Archives pour la catégorie Bruno Podalydès

Liberté Oléron – Bruno Podalydès – 2001

25La question du père.

   8.1   C’est les grandes vacances estivales et l’on devine coutumières pour les Monot, quelques semaines en Vendée, l’occasion de passer du bon temps à six, notamment sur la plage à expérimenter jeux en tout genre et se prendre le chou avec les nombreux machins gonflables récalcitrants. Il y a déjà dans cette introduction une douce légèreté perturbée par un sentiment d’effroi latent. Jacques ne cesse de répéter off qu’il se fait chier. Son grand rêve, loin des châteaux de sables, est de hisser la voile, larguer les amarres et s’embarquer dans un petit road trip familial sur l’ile d’Aix, en face.

     Mais pour ça il lui faut un bon bateau. Il n’y a plus que ça qui compte. Exit les souhaits de sa femme concernant son patio à géraniums ou ceux de ses gosses quémandant de l’argent de poche. On va même jusqu’à restreindre les ingrédients dans la première crêperie venue. Tout pour le bateau, futur Zygomar, dériveur d’occasion, jusqu’aux coups de gueules parfois violents que chacun se doit de supporter sans broncher. Vraiment un pauvre type, quoi. Qui ira d’ailleurs jusqu’au bout de son (entreprise de démolition de son) rêve.

     La réussite et la beauté de Liberté Oléron tient beaucoup à son potentiel comique, principalement celui de Denis Podalydès, fascinant dans la peau de cet homme aussi attachant que détestable, qui n’en fait qu’à sa tête, qui vit son rêve et le fait partager sans trop se rendre compte que ce n’est pas le rêve de tous. En ce sens Jacques Monot rejoint le Jean Arthur Bonaventure du film de Jacques Rozier : même goût pour l’aventure immédiate, même naïveté, ce besoin d’autorité et l’abstraction totale d’un quelconque sentiment gênant. Jacques ira jusqu’au bout, si loin que le retour de l’île d’Aix, promis incertain pour cause de perte de dériveur lesté, va s’avérer un calvaire pour tous.

     Bruno Podalydès invente sans cesse, il dynamite le film de vacances, procède aux motifs récurrents (la glaviole, le sous-marin, la boussole…) ainsi qu’à des termes marins haut de gamme (lofer, winch, prendre un rit…) – où il faudrait un vrai lexique (offert dans la version dvd) pour tout saisir – pour mieux déjouer les codes, faire un film riche en répliques et d’une forte singularité. Fort de son humour, Liberté Oléron est par la même occasion très touchant. Par les relations qu’il met en évidence. Celle d’un homme en plein rêve de gosse et de sa femme aussi compréhensive que désabusée. Celle d’un ado timide et aveuglée par la beauté féminine et d’une ado un poil plus âgée bouc émissaire de ses potes et condamnée à passer les vacances auprès de ses vieux.

     Par ce qu’il dit sur la famille en général. L’amour et la saturation, l’éclatement, la colère, le partage, le rêve, les réconciliations. Et surtout un sentiment de flottement domine. Parce que c’est les vacances, parce qu’il y a un espoir de renouveau mais qu’il faut y mettre le prix, parce que la réplique fait rarement mouche, elle accompagne, elle est réfléchie, et parce que Bruno Podalydès filme ça sur Oléron et sur Aix, et que forcément on a l’impression d’y être, de recevoir ce doux vent d’atlantique dans la figure (on pense à un Du côté d’Orouët plus dialogué) où nos souvenirs intimes refont vite surface.

Comme un avion – Bruno Podalydès – 2015

30« Guidé par une étoile ».

