, où seuls des paysages grandioses se succèdent – à la Malick – comme autant de marqueur d’une tragédie trop grande pour être comprise, absurde à l’excès comme cette consommation de vodka. L’éclipse d’Antonioni rode pas loin. Et l’émotion surgit alors, brillamment – la marche de la femme vers les falaises, l’apparition d’une baleine. Il y a une grandeur dans le cinéma de Zviaguintsev, à l’image de cette église à la fin qui se vide pour laisser s’en aller un cortège de 4×4 noires, qui te glace les sangs. Avec en filigrane cette absurdité de l’ami avocat venu sauver ce lieu des griffes du Maire, qui finira par lui-même indirectement l’anéantir. Le cinéaste filme ces lieux comme un monstre qui engloutit tout dans le silence, bien aidé par des institutions corrompues. La séquence de la grue et tout ce qu’elle représente restera pour moi comme l’une des images les plus fortes vues sur un écran cette année.

Le bannissement (Izgnanie) – Andreï Zviaguintsev – 2008

Le bannissement (Izgnanie) - Andreï Zviaguintsev - 2008 dans * 2008 : Top 10 h_4_ill_911775_cannes-bannissement

Cris et chuchotements.    

     8.6   Cette voiture qui roule sans finir à travers cette ville industrielle de Russie ; ce couple et leurs deux enfants qui s’installent dans une campagne déserte et magnifique ; ces longues promenades familiales dans les champs… Tout est infinie beauté, chaque plan maîtrisé et l’on devine millimétrés, une ambiance pesante accentuée par un cadrage ras du sol et une musique lourde. Puis survient l’instant dramatique de l’histoire : l’aveu d’adultère de la femme, portant un bébé en son ventre, n’appartenant pas au mari. Dorénavant, le film accroît son climat, lourd et silencieux, à l’image du couple brisé. Le crime ou le pardon, l’instinct ou la raison, tant d’interrogations soulevés par le protagoniste brisé. Et comme paradoxalement et étrangement, le temps semble jouer contre lui, alors que jusqu’ici aucune notion temporelle ne nous était offerte. Le récit est incroyablement bien construit, d’une force singulière, intime, qui nous bouleverse. Et à l’instant où le film semble fragile par sa longueur, la linéarité est bouleversée, et on nous fait partager d’autres sentiments concernant le passé. Je suis sorti du cinéma retourné, anéanti. En un mot : Bouleversant!


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