Archives pour la catégorie Bobby & Peter Farelly

Green book – Peter Farrelly – 2019

38. Green book - Peter Farrelly - 2019« Inspired by a true friendship »

   8.5   C’est un grand film. Une sorte de classique instantané, à mes yeux. Un peu comme pouvait l’être un autre film oscarisé récemment, le superbe Spotlight, de Tom McCarthy ou le Promised land, de Gus Van Sant. S’il est difficile de les relier (Bobby & Peter / Gus) par leurs univers, ils sont de la même génération et auront offerts leurs meilleurs films en même temps, il y a de cela quinze ans : Deux en un / Terrain d’entente pour les uns, Elephant / Gerry pour l’autre. Ça aura pris plus longtemps à Peter pour faire son grand classique, il aura donc fallu qu’il se détache de son frère, mais le voici. Quelle merveille.

     On peut lire une accroche rare sur l’affiche car il est souvent question de « true story ». Ici c’est la « true friendship » qui est mise en avant. C’est magnifique. Et le film est en effet une belle histoire d’amitié en plus d’être un film sur le racisme. Pour moi il n’est pas si différent de Terrain d’entente et Deux en un. Un film sur l’amitié nécessite un beau duo. On se souvient de Jim Carrey & Jeff Daniels incarnant Lloyd & Harry dans Dumb & Dumber. On se souviendra, certes autrement, mais clairement de Mahershala Ali & Viggo Mortensen incarnant ici Don Shirley & Tony Lip. Forcément. Tant ils sont tous deux absolument magnifiques.

     C’est la première fois que j’allais voir un film oscarisé la veille. Autant dire que ce fut un coup de pouce salvateur puisque ma salle était pleine à craquer : Le film n’allait pourtant pas tarder à boucler sa cinquième de sortie en France. Quelques jours plus tôt j’avais vu Ulysse & Mona, dans la même salle, à la même heure, nous étions quatre. Enfin tout ça pour dire que malgré les lauriers j’étais très (agréablement) surpris par cette évidente réussite. Car si l’on excepte Mary à tout prix, en France les Farrelly n’ont jamais « casser » le box-office. A l’heure où j’écris, le film est d’ores et déjà leur deuxième plus gros succès. Et puis si on m’avait dit qu’un jour les Farrelly auraient un Oscar… C’est d’autant plus beau que Green book, bien qu’il coche les cases du film convoité par les Oscar, n’en reste pas moins un Farrelly. Il faut croire qu’il était temps pour Peter d’agir sans son frère.  

     Le récit nous plonge en 1962 dans une Amérique bien ségrégationniste. Le green book du titre c’est ce guide de voyage intitulé « The Negro Motorist Greenbook » qui recense les espaces (Restaurants, boutiques, hôtels, transports) dans lesquels les noirs pouvaient être accueillis à cette époque dans les Etats du sud. Tony Lip, un italo-américain virilo-beauf, videur de boite de nuit, recordman d’engloutissement de hamburgers et bon chauffeur à ses heures, se voit proposer la mission de conduire un musicien, deux mois durant à travers les Etats-Unis, en l’échange d’une somme suffisamment considérable pour que Lip et sa femme, dans le besoin, considèrent le deal. D’abord réticent à l’idée de conduire un pianiste noir, Lip finalement accepte.

     Les relations entre les deux hommes sont d’abord houleuses ou silencieuses. Au raffinement solitaire de Shirley s’oppose la grossière rudesse de Lip. Un monde (de préjugés) les sépare. Mais à mesure, ils s’écoutent, se rapprochent, se viennent en aide. C’est d’abord de simples détails, forcément traités sous l’angle de l’humour, ici une scène désopilante de poulet frit dans la voiture, plus tard la rédaction d’une lettre sur une aire de repos. Puis on comprend qu’à force de s’engouffrer dans l’Amérique profonde, le racisme sera lui de plus en plus imposant, culminant dans cette maison où l’on refuse à Shirley qu’il utilise les toilettes ni mange dans la salle de réception (où il va tenir son concert) avec ses compagnons de voyage, Lip bien entendu, mais aussi son violoncelliste et son contrebassiste. C’est toute l’absurdité de ce monde: Shirley est talentueux, la bourgeoisie se l’arrache, mais il n’est pas protégé pour autant.