   7.1   C’est sur une banale recherche de palindrome que Michel (Bruno Podalydès lui-même, pour la vraie première fois dans le grand rôle depuis ses courts de jeunesse) la cinquantaine bourgeoise et blasée, se retrouve fasciné par le kayak au point de se lancer le défi de rejoindre la mer en partant d’une rivière non loin de chez lui, à la Celle Saint-Cloud. En fait, Michel voudrait voler, aussi fasciné qu’il est par l’aéropostal. Le kayak c’est un premier compromis de voyageur bourgeois, passif et indéterminé. La référence palindromique raconte déjà le programme. Comme un avion est un road movie aquatique et donc inéluctablement un voyage vers les origines et l’insouciance de l’enfance. L’idée géniale et finalement pas si farfelue est de stopper ce déplacement après seulement 4km d’évasion où Michel se pose dans un bosquet abritant une petite guinguette « Vaste, accueillante » (disait Vénus de Bashung), dans laquelle il fait plusieurs rencontres et ne parvient jamais à en décoller malgré quelques essais volontaires mais avortés. Ce périple est alors peuplé d’apparitions fantaisistes et d’objets insensés, pas de doute on est bien dans l’univers de Poda. On se prend toujours les pieds dans la glaviole et l’on y croise encore la fusée Tintin, ici dans la camionnette de Mila (la toujours lumineuse Vimala Pons) qui pleure chaque jour de pluie « Elle est née des caprices » son mystérieux amoureux musicien. On découvre aussi les inédits, ainsi les plaisirs d’une fontaine à absinthe, le manuel des castors juniors, une tante 2s récalcitrante, une bouilloire carbonisée par un réchaud et la bête, ce fameux kayak Grand Raid, commandé sur Le bon coin. Chez les personnages, on se délecte entre autres d’un Pierre Arditi moins sympa que Pierre Arditi, d’un gardien de supermarché aussi fana de kayak ou d’un Michel Vuillermoz bien cabossé. Dommage que le rôle tenu par Kiberlain, la femme de Michel, ait si peu d’épaisseur, bien que l’on devine qu’elle fait aussi à sa manière sa crise de la presque cinquantaine en forme de Séances Yoga maquillées. Le plus beau rôle est haut la main celui tenu par Agnès Jaoui, en veuve qui redécouvre le désir – La scène des Post-it « Première à éclairer la nuit » est une merveille. Comme un avion aurait néanmoins mérité d’être élagué en nombre de séquences et étiré dans la durée sur d’autres, quitte à faire plus long, comme savaient si bien le faire Rozier ou Podalydès à l’époque de Dieu seul me voit. Le début est vraiment poussif qui plus est. On sent qu’il est dans une démarche plus pantouflarde, qu’il a trouvé son public (plus large) et qu’il ne veut pas le lâcher. Je dis ça en aimant beaucoup, évidemment. Je pense même que c’est peut-être son meilleure film depuis Liberté Oléron, avec lequel il partage énormément. Je crois aussi que je suis trop attaché à son univers et son cinéma pour m’en défaire aussi brutalement (Bancs publics et Adieu Berthe avaient cependant été de belles douches froides) en voyant clignoter les facilités. Et puis tout simplement, il y a vraiment trop d’éléments calibrés pour moi là-dedans pour que je ne m’y retrouve pas au moins un peu. Je suis donc ravi de revoir le Podalydès que j’aime. Ravi d’être surpris.

Dieu seul me voit (Versailles-Chantiers) (Version interminable) – Bruno Podalydès – 1998

26.-dieu-seul-me-voit-bruno-podalydes-1998-version-interminable-1024x676L’homme qui aimait les femmes.

   9.3   J’ai découvert tout le cinéma de Podalydès l’année durant laquelle est sorti le troisième volet de sa trilogie versaillaise, Bancs publics (Versailles Rive droite). Une douche froide telle qu’elle parvint à m’éloigner un temps du cinéma de Podalydès, cinéma que je connaissais intégralement (jusqu’à ses courts) à l’exception de Dieu seul me voit, que je me réservais, savourais, délectais d’avance. Celui que cinéphiles et afficionados les plus aiguisés s’accordent à considérer, en majorité, comme son chef d’œuvre. Je me suis lancé dans la découverte tardive de cette supposée madeleine, aussi fébrile que méfiant, seulement l’an dernier. Et j’avais été déçu. Relativement, bien entendu. Déçu car ça n’atteignait à mes yeux pas la magie de son premier pourtant court opus versaillais et donc encore moins le magnifique Liberté Oléron dont j’avais fait à l’époque un film de chevet instantané, un vrai (Vu trois fois dans un laps de temps très court, si mes souvenirs sont bons). Déception relative qui m’avait tout de même bien déchiré le cœur tant je l’avais attendu et espéré comme le messie.

