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Sense8 – Saison 2 – Netflix – 2017

12. Sense8 - Saison 2 - Netflix - 2017I feel you.

   9.5   Dans un premier temps, il faut raconter le pourquoi de cette découverte différée, puisque voilà deux ans que cette seconde et dernière salve fut mise en ligne. La première saison restait à mes yeux (à priori pas hyper wachowskiens) l’une des plus belles, intenses, réjouissantes et surprenantes choses vues dans l’univers sériel. Je ne m’en suis pas remis. J’y pense chaque jour. Sans doute car elle condense à elle-seule toutes les autres séries qui comptent dans mon cœur : L’émotion sidérante de The Leftovers, l’intensité chorale de Urgences, la légèreté contagieuse de Friends, le cosmopolitisme tentaculaire de The Wire. Et bien entendu, le meilleur pour la fin : La pluralité vertigineuse de Lost.

     J’exagère sans doute un peu, qu’importe, dans chacune de ces œuvres je vis, je respire, je tremble pour les personnages. Dans chacune d’elles j’aime infiniment l’univers, le décor au sein duquel ces personnages évoluent. Et leur tenue formelle, aussi opposée l’une de l’autre puisse-t-elle être, me semble entrer en parfaite adéquation avec le récit, les personnages et le décor dans lequel tout cela se mélange. Et si je peine à – pour ne pas dire « je fuis à l’idée de » – finir c’est probablement car dans l’idée de « fin » il y a celle de la « mort ». Et on a tous peur de mourir, forcément. Je n’ai pas encore vu l’ultime saison de The Wire, tiens.

     La mise en ligne de la deuxième saison de Sense8 fut accompagnée d’un « drame » terrible : l’annulation de la série, pure et simple, sans sommations. J’en aurais chialé. Du coup, j’ai longtemps préféré resté sur cette fin suspendue, avec ce merveilleux goût d’inachevé, plutôt que de risquer de voir quelque chose de bâclé, surtout quelque chose qui allait se finir, faire ses adieux, alors que la première saison, du haut de ses dix épisodes, semblait servir d’introduction prometteuse à un « livre » gigantesque. Je savais qu’on avait finalement accordé aux Wachowski la possibilité de clôturer la série par un épisode final en forme de long métrage, mais rien n’y faisait, je préférais garder la possibilité d’y jeter un œil sans le faire. La laisser là, inachevée, dans un coin du grenier. Jusqu’à maintenant. Comme une envie de pisser. Plutôt : Jusqu’à découvrir tardivement les deux derniers volets de Matrix et songer à prolonger un peu ma plongée dans l’univers Wachowskien que je réhabilite fortement à la hausse.

     Mais pourquoi diable ai-je tant trainé ? Car c’est fabuleux. C’est au-delà de mes attentes, vraiment. Quelle excitation, quelle émotion de retrouver « notre famille » : Sun, Capheus, Nomi, Will, Riley, Wolfgang, Kala & Lito. Je les aime tellement, ces huit personnages-là. Mais ça ne tient pas qu’à eux, bien sûr, c’est un ensemble, de ceux qui ne font que passer, aux bad guys, et bien entendu les personnages récurrents aussi géniaux que les principaux : Amanita, Bug, Mun, Rajan, Felix, Hernando, Daniela, Diego. J’en cite huit, c’est parfait. On aimerait tant les voir aussi évoluer dans un cercle ceux-là. Et qu’importe les intrigues pourvu qu’on ait les relations entre ces personnages, ces chassés croisés savoureux, cette fluidité des apparitions, disparitions, changement de lieux, interventions des uns dans le quotidien des autres. La jubilation est permanente tant on sent la liberté des auteur(e)s à son paroxysme dans ce récit tentaculaire. C’est une saison qui pousse les potards au max. Plus foisonnante, elle entrechoque tout et toujours au moyen d’audaces formelles toujours plus folles. Elle est aussi l’occasion de rencontres réelles, géographiquement parlant. C’est Will & Riley qui expérimenteront cela les premiers, avant que ça ne devienne coutumier et tellement excitant, et ce d’autant plus lorsque ce sont les personnages secondaires qui rencontrent en vrai ceux qui appartiennent au cercle et qui n’étaient jusqu’ici que des noms et des facultés, des personnages sans visage.

