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Archives pour la catégorie Andy (Lilly) & Larry (Lana) Wachowski

The Matrix Reloaded – Lilly Wachowski & Lana Wachowski – 2003

13. The Matrix Reloaded - Lilly Wachowski & Lana Wachowski - 2003Calm like a bomb.

   7.5   Etrange de découvrir un film tel que Matrix Reloaded plus de quinze ans après sa sortie, pour le moins mouvementée. Un film dont on pourrait grossièrement dire qu’il est tant détesté par le fan inconditionnel du premier Matrix, mais tant aimé par l’admirateur des Wachowski. N’étant pas suffisamment passionné par l’un et souvent gêné par la folie des autres, j’ai sans doute pris ce deuxième volet de la saga exactement comme je devais le prendre car j’ai littéralement adoré. Il me faudra le revoir et j’en crève déjà d’envie, mais en gros, pour moi, Reloaded est à Matrix ce que L’empire contre-attaque est à Star Wars : A la sombre pluralité du film d’Irwin Kechner répond l’exubérance dantesque de Reloaded, qui joue cette fois moins avec les aphorismes qu’avec les fulgurances visuelles. C’est la scène de l’hélicoptère du premier multiplié par dix, Reloaded. J’ai souvent pensé à T2, qu’il cite par ailleurs ouvertement, Smith copiant le T1000, la séquence de l’autoroute celle des égouts fluviaux. Mais on pourrait aussi le rapprocher du deuxième volet de Mad Max, j’imagine. Il a sa place dans le beau panier des suites qui déboitent. Et puis j’ai constamment l’impression que le film fait tout le contraire de ce que faisait le précédent – et c’est sans doute ce qui a tant dérangé – puisqu’il ne flatte jamais, au contraire, il finit par détruire ce en quoi on croyait. Aussi bien du point de vue du fond que de la forme, le film est complètement fou, tout le temps, indiscernable. Qu’il s’agisse de faire une hallucinante scène d’action sur une autoroute ou de jouer d’une étrange rencontre / discussion avec Le mérovingien, campé délicieusement par Lambert Wilson, le film est toujours sur la brèche, foutraque, toujours à la limite de basculer, là où le premier volet était un voyage complexe mais précis. C’est simple j’ai retrouvé ce qui m’avait tant plu dans la première saison de Sense8 : Une sensation de vertige et d’équilibre mêlés. Et du coup j’ai fait ce que je n’arrête pas de dire que je vais faire depuis deux ans : Me lancer dans la saison 2 – Je l’ai dévorée en trois jours : c’est immense. Je suis mûr, je vais retenter Speed racer. Et après je reverrai Reloaded. Purée mais rien que le soundtrack de Don Davis, quelle tuerie. Je me passe en boucle la séquence sur Mona Lisa Overdrive, là.

The Matrix – Andy Wachowski & Larry Wachowski – 1999

02. Matrix - The Matrix - Andy Wachowski & Larry Wachowski - 1999Welcome to the obsolete world.

   6.0   C’est toujours aussi impressionnant, exclusif, avant-gardiste, démesuré, tout ce qu’on voudra. C’est probablement le plus stimulant bug cinématographique de l’histoire des blockbusters. Qu’importe, je me rends compte, une fois de plus, que je n’arrive pas à aimer cela. Enfin pas comme je le voudrais. J’ai pensé que ça me ferait aujourd’hui ce que m’avait fait la redécouverte de Blade Runner l’an dernier. En fait non. Je trouve qu’il y a un tas de promesses et de sidération dans la première heure puis que tout se disloque dans quelque chose de bien trop confus, nébuleux, paresseux, autosatisfait, où la mise en scène repose sur une tonne d’effets et de tics, sans doute exaltants il y a vingt ans, mais tellement surannés dorénavant. C’est trop froid pour laisser place à un semblant d’émotion. C’est un bel ovni, ça oui. Mais pour moi ça n’atteint jamais le dixième de la puissance émotionnelle d’un autre ovni, signé aussi des Wachowski, mais dans le monde des séries : Sense8.

     En fait le film est très décevant sitôt qu’on choisit la pilule. Il y a une vraie volonté d’abolir la frontière entre le personnage et le spectateur à cet instant-là. Sommes-nous prêts à voir le film autant que Néo est prêt à voir le monde réel ? Et c’est sans doute ce qu’il rate, car il y a une réelle curiosité à ce moment-là mais elle se délite très vite. En définitive, on se demande si on n’aurait pas mieux fait de choisir la pilule bleue, mieux fait de regarder un autre film. Mieux fait de suivre un autre lapin et de revoir Alice au pays des merveilles. Le voyage est moins tenu que les présages de son scénario, en somme.