     En apparence, Green book est un beau complément au Loving, de Jeff Nichols. En apparence seulement. Il y a moins de mélo et de retenue chez Farrelly. Mais ils ont en commun de beaucoup bouger. Dans Loving on s’installe, on part, on revient, on change d’Etat en permanence. Dans Green book on trace une route circulaire dans le Sud-américain, de l’Ohio à la Louisiane, en passant par l’Indiana, le Kentucky, l’Arkansas. C’est un road trip, un buddy-movie et une feel good drama, en gros. Et les trois films sont réussis. Et c’est évidemment son inversion des rôles sociaux qui lui donne une vraie raison d’exister.

     Et puis il y a Linda Cardellini, sublime. Pour moi elle sera toujours Lindsay de Freaks & Geeks, mais Peter Farrelly lui a écrit un personnage magnifique, bienveillant, d’autant plus beau que la toute dernière scène est pour elle : Une fin rêvée, une complicité sortie de nulle part, une lucidité providentielle. La fin m’a fait chialer. C’était carrément Sirk et Capra. Grand film. L’un des meilleurs Farrelly. Le genre de films dont je dirai dans dix ans que je le revoie chaque année.

Terrain d’entente (Fever pitch) – Bobby & Peter Farrelly – 2005

FEVER PITCHYou move me.

     8.5   Terrain d’entente est le film des frères Farelly qui me touche tout particulièrement. C’est d’abord une rencontre, entre une fille et un garçon que tout oppose. Lindsey travaille dans la publicité, elle est dynamique, ambitieuse, semble ne laisser que des miettes pour sa vie personnelle. Ben est enseignant et ne vit/vibre que pour les Red Sox, son équipe de Base-ball préférée depuis que son oncle l’a emmené voir gamin un de leurs matchs. Ils vont malgré tout tomber amoureux l’un de l’autre, et ça les Farrelly le racontent bien. On croit en cette histoire et on pense même assez vite qu’elle peut traverser tous les obstacles, puisque tous deux sont conciliants dans la vie et plutôt aventureux. Si tout d’abord, Lindsey ne va pas refuser une invitation alors que Ben ne l’attirait apparemment pas, il se montrera très humble lorsqu’elle sera en pleine crise vomitive.

     Petit à petit ils vont devenir un couple. Sans secrets ou presque. Quand ses copines commencent à douter de l’incroyable perfection de son homme allant jusqu’à l’imaginer planquer des cheveux et des ongles dans un placard, Lindsey se pose plein de questions. Et finira par découvrir le hic. Car oui, il y a un hic. Le genre de défaut habituellement pas très emmerdant conjugalement parlant, mais qui peut le devenir assez vite lorsqu’on s’y adonne comme Ben s’y adonne. Elle découvre alors un grand passionné, ça elle le savait déjà (les posters sur les murs, les maillots, ou de nombreux objets improvisés supporters des Red Sox, comme ce téléphone/gant) mais une passion qui prend de la place. A première vue pas très grave, il file voir les matchs, ça dure six mois dans l’année, ok l’épreuve est surmontable, d’autant que son boulot à elle devrait lui prendre un temps encore plus considérable. Rien de rédhibitoire, encore. C’est aussi ce qui fonctionne très bien dans Terrain d’entente : Il n’y a pas de violent rejet ni n’improbable compromis, c’est une histoire de couple plutôt insolite (l’attirance des contraires) mais que les Farrelly choisisse de traiter sous un angle aussi réaliste et poétique qu’Apatow dans sa série Love. C’est tellement bien écrit, gracieux, distingué.