     Si la première saison prenait le temps de raconter le quotidien de ces huit personnages et leur rencontre au sein de ce cercle psychique, prenait le temps de les voir apprendre à vivre ensemble tout en étant traqué par ce mystérieux Whispers, membre d’une organisation secrète visant à les faire disparaître, comme il parvint à le faire avec leur mère (Angelica aka Darryl Hannah) ou à les manipuler comme il le fait avec d’autres (Jonas aka Naveen Andrews aka Sayid dans Lost) la seconde pourra pleinement se libérer et lâcher les chevaux, trouver le délicat équilibre entre la tension et l’humour, l’action et l’émotion. Les scènes de combat sont plus jouissives dans la mesure où notre cercle maitrise dorénavant ses pouvoirs, élabore des stratagèmes afin de les mettre en place et sait qu’il doit intervenir au moment opportun, à l’image de ce moment hilarant qui voit Wolfgang dans le corps de Lito se battre avec le mec de Daniela, qui la séquestre sous la menace de révéler au monde les tendances gay de Lito. Si ce dernier doit apprendre à assumer son coming out, Kala, de son côté, se retrouve dans une situation embarrassante, amoureuse de Rajan mais « physiquement » éprise de Wolfgang, qu’elle peut visiter à tout moment : Sublime moment de retrouvaille qui la voit dans les bras de l’un et de l’autre au même instant.

     C’est aussi une grande série parfaitement de son temps, comme Matrix était un film du sien. Les Wachowski parviennent à saisir quelque chose du flux multiple, simultané et violent qui anime le XXIe siècle comme jamais on n’avait pu le voir sur un écran jusqu’à maintenant. L’information instantanée, la récupération politique, la mondialisation, l’individualisme, tout transparait dans cette deuxième saison qui capte les dérives de notre monde, le danger et la cruauté logés dans chaque recoin de la planète, pour ne pas dire chaque recoin de notre conscience, tout en préférant garder l’effet d’un antidote, faire l’éloge du collectif, de l’amour et du sexe, plutôt que de se morfondre dans un truc cynique et sinistre.

     Sense8 c’est la série bienveillante par excellence : le triomphe de l’humain et de la différence. C’est une série que j’adore à en pleurer, je me rends compte. Qui me fait un bien fou, à ranger dans le même sac que ces nombreux films médicaments. Une série qui plonge dans tous les genres, le fait avec une énergie, une amplitude et parfois même un mauvais goût assumé absolument réjouissant. L’épisode final de 2h30 offert aux fans en guise de conclusion (après l’annulation) est une merveille totale : Aussi frustrant (On en aurait voulu tellement plus) que déchirant.

The Matrix Reloaded – Lilly Wachowski & Lana Wachowski – 2003

13. The Matrix Reloaded - Lilly Wachowski & Lana Wachowski - 2003Calm like a bomb.

   7.5   Etrange de découvrir un film tel que Matrix Reloaded plus de quinze ans après sa sortie, pour le moins mouvementée. Un film dont on pourrait grossièrement dire qu’il est tant détesté par le fan inconditionnel du premier Matrix, mais tant aimé par l’admirateur des Wachowski. N’étant pas suffisamment passionné par l’un et souvent gêné par la folie des autres, j’ai sans doute pris ce deuxième volet de la saga exactement comme je devais le prendre car j’ai littéralement adoré. Il me faudra le revoir et j’en crève déjà d’envie, mais en gros, pour moi, Reloaded est à Matrix ce que L’empire contre-attaque est à Star Wars : A la sombre pluralité du film d’Irwin Kechner répond l’exubérance dantesque de Reloaded, qui joue cette fois moins avec les aphorismes qu’avec les fulgurances visuelles. C’est la scène de l’hélicoptère du premier multiplié par dix, Reloaded. J’ai souvent pensé à T2, qu’il cite par ailleurs ouvertement, Smith copiant le T1000, la séquence de l’autoroute celle des égouts fluviaux. Mais on pourrait aussi le rapprocher du deuxième volet de Mad Max, j’imagine. Il a sa place dans le beau panier des suites qui déboitent. Et puis j’ai constamment l’impression que le film fait tout le contraire de ce que faisait le précédent – et c’est sans doute ce qui a tant dérangé – puisqu’il ne flatte jamais, au contraire, il finit par détruire ce en quoi on croyait. Aussi bien du point de vue du fond que de la forme, le film est complètement fou, tout le temps, indiscernable. Qu’il s’agisse de faire une hallucinante scène d’action sur une autoroute ou de jouer d’une étrange rencontre / discussion avec Le mérovingien, campé délicieusement par Lambert Wilson, le film est toujours sur la brèche, foutraque, toujours à la limite de basculer, là où le premier volet était un voyage complexe mais précis. C’est simple j’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu dans la première saison de Sense8 : Une sensation de vertige et d’équilibre mêlés. Et du coup j’ai fait ce que je n’arrête pas de dire que je vais faire depuis deux ans : Me lancer dans la saison 2 – Je l’ai dévorée en trois jours : c’est immense. Je suis mûr, je vais retenter Speed racer. Et après je reverrai Reloaded. Purée mais rien que le soundtrack de Don Davis, quelle tuerie. Je me passe en boucle la séquence sur Mona Lisa Overdrive, là.

