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Phantoms of Nabua – Apichatpong Weerasethakul – 2009

Phantoms of Nabua - Apichatpong Weerasethakul - 2009 dans Apichatpong Weerasethakul 12186453_10153258787372106_6176091082678047648_oOpening night.

   7.0   Revu ce que je considère comme l’une des plus belles réussites du cinéaste thaïlandais en matière de court métrage, domaine dans lequel il n’a cessé d’être prolifique. Les silhouettes d’une bande d’ados entrent dans le plan, ils se retrouvent sur ce terrain vague, de nuit, sur lequel s’érigent un mystérieux réverbère et un écran, qui projette ce que l’on est en train de voir. Un ballon s’immisce bientôt dans le cadre, enflammé il passe d’un pied à l’autre, dans un magma sublime façon traits de fusain rougeâtres sur un paysage nocturne. Plus tard, but, ou presque. Le ballon s’est réfugié dans la toile, le feu se propage, la toile disparait, le projecteur reste, seul, immobile, projetant ses images dans le vide. C’est un film sur la transmission de la lumière, du regard, de l’image. Phantoms of Nabua est à l’origine le segment d’une installation (que je n’ai pas vu) nommée Primitive. C’est une chorégraphie macabre et un très beau balai de lumières Néon/Ballon/Projecteur hypnotiques, sous tension. C’est l’origine du cinéma et son éventuelle extinction. Tout en étant un hommage à la tragique histoire de Nabua, des violences que l’armée à fait subir à ses habitants il y a longtemps. Les mots de Joe lui-même : ‘Phantoms of Nabua is a portrait of home. The film portrays a communication of lights, the lights that exude, on the one hand, the comfort of home and, on the other, of destruction’.

Cemetery of splendour (Rak ti Khon Kaen) – Apichatpong Weerasethakul – 2015

Cemetery of splendour (Rak ti Khon Kaen) - Apichatpong Weerasethakul - 2015 dans * 2015 : Top 10 Cemetery-of-Splendour_KEY-STILL_Apichatpong-Weerasethakul-0-2000-0-1125-cropLe songe de la lumière.

   8.5   Les films du cinéaste thaïlandais sont toujours multiples, c’est en partie pour cela qu’ils sont si précieux. Il n’y a pas un noyau, mais plusieurs. Pas une trouée secondaire mais des dizaines. Un film d’Apichatpong est une somme d’évènements facilement ou non rattachables les uns aux autres.

     Dans Cemetery of splendour il est question d’une école abandonnée dans laquelle est dorénavant aménagé un petit hôpital où l’on veille des soldats qui semblent tous atteint par la maladie du sommeil, qui serait provoquée par la puissance invisible du lieu qui serait aussi un vieux cimetière de rois, lesquels aspireraient l’énergie des vivants pour leurs batailles dans une temporalité antérieure ou parallèle.

     Il est difficile de faire récit plus barge, poétique et simple. Dans la mesure où comme toujours, il n’y a rien de compliqué dans le cinéma du thaïlandais. « Le film est une quête des anciens esprits de mon enfance » dit-il. Rappelons que le cadre est celui de Khon Kaen, sa ville natale. On prend ce qui nous intéresse, on se laisse engloutir, on se laisse guider par une infinité de strates qui ne débouche pas sur un tout rationnel mais sur une infinité d’émotions méditatives et chaleureuses.

     C’est le pouvoir des images qui s’invite et avec lui celui des sons. Le film s’ouvre d’ailleurs dans le noir absolu, où l’on perçoit à mesure une multitude de bruits, discrets ou inquiétants à l’image de cette pelleteuse sur un chantier. Un chantier qui n’est autre (à nouveau) que celui de ce palais devenu cimetière devenu école devenu hôpital. Le cadre serait donc celui d’une projection mentale de la situation politique et sociale de la Thaïlande d’aujourd’hui : Une impasse mystérieuse.

