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Sense8 – Saison 1 – Netflix – 2015

Nomi2What’s going on ?

   8.5   Il s’est passé plein de trucs étranges avec cette série. Déjà, je l’ai lancé tout seul, comme un grand, alors qu’à priori les Wachowski et moi ça fait deux. Le pitch y était pour beaucoup. Puis je l’ai volontairement stoppé à mi-saison pour la reprendre aussitôt, cette fois accompagné. C’est la première fois que ça m’arrive. L’envie probablement de retrouver l’effervescence conjugale éprouvée fut un temps devant les six saisons de Lost. Je ne sais pas. J’aurais voulu tout regarder sans m’arrêter – d’autant que Sense8 est un peu faite pour être regarder ainsi – mais je tenais avant tout à la partager. Aussi parce qu’il fallait que j’impose ce déclic, cette initiative à ma partenaire tant ça ne lui disait rien, Cloud Atlas aidant. Et bien pas une seule fois je me suis dit que c’était une mauvaise idée, au contraire, cela m’a permis de réhabiliter d’une part complètement les trois premiers épisodes, absolument magnifiques, mais aussi d’apprécier davantage cette dynamique de l’entonnoir, avec ses lumineuses transitions. Enfin bref, je ne vais pas te faire un dessin, c’est le truc le plus excitant, lumineux, drôle, émouvant vu depuis un moment.

     Si comme moi tu as au départ peu d’atomes crochus avec le cinéma des Wachowski, il va falloir t’accrocher. Parce que franchement, ça vaut le coup. Il y a donc je le disais d’abord trois épisodes difficiles, mais cela dit pas désagréables, devant lesquels il est possible de rester sceptique. Dans le vertige, le mélange des genres, la kyrielle de personnages olé olé – Un acteur mexicain gai, une coréenne calée en kick-boxing, une hackeuse transsexuelle, une islandaise transportant un lourd trauma et d’autres. Un beau catalogue. Mais un catalogue qui prend justement une ampleur logique et dramatique à mesure que le récit central se met en place. C’est fort de café, mais bon, quand on a mangé Cloud Atlas, on est capable de tout encaisser. Justement, Cloud Atlas, parlons-en : Si le pitch semble similaire (une affaire de connexions spirituelles entre plusieurs personnages à travers le monde) Sense8 s’en échappe rapidement autant dans sa construction labyrinthique (des portes qui s’ouvrent sur d’autres, des sons qui en convoquent d’autres, des décors qui se superposent), ce que draine chaque personnage, d’important ou non (Fait rarissime en série, je les apprécie tous pareil ; Il n’y en a pas un que je cherche plus que l’autre) que dans la légèreté qui émane de l’ensemble tout en s’enfonçant dans une noirceur renversante assez inattendue.

     Très vite on se familiarise avec les lieux (Séoul, San Francisco, Londres puis Reykjavik, Nairobi, Mumbaï, Mexico, Berlin et Chicago) ainsi qu’avec le genre qui lui est approprié. De la comédie romantique on passe au thriller d’espionnage, un casse se superpose avec un mariage façon Bollywood. La familiarisation opère très rapidement parce que j’y trouve de l’intérêt somme toute partout, dans tout ce que je vois, dans toutes les connexions, aussi infimes soient-elles au départ (il faut lancer la machine, poser les conditions et faire en sorte que cette nouvelle naissance à huit soit imposante, éreintante, belle et douloureuse). On pourra toujours y voir naïveté et grandiloquence mais on retiendra surtout la générosité de l’ensemble, qui converge peu à peu vers un magma de rencontres et de fusions d’une puissance géniale qui n’a d’égal que l’épaisseur globale, où chaque personnage devient le vecteur de quelque chose de plus grand, une révolution hilarante (« Do I know you ? » demande Will à Lito dans ce dernier épisode qui lui répond « We had sex ! ») et bouleversante (sublime mixture orchestrale des naissances de l’épisode dix) façon huit pour tous à la Lady in the water assez jubilatoire. Peut-être me fallait-il un format série pour accepter, enfin, l’univers Wachowskien.

Matrix (The matrix) – Andy & Larry Wachowski – 1999

matrix-1999-13-gAdolescence.

   5.3   Voilà un moment qu’on parlait de revoir Matrix, c’est chose faite. La première surprise, elle est plutôt bonne, c’est que j’aime toujours, un peu. D’un point de vue scénaristique tout du moins, ça fait toujours son effet. Car en terme de mise en scène je trouve ça tellement fade en revanche, tout repose sur des effets et tics hollywoodiens habituels. Un autre truc quand même : Dans mon souvenir c’était prise de tête, en fait c’est une complexité du vide, pour se donner un genre, tant tout est sur expliqué, sur souligné, sur démontré. Le film pour ado par excellence. J’avais enfilé le bon costume donc c’est passé.

Cloud Atlas – Tom Tykwer, Andy Wachowski & Lana Wachowski – 2013

cloud-atlas-ben-whishaw-james-darcy-1024x690Gloubi-boulga.

     1.5   Le film jouit d’être imbitable, de naviguer sur six niveaux en sautant de l’un à l’autre sans jamais se poser, provoquant une sorte d’orgie temporelle et esthétique avec ses transitions diaboliques, ses mouvements homériques. Les qualificatifs ne sont pas volés tant le film essaie d’embrasser en permanence la grandeur. J’ai pensé à la douleur que fut en son temps Southland Tales. C’est la représentation parfaite du film geek à mes yeux. Comme l’était Matrix il y a quinze ans. Un plaisir de scénario à rebours qu’il faut s’amuser à décortiquer en parcourant les forums pour débusquer théories en tout genre. Tout à fait louable mais personnellement ça ne m’intéresse pas du tout.

     A la limite on peut trouver cela intéressant en terme de cuisine. C’est une belle émission top chef à trois finalistes. Trois candidats un peu orgueilleux, réputés pour leurs bonnes soupes, désireux de révolutionner leur art. Six ingrédients mélangés ne donnent malheureusement pas nécessairement un bon plat. Un vomi de premier ordre, oui. Pour être honnête j’ai beaucoup pensé à Cinéman. C’est un grotesque tellement pathétique (le film prend aussi un détour volontiers comique) que je me demande s’il traduit une forme d’humilité ou une grande bêtise. Dans le vertige permanent j’ai ma réponse. A part ça, c’est un chef d’œuvre de maquillages. On se croirait au Carnaval.


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silencio


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