Archives pour la catégorie Charles Chaplin

Charlot débute (His New Job) – Charles Chaplin – 1915

38Pirouettes et galipettes.

   3.0   Qui me permet de constater que sauf à de rares exceptions (Charlot rentre tard) les premiers essais courts de Chaplin m’ennuient poliment là où ceux de Keaton me fascinent. Quand l’un fait ce chef d’œuvre qu’est Sherlock Jr., l’autre fait His New Job. Chacun leur vision du cinéma, ok, mais je préfère très nettement la dimension poétique de Keaton aux répétitions farcesques de Charlot, car franchement là, 30 minutes de portes dans la gueule, mesquinerie d’audition et grimaces impossibles, c’est un peu long.

Charlot dans le parc (In the park) – Charles Chaplin – 1915

32Le vagabond nonchalant.

   4.0   Un parc, un couple, un pickpocket, une nourrice, le petit ami de la nourrice, un policier. Et Charlot au beau milieu, sans gêne, qui vole, qui se bagarre. Il s’agit du quatrième film de Chaplin pour les studios Essanay (pour lequel il en réalise une quinzaine) et le seul, avec Charlot à la plage, constitué que d’une seule bobine. Chaplin s’amuse beaucoup, enchaine les petits quiproquos, de voleurs volés, conflits croisés, drague lourdingue. Anecdotique mais attachant.

Charlot à la plage (By the sea) – Charles Chaplin – 1915

Charlot à la plageUn grain de sable dans la mécanique.

   4.5   C’est l’un des premiers courts de Charlot, mais comme il en pondait une quinzaine par an entre 1914 et 1917 ça ne veut pas dire grand-chose. Charlot à la plage se déroule donc sur une plage et s’appuie quasi uniquement sur un mono-gag avec un autre plagiste promeneur : Une affaire de chapeaux emmêlés qui déraille jusqu’à la baston, avant l’apparition d’une femme mariée. Pas grand-chose à signaler, c’est mignon sans plus.

The Kid – Charles Chaplin – 1921

18. The Kid - Charles Chaplin - 1921Complices.

   8.0   Revu avec mon fils qui a beaucoup aimé même si ça me semble plus difficile d’accès pour lui d’une part de saisir l’idée de l’abandon puis lorsque le film emprunte vers la fin le circuit du rêve. Dans Le cirque il y avait les animaux ; Dans Charlot rentre tard, il est bourré donc fait le pitre tandis qu’ici c’est plus compliqué cette histoire d’enfant abandonné, bien qu’il soit plus confié qu’abandonné dans un premier temps, mais la finalité est la même : Il est rendu à la rue. Et la rue c’est Charlot, ça a toujours été Charlot. J’ai versé ma larmiche quand la mère, cinq ans plus tard, devenue célèbre et donc riche, pétrie de culpabilité, vient offrir des friandises aux enfants et croise son garçon, sans savoir que c’est le sien. Mon fils apprécie surtout les moments de complicité entre Charlot et l’enfant, quand ils cassent des fenêtres et les réparent (ça m’a fait penser à Ernest et Célestine, avec cette famille d’ours arrivistes et cyniques où la mère est dentiste et le père vend des friandises : Concept encore assez complexe pour un enfant de trois ans) ou plus simplement quand ils mangent. Le film est plus faible lorsqu’il fait intervenir, lors d’une séquence un peu inutile, un enfant bagarreur et son colosse de frère. On a un peu l’impression que Chaplin revient à ses plaisirs de courts, ça fait un peu remplissage. Sans ça je pense que c’était son chef d’œuvre. Surtout pour sa fin magnifique, bouleversante.

Charlot rentre tard (One A.M.) – Charles Chaplin – 1916

1536704_10151922081477106_2050378881_nPourvu qu’on ait l’ivresse.

     7.3   Génial ! Je ne savais pas que Charlot avait fait un film sur un type bourré mais c’est super car ça lui convient merveilleusement, dans la gestuelle, la répétition, l’emphase. Car c’est bien l’histoire d’un mec ivre qui veut simplement aller se coucher. Le film le suit de la sortie du taxi devant chez lui jusque dans sa chambre, c’est tout. Chaque tentative, chaque mouvement se trouvent délicieusement gênés par la vision forcément trouble de Charlot. Entrer par la fenêtre parce qu’on ne trouve pas les clés de la porte d’entrée mais les trouver dans une poche en entrant donc ressortir par la fenêtre pour entrer normalement par la porte. Le film est une succession de saynètes à cette image. Avec de nombreux objets perturbants comme ce pendule, cette table tournante, ce lit récalcitrant. On ne compte pas non plus le nombre d’animaux empaillés qui meublent sa maison occasionnant forcément des gros bad trip plutôt jubilatoires. La séquence apparaissant dans le photogramme choisi est probablement l’une des plus drôles de tout le cinéma de Chaplin. Il nous sort le piolet, la corde de rappel, le bâton de ski pour escalader ses escaliers car chaque fois il se viande. La drôlerie ne vient pas temps de l’utilisation de cette somme d’absurdités mais d’une impression d’illumination, comme si soudainement il se rendait compte qu’il avait oublié son matériel de randonnée pour grimper ses marches.

Les feux de la rampe (Limelight) – Charles Chaplin – 1952

Les feux de la rampe (Limelight) - Charles Chaplin - 1952 dans Charles Chaplin limelight13

Dernier tour de piste.     