The Matrix – Andy Wachowski & Larry Wachowski – 1999

02. Matrix - The Matrix - Andy Wachowski & Larry Wachowski - 1999Welcome to the obsolete world.

   6.0   C’est toujours aussi impressionnant, exclusif, avant-gardiste, démesuré, tout ce qu’on voudra. C’est probablement le plus stimulant bug cinématographique de l’histoire des blockbusters. Qu’importe, je me rends compte, une fois de plus, que je n’arrive pas à aimer cela. Enfin pas comme je le voudrais. J’ai pensé que ça me ferait aujourd’hui ce que m’avait fait la redécouverte de Blade Runner l’an dernier. En fait non. Je trouve qu’il y a un tas de promesses et de sidération dans la première heure puis que tout se disloque dans quelque chose de bien trop confus, nébuleux, paresseux, autosatisfait, où la mise en scène repose sur une tonne d’effets et de tics, sans doute exaltants il y a vingt ans, mais tellement surannés dorénavant. C’est trop froid pour laisser place à un semblant d’émotion. C’est un bel ovni, ça oui. Mais pour moi ça n’atteint jamais le dixième de la puissance émotionnelle d’un autre ovni, signé aussi des Wachowski, mais dans le monde des séries : Sense8.

     En fait le film est très décevant sitôt qu’on choisit la pilule. Il y a une vraie volonté d’abolir la frontière entre le personnage et le spectateur à cet instant-là. Sommes-nous prêts à voir le film autant que Néo est prêt à voir le monde réel ? Et c’est sans doute ce qu’il rate, car il y a une réelle curiosité à ce moment-là mais elle se délite très vite. En définitive, on se demande si on n’aurait pas mieux fait de choisir la pilule bleue, mieux fait de regarder un autre film. Mieux fait de suivre un autre lapin et de revoir Alice au pays des merveilles. Le voyage est moins tenu que les présages de son scénario, en somme.

     Ceci étant, j’aurais toujours de l’admiration et de l’attachement pour ce Matrix premier du nom car c’est le premier film qui m’a fait écumer tout un tas de forums, puisque je l’ai découvert tardivement et que j’avais raté les débats dans la cour du collège. Et dans mon souvenir c’était très prise de tête ce qu’on en disait, dans la cour du collège ou sur les forums. Mais c’est une complexité qui débouche sur du vide, blindé d’aphorismes pour se donner un genre, sur expliqué, sur souligné, sur démontré, alors que le film s’offre tellement mieux dans l’image. J’ai toujours l’impression qu’il est une sorte de film ultime pour ados. Mais pas l’ado sympa qui veut juste s’éclater devant Star Wars, ou Avengers, non plutôt le relou qui se croit plus malin que les autres. Enfin voilà, c’est une dystopie qui fait parler après coup, extrapoler, disserter. Vibrer pendant, beaucoup moins, déjà : Je m’y ennuie assez, en fait. Ou plutôt c’est un film que j’aime par intermittences. Beaucoup au début, puisque je m’identifie à Néo. Plus vraiment au centre car je ne suis plus qu’un spectateur lointain. Et par instants dans sa dernière demi heure : OUI à la séquence du sauvetage de Morpheus, BOF à celle de l’avènement de Néo.

     Pour autant, j’y repense souvent. J’espère qu’il traversera aussi bien le temps que les grands films de science-fiction car sur le papier il a l’étoffe des grands récits d’anticipation à la K. Dick. Je l’avais revu il y a sept ans, seulement sept ans finalement, et pourtant voilà un moment que j’éprouvais le besoin de le revoir. En revanche, jusqu’à maintenant je n’avais jamais ressenti le besoin de me coltiner les opus suivants – Fallait pas trop déconner non plus. Affaire à suivre, donc. Quoiqu’il en soit, si on enfile le costume adéquat, Matrix, premier volet impressionne encore.

