Archives pour la catégorie Cesar du meilleur film

Camille Claudel – Bruno Nuytten – 1988

01. Camille Claudel - Bruno Nuytten - 1988La porte de l’enfer.

   5.2   Bruno Nuytten était un directeur de la photographie réputé, officiant entre autre avec Duras, Téchiné, Miller, Godard, Blier, Resnais. Jusqu’en 1986 et le diptyque de Berri, Jean de Florette / Manon des sources. A la demande d’Isabelle Adjani, avec qui il avait travaillé sur Possession, de Zulawski, il prend les rênes de la réalisation. Et on sent que c’est un film de chef opérateur. Chaque plan et transition de plan est davantage pensé que l’histoire et ses imbrications, le film subissant (au détour de ses presque 3h) de gros problèmes de rythme. Ce serait entièrement péjoratif si ce n’était pas raccord avec la folie de ces deux personnages célèbres qu’il met en lumière : Camille Claudel & Auguste Rodin, brillamment incarnées par Adjani et Depardieu, qui trouvent le ton juste, en font suffisamment sans tomber dans l’excès. Voilà, ça manque sans doute d’homogénéité et de finesse, dans la texture et la construction essentiellement, dans l’utilisation musicale et les envahissantes notes de Gabriel Yared surtout, mais j’aime la démesure qui en émane, qui peut autant rappeler La reine Margot, de Chéreau ou L’arche russe, de Sokurov. C’est un peu raté mais il y a de cela.

Fatima – Philippe Faucon – 2015

19Journal intime.

   5.5   Plus aucun souvenir du seul film que j’avais pu voir de Philippe Faucon, Dans la vie, sinon qu’il était un film humain, mais un peu trop professoral. Fatima, auréolé du prix Deluc ainsi que de trois César dont celui du meilleur film, raconte l’histoire d’une mère de famille immigrée, femme de ménage vivant avec ses deux filles, qu’elle élève et accompagne du mieux qu’elle peut : Souad, 15 ans, effrontée, est en échec scolaire quand Nesrine, 18 ans, sérieuse, entre en première année de médecine. A la maison, Fatima parle l’arabe, ses filles parlent le français. Elles se comprennent évidemment très bien, mais cette distinction de langue crée un fossé culturel, une distance générationnelle. Ce sont les moments les plus réussis : Cette captation d’un monde intime qui se disloque et qui finalement parle autant de l’intégration que des rapports universels entre les enfants et leurs parents.

      C’est un beau film, minutieux, épuré, un peu pédagogique sans verser dans le didactisme. En fait l’idée part d’une véritable histoire et d’un matériau existant à savoir deux recueils de poèmes, Prière à la lune (2006) et Enfin, je peux marcher seule (2011) écrits par Fatima Elayoubi, dont le film pourrait grossièrement retracer un pan de sa vie, entre la tenue de son journal intime dans sa langue natale (qui l’amena à éditer ses recueils), ses missions de ménage, ses discussions plus ou moins délicates avec ses filles, son hospitalisation et son choix de suivre des cours d’alphabétisation. Dans sa conception même, le film de Philippe Faucon est assez irréprochable, puisqu’il fait appel à une actrice non-professionnelle, Soria Zeroual, femme de ménage algérienne résidant à Lyon.

     Si le film parvient assez miraculeusement à tenir sa trajectoire (la chronique, avant tout) c’est probablement qu’il surprend dans la durée de ses scènes, la composition de ses plans et son utilisation judicieuse de l’ellipse. Je le trouve à ce titre très respectueux de ses personnages (et de ce qu’ils choisissent d’être) mais aussi de son spectateur, ne martelant rien, trouvant régulièrement la note juste. Un bémol, toutefois, mais un gros, je ne comprends pas que Philippe Faucon ait choisi à plusieurs reprises de porter un regard un peu condescendant sur le monde non-musulman. Enfin disons qu’il y a ces cas tranchés, pas super subtils, comme il y a celui de l’introduction, avec la visite de l’appartement, qui me semble nettement plus intéressant dans sa façon de montrer que le français choisit de parler à celles qui parlent français car on en revient aux tragiques barrières de langue. Quand Fatima dit bonjour à une femme au supermarché car elle reconnait la mère d’une amie de sa fille, et que celle-ci esquive de façon brutale, j’ai un peu plus de mal, car je ne pense pas que le film ait besoin de ce genre de facilité. En fait, je trouve le film beau dès l’instant qu’il reste dans le cadre familial.