     Parfois, on croit tenir une certaine linéarité, au sein de cette rencontre entre une vieille femme, handicapée par une jambe plus courte que l’autre, venue pour offrir des soins bénévoles à ce soldat qui au contact de ses massages va se réveiller, et une jeune médium qui s’immisce dans les rêves des soldats narcoleptiques afin d’en extraire des images et des sensations et les faire partager à la famille concernée.

     Un moment alors, le film se libère. Etat de grâce, extatique, appelez ça comme vous voulez : Un ventilateur appelle un mécanisme de filtration à roues. Un enchevêtrement d’escalators se fond dans un dortoir nocturne illuminé par une thérapie sous forme de néons à lumière évolutive. Parfois, le temps semble s’arrêter ou au contraire s’accélérer comme dans cette double séquence, où des passants observent, assis, le lac et les alentours du lac, puis se croisent, se lèvent, ne prennent plus le temps de s’assoir, disparaissent.

     A la toute fin, des enfants sont en train de jouer au football, le plan rappelle celui du merveilleux Phantoms of Nabua. On n’a pas fini de relier les différents films de Joe, tant chaque séquence en appelle une autre, dans un film différent, une respiration se perd dans un récit antérieure, comme les vies dans les films du cinéaste paraissent les mêmes, dans une autre temporalité. Des gens qui dansent (Syndromes and a century), un pénis que l’on caresse (Blissfully yours), un animal qui investit le plan (Le buffle de Oncle Boonmee), des apparitions folles, diverses. Le cinéma d’Apichatpong est aussi très drôle, quasi burlesque parfois, tout en gardant son calme et sa grâce.

     C’est une œuvre sensuelle, envoûtante, dont la chance de faire sa découverte sur grand écran permet d’entrer en immersion absolue. Contrairement à d’habitude, le film se borne en un lieu, cependant hyper espacé, dont on finit par définir très bien le contenu sans pourtant parvenir à en saisir tous les contours. Un film seulement, jusqu’ici, avait réussi à me faire un effet similaire, c’était L’inconnu du lac, d’Alain Guiraudie. Un lieu ici que l’on charge, non pas dans chaque plan mais presque, d’une pelleteuse creusant la terre, qui autant qu’elle s’apprête à faire disparaitre le lieu, fait revenir à la surface des couches du passé et des souvenirs – à l’image de Jenjira Pongpas (l’actrice fétiche d’Apichatpong qui y est peut-être encore plus magnifique qu’à l’accoutumée) qui raconte avoir été élève dans cette école.

     C’est alors que revenue d’entre les morts, deux princesses lui apprendront qu’avant d’y avoir une école, le lieu était habité d’un palais royal ayant traversé moult querelles entre les rois. Jamais Joe n’utilise de plans de trop. Aucun plan du passé. Aucun plan de vision. Il parvient à les mettre en scène, en relation, à faire vivre plusieurs époques dans le plan, sans les montrer. Magnifique séquence où les deux femmes voyagent dans un Palais/Sous-bois, entre grandeur luxuriante et ruines dispatchées dans la jungle, dans lequel chacune perce la vision de l’autre.

     Apichatpong reste donc bien le plus bel enchanteur du cinéma mondial actuel. Je n’en doutais pas même s’il faut bien reconnaître que ça fait un bien fou de le retrouver sous la forme du long métrage qui lui sied tellement bien. Oncle Boonmee avait déjà cinq ans. Cemetery of splendour est sans doute son film le plus proche de Syndromes and the century, qu’il faut que je revoie à tout prix, voilà qui tombe bien.

     C’est donc un film triste et doux, où la guérison sous luminothérapie côtoie les vies antérieures, la magie convoque le rêve. Et puis c’est encore un grand film sur le sommeil. Sur la cohabitation délicate des vivants et des fantômes. Toute la filmographie de Joe en est emprunte mais peut-être n’avait-il jamais été si loin. En l’état et à chaud, Je me demande si ce n’est pas mon Apichatpong préféré depuis Blissfully yours. Plastiquement c’est juste ahurissant. Bon, comme tout est génial, ça ne veut pas dire grand-chose, je sais.