     Ceci étant, j’aurais toujours de l’admiration et de l’attachement pour ce Matrix premier du nom car c’est le premier film qui m’a fait écumer tout un tas de forums, puisque je l’ai découvert tardivement et que j’avais raté les débats dans la cour du collège. Et dans mon souvenir c’était très prise de tête ce qu’on en disait, dans la cour du collège ou sur les forums. Mais c’est une complexité qui débouche sur du vide, blindé d’aphorismes pour se donner un genre, sur expliqué, sur souligné, sur démontré, alors que le film s’offre tellement mieux dans l’image. J’ai toujours l’impression qu’il est une sorte de film ultime pour ados. Mais pas l’ado sympa qui veut juste s’éclater devant Star Wars, ou Avengers, non plutôt le relou qui se croit plus malin que les autres. Enfin voilà, c’est une dystopie qui fait parler après coup, extrapoler, disserter. Vibrer pendant, beaucoup moins, déjà : Je m’y ennuie assez, en fait. Ou plutôt c’est un film que j’aime par intermittences. Beaucoup au début, puisque je m’identifie à Néo. Plus vraiment au centre car je ne suis plus qu’un spectateur lointain. Et par instants dans sa dernière demi heure : OUI à la séquence du sauvetage de Morpheus, BOF à celle de l’avènement de Néo.

     Pour autant, j’y repense souvent. J’espère qu’il traversera aussi bien le temps que les grands films de science-fiction car sur le papier il a l’étoffe des grands récits d’anticipation à la K. Dick. Je l’avais revu il y a sept ans, seulement sept ans finalement, et pourtant voilà un moment que j’éprouvais le besoin de le revoir. En revanche, jusqu’à maintenant je n’avais jamais ressenti le besoin de me coltiner les opus suivants – Fallait pas trop déconner non plus. Affaire à suivre, donc. Quoiqu’il en soit, si on enfile le costume adéquat, Matrix, premier volet impressionne encore.

Jupiter, le destin de l’univers (Jupiter ascending) – Lilly & Lana Wachowski – 2015

18. Jupiter, le destin de l'univers - Jupiter ascending - Lilly & Lana Wachowski - 2015Sensation Zero.

   2.0   Si j’ai beaucoup de sympathie pour les Wachowski parce que Matrix (Le premier, pas vu les suites) et surtout parce que Sense8, je crains fort que ces deux univers que j’apprécie ne relèvent de l’exception. Après Bound, Speed racer, Cloud Atlas, nouvelle bouillie indigeste et grotesque que ce Jupiter ascending. Le postulat intrigue d’abord puis le film se vautre dans une esthétique abominable, un sens de la narration proche du foutage de gueule, sans compter que ça va beaucoup trop vite pour qu’on ait le temps d’apprécier (et comprendre) quoique ce soit. Même Mila Kunis m’a semblé moins jolie que d’habitude, c’est dire. J’ai lutté pour aller jusqu’au bout.

Sense8 – Saison 1 – Netflix – 2015

Nomi2What’s going on ?

   8.5   Il s’est passé plein de trucs étranges avec cette série. Déjà, je l’ai lancé tout seul, comme un grand, alors qu’à priori les Wachowski et moi ça fait deux. Le pitch y était pour beaucoup. Puis je l’ai volontairement stoppé à mi-saison pour la reprendre aussitôt, cette fois accompagné. C’est la première fois que ça m’arrive. L’envie probablement de retrouver l’effervescence conjugale éprouvée fut un temps devant les six saisons de Lost. Je ne sais pas. J’aurais voulu tout regarder sans m’arrêter – d’autant que Sense8 est un peu faite pour être regarder ainsi – mais je tenais avant tout à la partager. Aussi parce qu’il fallait que j’impose ce déclic, cette initiative à ma partenaire tant ça ne lui disait rien, Cloud Atlas aidant. Et bien pas une seule fois je me suis dit que c’était une mauvaise idée, au contraire, cela m’a permis de réhabiliter d’une part complètement les trois premiers épisodes, absolument magnifiques, mais aussi d’apprécier davantage cette dynamique de l’entonnoir, avec ses lumineuses transitions. Enfin bref, je ne vais pas te faire un dessin, c’est le truc le plus excitant, lumineux, drôle, émouvant vu depuis un moment.