La haine – Mathieu Kassovitz – 1995

32Cité abandonnée des dieux.

   7.9   Il y a les films qui sont des cultes de ton adolescence et que tu ne dois strictement pas revoir. Et il y a les autres. Comment savoir ? Ça se joue à la fois sur le vieillissement du film (A-t-il pris de la bouteille ou un coup de vieux ?) et sur ton vieillissement à toi, l’évolution de ton rapport au cinéma. Et c’est même plus complexe puisque l’humeur y tient un rôle majeur. Tout ça pour dire qu’il y avait un risque à revoir La haine, qui tenait une place importante dans ma maigre cinéphilie d’adolescent. Je ne l’avais pas revu depuis quoi, douze ans. Et agréable surprise, j’ai repris une claque comme à l’époque. Déjà il faut dire combien la mise en scène de Kassovitz est brillante, inventive, entièrement dévouée à l’espace qu’il vient capter autant qu’aux personnages. C’est une virtuosité qui n’est jamais gratuite ou bien elle se fond admirablement dans un ensemble visant une énergie qu’on n’avait encore peu vu jusqu’alors, qui plus est dans le registre de la chronique. Car contrairement au film de Richet (Ma 6-T va crack-er) qui joue plus la carte du polar à charge, La haine se concentre sur le terrain de la chronique, celle de trois jeunes d’une cité des Yvelines – Et à aucun moment le point de vue n’adoptera celui d’une autre d’entre eux – plongée en plein climat explosif depuis qu’un jeune s’est fait tabasser par un flic et navigue entre la vie et la mort. Le film se déroule sur une journée. Les heures viennent rythmer quelques fondus au noir. Dispositif souvent écrasant que Kasso utilise avec parcimonie, créant une étrange tension : Douce, puisque les journées de Vinz, Saïd et Hubert sont loin d’être foisonnantes ; Tragique, puisque dans cet écoulement impalpable (les cartons sont approximatifs, il n’y a aucun espèce de compte à rebours) quelque chose d’inéluctable est en train de se jouer. Surtout, le film voyage. Si en majorité, il se déroule dans la cité, celle-ci apparaît sous tous ses angles : appartements, toit, jardin d’enfants, parkings souterrain, arrière cour. Et quand on s’en extirpe, essentiellement dans son dernier tiers, c’est Paris que l’on vient capter. Un Paris refuge, un Paris cruel. Un dealer planqué dans une tour, une expo d’art, le métro. Le plan sur les trois potes allongés dans la gare devant l’écran qui leur annonce la mort d’Abdel au petit matin est l’un des plus violents que j’ai pu voir. Cette scène me terrifiait déjà à l’époque. Sinon je trouve le film nettement plus nuancé que dans mes souvenirs, j’avais gardé de La haine son esprit anti-flic mais il est bien plus ample, ne serait-ce que dans son trio (Pas un plan sans qu’on ne veuille mettre de baffe à Vinz et en même temps, il y a une fragilité dans son inconscience qui est très touchante) mais aussi chez les flics comme au moment ultra malaisant de l’arrestation où l’un des flics reste choqué, en retrait, autant que Saïd en fin de compte, quand il est spectateur du pétage de plomb de son pote s’apprêtant à buter un skinhead. Bref, c’est un film passionnant, qui plus de vingt après sa sortie n’a rien perdu de sa puissance et se révèle toujours excellent porte-drapeau d’une jeunesse opprimée. Le film est drôle ici, au moyen de répliques inusables (« Sans déconner, la façon dont tu viens de parler là, on aurait dit un mélange entre Moïse et Bernard Tapie »), pesant ailleurs. Point de brio documentaire, La haine est un brûlot qui tente plein de choses, notamment dans sa forme jusqu’à révéler deux mondes dos à dos qui ne peuvent que s’affronter de façon explosive après un si long refoulement. La fin est forte. Pourtant c’était elle que je craignais le plus, avec le côté boucle et la petite phrase d’Hubert, l’absurdité poussée à son paroxysme et la cruauté après l’instant rédempteur. Il y a le choc, oui. Mais il y a surtout une sécheresse, un corps effondré, un rire gêné, des yeux fermés bien plus forts et bouleversants que cette image des deux flingues/visages se faisant face. A part ça je ne me souvenais pas qu’on y croisait une pelletée de stars ou futurs stars, souvent dans des rôles minuscules : Karin Viard dans l’expo, Marc Duret, Zinedine Soualem et Bernie Bonvoisin chez les flics, Sergi Lopez aux merguez, Benoit Magimel sous un bonnet, Kasso himself en skinhead, Valeria Bruni-Tedeshi faisant la manche, Philippe Nahon chef de la police, Vincent Lindon bourré dans la rue, François Levantal (J’adore cet acteur, même chez Marschal) qui campe l’inépuisable Astérix « Eh ouai ducon, eh ouai » ou encore Edouard Montoute, Cut Killer. Bref, hallucinant.

