Vox lux.
6.0 Il me semble avoir identifié le projet du film que tardivement, quand je me suis demandé où il voulait en venir, ce qu’il tenait, au fond, à traiter. Je pense qu’il est plus théorique qu’on l’imagine au premier abord. Il ne cherche pas plus à raconter l’histoire d’une femme qui s’attache au fils des voisins que celle d’un mari veuf qui doit survivre pour ses gamins. Le film expose une situation terrible, au bout de cinq minutes, parmi les situations les plus cruelles qui puissent exister. Mais pour mieux s’en extraire : c’est un film qui vise continuellement la lumière, qui fera de chaque séquence – avec néanmoins parfois des petits obstacles et conflits – la pièce d’un édifice positif, utopique. Du coup je pense qu’il ne raconte pas grand-chose du fait d’être veuf et (beau)père, ni d’être père démissionnaire et encore moins d’être une femme sans enfant. Je le trouve peut-être un peu réactionnaire sur ce point-là d’ailleurs tant il suppose que la vie du personnage incarné magistralement (je ne suis pas fan d’habitude, mais là, vraiment elle est exceptionnelle) par Valérie Bruni Tedeshi s’en trouvera meilleure avec un enfant dans sa vie, alors qu’on nous dit clairement qu’elle a fait le choix premier de vivre sans, de se consacrer à son travail d’écrivaine. Néanmoins, le film fonctionne sur moi, justement parce que je le trouve très doux, jamais dans l’emphase. C’est un programme optimiste auquel j’ai cru alors que sur le papier – ou pour en avoir causé avec ma chérie qui n’a pas marché du tout – je n’y verrais qu’un récit impossible. En fait il n’y a pas de conflit dans le film, seulement des ébauches. Raphael Quenard veut récupérer son fils mais finalement il va le laisser, car il sera mieux avec sa petite sœur dit-il. Vimala Pons comprendra qu’elle n’était qu’un pansement pour Pio Marmai et s’effacera, au moment où ils partaient en voyage. La séquence finale dans le parc, cette photo de famille improbable, devient apogée d’un récit qui va toujours vers ce qui pouvait arriver de mieux. Alors qu’on partait de très, très bas. C’est ce qui m’a séduit in fine. Et en grande partie grâce à son beau casting qui aura d’ailleurs pris les plus cabotins du cinéma français du milieu pour en faire les personnages les plus en retenue. Assez passionnant en définitive. À défaut d’être très incarné.
Publié 9 février 2023
dans Carine Tardieu
L’âge d’aimer.
6.0 Instant confession : J’ai toujours eu un problème avec Fanny Ardant. C’est son jeu, sa voix, c’est physique. Je n’y arrive pas, c’est comme ça. Elle me gâche le formidable La femme d’à côté, de Truffaut, par exemple. Autant dire que Les jeunes amants, réalisé par celle qui avait fait le sympathique (et dispensable) Du vent dans mes mollets, ça m’attirait à peu près autant que de la cervelle de singe en sorbet. Et pourtant j’ai trouvé le film beau, touchant, j’ai aimé son ambiance, son rythme. Mieux j’ai trouvé Fanny Ardant superbe dedans. Je ne m’attendais pas à ce que cette relation entre elle et Melvil Poupaud fonctionne si bien. C’est d’ailleurs la seule chose qui fonctionne dans le film, déjà moins intéressant avec ce qui gravite autour d’eux. Pour le coup, ça aurait mérité un traitement théorique à la Emmanuel Mouret dans Chronique d’une liaison passagère : Nous faire assister aux soubresauts de cette relation et à rien d’autre.
Publié 9 septembre 2012
dans Carine Tardieu

La chambre des poupées.
5.5 C’est un film aussi enfantin que sympathique qui serait complètement anecdotique s’il n’était pas autant hanté par la mort, ou l’idée qu’on se fait de la mort, à tel point qu’il trouve un second souffle. Et dit au moins quelque chose de bouleversant, par les mots d’un enfant, à savoir que le plus insupportable dans le chagrin qui accompagne la perte c’est de constater que le monde autour ne change pas, ne s’effondre pas comme on peut s’effondrer. Du vent dans mes mollets est un film raté sur bien des aspects mais pas sur ce point là, avec cette charge funeste qui l’accompagne d’un bout à l’autre, à l’école avec cette camarade qui a perdu sa maman, en famille quand les discussions dérivent régulièrement sur la vie en camp de concentration du père orphelin, et bien entendu dans le final brutal et cruel que je ne raconterai pas. Après voilà, dans le comique, Tardieu est – sauf à quelques rares occasions – très limitée, maladroite, ne sait pas comment mettre en scène, ne sait pas si elle doit être subtile ou ostensible. Entre Jeunet et Podalydès, elle semble vraisemblablement et malheureusement choisir le premier. Gimmicks récurrents et lourdingues à nous faire lever les yeux au plafond (il y a forcément des subventions Barbie et Mobalpa là-dedans ! Il y a aussi ce clin d’œil éreintant à La Boum en fil rouge) ou standardisation de l’humour populaire (le film se paie même le luxe de choper les rires improvisés de ses acteurs (une fois Jaoui, une fois Podalydès, grillé de chez grillé), ça me rappellerai presque les promotions des Bronzés 3 et de Bienvenue chez les ch’tis) ou attirance pour le micmac criard formel AméliePoulainesque has been (Saturation de couleurs, sépiacrado pour le passé, super 8 pour des instants détachés, apartés clipesques en veux-tu en voilà, inserts peu inventifs, gros mots en rafale séduction garantie (oui car entendre dire bite, couille, nichon dans la langue d’une enfant de neuf ans c’est rigolo…). Que reste t-il alors ? Ce qu’il restait dans un film comme Polisse et qui manquait cruellement à un film comme Adieu Berthe par exemple : une facilité de séduction qui permet de surprendre du début à la fin et une énergie mal canalisée, comme si le film avait été mal monté. J’aime que le film aille encore plus loin que La boum sur la confrontation de l’enfant avec ce qui le dépasse : crise conjugale parentale et présence de la mort. Car il y a certains tête-à-tête pas loin d’être bouleversants et puis disons que nous n’avions jamais vu Jaoui comme ça, physiquement bien sûr mais surtout en tant qu’actrice. En parlant d’interprétation, la petite qui joue Valérie est épatante.