     Lors du tirage au sort des accompagnants (Chaque année Ben fait ça avec ses amis, pour chacun des matchs, puisqu’il a hérité de deux emplacements) Lindsey va, par amour, jusqu’à faire la concession de l’accompagner voir un match. Puis un deuxième. Puis bientôt trois dans la même semaine. Elle craque. Elle abandonne l’idée, désormais, ils sortiront chacun de leur côté lorsqu’il y aura match. Toujours pas trop d’inquiétudes. Puis cette passion deviendra vite un obstacle. A leur réussite conjugale d’une part, puisqu’il refusera notamment de l’accompagner visiter Paris pour ne pas rater un match important de son équipe. Puis à leurs discussions quotidiennes (pourtant si importantes) où cette drôle de romance cède le pas aux multiples engueulades.

     Il y a deux personnages dans Terrain d’entente. Ou presque, les autres ne sont pas très intéressants ou de façon éphémères au détour d’une vanne ou d’une situation rigolote (Comme il en sera le cas aussi dans le très beau En cloque, mode d’emploi, de Judd Apatow), ils ne sont pas suffisamment travaillés pour que l’on s’y intéresse, ils gravitent autour de Ben & Lindsey, les nourrissent, leur permettent de briller. Drew Barrymore et Jimmy Fallon sont tous deux incroyables. Ce couple, assez casse-gueule sur le papier pourtant, fonctionne à merveille dès l’instant qu’il lui enfile sa chemise de nuit alors qu’elle est malade – il promet de ne pas regarder puis avoue qu’il n’a pu résister, elle lui sourit – que jusqu’à cette fin aussi amusante que lumineuse sur le terrain de base-ball.

     Leur terrain d’entente n’était sûrement pas le terrain de Base-ball à la base, pourtant c’est bien lui qui leur a révélé. Cette fin magnifique qui intervient comme un double effort important à la survie du couple est une immense porte ouverte à l’entente éternelle. On ne voit pas plus beau gage de compromis sincère effectué par l’un (tout quitter pour elle) comme par l’autre (l’empêcher de le faire) comme si maintenant, après le film – alors que dans les faits c’est elle qui a perdu (puisque lui continuera à voir ses matchs) – il ne pouvait plus y avoir de telles mésententes, comme si une équité allait être pour toujours respectée, Sox ou pas Sox.

     Le film est par ailleurs très documenté : On y intègre ici et là des images d’archives ou des images tirées de vrais matchs, voire à réutiliser des moments phares comme ici lorsque Stephen King fait l’ouverture de la saison, ou bien évidemment des images de liesse de leur victoire lors du générique final. On apprend aussi, en même temps que Lindsey l’apprend, que les Sox sont frappés d’une malédiction – dite de Bambino, du surnom de Babe Ruth, le joueur qui les fit gagner trois championnats avant de signer pour les Yankees en 1919 – qui plane sur l’équipe qui n’a plus gagné de championnat depuis 87 ans. Certains fans vont même jusqu’à associer ce cruel destin à celui du Titanic qui aurait coulé le lendemain de l’inauguration du Fenway Park, le stade des Red Sox. Comme un signe.

     Les Farrelly ont donc cette idée lumineuse d’associer cette histoire d’amour à celle des Red Sox. L’équipe finit par briser la malédiction et devient la métaphore de ce couple, que seul un miracle pouvait faire émerger, faire durer pour finir par le rafistoler. Si les Sox n’avait pas gagné de titre depuis un siècle, on se demande bien combien de chances l’histoire de Ben & Lindsey avait de survivre. C’est la victoire sportive inespérée d’un côté et la victoire de l’amour de l’autre, de la compréhension de l’autre, l’acceptation de sa différence, dans ce qui ressemble, à mes yeux, à ce qu’on peut créé de plus touchant et élégant en matière de comédie romantique.


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