Publié 19 mai 2026
dans Baltasar Kormákur
La rivière sauvage.
5.0 Après un épisode traumatique en plein alpinisme sous une tempête, Sacha (Charlize Theron, très bien) n’est pas guérie pour autant et va chercher sa dose d’adrénaline dans une rivière sauvage de l’outback australien. Malheureusement, il y a pire qu’une nature qui se déchaîne. Le personnage se retrouve en effet pris en chasse par un taré local dont c’est la grande passion, puisqu’il guide plus ou moins les touristes en mal de sensations fortes avant d’en faire de la viande séchée revendue dans des relais paumés. Je divulgâche beaucoup là mais vraiment on a tellement vu tout venir que ce n’est pas très grave. Dès l’instant qu’on le voit dans la station-service, on comprend que sa bienveillance – il sauve plus ou moins Charlize Theron d’une embrouille avec des autochtones relous – masque son identité de type plus cinglé que la moyenne. Un peu plus tard, c’est à lui qu’elle demande comment rejoindre la rivière et il va évidemment lui conseiller un parcours qui lui convient à lui. Le parcours le plus simple ou le plus difficile, lui demande t-il. Le meilleur, répond t-elle. Et c’est en effet au moment où la chasse non pas du comte Zaroff mais du cramé du bulbe Ben aux cris de corbacs commence, que le film devient meilleur. L’installation est un peu longue, on a déjà vu ça tellement de fois. En revanche dès qu’on entre dans le vif, le survival chevronné, on retrouve le Baltazar Kormakur d’Everest, à l’aise avec les éléments : ce décor de rivière, grottes et canyons en impose. Et il faudra pour Sacha repasser par l’épreuve grimpette pour s’en sortir, combattre le mal le plus fou et accepter son deuil. Rien d’original, mais plutôt efficace dans son genre. Taron Egerton et ses faux airs de James McAvoy dans Split, est assez flippant faut bien avouer. Mais le film aurait gagné à être davantage resserré sur cette partie. J’aurais enlevé l’introduction, qui d’une part est très laide visuellement (on ne voit rien) et qui d’autre part refait Vertical limit, Cliffhanger et autre Fall. On sent qu’il vise ensuite davantage Délivrance. L’horreur en plein jour. Mais j’aurais aimé qu’il soit tout aussi radical et démoniaque qu’un Bone Tomahawk, auquel on songe dans les grottes. Consolation : Kormakur ne se laisse pas gagner par la facilité des flashbacks (comme il le faisait dans Adrift) et s’en tient au présent, au réel le plus prosaïque. Point de twist de fou non plus. C’est une ligne claire et c’est très bien comme ça.
Publié 21 avril 2021
dans Baltasar Kormákur
En pleine tempête.
4.0 Le film conte l’histoire vraie de Tami Oldham Ashcraft, une navigatrice américaine. En 1983, elle et son petit ami, Richard Sharp, convoient un voilier de Tahiti vers San Diego. Le 13 octobre, ils sont pris dans le plus grand ouragan qui se soit jamais abattu sur l’Océan pacifique. Le bateau chavire. Tami se retrouve inconsciente pendant plusieurs heures et Richard est projeté par-dessus bord.
Lorsqu’elle reprend ses esprits, à bord du bateau en ruines, Tami constate vite l’absence de Richard, puis repère le canot de sauvetage flottant au loin, sur lequel est agrippé son fiancé. Après l’avoir récupéré, gravement blessé, la jeune femme, sans aucun moyen de communiquer ni d’appeler à l’aide, doit se battre durant 41 jours pour rester en vie et parcourir les 2.500 km qui la séparent encore d’Hawaï.
Sans doute avais-je l’espoir de voir un film dans la lignée du All is lost, le beau film de J.C. Chandor, avec un Robert Redford qui n’y disait pas un mot. On comprend très vite que ce ne sera pas le cas, le piètre réalisateur Baltasar Kormakur préférant cumuler les flashbacks et insérer un petit suspense autour d’un McGuffin qu’on voit débouler à des kilomètres. Sur le bateau nous n’y restons jamais vraiment. Et quand on croit que le titre aura double effet et visera à raconter aussi la dérive du couple, on fera encore fausse route. Tout y est incroyablement décevant. Reste Shailene Woodley, et ça peut suffire pour attiser la curiosité.
Publié 13 mars 2018
dans Baltasar Kormákur
Les mal filtrés.
3.0 Autant que l’Islande est géographiquement tiraillée entre les Etats-Unis et l’Europe, Baltasar Kormakur lorgnait déjà du côté d’Hollywood quand il faisait encore du cinéma ancré dans ses terres, dans Survivre ou Jar city. C’était pas toujours inspiré mais il y a avait une patte « Reykjavik » pas inintéressante. Avant de s’aventurer plus tard vers le film catastrophe en montagne (Everest, avec Jake Gyllenhaal et Josh Brolin) il s’essayait au polar testostéroné. Avec Marc Walhberg et Denzel Washington. Le film la joue à fond sur le registre décomplexé autant qu’il s’amuse à détruire chacun de ses décors dans ses nombreuses scènes de gunfights. Saupoudré de buddy movie, rien de neuf dans cet énième Lethal Weapon 2.0 le film aligne les punchlines en s’appuyant sur son duo d’acteurs qui récite respectivement leur partition habituelle, l’un celle de The Departed, l’autre celle de Inside Man. Dommage que 2 guns ne s’enivre pas d’une réalisation plus inventive (à la manière d’un John Wick, par exemple) mais préfère son petit confort de comédie policière cool, déconstruite et inoffensive. Si encore il avait ce souci de soin notamment dans ses séquences pivot ou un semblant de vraisemblance. Là c’est marrant un quart d’heure, mais au-delà ne reste qu’un banal concours de bites.