Mekong hotel – Apichatpong Weerasethakul – 2012

mekong-hotel2Frontière(s).

   5.8   J’ai aimé, bien que je trouve cela mineur tout de même, pour moi ce sont (autant Mekong hotel que Ashes que Cactus river) les chantiers d’un autre film, quelque chose de plus grand qui sommeille encore, enfin je l’espère. Et dans le même temps j’aime beaucoup l’espace crée, l’évocation des frontières, l’utilisation de la musique, dans la mesure où ce qui fait à mon sens la richesse de ce cinéaste c’est ça, cette capacité à brasser grand dans le petit, avec des échappées incroyables – le ballai de jet ski dans la scène finale. Voilà, je ne sais pas trop comment me placer par rapport à lui pour le moment, sans doute aussi car je préfère le Joe qui expérimente l’image. Cette distinction qui fait le sel de ses longs-métrages me manque éperdument ici puisqu’elle fait deux films, ou trois. Quoiqu’il en soit, ce cinéaste n’est jamais là où on l’imagine.

Oncle Boonmee (Celui qui se souvient de ses vies antérieures) – Lung Boonmee raluek chat – Apichatpong Weerasethakul – 2010

Oncle Boonmee (Celui qui se souvient de ses vies antérieures) – Lung Boonmee raluek chat - Apichatpong Weerasethakul - 2010 dans Apichatpong Weerasethakul 554006_sans-titre

Zone de rêve.     

   8.0   J’aimerais pouvoir en parler facilement, évoquer les sensations dans lesquelles m’a plongé cette merveille, laisser s’enchevêtrer les mots comme le cinéaste thaïlandais le fait avec les images, mais à première vue c’est presque mission impossible. C’est un film qu’il faut aller voir en salle absolument. D’une part car il n’y a pas plus simple et pur, c’est d’une lisibilité incroyable, il n’y a pas à cogiter, il s’agit uniquement de se laisser porter, d’entrée dans la jungle, de ne faire qu’un avec son ambiance, avec cette nature. D’autre part car il redéfinit une manière de faire du cinéma, plus sensorielle, déstructurée, à l’image de la mémoire humaine. Boonmee est un apiculteur atteint d’une maladie rénale, et l’on va le suivre jusqu’à sa mort, entre un présent qui convoque ses proches disparus, et un passé mélangé au futur, dans lesquels on découvre ses vies antérieures, en animal ou encore en princesse. Dans des strates temporelles toutes peuplées de fantômes, on accompagne le corps et surtout l’esprit de Boonmee vers cette grotte libératrice et régénératrice, lieu de naissance de l’une de ses nombreuses vies antérieures (dont il ne sait s’il était homme ou animal, homme ou femme) et maintenant lieu de sa mort d’humain. Il est question de la mort, comme d’une angoisse progressive mais paradoxalement vécue de façon paisible, sereine, en adéquation avec les dieux. C’est une vision de la réincarnation absolument magnifique, poétique et lumineuse, ça donnerait presque envie de mourir.

Blissfully yours (Sud sanaeha) – Apichatpong Weerasethakul – 2002

Blissfully yours (Sud sanaeha) - Apichatpong Weerasethakul - 2002 dans 100 005Summer samba.   

   9.3   Un film incroyable, au-delà des mes espérances. Jusqu’ici il y avait toujours un petit quelque chose qui m’empêchait d’y trouver le grand film du cinéaste thaïlandais. L’immersion n’était jamais vraiment totale. Blissfully yours est absolument immense. J’adore sa construction. Il aurait pu durer encore des heures, jamais je ne voulais quitter cette forêt.

