Archives pour la catégorie Chad Stahelski

John Wick 2 – Chad Stahelski – 2017

24. John Wick 2 - Chad Stahelski - 2017Killer John.

   6.5   On ne change rien à l’atmosphère du premier volet à ceci près qu’on ira encore plus loin dans le massacre, la chorégraphie des combats et la profusion de gunfights. A un degré d’abstraction fou. En fait, John Wick 2 s’ouvre quasi là où se ferme le premier volet, en nous balançant une bonne dose de bastons bien grasses sans qu’on ne comprenne quoi que ce soit de là où l’on se trouve, géographiquement et narrativement. Comme si le film se laissait le temps de chercher quoi inventer pour ne pas reproduire un schéma similaire au premier film, et que sa seule façon de nous faire patienter c’était de nous abreuver de ce qu’il fait de mieux : des os qui craquent, des corps projetés, de la tôle qui se froisse, des coups de feu, des coups tout court.

     L’ouverture peut être vue comme un brouillon, beau mais sale – Dans un garage, la nuit, avec des personnages sans relief, boss « Stormare qui en fait des tonnes » compris – de l’incroyable séquence centrale – Dans les catacombes de Rome (Les mecs sont vraiment allé tourner là-bas) éclairées de projecteurs colorés pour une soirée concert dantesque, avec des adversaires puissants, charismatiques et des combats circulaires (Rarement vu aussi peu de plans sur des scènes de bastons / flingues) ahurissants. On n’a même pas besoin d’en redemander puisqu’on est copieusement servi comme jamais un film de cet acabit avait été en mesure de l’offrir.

     La suite est un peu dévorée par le souvenir de cette séquence romaine, néanmoins le film arbore deux visages passionnants : la dimension méta, déjà, puisqu’il va jusqu’à faire se rencontrer Keanu Reeves et Lawrence Fishburne, il n’en faut pas plus pour ne pas penser illico à un parallèle Neo/Morpheus et c’est en effet dans ce moule que John Wick s’affirme : Une mythologie qui lui est propre avec des codes, une esthétique, une construction bien identifiée à la manière de Matrix (avec un soupçon de Ghost dog) il y a presque vingt ans.

     L’autre visage dépend de cette affirmation hautement présomptueuse : John Wick c’est notre réel dans lequel on aurait injecté un sérum qui n’en ferait plus qu’un univers du crime. C’est une copie criminelle de notre monde, dans lequel chacun serait un tueur caché, sentinelle portant le masque de l’anonymat (clochard, flic, fonctionnaire…) avant d’être enclenché. Sublime séquence où le caïd fait une indécente mise à prix sur la tête de Wick, comme on le faisait dans les westerns, et où tous les téléphones portables se mettent en branle.

     Surtout, je le répète, cette suite est habitée de quelques séquences savamment chorégraphiées, on a parlé de Rome, on pourrait tout aussi bien évoquer le musée ou le métro (dans une séquence qui évoque aussi un peu Collateral) où chaque scène d’action, en plus d’être étirée sur la durée, l’emporte par sa limpidité d’exécution.

John Wick – David Leitch & Chad Stahelski – 2014

2014-John-Wick-ImagesAshes to ashes.

   6.5   Voilà un film d’action diablement efficace. Sous couvert d’une banale histoire de vengeance, John Wick est un défilé savamment orchestré de gunfights, combats à mains nues et exécutions en tout genre, assez réjouissant pour la simple et bonne raison qu’il ne sort jamais de son statut de série B et surtout parce que l’action est tout à fait lisible, ne se complait jamais dans une surenchère d’effets. On pense à Johnnie To. L’originalité dans l’écriture, c’est la source même de vengeance : Ailleurs, Wick aurait vengé le meurtre de sa femme, point. Ici c’est plus complexe. Quand le film s’ouvre, elle décède semble t-il d’une longue maladie. C’est de sa perte qu’il voudrait matérialiser sa vengeance. Au départ, son défouloir c’est de faire des run avec sa Ford Mustang 69, sa lueur d’espoir un beagle que sa femme lui a offert en guise de cadeau d’adieu.

     Le jour où des voyous entrent chez lui par effraction, lui volent sa voiture et tuent son chien, Wick a enfin son mobile pour se venger. Mais il se trouve que l’un des voyous en question, joué par l’insupportable Théon de Game of Thrones, toujours aussi insupportable ici, est le fils du gros caïd de la pègre de New York. Bref, t’as pigé le truc. Gros carnage à venir. D’autant que Wick, c’est à préciser, est un ancien de la maison, rangé, retraité, il était jadis le nettoyeur le plus efficace. Le film alors aligne les morceaux d’anthologie au moins dans cette boite de nuit, cet hôtel à truands ou la propre maison de Wick, en intro au massacre en marche – Même si je dois bien avouer avoir, comme souvent, du mal avec cette propension à laisser des types en vie, mais bon. Trois premières séquences, trois boucheries et les bases sont posées. Difficile de mémoriser le nombre de cadavres que Wick laisse derrière lui. Le film continue sur sa lancée sans jamais se poser. Je regardais deux épisodes de Banshee la veille, ça ne m’a pas trop dépaysé.

     Outre sa minutie dans la violence, le film est aussi très drôle, notamment dans cet hôtel, no man’s land improbable ou encore lorsque la société de nettoyage se pointe chez Wick après qu’il ait commandé une table et douze couverts. Et dans sa kyrielle d’acteurs/personnages géniaux qu’on a déjà croisé ailleurs : Al Swearengen de Deadwood, fascinant de froideur implacable, les charismatiques Inspecteur Freamon et Lieutenant Daniels de The wire, l’incontournable Willem Dafoe, l’acteur principal du Millenium suédois, bref que du beau monde que l’on jubile à retrouver et qui épaulent à merveille cet improbable come-back de Keanu Reeves. C’est bourrin, certes, mais bordel ce que ça fait plaisir.


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