     A ce moment, j’avais pourtant déjà, depuis quelques temps, la version dite interminable dans mes starting. Craignant l’overdose j’avais préféré me retrancher sur la version cinéma, dans un premier temps, certain qu’elle me ferait me jeter sur la longue dans la foulée. Il m’aura fallu près d’un an pour transformer l’essai, ça me rend triste je dois bien l’admettre. Mais c’était peut-être le bon choix tant j’ai trouvé aujourd’hui ces six heures absolument géniales à tout point de vue. THE Renversement de situation. En fait, je pense ne pas avoir été satisfait par les deux heures de pérégrinations d’Albert Jeanjean à l’époque. Une version qui me laissait la vague impression de saynètes réussies, davantage dans la veine bande dessinée. Une somme de cases. Pas un ensemble. Il m’en fallait davantage. Il fallait que je me perde lamentablement dans son dédale sentimental sans pouvoir m’en relever. La durée (J’ai quasi tout regardé d’une traite). On y revient souvent. L’aubaine, tant cette version longue fourmille de détails futiles, de ludisme échevelé, de vides dantesques, de situations burlesques qui ne demandent qu’à s’étendre. C’est Charlot couplé à Tati, auxquels on aurait ajouté la parole. Et puis cette version rend l’ensemble moins abrupt dans ses enchainements, les épisodes se fermant systématiquement au bon moment, avec l’envie de poursuivre immédiatement. Une sorte de série idéale.

     Pourtant, à y observer de plus près, on n’a pas tant l’impression que Podalydès a chargé la mule. Son récit couvre toujours les aventures d’Albert Jeanjean, petit ingénieur du son sans ambition (Pourquoi t’es ingénieur du son, lui demande Anna ? Pour qu’on me laisse tranquille !) sur une semaine de sa vie de trentenaire avancé, entre deux tours d’élection municipale, pour laquelle il est assesseur au bureau de vote du coin. Une semaine durant laquelle il tombera sous le charme de trois femmes et finira par les faire tomber. Le parfait indomptable et improbable Dom Juan tant il peut souvent paraître empoté, lourdaud et cérémonial (lui qui n’aime pas rire au lit car il trouve que ça ne se marie pas très bien). Ce dimanche, en se rendant au scrutin, en plus d’une histoire de perche à récupérer, de raclette manquée la veille, de curieuse histoire de masque et de tuba – et finalement de chaussures de ski – Albert souhaite croiser à nouveau la femme de la première scène du film, qu’il a laissé filer avec son imper blanc et son chien, alors qu’elle lui demandait son chemin, qu’il s’empressa de très mal lui expliquer. Relation convoitée qui n’aura pas le temps d’éclore, puisqu’il la verra sortir de l’isoloir accompagnée d’un mioche. Ce jour-là il aurait aussi pu jeter son dévolu sur Anna (Jeanne Balibar) qui lui rendit son franc sourire au moment de sa signature mais c’est une fliquette un brin secrète – simplement venue prendre note du décompte des votes – qui attira son attention. C’est pourtant le lendemain, en Haute-Garonne, à ses heures libres, alors qu’il était venu faire la prise de son d’une interview du maire de Montgiscard qui tourne au fiasco pour cause de fanfare intempestive, qu’Albert, qui ne sut guère refuser de donner son sang (séquence hilarante dans la caravane) se retrouve bientôt à papillonner avec Sophie (Isabelle Candelier) une jeune infirmière. D’abord lors d’une soirée foot avec des amis à elle (Les sept nains, autre séquence à se faire dessus)  puis lors d’une autre soirée foot, chez lui cette fois, où ils sont accompagnés par le père de la jeune femme (génial Philippe Duclos, classe incarnée).

     Je ne vais pas faire une énumération du scénario mais cette générosité dans le récit provoque un nombre incalculable de situations banales rendues pas banales par leurs enchaînements, la durée qui leur est offerte, la mise en scène qui les caractérise. Ce quatrième épisode avec le père est d’ailleurs entièrement inédit. Et j’aurais tendance à dire que c’est celui que je préfère, celui que je trouve le plus beau, indécis, lumineux. Celui qui se rapproche peut-être le plus dans la gestion de la temporalité de Versailles Rive gauche. Celui où Albert Jeanjean est en réception. Sans doute parce que moi aussi j’ai toujours été gêné de recevoir. Bon, j’ai une casserole et un économe chez moi, personnellement, mais je me reconnais plutôt bien dans ce personnage, ses maladresses. Du coup je comprends pourquoi mon attachement à la version cinéma était moindre. On m’avait privé des meilleurs instants, qui sont beaux justement parce qu’ils sont de simples parenthèses entre d’autres moments plus cruciaux. Par exemple, tout le début du film, chez Albert – qui hésite entre plusieurs soirées – ainsi que le running gag magnifique avec Cruquet, c’est du bonheur à l’état pur. Sans parler de toutes ces séquences entre-deux, où Albert est chez lui, errant, déprimé, chantant, avec un fleuret à la main, arborant un sweet chou/fleur, une raclette polyvalente, un répondeur improbable, ses fameuses digressions solitaires. Personnage incertain, hésitant, parcouru de nausées pendant un rencart et réutilisant les arguments politiques de ses amis pour prouver qu’il a une conscience politique aux autres. Aux femmes, plus généralement. Ce que j’espérais finalement tant trouver devant la version cinéma il y a un an, je l’ai trouvé devant cette sublime version longue, qui pourrait durer six heures supplémentaires qu’elle ne parviendrait jamais à me lasser. 