Jupiter, le destin de l’univers (Jupiter ascending) – Lilly & Lana Wachowski – 2015

18. Jupiter, le destin de l'univers - Jupiter ascending - Lilly & Lana Wachowski - 2015Sensation Zero.

   2.0   Si j’ai beaucoup de sympathie pour les Wachowski parce que Matrix (Le premier, pas vu les suites) et surtout parce que Sense8, je crains fort que ces deux univers que j’apprécie ne relèvent de l’exception. Après Bound, Speed racer, Cloud Atlas, nouvelle bouillie indigeste et grotesque que ce Jupiter ascending. Le postulat intrigue d’abord puis le film se vautre dans une esthétique abominable, un sens de la narration proche du foutage de gueule, sans compter que ça va beaucoup trop vite pour qu’on ait le temps d’apprécier (et comprendre) quoique ce soit. Même Mila Kunis m’a semblé moins jolie que d’habitude, c’est dire. J’ai lutté pour aller jusqu’au bout.

Sense8 – Christmas special – Netflix – 2016

15826627_10154306652987106_3475605376458677983_nJoyeux noël.

   Ou comment nous replonger dans l’univers de la série en deux heures à la fois indépendantes et complètement dans la continuité des douze épisodes que formait cette merveille de première saison. Quand Black Mirror s’atèle à un épisode spécial il n’est pas difficile de l’appréhender en tant que one shot puisque Black Mirror c’est déjà ça, une somme de one shot. Là, avec Sense8, pure série de personnages et d’interactions entre ses personnages, c’est comme si on nous avait offert en son temps un petit en-cas lostien entre deux saisons. L’horreur et le bonheur, quoi. Et c’est exactement ce que procurent ces deux heures, belles et foutraques, pleines comme un œuf et pourtant tellement libres, aérées, deux heures aussi jubilatoires que frustrantes. Quel putain de plaisir mais bordel, ce qu’il va être douloureux de patienter en attendant la suite. On a donc retrouvé tout le monde ou presque, puisque un autre acteur s’est emparé du rôle de Capheus. C’est bizarre au début, puis on s’y fait d’autant que le changement est brillamment introduit, avec l’autodérision chère aux Wachowski et une bonne dose méta au sens où sa première apparition le voit dialoguer avec son pote de la camionnette Van Damme qui trouve que son visage a changé. Pour le reste tout a repris sur le même rythme et la même folie, chacun son histoire, forcément, mais aussi de multiples crossover employés pourtant avec parcimonie, souvent à deux personnages (Kala/Wolfgang ; Sun/Capheus) ce qui prouve combien c’est une grande série romantique avant tout. Mais un romantisme un peu désespéré (Riley/Will) bien qu’il puisse parfois sembler niais. Par deux fois, la série nous offre ce qu’elle avait offert dans le dernier plan de la première saison, une réunion absolue, avec cadeau ultime lors de la fête d’anniversaire suivi d’une séquence d’orgie miraculeuse. Et puis une scène absolument déchirante entre Lito (qui affronte les conséquences de son coming-out) et sa mère. Vivement la suite !

Sense8 – Saison 1 – Netflix – 2015

Nomi2What’s going on ?

   9.0   Il s’est passé plein de trucs étranges avec cette série. Déjà, je l’ai lancé tout seul, comme un grand, alors qu’à priori les Wachowski et moi ça fait deux. Le pitch y était pour beaucoup. Puis je l’ai volontairement stoppé à mi-saison pour la reprendre aussitôt, cette fois accompagné. C’est la première fois que ça m’arrive. L’envie probablement de retrouver l’effervescence conjugale éprouvée fut un temps devant les six saisons de Lost. Je ne sais pas. J’aurais voulu tout regarder sans m’arrêter – d’autant que Sense8 est un peu faite pour être regarder ainsi – mais je tenais avant tout à la partager. Aussi parce qu’il fallait que j’impose ce déclic, cette initiative à ma partenaire tant ça ne lui disait rien, Cloud Atlas aidant. Et bien pas une seule fois je me suis dit que c’était une mauvaise idée, au contraire, cela m’a permis de réhabiliter d’une part complètement les trois premiers épisodes, absolument magnifiques, mais aussi d’apprécier davantage cette dynamique de l’entonnoir, avec ses lumineuses transitions. Enfin bref, je ne vais pas te faire un dessin, c’est le truc le plus excitant, lumineux, drôle, émouvant vu depuis un moment.