   7.8   Sous couvert d’un sens critique aiguisé de la société actuelle atteignant son apogée dans un film comme Les temps modernes par exemple, Chaplin a toujours su garder cette ligne de conduite, ce qui l’a conduit à cette icône mondiale qu’il est devenu, cette arme qui lui permettait de traiter tout sujet, grave ou non, avec une légèreté incandescente, à savoir Le rire. On rit beaucoup chez le cinéma de Charlot, lui qui utilise à merveille comique de situation allié à celui de répétition, sans en abuser. On se souvient de ses aléas sous le chapiteau dans Le cirque où il était poursuivi par un âne à qui Charlot ne devait pas revenir, et inconsciemment ce dernier venait de faire rire la foule qui jusque là s’ennuyait ferme. Cette situation ô combien singulière allait se répéter de nombreuses fois par la suite quand Charlot naïf est engagé dans l’entreprise comme accessoiriste et à son insu se retrouve, chaque soir, dans la position du clou du spectacle. Ce genre de procédés qui ont fait la renommée du cinéaste/acteur, must évident de la comédie cinématographique muette, sont utilisés à outrance suivant un rythme effréné dans La ruée vers l’or, film réalisé quelques années plus tôt, qui demeure à ce jour un sommet de perfection comique.

     Avant de regarder Lime light on pense inévitablement à City lights, les titres sont très proches mais surtout on se dit que le clown Chaplin a aussi des réserves émotionnelles encore inexploitées et qu’un second Les lumières de la ville deviendrait à coup sûr un second immense chef d’œuvre dans sa géniale filmographie. C’est assez amusant de les rapprocher car cette rencontre entre le vieux clown et la ballerine que nous offre Les feux de la rampe dès les premiers instants (il est son voisin du dessus et rentrant chez lui un soir, il sent une odeur de gaz qui s’échappe de chez elle, et la sauve du suicide in-extremis) est similaire à celle dans son presque homonyme de 1931. A la différence que Charlot a vieilli, les rides sont visibles, le visage semble plus fatigué et le pantalon noble et serré a remplacé cette espèce de sac trop grand entouré d’un fil que le vagabond portait à l’époque.

     On le remarque très vite, Lime light est un film sur la vieillesse, sur le clown vieillissant. Calvero a triomphé par le passé grâce à ces talents comiques comme Chaplin a fait naître un Cinéma tout en déridant les zygomatiques. Mais un peu comme Norma Desmond dans Sunset boulevard ils sont tous deux dans une phase inverse de leur évolution continue d’antan. En ce sens à aucun moment je ne vois de clown Calvero à l’écran, je vois Chaplin, masqué peut-être, mais c’est tout. Un type qui semble revivre grâce à cette jeune femme dépressive (n’oublions pas qu’au début Calvero est ivre, car lui non plus n’est plus dans une période triomphale de sa vie) et veut l’emmener au bout de ses désirs, de ses rêves (ce qu’il a pu faire auparavant lui-même), une sorte de retour gagnant par procuration. Car là est toute la difficulté du travail d’artiste clown. Par retour gagnant on n’entend pas seulement le retour sur la scène, mais un retour réussi sur scène, c’est à dire : faire rire le public. Calvero aura eu de nombreuses occasions de l’effectuer ce come-back, toujours au détriment du changement d’ailleurs, se relançant chaque fois dans ses mêmes numéros d’époque, qui maintenant ne font plus rire grand monde. Ce qui le conduira inévitablement à l’échec, donc au mépris des piliers du monde du spectacle et donc à son état d’ébriété dans lequel on le découvre. Quand je disais qu’on pouvait le rapprocher de Sunset boulevard ! Cette notoriété perdue c’est bien cela qui effraie l’artiste, et tout artiste qui se respecte par ailleurs. Heureusement chez Chaplin le bonheur n’arrive finalement jamais seul : Lorsque sa petite protégée a su vaincre sa soi-disant paralysie et qu’elle en arrive sous le feu des projecteurs, semblant devenir reine de Londres, son nom apparaissant sur un grand bâtiment, c’est alors Calvero qui fait sa première partie, ce vieux clown à qui l’on a décidé de laisser une dernière chance. Le public aura conseil de rire quoiqu’il arrive, à la demande de Terryqui pense qu’un nouvel échec le tuerait. Et même sous la mascarade d’une foule en délire (qui semble peu à peu étrangement prendre le plaisir des retrouvailles) Calvero quitte la scène, il a tellement donné que son cœur lâche, pendant que la petite ensuite fait une triomphe total. Une manière de dire, peut-être, que quitter la scène sous de faux applaudissements est toujours plus fort et constructif qu’obtenir un bide. C’est dur de l’admettre, presque enfantin – ce besoin de reconnaissance, même faux – mais c’est cette naïveté, cette candeur qui fait de Chaplin un grand artiste. Cette faculté à ne jamais toisé le public de son ego, l’avoir toujours considérer à sa juste valeur, dans un cinéma simple et drôle.

     Pour répondre à une question que je me posais précédemment : je pense sincèrement que Les feux de la rampe est la réponse parfaite aux Lumières de la ville. Il y a une force émotionnelle dans ces deux films qui reste sans égal dans la filmographie du maître. C’est pour moi ce que Chaplin a fait de meilleur.


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Auteur:

silencio


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