Elle – Paul Verhoeven – 2016

13346500_10153706025187106_8812903165226418890_nLa féline.

   8.8   Si j’avais entièrement confiance en Verhoeven et sa capacité de se réinventer et de pervertir un certain type de cinéma, ce qu’il a toujours fait, je restais d’autant plus sceptique que je n’ai à ce jour (Mais il vient d’entrer dans le haut de ma watchlist) jamais vu Black Book, son dernier film en date (2006) avant Elle. Au départ, Verhoeven et moi c’est Total Recall, c’est Showgirls, c’est surtout Basic Instinct. Des films qui ont donc vingt ans, sinon trente.

     Elle a fait beaucoup de bruit lors de sa sortie cannoise (coordonnée avec sa sortie nationale, j’adore quand ça se déroule ainsi) et il en faisait déjà avant puisque pour la première fois, le cinéaste hollandais avait tourné en France, une production française, avec des acteurs français ; Casting aussi flippant qu’alléchant puisque réunissant entre autre Isabelle Huppert, Laurent Lafitte, Virginie Efira, Charles Berling, Vimala Pons et Anne Consigny. Quel rapport avec la choucroute ? Le truc délirant avant l’heure.

     La séquence d’ouverture donne le ton. D’abord l’écran noir, des cris, de la vaisselle qui casse ; relayé par le plan d’un chat, qui observe et ronronne. La dimension voyeuriste chère à Hitchcock s’incarne dans la peau d’un félin. On est déjà dans la farce. Une farce inquiétante, sauvage, dont la félinité à moins à voir avec l’indécence majestueuse (Le film ne va pas hésiter à cumuler les ouvertures flirtant moins avec le mauvais goût qu’avec le mélange des genres…) qu’au détachement malade, serein (…la folie des contrastes, l’audace d’une énergie noire comme stratégie de survie).

     Ainsi, de ce (premier) viol nous en verrons deux autres versions plus tard, avec son contre-champ violent (le souvenir) et sa représentation rêvée, vengeresse. Le procédé agit moins en tant que piqure de rappel et s’incarne aucunement comme un flashback, mais cherche à disloquer les règles du genre et surtout, permet au viol de préserver sa monstruosité et le cauchemar qu’il engendre, de façon à contrecarrer ce que Michèle (Isabelle Huppert) va en tirer : Le désir de la survie.

     La grande force de Elle est de ne justement pas tout faire fonctionner autour de Michèle ou du moins de parvenir à nous faire croire que certaines interactions ne tournent pas autour d’elle et de l’intrigue qui l’alimente elle et le film. Puisqu’il s’ouvrait là-dessus, quoi de plus logique que de le voir converger chaque séquence vers cette focalisation d’intrigue ?  Du coup, Verhoeven brosse des portraits. De nombreux portraits : le fils, l’ex-mari, l’amant, la meilleure amie, le voisin. Et le père.

     La dimension horrifique du film va quasi tout entière (puisque le viol lui-même est pervertit) prendre essor dans ce passé, certes lointain (Michèle n’était qu’une gamine) mais qui continue de faire ses injustices dans le présent. On sait d’après une discussion entre mère et fille que toutes deux reçoivent régulièrement le lynchage de ceux qui les ont éternellement reliés à ce monstre de père. Qu’a-t-il fait, ce père, pour qu’une passante inconnue, vienne lui renverser volontairement son plateau sur la tronche ? Le film va y répondre par deux fois, brièvement d’abord, au détour d’une info télévisée évoquant la possibilité d’une libération conditionnelle, puis explicitement plus tard, lorsque durant ce grand repas, Michèle raconte les faits à Patrick.