Publié 1 février 2017
dans Baltasar Kormákur
Cadavres en sous-sol.
5.5 On est dans l’Islande profonde, esthétique bleu-grisâtre qui vire au vert dans les intérieurs, amas de filtres dégueu qui ne sont pas les meilleures idées d’un film post Dogme. Il y a pourtant un truc avec les paysages, une désolation permanente, on est loin du polar touristique. Ça pue la mort dans chaque plan. Il y a une étrange correspondance entre l’idée qu’on se fait de l’Islande des années 70 (L’enquête remonte à des faits vieux de quarante ans) et celle d’aujourd’hui, comme si le pays avait cessé de se développer et stagnait dans des bocaux de formol. Il y a cet enquêteur froid comme la pierre, qui mange de la tête de mouton et fume cigarette sur cigarette et affronte en plus de son enquête la toxicomanie de sa fille. On navigue à ses côtés de vieilles baraques miteuses en trous à rats, de cimetière sur la falaise en musée d’organes. Les vieux parquets grincent, les portes vitrées se brisent, les ampoules éclatent et les maisons sont bâties sur un marais qui s’enfonce et regorgent de sous-sol où des corps d’enfants sont retrouvés sans leur cerveau. La construction du film est on ne plus informe mais le geste et cette fascination pour la décrépitude me plait. Des choix discutables (Comme il y en aura aussi dans les autres films de Kormakur) viennent entacher l’ensemble, notamment cette récurrence musicale faite de chœurs d’église mais cette enquête qui se perd dans un dédale de consanguinité, neurofibromatose et meurtres à coups de cendrier se révèle passionnante. Bien que super méga glauque, tu l’auras compris.
Publié 9 décembre 2016
dans Baltasar Kormákur
L’eau froide.
3.5 Avant Everest, Baltasar Kormakur avait expérimenté une autre aventure extrême sur son sol islandais, un survival en pleine mer tiré d’un fait réel, dans lequel un bateau de pécheurs heurtait un rocher et chavirait, abandonnant son équipage dans l’eau glaciale. La première partie du film se déroule de nuit et on ne comprend absolument rien, on ne voit rien, c’est mal filmé, ça pourrait être une piscine en studio ce serait pareil. Ça m’a un peu rappelé Pioneer, le film norvégien d’Erik Skjoldbjærg qui ne parvenait pas non plus à faire exister ses situations et personnages. Mais Kormakur est plus mauvais encore que son homologue, il multiplie les montages parallèles bidons (Avec séquences minuscules) et flashbacks lourdingues (dans un format carré pour faire genre) et oublie le plus important : Le présent, la survie. Ce que promettait pourtant son titre. Quand il est seul, le héros raconte sa vie à une mouette et l’on voit ces petits instants de vie en flashes éparpillés. Ridicule.
Même s’il est aussi un peu raté, il y a aura des bonnes idées dans Everest, notamment durant sa partie catastrophe, tendue et bien troussée. Là rien, l’ennui total. Et ça l’est d’autant plus que la partie catastrophe se situe au début, qu’elle est illisible et que ce qui suit sera sans intérêt. Ce qui suit, sur l’île est un poil mieux, plus posé mais bâclé, réglé en deux temps trois mouvements. Toute la dernière partie suit le retour à la normale du héros pas vraiment normal puisqu’il a survécu dans une eau froide dans laquelle il n’aurait pas pu survivre longtemps, ce qui en fait un important sujet pour la science. Reste que même ça, cinématographiquement c’est mal raconté, cruellement anecdotique. J’imagine l’auteur fasciné par cette histoire mais de là à en tirer un film aussi fade. Bref aucun intérêt. Durant le générique final on voit des images documentaires du vrai héros raconter un peu de sa mésaventure. C’était ce film-là qu’il fallait faire. Un générique pourtant accompagné par Staralfur, cette merveille de Sigur Ros, quoique devenu un standard partout, qui ici comme le reste fait pschitt.
Publié 20 janvier 2016
dans Baltasar Kormákur
Tempête.
5.0 Le film est divisé en deux parties, une heure chacune, ascension puis catastrophe, ciel dégagé puis tempête. La première partie est si mal branlée dans sa volonté de faire éclore chaque personnalité qu’elle contamine la suivante, où lâchés dans la montagne et la météo hostile, ils ne sont plus que des pantins interchangeables. Et forcément très peu d’émotion se dégage de cette déliquescence groupée progressive même s’il faut reconnaître que certaines séquences sont chouettes. Un film comme L’aventure du Poséidon réussissait lui tellement bien sa partie de présentation qu’il pouvait s’abandonner à la pure mise en espace de la catastrophe dans la seconde et s’avérait bouleversant. Reste la gestion assez inédite de la Star, globalement fondue dans la masse, que je trouve assez intéressante.