     En amoureux de Versailles, amoureux des femmes, amoureux de son petit frère, Bruno Podalydès dresse un portrait élégant et fin d’un jeune parisien en pleine période de doutes sentimentaux, comme l’était un peu avant lui Paul Dédalus dans Comment je me suis disputé (ma vie sexuelle) d’Arnaud Desplechin – Impossible de ne pas les mettre un minimum en parallèle. Deux films riches, majeurs qui contiennent à eux seuls tous les questionnements intemporels des héros disloqués. Le Podalydès étant le versant comique du Desplechin. Avec un gout pour l’absurde poussé jusqu’à ses plus fétichistes élans au détour de chansons en boucle, chantonnées ou entendues, Guantanamera ou La Javanaise, une délirante obsession de Jeanjean et de son entourage pour sa calvitie naissante, Cruquet en guise de fil rouge, la curieuse et imposante place des animaux (Autruches, Flamants roses) ainsi que des balançoires et autres détails qui pullulent de partout. Art du dessin, aussi, qui pousse forcément son vice jusqu’à la citation, puisque Tintin semble être un vrai moteur, une présence permanente, qu’il s’incarne dans une petite fusée tirée d’Objectif lune, disposée à côté du répondeur d’Albert (Objet qui deviendra l’un des fils rouges du cinéma de Podalydès, avec la glaviole) voire de ce restaurant syldave (Hergé aime ça) dans laquelle nous verrons l’une des plus belles séquences de déclaration d’amour, laborieuse et incandescente, de l’histoire du cinéma. 

Vertiges – Bruno Podalydès – 1992

Vertiges - Bruno Podalydès - 1992 dans Bruno Podalydès vertigeIntimité.

   4.0   Le cinéaste dit de ce film, son second court métrage, qu’il est un trait d’union entre Le dernier mouvement de l’été et Voilà. Comme le premier c’est vrai, il est filmé avec cette petite caméra 8mm. Comme le second, il se déroule à Oléron et certains plans en sont très proches. Pour moi il reste un film à part, une expérimenation de cinéma, principalement du son, je vois surtout un homme qui se cherche, qui s’ouvre des brèches pour la suite. En soit, ce court métrage est loin d’être mauvais, il y a un intérêt là comme autre c’est évident. Mais la recherche formelle primant sur le besoin de filmer un moment de vie, une petite histoire, je ne vois pas Vertiges comme un film à distribuer, mais comme un film à garder pour soi.

Le dernier mouvement de l’été – Bruno Podalydès – 1989

Le dernier mouvement de l'été - Bruno Podalydès - 1989 dans Bruno Podalydès Le_dernier_mouvement_de_l_eteNudité.

   5.0   On discerne une main qui place des polaroïds sur un lit. Il semble s’y trouver de belles jeunes femmes. Puis, cette même main, sous la couette, permet à l’homme de se masturber. Il contemple chacun des clichés et se branle. L’homme c’est Bruno Podalydès lui-même. Imperceptiblement ces plans qui n’étaient que fixes deviennent vraiment mobiles mais semblent correspondre à un autre temps. On y voit des corps nus sur une plage, des corps nus de femmes principalement. Et ce sont les mêmes que l’on discerne ensuite sur le polaroïd que l’homme regarde. Probablement le choc érotique d’un souvenir d’été. Pas plus ce que le cinéaste semble vouloir montrer, c’est la démarche qui est forte ici. Pas de sons (petite caméra oblige) ils sont donc seulement rajoutés au montage. Un peu de musique. De brefs sons naturels comme ceux de la mer, accentuant cette idée de combat avec sa mémoire. Le polaroïd qui s’anime et appelle au plaisir sexuel par la simple mémoire, et la seule vision d’une image fixe. Le dernier mouvement de l’été. Je trouve ça plutôt bien choisi pour un premier court métrage. Chapeau !