     Dire qu’on n’a jamais vu une back story racontée ainsi relève de l’euphémisme, tant Huppert s’emploie à accentuer avec brio la folie de son personnage, tant Verhoeven aussi s’amuse à faire éclater la situation, notamment par un chant de messe en fond sonore. On n’avait pas vu une séquence de repas aussi folle depuis Buñuel. Et quelque part, Elle c’est Le charme discret de la bourgeoisie, version Verhoeven. Depuis quand avions-nous rit aussi franchement dans une salle de cinéma ?

     On pourrait en parler longtemps tant il regorge de tiroirs fous (cette scène hallucinante avec l’urne contenant les cendres de la mère, les images des jeux vidéo, le bébé, la masturbation et les santons géants, le vent, la cave…) ; Il n’est d’ailleurs pas exclu que j’y retourne tant je trouve ça immense à tout point de vue, riche et vivant, absolument étonnant dans sa construction, son ton et cette façon qu’il a de dynamiter avec audace le cinéma français habituel.

Les nuits fauves – Cyril Collard – 1992

nuits-fauves-1992-07-gAvant de partir.  

   5.4   Crainte de la revision, énième épisode. J’aime assez Les nuits fauves même si moins qu’à l’époque où il m’avait bien marqué et même si je trouve que c’est un film qui fut clairement surestimé. Collard veut tout mettre dedans (de son bouquin sans doute) du coup ça devient un truc un peu informe, mais dans le mauvais sens du terme, quelque chose qui ne respire absolument pas. Malgré tout, il y a une forme d’abandon à la pellicule que je trouve plutôt beau, sorte de testament d’un gars qui voulait par tous les moyens exprimer sa souffrance avant de partir et même si cela, fait dans l’urgence, semble hyper maladroit.

Tess – Roman Polanski – 1979

01.-tess-roman-polanski-1979-1024x682   8.9   Chef d’œuvre absolu ! D’une beauté sidérante. Et je découvrais. Et en blu ray. Pfiou… Au début, en le lançant, je restais sceptique. Je me disais, ok c’est vrai que c’est beau, c’est la méga classe, mais le splendide support y est sans doute pour beaucoup, et puis je vais sans doute finir par me faire chier. Et puis le film te saisit par petites touches, des trucs auxquels tu ne t’attends jamais, un découpage hallucinant, une science du cadre, tout y est subtil, nuancé, plein de rebonds, de fulgurances. Au final je n’ai pas vu passer les trois heures. Au générique final, j’étais sur les rotules. Difficile de le comparer à d’autres films de la filmographie de Polanski mais nul doute que c’est le plus beau, ample et triste film que j’ai vu de lui. J’y reviendrai plus longuement la prochaine fois.

Les garçons et Guillaume, à table ! – Guillaume Gallienne – 2013

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   3.2   Voilà un film qui n’est pas dépourvu d’un certain attachement qui est le moindre sel de ces chroniques autobiographiques transcendées qui pullulent sur les écrans depuis toujours mais davantage encore ces derniers temps.  Certaines séquences – souvent celles avec la mère, là où Gallienne y laisse échapper toute sa fougue, sa tendresse et son génie du one man show – sont plutôt délicieuses, à défaut d’être hyper originales, dans leur écriture un peu osée, un peu méchante. Mais au-delà de ce narcissisme de tout bord – pas gênant s’il est bien relayé – le film fait montre d’une indigestion formelle hors norme, aussi bien Amélie Poulainesque qu’Almodovaresque. C’est dire l’angoisse. Folklore en tout genre, montage publicitaire, succession de courtes vignettes, musique hype omniprésente, inserts diverses bien immondes, le film loin d’être fin cherche avant tout à plaire à tous, déroulant son ramassis de kitcherie, alliant le nec plus ultra du mauvais goût, à l’image de seconds rôles pantins (Diane Kruger en masseuse fisteuse, mon dieu) et une hystérie en roue libre, avec néanmoins quelques idées attachantes, aussi paradoxal que cela puisse être, à croire que l’emphase puisse in fine s’avérer séduisante. Et dire qu’il y avait Guiraudie et Kechiche aux césars pour leur merveille respective et que l’assistance leur a préféré ce machin trop applaudi partout (presse et publique) me laisse coi. Cette hymne aux fofolles hétéro et ce tapage bien gluant pour nous dire que Gallienne n’est pas gai mais qu’il aime sa maman c’est un peu long et vain sur un film. Ça valait un sketch, un spectacle, mais c’est tout.

