Des flics, des flingues et des drones.
1.0 Dans un futur proche, la région parisienne est divisée en trois zones séparées par des barrages militaires, dans lesquelles les gens sont parqués en fonction de leur classe sociale. Chaque habitant doit pouvoir être identifié avec un bracelet qui lui donne accès ou non à certaines choses, certains lieux. Les habitants de la zone 1 vivent dans l’opulence, ce sont les plus riches et les plus puissants. Les habitants de la zone 3 sont soumis à de nombreuses privations, ce sont les plus pauvres. Suite à une série de meurtres, deux policiers de zones opposées doivent faire équipe.
En décembre dernier, j’avais accompagné mon fils pour un casting à Bagnolet. Il était question de jouer une scène dans laquelle deux adolescents participent à une télé-réalité intitulée Destiny, qui offre à un enfant de quartier défavorisé de la zone trois, celui qui gagne, la possibilité d’aller étudier dans une école prestigieuse de la zone deux. J’avais improvisé le rôle du père qui réconforte son garçon qui pleure en ayant perdu au jeu. Il n’a pas été retenu, mais c’était une chouette journée, une expérience intéressante pour mon fils. Bref c’était pour une toute petite scène du film Chien 51, de Cedric Jimenez.
Je me suis demandé si cette scène serait intégrée ou non dans le film ou s’il s’agissait d’un simple essai afin de tourner – avec les enfants choisis – une scène ultérieure. Et la scène est bien dans le film. Enfin si j’ose dire puisqu’on voit trois secondes la gamine qui gagne en larmes, on entrevoit à peine le garçon. Par ailleurs ils n’auront aucune ligne de dialogues. Une scène à l’image du film tout entier qui ne prend jamais le temps de créer un espace de jeu, un lieu, une atmosphère, qui ne prend pas le temps de faire de scènes. Qui ne prend le temps de rien. Rien d’humain.
Je continue de le dire, j’adore Novembre. Mais vraiment, j’ai trouvé Chien 51 tellement épouvantable que je me suis demandé si la réalisation n’avait pas été hackée par Luc Besson ou Pierre Morel : encore que Banlieue 13 c’est vachement bien à côté de cette horreur qui ressemble donc à un film produit EuropaCorp qui aurait déjà vingt, trente ans de retard. Une version archi ringarde et débile de Blade runner ou Minority report emballée pour quarante millions qu’on ne voit jamais tant le film est laid, mal branlé et embarrassant, jusque dans ses scènes d’action, toutes illisibles.
Un frisson de la honte permanent, de la première à la dernière image, de Gilles Lellouche à Romain Duris, d’Adèle Exarchopoulos à Valeria Bruni-Tedeschi, de la scène du ni oui ni non à celle du karaoké. Putain, celle-là est un sommet de gênance – pour les yeux comme pour les oreilles – qui en plus pompe allègrement sur une séquence brillante de Sense8. Voilà, Jimenez aimerait faire du Wachowski. Mais son machin ressemble à n’importe quel dernier Olivier Marchal.
Finalement, je préfère cent fois quand Jimenez fait un film de droite comme Bac Nord, au moins il y a un discours. Là il te fait croire qu’il va faire du politique (après tout le bouquin parle semble-t-il de ségrégation sociale, raciale et de dérives techno-capitalistes) avec ses zones, ses luttes de classes, son ministère de l’intérieur, son groupe révolutionnaire, pour finalement dire que tout ça c’est la faute de l’intelligence artificielle qui a pris le pouvoir. Le mec a zéro conscience politique en réalité. Son plaisir c’est juste de filmer des flics, des flingues et des drones. L’enfer.


L’instinct de mort.