Voilà – Bruno Podalydès – 1994

Voilà - Bruno Podalydès - 1994 dans Bruno Podalydès voila

L’enfant.    

   6.7   Un homme part avec son fils, encore bébé, pour un voyage d’une journée. On est sur l’île d’Oléron. Il conduit, écoute la radio, change souvent de station, se fait doubler par un chauffeur inconscient. Ensuite il emmène son fils dans une prairie, où ils y rencontreront une vache avec laquelle ils resteront un moment. Suivront une cueillette de mûres, une ballade dans les bois, un moment sur la plage, Un « baptême maison » dans l’eau froide. Et puis ils repartiront.

     Bruno Podalydès réussit deux choses importantes avec ce court métrage. D’une part il rend cette situation banale intéressante. Un homme fait découvrir les joies de la nature à son fils. Point. C’est avant tout très drôle, et sa caméra virevolte aussi pas mal pour nous faire apprécier les recoins de l’île. C’est comme si le cinéaste faisait déjà ce qu’il fera ensuite (Liberté Oléron), mais ici avec peu de moyen (seulement une caméra, un lieu naturel, son frère et un bébé) et un penchant dardennien dans cette façon d’appréhender le réel intime. Intime mais pas seulement. Car si la caméra est parfois proche pour en saisir toute l’essence de ce road-movie, elle sait aussi se faire lointaine, avec de belles profondeurs de champ, plaçant l’homme dans une nature immense, milieu se révélant aussi hostile que vital. Et d’autre part il rend fascinant le hors-champ du film. Pourquoi cette longue balade d’un jour ? Pourquoi Denis semble se cacher lorsqu’une voiture se pointe ? Est-ce une fuite ? Un besoin de solitude naturelle, de retrouvaille avec sa progéniture ? On n’en saura rien. Ou alors on l’imagine. Voilà est une fuite d’un jour, un grand moment de calme, d’une fraîcheur inouïe.

Le mystère de la chambre jaune – Bruno Podalydès – 2003

Le mystère de la chambre jaune - Bruno Podalydès - 2003 dans Bruno Podalydès p5

True detective.    

   6.2   Il y a deux parties bien distinctes c’est une évidence. La première installe toute l’intrigue pour la faire éclater au grand jour dans la seconde. Ici, le titre ne ment pas, ou alors qu’à moitié. Oui le mystère se situe dans cette chambre jaune, où Sabine a failli être assassinée, où cet assassin semble s’être volatilisé, puisque l’idée de la sortie par la porte est évincée d’emblée, le père se trouvant derrière au moment des faits et chagriné par les cris de sa fille, et celle de la fenêtre impossible, étant doté de barreaux « infranchissables et infranchis » dira le détective Rouletabille.

     Denis Podalydès joue donc Rouletabille, méthodique et dynamique, inventif et scrupuleux, fier et compétiteur, un pantalon beige trop petit, un béret délicatement posé sur le crâne. Un beau Tintin en somme. Et comme Milou pour Tintin, Rouletabille n’est pas seul, il est accompagné de Sainclair, son plus fidèle admirateur, qui l’obéit au doigt et à l’œil. En face, Frédéric Larsan, un inspecteur connu pour ses méthodes précises et efficaces, il semble au moins aussi bien résonner que Rouletabille, le seul à le trouver ridicule, sans doute par fierté dans la rivalité.

     Sauf que tous les ressorts de l’intrigue ne se situent pas seulement dans cette chambre. Pendant toutes ces recherches scrupuleuses, on a droit à des courses-poursuites en tout genre, un tueur qui semble revenir sur les lieux du presque crime, muni pour la discrétion d’un masque de soudeur, afin de se débarrasser définitivement de Mathilde Stangerson. Ce film c’est un peu un cluedo sans progression (dans le sens où jusqu’au bout il nous est impossible de ne pas envisager tel personnage, telle situation) dans une version désopilante et ludique, savoureux mélange entre un Ozon réussi et un Jeunet réussi, côtoyant l’esprit récréatif de Huit femmes et les voix off du second cinéaste cité, s’éloignant de tout ça ensuite fort heureusement.

     Un mot sur la fin : Rouletabille a compris. Il lui manque les preuves. Il s’exile en Amérique, en revient apparemment grandi, en ayant autant appris sur l’identité du criminel et ses motivations, ainsi que sur une bien curieuse filiation…


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silencio


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