Le vieux fusil – Robert Enrico – 1975

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Le sang des innocents.

   6.1   Je suis content de l’avoir revu. On va dire que c’est un gros traumatisme d’enfance. J’avais dû le voir trop jeune, j’en avais fait des cauchemars, pleuré, vomi, je pense que j’avais souffert de devoir associer la fiction au réel. J’étais trop jeune pour effectuer le parallèle tout du moins. Enfin du coup j’avais des souvenirs de violences hyper esthétisées (corps maculés de sang dans un église bien mis en lumière, femme brûlée au lance-flamme au ralenti, sa fille déchiquetée par les balles etc…) mais en fait pas du tout. Il y a bien ces séquences, elles sont gravées dans ma mémoire depuis lors, mais je les avais déformées. En fait, le film est assez sobre sur ce point. Pas de ralenti. Pas d’excès à vouloir montrer. Son seul vrai problème c’est sa musique. Mais le reste est assez bien fait dans la mesure où il distortionne complètement la temporalité, je n’avais aucun souvenir de ça. Du coup on peut le voir comme un gros cauchemar à l’intérieur d’une réalité voire y voir le fantasme vengeur. Sinon, le personnage joué par Noiret m’a beaucoup fait pensé à celui du docteur Larcher dans Un village français. Dévoué mais tu sens que ça peut aussi très vite dérailler. Noiret est excellent d’ailleurs. Je m’attendais à ce qu’il cabotine mais en fait non.

Trois hommes et un couffin – Coline Serreau – 1985

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Trois en un.   

   6.2   Hum. Bon allez je me jette à l’eau : j’ai aimé (pas jeter de cailloux stp). Tout d’abord il faut situer le film dans ce qu’il représente pour moi, car je le regardais beaucoup étant petit, je me souviens que j’étais très ému par ce film. Je pensais détester aujourd’hui ne l’ayant pas revu depuis peut-être quinze ans. Et bien pas du tout ! Je le trouve toujours aussi attachant. Bien sûr en terme de mise en scène laissons tomber, c’est du Serreau de toute façon donc on est prévenu. Quoique je ne trouve pas que la réalisation à l’intérieur de l’appartement soit ratée, il y a vraiment des choses intéressantes dans la manière de filmer chaque pièce suivant le personnage et le salon comme un no man’s land. Dès qu’elle en sort c’est là que ça se gâte. Au-delà de ça je trouve les dialogues enlevés, les situations savoureuses même si on aurait aisément pu se passer de quelques aberrations, bien entendu. Mais surtout je trouve que le film est beau sur ce qu’il raconte de la transformation des personnages et leur fierté personnelle à ne pas s’avouer leurs faiblesses. Ce qui me surprend le plus c’est de le voir se jouer admirablement du stéréotype homme/femme et toute proportion gardée ça m’a rappelé Kramer vs Kramer (dans mon panthéon personnel) puisqu’il y a 3 hommes mais on pourrait dire qu’il n’y en a qu’un, aux personnalités multiples. D’ailleurs, la mère s’efface dans les deux cas à la fin, consciente que son enfant est entre de bonnes mains. On peut le voir comme une version bouffonne et couche culotte du film de Robert Benton mais je trouve que outre quelques ratés ci et là (le sachet de came par exemple) le film grimpe vraiment bien émotionnellement. Surprise donc, comme il y a longtemps, ça m’a ému.

Monsieur Klein – Joseph Losey – 1976

31_-monsieur-klein-joseph-losey-1976La métamorphose.

   9.3   Le cinéaste choisit, pour illustrer l’absurdité et le calvaire des déportés de la Shoah, de s’intéresser au destin d’un homme qui n’est pas directement concerné mais se retrouve imbriqué dans cette spirale kafkaïenne d’une identité que l’on dédouble avant qu’on ne la modifie pour l’anéantir.

