Archives pour la catégorie Cédric Kahn

Le procès Goldman – Cédric Kahn – 2023

18. Le procès Goldman - Cédric Kahn - 2023En toute innocence.

   7.5   Pierre Goldman, personnalité emblématique de l’extrême gauche française, est élevé par des parents résistants, polonais, juifs et communistes. Il fait ses armes à Cuba puis dans la révolution vénézuélienne. En France il participe à de nombreux vols à mains armées, qui servent autant (ou pas) la cause révolutionnaire que ses fortes dépenses quotidiennes.

     Le film ne fait pourtant point le récit de la vie de Pierre Goldman, mais bien celui de son second procès (le premier ayant été cassé pour vice de forme) durant lequel il sera défendu par Georges Kiejman, incarné ici par Arthur Harari (auteur d’Onoda, coscénariste d’Anatomie d’une chute) qui campait déjà un avocat dans La bataille de Solferino, de Justine Triet.

     Pierre Goldman se défend très simplement. « Je suis innocent parce que je suis innocent ». Point. Lui qui assumait pleinement ses braquages nie en bloc être l’assassin des deux pharmaciennes boulevard Richard-Lenoir. Juger les faits, seulement les faits et non l’individu, ce sera son crédo, son unique argumentaire.

     Mais il s’agit plus que d’un procès pour meurtre, c’est celui de la judéité. Il faut rappeler que Pierre Goldman a écrit en prison « Souvenirs d’un juif polonais né en France » et de ce procès ressort concrètement ce qu’il a probablement dénoncé par écrit : L’antisémitisme étatique, la police raciste et mensongère.

     C’est un grand film de procès, français. La même année qu’Anatomie d’une chute. Grande année française, une fois de plus. Le film est très austère, forcément très écrit, et pourtant il vibre partout, sans ornements. Il s’agit donc d’un pur huis-clos, en format carré, sans musique d’accompagnement aucune. Un geste radical et précis de mise en scène de la parole : d’une joute oratoire à l’autre, le récit se déploie, la fascination s’intensifie.

     Arieh Worthalter, qui impressionnait déjà dans le très beau Douze mille, de Nadège Trébal, démontre une fois de plus l’étendue de son magnétisme, entre pics ardents et charme mystérieux. A l’autre bout, Arthur Harari incarne Kiejman avec un flegme tout en retenue, une détermination d’un calme olympien. Cet équilibre des deux pôles rend déterminant la fascination exercée par la défense, face au cirque de l’avocat général et l’imprécision ridicule des témoins. 

Fête de famille – Cédric Kahn – 2019

Autosave-File vom d-lab2/3 der AgfaPhoto GmbHLa maison sauvage.

   2.5   Sur un canevas proche de Préjudice, Un conte de noël ou Festen et autres films de réunions familiales qui virent au fiasco, Fête de famille ne produit que de l’indifférence. C’est un peu Juste la fin du monde, de Xavier Dolan, en plus passe-partout, moins inventif, moins pop mais plus toc, bref en beaucoup moins agaçant. En revanche c’est à peu près aussi nul que Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais. La mise en scène est d’une paresse consternante, les personnages n’ont aucun relief, rien de cohérent. Faut juste qu’ils gueulent ou qu’ils tirent la gueule. On se croirait dans un film de Valeria Bruni Tedeshi. Et ça me désole car habituellement, j’aime bien le cinéma de Cédric Kahn, sauf L’ennui – qui porte parfaitement son titre – je les aime tous. Outre l’indifférence générale, le film est un festival de frissons de la honte, surtout quand Emmanuelle Bercot fait son speech tire-larmes ; quand Macaigne veut refaire la séquence de la vente de la maison et joue sur son hystérie habituelle si caractéristique ; quand on y découpe une poularde – car le modèle c’est un peu Sautet, aussi, évidemment ; quand on fait une petite danse de salon tous ensemble où l’on voit que Kahn récupère ce qu’il faisait (si bien) devant la caméra de Lafosse, dans L’économie du couple. Bref c’est un calvaire. 