     Si comme moi tu as au départ peu d’atomes crochus avec le cinéma des Wachowski, il va falloir t’accrocher. Parce que franchement, ça vaut le coup. Il y a donc je le disais d’abord trois épisodes difficiles, mais cela dit pas désagréables, devant lesquels il est possible de rester sceptique. Dans le vertige, le mélange des genres, la kyrielle de personnages olé olé – Un acteur mexicain gai, une coréenne calée en kick-boxing, une hackeuse transsexuelle, une islandaise transportant un lourd trauma et d’autres. Un beau catalogue. Mais un catalogue qui prend justement une ampleur logique et dramatique à mesure que le récit central se met en place. C’est fort de café, mais bon, quand on a mangé Cloud Atlas, on est capable de tout encaisser. Justement, Cloud Atlas, parlons-en : Si le pitch semble similaire (une affaire de connexions spirituelles entre plusieurs personnages à travers le monde) Sense8 s’en échappe rapidement autant dans sa construction labyrinthique (des portes qui s’ouvrent sur d’autres, des sons qui en convoquent d’autres, des décors qui se superposent), ce que draine chaque personnage, d’important ou non (Fait rarissime en série, je les apprécie tous pareil ; Il n’y en a pas un que je cherche plus que l’autre) que dans la légèreté qui émane de l’ensemble tout en s’enfonçant dans une noirceur renversante assez inattendue.

     Très vite on se familiarise avec les lieux (Séoul, San Francisco, Londres puis Reykjavik, Nairobi, Mumbaï, Mexico, Berlin et Chicago) ainsi qu’avec le genre qui lui est approprié. De la comédie romantique on passe au thriller d’espionnage, un casse se superpose avec un mariage façon Bollywood. La familiarisation opère très rapidement parce que j’y trouve de l’intérêt somme toute partout, dans tout ce que je vois, dans toutes les connexions, aussi infimes soient-elles au départ (il faut lancer la machine, poser les conditions et faire en sorte que cette nouvelle naissance à huit soit imposante, éreintante, belle et douloureuse). On pourra toujours y voir naïveté et grandiloquence mais on retiendra surtout la générosité de l’ensemble, qui converge peu à peu vers un magma de rencontres et de fusions d’une puissance géniale qui n’a d’égal que l’épaisseur globale, où chaque personnage devient le vecteur de quelque chose de plus grand, une révolution hilarante (« Do I know you ? » demande Will à Lito dans ce dernier épisode qui lui répond « We had sex ! ») et bouleversante (sublime mixture orchestrale des naissances de l’épisode dix) façon huit pour tous à la Lady in the water assez jubilatoire. Peut-être me fallait-il un format série pour accepter, enfin, l’univers Wachowskien.

Cloud Atlas – Tom Tykwer, Andy Wachowski & Lana Wachowski – 2013

cloud-atlas-ben-whishaw-james-darcy-1024x690Gloubi-boulga.

     2.0   Le film jouit d’être imbitable, de naviguer sur six niveaux en sautant de l’un à l’autre sans jamais se poser, provoquant une sorte d’orgie temporelle et esthétique avec ses transitions diaboliques, ses mouvements homériques. Les qualificatifs ne sont pas volés tant le film essaie d’embrasser en permanence la grandeur. J’ai pensé à la douleur que fut en son temps Southland Tales. C’est la représentation parfaite du film geek à mes yeux. Comme l’était Matrix il y a quinze ans. Un plaisir de scénario à rebours qu’il faut s’amuser à décortiquer en parcourant les forums pour débusquer théories en tout genre. Tout à fait louable mais personnellement ça ne m’intéresse pas du tout.

     A la limite on peut trouver cela intéressant en terme de cuisine. C’est une belle émission top chef à trois finalistes. Trois candidats un peu orgueilleux, réputés pour leurs bonnes soupes, désireux de révolutionner leur art. Six ingrédients mélangés ne donnent malheureusement pas nécessairement un bon plat. Un vomi de premier ordre, oui. Pour être honnête j’ai beaucoup pensé à Cinéman. C’est un grotesque tellement pathétique (le film prend aussi un détour volontiers comique) que je me demande s’il traduit une forme d’humilité ou une grande bêtise. Dans le vertige permanent j’ai ma réponse. A part ça, c’est un chef d’œuvre de maquillages. On se croirait au Carnaval.


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