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Calmos – Bertrand Blier – 1976

16142266_10154351206552106_3521378670833129130_nTraitement de choc.

   6.2   Blier est parti loin, très loin et c’est justement ce qui fait le charme de son film, prêt à s’embourber à tout moment, mais se redéployant ailleurs constamment. Marielle et Rochefort forment un beau duo, pas aussi alchimique que Depardieu/Dewaere dans les films qui entourent Calmos (Les Valseuses & Préparez vos mouchoirs) mais suffisamment accompagné par de savantes répliques, dont Blier a le secret, ainsi que le zeste de surréalisme inhérent à son cinéma – On pense évidemment à Buffet froid, autre geste jusqu’au-boutiste, probablement plus réussi d’ailleurs, tant il faut être solide pour accepter ce dans quoi dérive Calmos.

     Après, faut pas trop faire attention à ce que le film raconte tant on est dans la misogynie pure (Deux hommes, exténués par leurs femmes, abandonnent tout pour aller s’installer dans un coin de campagne et se refaire une santé) souvent effleurée chez lui et pleinement assumée ici. Mais il y a une folie qui dépasse cette rigueur. Et tant mieux si le film dérape complètement. Car ça finit façon L’homme qui rétrécit, dans un vagin, quoi.

     Et puis bon, s’il n’est pas aussi génial que dans Les galettes, il y a Marielle. Et Marielle, c’est Marielle. Et dans un autre registre, s’il n’est pas aussi touchant que dans Un éléphant, il y a Rochefort. Et Rochefort c’est Rochefort. Ils offrent forcément un florilège de répliques cinglantes du genre : « Et bien débarbouille-toi, la Tuborg c’est fait pour ça. Y a rien de tel pour se remettre la bouche à neuf » ou bien « L’admirable cholestérol qu’on va se payer ! » ou encore « Le célibat, ne crois surtout pas ce que ce soit dans la poche ! » ou « Mais tu crois tout de même pas que je vais bander pour tes médailles » ou « De quel droit vous lui demandez un renseignement ? Dans la rue on peut plus avoir la paix maintenant, vous venez nous les briser jusque sur les trottoirs » et « Maintenant, quand j’mets un doigt c’est pour vider un poulet ». Bon, sorties de leur contexte, c’est moins évident.

     A part ça on y voit Lavanant, Mairesse et Fossey à poil. C’est agréable. Et puis on ne se lassera jamais de cette ouverture où Marielle gynéco, se prépare du pain et du pâté, se sert un petit vin blanc, devant les jambes écartées (Et à choisir, on voit tout, Claudine Beccarie, actrice porno aidant) d’une patiente. Démarrer sur une chatte pour finir dans une autre. Un film au poil.

Préparez vos mouchoirs ! – Bertrand Blier – 1978

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Le silence et la musique.   

   8.0   Pour lui redonner le sourire, un homme fait don de sa femme à un inconnu. S’ensuit une amitié improbable, des rencontres surréalistes avec un voisin paumé et un garçon de treize ans surdoué, bouc émissaire d’une colo, vouant un culte à la grande musique. Comme à son habitude Blier passe pour un misogyne mais la réflexion ici est beaucoup plus aboutie qu’à l’accoutumé. Tout pour la Musique. Dewaere et Depardieu jouent deux personnages incapables d’ouvrir les yeux, qu’il en concerne les envies de la femme du second, la jolie Carole Laure, ou l’oreille musicale, ne connaissant et reconnaissant qu’en tout et pour tout un seul musicien : Mozart. Deux adultes qui n’ont pas grandi et qui paradoxalement vont être confrontés à un jeune garçon qui lui a grandi trop vite, lui étant capable de reconnaître la grandeur du virtuose Autrichien, sans toutefois négliger Haëndel, Schubert ou Beethoven. Lui seul, c’est évident, pourra redonner le sourire à la jeune femme. La mise en scène est sublimée par le génie de Blier qui ne va pas sans celui de ses acteurs, tous épatant. L’ambiance grossière, outrancière mais non moins géniales des Valseuses s’est atténuée pour laisser place à une oeuvre plus légère, non dénuée d’étrangeté, qui comme la bande-son se déguste sans fin. Moins dans la réplique qui tape (tout de même on est servi) mais plus dans l’esthétique mélodieuse. Le chef d’oeuvre de son auteur, à n’en pas douter.

Brèves entre potes sur les réseaux sociaux (Décembre 2013) :

Moi : Découvert il y a une dizaine d’années, c’était devenu mon Blier préféré d’un coup, comme ça. Jamais revu depuis. Quel plaisir et ce même si je n’aime pas trop la dernière partie du film. Plus ça va moins j’aime le cinéma de Blier d’ailleurs, enfin disons que ça m’est passé. Mais j’adore celui-ci, son tempo bizarre mais son absurde moins trash que d’habitude, et des dialogues génialissimes car pareil plus fou mais moins absurde pour faire genre. Je trouve le film plus homogène que les autres Blier, ça glisse tout seul.

Tom : « On lui aurait r’filé la môme ! »

Moi : « Non mais je sais pas si tu t’imagines le grotesque de la situation : deux imbéciles dans un plumard incapables de tirer un coup, avec le mari qui poireaute au bistrot du coin en attendant que ce soit fini non mais où on va là ? »

Nico : J’adore ! Du grand Blier ! Une tirade de Depardieu me revient : « Dis-donc, le mec à la clarinette c’est pas un manchot ! » Je suis fan.

Tom : « Gervaise de Brumaire ! Cherche pas, c’est l’meilleur ! ».