La prière – Cédric Kahn – 2018

09. La prière - Cédric Kahn - 2018Une vie d’amour et de foi.

   6.0   Difficile de savoir ce qui motive tant Cédric Kahn à s’essayer systématiquement à autre chose, un autre genre, dans un nouveau lieu, avec de nouveaux acteurs. Quel point commun y a-t-il entre Les regrets, Une vie meilleure, Vie sauvage et La prière ? Quatre films sur ces dix dernières années, quatre films singuliers, pas tous de la même qualité, mais tous de qualité, au sein desquels la griffe de l’auteur n’est pas si évidente à détecter. Ça n’empêche pas ce dernier film d’être assez réussi dans son ensemble. On observe une donnée nouvelle ici : Le film est dépourvu de star – Ni Attal / Tedeschi ni Canet / Bekhti, ni Kassovitz / Sallette. On connait Anthony Bajon pour son apparition brève mais géniale dans Les ogres, et Damien Chapelle grâce à Marie et les naufragés mais c’est tout (Ou presque : Un petit rôle pour Hanna Schygulla, un autre plus petit encore pour Magne-Håvard Brekke) et ça renforce quelque chose, rend le film sinon plus naturaliste, plus empathique disons, plus proche d’une certaine authenticité convoitée, que ce récit de guérison par la foi et l’amour est à même de convoquer. C’est un beau film, sans réelle fausse note, toujours à la bonne distance, à l’image de ces échanges que Kahn ne filme jamais dans un banal champ / contrechamp mais plutôt régulièrement en trois (types de) plans successifs : d’abord d’ensemble, avant d’enchainer sur le visage de l’un, puis finir sur le visage de l’autre – à la manière de la grande scène pivot dans Hunger, de Steve McQueen. Si je suis moins convaincu par l’aparté miracle dans le brouillard sur la montagne, le film tient quelques beaux instants de grâce ne serait-ce que dans sa fin, lumineuse, magnifique, mais aussi dans cette jolie séquence des confessions des anciens drogués face à leurs compagnons, donc quasi face caméra puisqu’elle nous installe parmi l’un d’eux. Un choix fort parmi d’autres, le film bien que très sobre en apparence, en regorge.

Vie sauvage – Cédric Kahn – 2014

409006Loin d’elle.

   7.0   C’est dans ses extrémités que le dernier film de Cédric Kahn prend toute son ampleur tragique, physique et bouleversante. D’une part, via vingt premières minutes à couper le souffle, d’une sécheresse terrible. Puis quinze dernières en quasi huis clos, d’une charge qui rappelle certaines fins de films Dardenniens – L’enfant, surtout. Ici, les Dardenne produisent. Rien d’étonnant tant Kahn n’avait encore fait à ce point du Dardenne-like quoique le déjà excellent Une vie meilleure avait embrayé ce virage plus social. Il y a trois parties dans Vie sauvage. Et la partie centrale, la plus longue, qui donne son titre au film, raconte les dix ans de fuite d’un père et de ses deux fils. C’est réussi mais moins fort sans doute parce que c’est davantage comme je l’attendais ou me l’était imaginé. Mais Kahn une fois de plus, ne fait que les bons choix, autant dans le développement de ce nouvel univers, la gestion du temps (Une ellipse géante, point ; le reste se fond dans la masse) et les diverses rencontres cévenoles qui peuplent cette croisade utopique loin des normes. Inutile de préciser que Céline Sallette et Mathieu Kassovitz y sont excellents, enfin si car vraiment ils le sont.

Les regrets – Cédric Kahn – 2009

Les regrets - Cédric Kahn - 2009 dans Cédric Kahn 3591543072La femme d’à côté.   

     5.5   Ce que j’en garderai à long terme ? Probablement pas grand chose. Les regrets (mauvais titre) du réalisateur de Roberto Succo ne fait pas dans l’originalité faisant d’une part grandement référence à un chef d’oeuvre de Truffaut, et d’autre part ne proposant pas des idées de génie en terme de mise en scène, excepté son rythme fulgurant. Oui car si Truffaut a fait une histoire de passion déchirante filmée comme un polar au ralenti, Kahn propose une histoire de passion déchirante mais filmée comme un polar d’action. Procédé qui peut agacer, ces sentiments décalés en permanence nous offrent une espèce de course d’1h45 entre deux êtres, l’un vers l’autre, l’un fuyant l’autre. Personnellement, à ce petit jeu, je suis assez conquis, et la fin n’est pas loin d’être très belle. Et je trouve que Tedeshi et Attal s’en sortent au moins aussi bien qu’Ardant et Depardieu. Mais ça manque un peu de chair et de texture, quoi.


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silencio


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