     Il y a deux parties assez distinctes. Une première d’installation. Le quotidien en Thaïlande. Le combat d’une jeune femme pour faire entrer ce garçon immigré Birman dans son pays. Et une seconde magnifique, très détachée du monde. Entre ces deux parties il y a une transition. Très contemplative, rappelant Mysterious object at noon. On est sur la route et on admire, lentement, ce que l’on a autour de nous. Et l’on s’engouffre dans la jungle. Le bonheur s’approche. Et le générique commence. Après 45 minutes de film c’en est un autre qui démarre.

     Il y a comme une rupture, le film devient hyper naturaliste, la caméra se faufile entre les feuilles, filme des instants de silence sur un rocher surplombant la forêt, des petits dialogues le long de la rivière, des scènes de sexe en pleine nature. Il y a comme un bonheur immense, ce genre de bonheur que l’on obtient sans le rechercher, celui qui ne se reproduira sans doute jamais. Pas de retour à la vie, un simple plan très long, sur un visage rempli de sérénité. Pas d’images, simplement quelques mots pré-générique final pour évoquer cet après-bonheur, car ce n’est plus le même film évidemment. Le cinéaste thaïlandais parle de son pays, comme toujours, mais il le filme dans l’intimité. Et il filme le détachement, la fuite plus que l’enlisement. C’est somptueux. 

Mysterious object at noon – Apichatpong Weerasethakul – 2000

Mysterious object at noon - Apichatpong Weerasethakul - 2000 dans Apichatpong Weerasethakul Mysterious+Object+At+Noon Liberté !     

   6.3   Le cinéaste thaïlandais filme son pays. Mysterious object at noon est un film sur la route, en mouvement en permanence. Le prétexte pour capter le vrai c’est une histoire de garçon infirme et de son professeur dont le cinéaste demande à ses interprètes amateurs de poursuivre. Face caméra chacun nous en apprendra un peu plus à chaque fois. Il y a une liberté absolue dans ce film, tout le cinéma du cinéaste, aujourd’hui ayant acquis une renommée mondiale, se trouve ici. On embarque une pirogue sur un fleuve comme dans son futur court-métrage Luminous people. On y voit un peu de foot (sorte de tennis-ballon en l’occurrence) comme dans le sublime Phantoms of Nabua, segment de Primitve. On y parle d’un tigre dangereux, Tropical Malady n’est pas loin. Mysterious… s’ouvre de la même manière que la transition mi-film de Blissfully yours. Cette liberté se trouve partout, dans chaque plan. Dans le fait de filmer des enfants par exemple qui se prêtent au jeu, certains sérieusement, en racontant vraiment une histoire et de façon passionnante, d’autres en lorgnant la caméra d’un air dubitatif, d’autres encore avec une banane permanente. Dans le fait de filmer deux filles muettes qui racontent l’histoire avec leurs signes. On a l’impression qu’il n’y a pas de manière de faire prédéfinie. Ce serait peut-être ça le cinéma de Weerasethakul, le cinéma moderne même. S’ils ne connaissent pas l’histoire, la suite de l’histoire, le cinéaste leur demande d’inventer. L’important c’est la parole. A l’économie totale d’effets superflus, Apichatpong Weerasethakul observe aussi très souvent des moments de silence, pour contrer les monologues. Il préfère utiliser le sous-titrage en guise de voix-off. Et à d’autres moments il filme ce qu’il a devant lui. La vie en Thaïlande. Il filme aussi ce garçon infirme et son professeur comme si nous y étions, naviguant entre réalité, récit d’une réalité ou d’une fiction et fiction. Des enfants qui jouent au foot et qui se baignent dans le fleuve. Un type qui tente de vendre ses maquereaux. Le mouvement dans la ville. Puis celui de la campagne. Il y a comme ça quelque chose de très direct, comme si l’on filmait sous le manteau, et pourtant l’esthétique – bien que l’image ne soit pas aussi belle que dans ses films suivants – reste remarquable. 


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