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Wanda – Barbara Loden – 1970

07. Wanda - Barbara Loden - 1970Vanishing landscape.

   9.0   Un choc. Unique réalisation de Barbara Loden, complètement à contre-courant aussi bien du Hollywood de Kazan (Son mari) que du nouvel Hollywood rutilant – Evidemment, comment ne pas y voir un film contre Bonnie & Clyde, soit contre Faye Dunaway qui avait précédemment hérité du rôle de L’arrangement (de Kazan) initialement promis à Loden ? Wanda c’est aussi cette histoire-là, celle d’une actrice promise et délaissée.

     C’est le Zabriskie point des vieux meurtris – Le film d’Antonioni sort d’ailleurs la même année. L’histoire d’une mère de famille à la dérive, sans désirs, sans ambitions, qui trouve un réconfort désespéré auprès d’un vieux voleur de pacotille. Point de révolution sexuelle ou anti-consumériste, ne reste qu’une fuite sans but ni point de chute. Pourtant, le lien s’opère rapidement entre Wanda et son spectateur. On ne veut plus la lâcher.

     Dans l’une des toutes premières scènes du film, on découvre rapidement cette région minière de Pennsylvanie avant d’entrer dans un foyer. Des enfants sont dans les bras d’une femme, ça devrait être leur mère. Mais l’on comprend vite que non. Leur mère est en fait avachie sur un sofa, se réveille puis s’en va marcher dans cet étrange paysage charbonneux, sans dire un mot. Plus tard au tribunal, où il est question de la garde des enfants, elle débarque avec ses bigoudis et ne donne aucune objection à ce que ses gosses soient confiés à leur père.

     Loden est de chaque plan et ressemble à une Gena Rowlands mouliné dans le film le plus sale de Ken Loach. L’image est incroyablement granuleuse, les plans délavés. Il n’y a pas de musique, pas de « plan beau » et le montage sonore est complètement approximatif. Quelque part il représente la frange d’un nouvel Hollywood en marge du Nouvel Hollywood. Entre cette longue traversée de la ville en voiture et cette Amérique meurtrie, ce sont News from home, de Chantal Akerman ou Fat City, de John Huston auxquelles on songe en priorité.

     Le destin de Wanda, le film autant que le personnage, est irrémédiablement associé à celui de Barbara Loden. Le film est mal distribué, ne passe que dans les festivals (Où certains l’acclameront, comme Marguerite Duras) et l’année où il doit sortir en France, dix après sa première diffusion à Deauville, Loden meurt d’un cancer qu’elle combat depuis Wanda. 

     C’est donc un autoportrait en décalage mais c’est surtout un beau portrait de femme, déstabilisant tant il va à l’encontre des modes féministes, donc plus singulier, réaliste, universel. Le récit est plein de trous béants, de longs silences, de scènes incroyables, à l’image de celle du petit avion ou plus tôt cette apparition étrange d’une silhouette comme enveloppée par des montagnes de charbon. Ou bien la séquence des catacombes qui ne fait que renforcer la dérive vers la mort. Voire la toute dernière, lumineuse et terrassante.


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