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Elvis – Baz Luhrmann – 2022

28. Elvis - Baz Luhrmann - 2022Unchained melody.

   5.5   On est bien chez Baz Luhrmann, aucun doute. De la démesure, de l’exubérance, dans la droite lignée de Gatsby, de Moulin rouge. Un montage frénétique, une musique omniprésente. C’est un cinéma de vignettes fait d’images superposées, stroboscopées. Et ça dure 2h30 sur ce tempo-là.

     « Si je ne bouge pas, je ne chante pas » (sic) disait le King. Le film se cale sur son crédo et ça tombe bien puisque c’est aussi celui de son réalisateur : La vulgarité de Luhrmann colle à l’extravagance de Presley, entre ses costumes bleus paillettes et ses Cadillac roses.

     C’est L’histoire tragique d’un amoureux de la musique noire, d’un amoureux de la scène, mais aussi d’un type manipulé par son impresario, emprisonné par le système, qui n’aura jamais quitté les États unis si ce n’est pour effectuer son service militaire.

     C’est aussi une plongée dans l’Amérique ségrégationniste et dans les bouleversements paranos et tragiques de la fin des années 60. Presley devient l’icône de cette époque, le rebelle et le prisonnier.

     Le film brasse beaucoup mais toujours dans l’esquisse. Il vit que lorsqu’il en met plein les yeux, tout comme son chanteur. Toutes les scènes hors de la musique sont dévitalisées, fausses, mortes.

     Quid de savoir si de raconter Elvis par le prisme de son escroc d’agent de Colonel Parker était une bonne idée ? De mon côté ça m’a gonflé, en partie car Tom Hanks, qui a piqué le look de Gary Oldman en Churchill dans Les heures sombres, est catastrophique, il en fait quinze tonnes. Et le dispositif, qui consiste à revenir périodiquement sur lui, en voix off, au présent (quand le King est mort) est usant.

     Musicalement c’est à la fois riche et décevant : On aura bien entendu la plupart de ses morceaux les plus iconiques mais jamais dans leur entièreté, soit pour introduire une autre période, soit entrecoupé d’autres choses. C’est assez épuisant.

     Mais il y a des fulgurances comme cette première fois où Presley interpréte Hound dog sur scène et fait littéralement jouir son public de ses déhanchés. On ressent la folie sexuelle qui s’empare de l’audience. Ou le moment où il prépare son orchestre du Continental Hôtel et glisse d’un instrument, d’un groupe à l’autre.

     Que dire d’Austin Butler sinon qu’il est exceptionnel ? Évidemment beaucoup dans le mimétisme mais il l’incarne à merveille jusque dans la partie mélancolique quand la rock star devient un être torturé, épuisé, au point que lorsque retentit Unchained Melody, et que Elvis joué par Butler devient le vrai Elvis, cette fameuse archive du concert du Market Square Arena d’Indianapolis, on ne voit pas de différence, le glissement est parfait.

     Je me dis que Luhrmann c’est mieux en salle in fine. Car sa mise en scène exténuante fonctionne a l’hypnose sur la durée. Si je l’avais vu chez moi je n’aurais pas été au bout en une fois, j’aurais pu reposer mes yeux – J’avais vu Gatsby en deux fois, par exemple. Au cinéma je n’ai pas le choix. Et j’ai vécu un peu ce que Presley a vécu avec son salopard d’impresario, Je me suis senti prisonnier. En aimant ça, car j’aime la salle comme il aimait la scène. Très bizarre.

     Ce n’est pas vraiment un cinéma pour moi, dans le fond, je préférerais toujours voir un film comme As bestas ou un film comme La nuit du 12, pour citer deux sorties récentes marquantes, mais je reconnais que ça m’a par instants impressionné. Le meilleur Luhrmann à mes yeux, donc.

Gatsby, le magnifique (The great Gatsby) – Baz Luhrmann – 2013

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A little dirty party never killed nobody.  

   3.5   Se lancer dans un film de Luhrmann, c’est déjà faire un affront à ses propres yeux, mettre au défi ses oreilles, tant l’hystérie virtuelle autant que sonore semble un passage inévitable dans son cinéma. A mesure, j’y suis préparé, ce qui ne rend pas le film moins désagréable pour autant. La première demi-heure est affreuse, probablement ce qu’il a fait de pire (après Australia, le challenge semblait pourtant insurmontable). Du vomi sur un écran. Et puis Di Caprio entre en scène. Au bout d’une demi-heure. C’est con à dire mais de le voir là dans cette soupe si indigeste, aussi présent et torturé que jamais, redonne de la chair à l’ensemble. Le mec rehausse un film de Luhrmann à lui tout seul, c’est dire le talent de ce type. Di Caprio c’est un cas vraiment particulier pour moi. Tout cela remonte à Titanic, évidemment. Ce visage reste forcément lié à un morceau de cinéma difficilement oubliable. C’est un peu comme si l’on se voyait vieillir à travers lui, à travers vingt ans de cinéma, et c’est propre à lui plus qu’à un autre sans doute déjà parce que c’est un acteur épatant mais aussi parce qu’il tourne souvent chez les mêmes. Luhrmann aura saisi au moins cette petite émotion là, tout le reste peut être infâme pas grave on aura eu notre instant de détachement. Ça reste nul par la suite mais moins insupportable. Et les trente dernières minutes sont, si on a réussi à tenir jusque-là, plutôt pas mal fichues dans leur élan mélodramatique. Il faut tout de même en passer par le plus grand des calvaires, entre un décor kitchissime volontiers factice, un défilé excessif de couleurs vives, se coltiner des plans quasi stroboscopiques, des travelling avant/arrière en veux-tu en voilà pour accentuer la grandeur tout ça. Ça va plus loin que la simple indigestion. Mais comme c’était le cas avec Roméo et Juliette il y a 20 ans, il faut croire que l’on est capable de s’habituer à tout même au pire du pire, à la patte Luhrmann car une certaine magie finit donc par éclore dans ce trop-plein d’horreur pour te saisir, un temps seulement bien entendu (le film est vite oublié), ce qui tient véritablement de l’exploit.


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