     La film débute sur une séquence effrayante, aussi frontale que détachée, évidemment absurde, évidemment ignoble, où un médecin et son assistante observent le corps nu d’une femme, en dictant ses particularités afin d’établir ou non sa judéité. Identité placardée comme on montrerait du doigt un animal malade. Humilié, cet homme l’est aussi dans la séquence suivante, lorsqu’il souhaite se faire racheter un tableau par l’arriviste Monsieur Klein, qui marchande l’oeuvre et déclare en réponse aux interrogations de son interlocuteur, que bien souvent il préférerait ne pas dépenser. Quelque part il sous-entend que cette passion de la collection le dévore, qu’il faudrait presque l’en plaindre. Il a autant de respect pour cet homme qu’en a la médecin pour cette femme.

     La guerre est une aubaine pour Monsieur Klein, pour son business. Cette persécution juive l’indiffère sans doute plus qu’elle ne le réjouit, mais inconsciemment elle l’arrange, cela lui suffit à ne pas la considérer. C’est pourtant cette ironie là qui se met progressivement en place, dès l’instant qu’il reçoit, volontairement ou non, le journal des informations juives. On est en janvier 1942 et Monsieur Klein se retrouve bientôt pris pour un possible homonyme après qu’il ait simplement pensé à une erreur, s’en allant en rendre compte à la préfecture, sans imaginer – il est au-dessus de cette éventuelle méfiance – que cette réclamation pourrait ensuite lui devenir préjudiciable.

     Les idées de mise en scène vertigineuses sont nombreuses, aussi ostensibles qu’une déambulation subjective accentuant l’aspect paranoïaque que discrètes, par l’utilisation de l’ellipse ou du hors champ. Dans ce café, le serveur se déplace entre les tables, annonçant « téléphone pour Monsieur Klein » avec une ardoise en mains mentionnant les cinq lettres de son nom. Un nom à la craie sur une ardoise avant de disparaître en poussière, plus qu’une prémonition c’est une fatalité. Une scène dans un château où Klein part à la recherche de l’autre Klein et ne trouve que sa maîtresse, apparemment (car il n’y a aucune certitude dans le film de Losey, à aucun moment) lui demandant l’adresse de cet homme. Le plan montre le visage de la jeune femme lui répondant naturellement en lui donnant sa propre adresse à lui. Le plan se coupe, n’offre aucun contre champ, donc permet d’exacerber le malaise et le vertige. Klein s’efface peu à peu, disparaît au travers même de la mise en scène.

     Tous les personnages qui croisent alors sa route, de son avocat à son propre père pour les plus proches, demeurent suspects à son égard, on ne sait jamais s’ils sont de son côté ou s’ils font parti d’une possible machination visant à son aliénation progressive, le coinçant définitivement dans un problème identitaire qui le dépasse mais qui paradoxalement va lui rendre son humanité. Il est d’abord loin de tout ça, lui qui n’a d’autre préoccupation que de réfuter, aux yeux de la société, sa judéité. Le sort des juifs ne le soucie guère, c’est le sien qui lui pose problème, jusque dans ce véhicule pour déportés où il dit à une femme bouleversée qu’il n’a rien à voir avec tout ça. Peut-être que là, hors champ (toujours) il se rend compte de l’absurdité de cette pensée, de la vraie cruauté du monde. Il lui faudra ces dix dernières minutes : plongé en pleine rafle du Vel d’Hiv, et alors qu’il aperçoit son avocat brandissant le certificat authentifiant son identité, il se laisse enfoncer dans la foule en marche vers les trains, donc vers les camps. Lorsque les portes du wagon se referment sous son nez, le plan laisse apercevoir derrière lui, cet homme à qui il a marchandé ce tableau en début de film. Le tableau de ce compagnon d’infortune, qu’il refusa de laisser saisir par la police lors de la perquisition, dernier lien avec son ancienne identité et témoin de l’émergence de l’identité de substitution forcée, passerelle vers celle qui le conduira probablement vers la mort, vers Auschwitz. Le film a cette intelligence de montrer l’infime frontière existante entre une complicité inconsciente des gens ordinaires et les victimes directes des déportations.

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