     Si comme moi tu as au départ peu d’atomes crochus avec le cinéma des Wachowski, il va falloir t’accrocher. Parce que franchement, ça vaut le coup. Il y a donc je le disais d’abord trois épisodes difficiles, mais cela dit pas désagréables, devant lesquels il est possible de rester sceptique. Dans le vertige, le mélange des genres, la kyrielle de personnages olé olé – Un acteur mexicain gai, une coréenne calée en kick-boxing, une hackeuse transsexuelle, une islandaise transportant un lourd trauma et d’autres. Un beau catalogue. Mais un catalogue qui prend justement une ampleur logique et dramatique à mesure que le récit central se met en place. C’est fort de café, mais bon, quand on a mangé Cloud Atlas, on est capable de tout encaisser. Justement, Cloud Atlas, parlons-en : Si le pitch semble similaire (une affaire de connexions spirituelles entre plusieurs personnages à travers le monde) Sense8 s’en échappe rapidement autant dans sa construction labyrinthique (des portes qui s’ouvrent sur d’autres, des sons qui en convoquent d’autres, des décors qui se superposent), ce que draine chaque personnage, d’important ou non (Fait rarissime en série, je les apprécie tous pareil ; Il n’y en a pas un que je cherche plus que l’autre) que dans la légèreté qui émane de l’ensemble tout en s’enfonçant dans une noirceur renversante assez inattendue.

     Très vite on se familiarise avec les lieux (Séoul, San Francisco, Londres puis Reykjavik, Nairobi, Mumbaï, Mexico, Berlin et Chicago) ainsi qu’avec le genre qui lui est approprié. De la comédie romantique on passe au thriller d’espionnage, un casse se superpose avec un mariage façon Bollywood. La familiarisation opère très rapidement parce que j’y trouve de l’intérêt somme toute partout, dans tout ce que je vois, dans toutes les connexions, aussi infimes soient-elles au départ (il faut lancer la machine, poser les conditions et faire en sorte que cette nouvelle naissance à huit soit imposante, éreintante, belle et douloureuse). On pourra toujours y voir naïveté et grandiloquence mais on retiendra surtout la générosité de l’ensemble, qui converge peu à peu vers un magma de rencontres et de fusions d’une puissance géniale qui n’a d’égal que l’épaisseur globale, où chaque personnage devient le vecteur de quelque chose de plus grand, une révolution hilarante (« Do I know you ? » demande Will à Lito dans ce dernier épisode qui lui répond « We had sex ! ») et bouleversante (sublime mixture orchestrale des naissances de l’épisode dix) façon huit pour tous à la Lady in the water assez jubilatoire. Peut-être me fallait-il un format série pour accepter, enfin, l’univers Wachowskien.

Cloud Atlas – Tom Tykwer, Andy Wachowski & Lana Wachowski – 2013

cloud-atlas-ben-whishaw-james-darcy-1024x690Gloubi-boulga.

     2.0   Le film jouit d’être imbitable, de naviguer sur six niveaux en sautant de l’un à l’autre sans jamais se poser, provoquant une sorte d’orgie temporelle et esthétique avec ses transitions diaboliques, ses mouvements homériques. Les qualificatifs ne sont pas volés tant le film essaie d’embrasser en permanence la grandeur. J’ai pensé à la douleur que fut en son temps Southland Tales. C’est la représentation parfaite du film geek à mes yeux. Comme l’était Matrix il y a quinze ans. Un plaisir de scénario à rebours qu’il faut s’amuser à décortiquer en parcourant les forums pour débusquer théories en tout genre. Tout à fait louable mais personnellement ça ne m’intéresse pas du tout.

     A la limite on peut trouver cela intéressant en terme de cuisine. C’est une belle émission top chef à trois finalistes. Trois candidats un peu orgueilleux, réputés pour leurs bonnes soupes, désireux de révolutionner leur art. Six ingrédients mélangés ne donnent malheureusement pas nécessairement un bon plat. Un vomi de premier ordre, oui. Pour être honnête j’ai beaucoup pensé à Cinéman. C’est un grotesque tellement pathétique (le film prend aussi un détour volontiers comique) que je me demande s’il traduit une forme d’humilité ou une grande bêtise. Dans le vertige permanent j’ai ma réponse. A part ça, c’est un chef d’œuvre de maquillages. On se croirait au Carnaval.


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