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Cargo – Ben Howling & Yolanda Ramke – 2018

11. Cargo - Ben Howling & Yolanda Ramke - 2018Les derniers, les premiers.

   6.0   D’après ce que j’ai lu ci et là, Cargo serait l’adaptation du court-métrage éponyme déjà réalisé par ce duo de réalisateurs australiens. Je n’ai pas vu ce court, j’aimerais bien savoir ce qu’il y avait dedans, ce qu’il parvenait à mettre en place, où le récit s’arrêtait, mais en l’état, ce long métrage fonctionne très bien sur la durée, malgré ce lourd bagage qui aurait pu s’avérer fatal. C’est une construction très classique, qui ménage ses rebondissements, ses instants de tension, joue des retombées pour apprécier pleinement les climax. C’est de la belle ouvrage, disons.

Cargo nous plonge dans un monde post-apocalyptique. Une pandémie a eu lieu, les morts se réveillent, déambulent (et parfois ils hibernent, superbe idée) et se nourrissent des humains. Classique du film de Zombie. Ce qui l’est moins, c’est qu’il faut quelques instants avant d’avoir connaissance de cette situation. Aucun panneau introductif pour nous mettre sur la voie. Et aucune autre donnée, durant les dix premières minutes, que ce montage alterné, qui voit d’un côté un couple avec un bambin dériver dans un radeau aménagé sur un fleuve, de l’autre une jeune fille donner à manger à une bête dans un crevasse.

On est dans le bush australien, mais pas vraiment celui qu’on connait, tout semble encore plus sauvage et désespéré ici. La famille croisée sur les rives du cours d’eau fait vite comprendre qu’elle ne sera pas de bonne compagnie. Pourtant c’est précisément là que se situe le récit : Nos personnages n’ont plus grand-chose à manger. Il faut trouver des vivres et vite. Mais apparemment il ne vaut mieux pas accoster, ne pas s’enfoncer dans les villages. Pourquoi ? Nous le serons bientôt. C’est un voilier abandonné qui va accélérer le récit.

Le film est réduit à l’essentiel : Un père et son bébé, une adolescente et quelques rencontres. Des lieux aisément identifiables : Un radeau, une ferme, un tunnel, une caravane. Et l’immensité de l’Outback. Et quelques repères très visuels, comme cette cage, ces peintures blanches, cette bave jaunâtre, ce pic à suicide, et surtout cette montre blanche que les personnes mordus mettent à leur poignée avec un compte à rebours de 48h. C’est là-dessus que s’amorce l’aspect survival de ce film plutôt très désespéré : La mère, infectée, va vite mourir. Le père, lui, va bêtement se faire mordre par sa femme zombifiée. Il ne lui reste donc plus qu’un objectif : Trouver quelqu’un pour s’occuper de son bébé avant qu’il ne se transforme et le mange. Pas facile d’y voir des jours meilleurs, pourtant il y en aura.

Le film n’est pas exempt de défauts, loin s’en faut. Il y a cette musique quasi omniprésente et sans intérêt – Un film comme La colline a des yeux, d’Alexandre Aja, fonctionnait beaucoup sur son atmosphère musicale hyper anxiogène, par exemple. Là c’est raté, clairement. L’aspect sonore c’est le strict minimum, globalement, la musique ronflante sert de cache-misère. Ajoutons des problèmes de gestion du rythme, tant le film mérite de s’étirer là où il est bref et vice-versa, c’est dommage. Mais aussi une construction un peu trop circulaire qui fait qu’on recroise certains personnages, ce qui brise un peu la cohérence narrative, qu’on peut notamment trouver dans La route, le magnifique bouquin de Cormac McCarty.

Mais il a aussi de belles idées, de beaux choix : Martin Freeman, impeccable ; l’aridité du bush, très fort, qui rappelle l’atmosphère du superbe Hell, de Tim Fehlbaum ; Peu de confrontations avec les morts-vivants ; Et aucune explication sur le pourquoi de cette pandémie. De beaux moments de tension tout de même, notamment parce qu’un bébé, parfois ça pleure, ça babille et pas forcément quand il faut. Mais surtout une volonté d’inscrire le récit dans le choc des civilisations : L’espoir vient clairement de la culture aborigène, dont on imagine qu’ils sont les seuls à pouvoir renaître des cendres et s’acclimater à ce nouveau monde dans lequel l’homme occidental, plus du tout en phase avec la nature, n’a plus sa place. Mais c’est pourtant de la cohabitation que dépend leur survie. La fin est très belle.


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