Moi : « Oui mais moi j’en ai rien à branler de la musique, moi c’est le silence que j’aime! »

Tom : « Toi tu vas taire ta gueule et ouvrir tes oreilles ! »

Moi : « Hein, p’ti père Mozart… Hein, pas dégueulasse! »

Tom : « Il est très bien cet arbre, il tient debout »

Moi : « On a dessiné des arbres de débiles c’est ça ? »

Tom : J’adore les arbres de débiles, c’est dans mon top 100 répliques ultimes.

Moi : Cette scène est à tomber, oui.

Moi : « Y a quand même une question que j’me pose… Est-ce que par hasard, elle serait pas un peu con ? »

Moi : Et alors il aurait deux pères, c’est pas un luxe par les temps qui courent ! »

Tom : Enorme !

Moi : Je l’avais oublié celle-là elle est au début, elle est géniale.

Moi : J’avais oublié leurs pulls en laine aussi. D’abord Gérard. Puis Patrick. Et donc les deux. Et le morceau de Schubert à la fin (« J’sais pas mais c’est pas Mozart »).

Tom : Tu donnes envie de le revoir, chacal !

Moi : Et la réplique du médecin aussi : « Vous savez, les nerfs d’une femme c’est un peu comme la météo, on n’y comprend pas grand-chose ».

Moi : Et Gérard au début : « Bon toi ça va hein t’as ton train à prendre pour Béthune t’as intérêt de te dépêcher tu vas le louper ».

Tom : « Et alors, c’est pas un crime de vendre des légumes ! Qu’est-ce que vous avez contre les légumes ? – On aime bien la viande »

Tibo : « Mozart…il aimait tout, il était pas chiant… »

Tibo : « Tiens Wolfgang! Cadeau d’admirateurs! Il en aurait fait une sonate… »

Moi : Magnifique.

Le bruit des glaçons – Bertrand Blier – 2010

Le bruit des glaçons - Bertrand Blier - 2010 dans Bertrand Blier

La mort.    

   2.8   Quand certains s’accordent pour dire que le Blier des années 70/80 n’est plus des nôtres, que depuis il y a eu Les côtelettes et surtout Combien tu m’aimes, d’autres voient en ce nouveau film une sorte de résurrection selon laquelle, enfin, le cinéaste reparlerait de la mort, s’y confrontant plus naïvement, avec beaucoup plus d’humour, comme à son meilleur, dans Buffet froid par exemple. C’est très vite oublié ce qu’était le cinéma de Blier auparavant, car même si ça n’a jamais été un cinéaste de l’espace, il réussissait par les dialogues et surtout des acteurs emblématiques à créer un monde, qu’il soit absurde, tendre ou misogyne. C’était écrit, toujours trop écrit, mais comme c’était fou et osé, la mayonnaise Blier prenait. Pas toujours en ce qui me concerne, je n’aime pas Tenue de soirée par exemple, qui semble être à mon sens une sorte de caricature de son cinéma et je n’ai jamais réussi à le percevoir autrement ce film là. Je préfère nettement ses films plus sensibles et poétiques (Préparez vos mouchoirs et Beau-père) voire ceux plus sages mais touchants comme La femme de mon pote. Le bruit des glaçons tend à se rapprocher de ses films dits plus sensibles, avec beaucoup moins de prétention (L’horrible Combien tu m’aimes donc ou le moyen Notre histoire, ce dernier tout de même doté d’instants lumineux) mais il se noie dans son côté daté, dépassé. Il y a bien ci et là quelques passages, quelques répliques principalement qui font sourire, encore heureux on était venu pour ça, mais Blier semble une fois de plus dépassé par l’artificialité de ses personnages, son gros pitch absurde qu’il peine à développer et ses propres références. Il y a une illustration simple à cela c’est la durée que tient son pitch (à savoir la visite d’un homme par son cancer, sous apparence humaine) qui ne tient pour ainsi dire pas plus d’un quart d’heure. Ensuite, Blier, probablement en panne d’imagination, fait venir à son tour le cancer de la servante. On se retrouve donc avec deux cancers dans une maison, donc avec quatre personnes (il y a une scène de cul qui est ouvertement reliée aux Valseuses d’ailleurs). Blier semble incapable de faire un film avec deux personnages. Et quand il aura à nouveau fait le tour, il fera revenir le fils de cet homme, qui couchera avec la servante (Si ça rappelle pas Préparez vos mouchoirs ça !). Blier fait du Blier, c’est rance, il s’auto cite sauf que ce n’est plus vraiment drôle, ce n’est même plus attachant. Rarement un film de Blier n’aura paru si théâtral dans l’utilisation de l’espace : lieu unique, personnages qui entrent et sortent de la scène, répliques sur-écrites. Et dans le même temps il y a des instants savoureux, ils se font rares mais existent bel et bien. Lorsque Dupontel (qui interprète le cancer de Dujardin) s’inquiète pour les solutions de soins comme la chimio ou bien lorsque Dujardin évoque son passé avec sa femme, ou lorsqu’il avoue la compensation de son manque d’imagination par une consommation abusive d’alcool. Il y a quelque chose de touchant à voir le cinéaste lui-même projeté dans la peau de son personnage. Malheureusement c’est anéanti par cette (non) mise en scène en roue libre, avec de grossiers flash-back, des regards caméras particulièrement immondes, et un Dujardin très moyen, parce que chez Blier sans doute, tentant de faire du Depardieu, se perdant ainsi sur tous les niveaux. Et parfois, cette naïveté que j’aime de temps à autres chez Blier, se couvre de ridicule, mais ça ne m’agace pas, ça me fait plus de peine qu’autre chose, comme si j’assistais à la déchéance d’un cinéaste que j’aimais bien.


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