Archives pour la catégorie Christian Petzold

Barbara – Christian Petzold – 2012

68Le rideau déchiré.

   7.1   C’est un très beau personnage. Les films de Christian Petzold sont souvent de grands films de personnages. De générosité, d’abnégation. J’aime essentiellement que le film le montre pour deux choses, pour aider la jeune fille évidemment (même si l’on sent que c’est décidé sur un coup de tête) mais surtout par amour pour son collègue infirmier. A la petite vie pépère de petite femme dévouée à son mari (c’est en gros ce que son homme lui promet) elle choisit sa vie de travail et donne une chance à sa rencontre avec l’autre homme (qui au passage je trouve est un très très beau personnage, il est rare d’en voir des comme ça). En somme je trouve que le film dit beaucoup sur l’émancipation de la femme. Le dernier échange de regard m’a offert de beaux frissons. Quant aux officiers de la RDA ils m’ont fichu les jetons pendant tout le film ces cons, j’en tremblais pour Barbara en permanence. A part ça, j’aime tout particulièrement que ce soit un film au présent, jamais contaminé par le passé sous forme de flashback ou autre. Le passé est continuellement évoqué mais toujours au travers d’une discussion à l’intérieur du film, en totale transparence (dans Essential killing, de Jerzy Skolimowski, que j’aime pourtant beaucoup pour plein de choses, cette idée là m’avait semblé complètement raté). Tout cela apporte une dose de mystère en continu, on ne sait parfois plus vraiment qui est Barbara, ce qu’elle veut faire, ce qu’elle est capable de faire. L’idée du « sentiment » (comme elle dira un moment évoquant le garçon qui a manqué de se suicider) devient quelque chose d’opaque, inaccessible, c’est en elle ou pas, on ne sait plus vraiment ce qu’elle abrite en son intérieur. La scène de la ratatouille est très belle. Et puis il y a ces retrouvailles d’un soir avec son homme (et son absence, et sa rencontre avec sa voisine de chambre, discussion La redoute etc…) où il y a un détachement qui n’est pas ostensible, au sens où la mise en scène de souhaite pas démontrer ce détachement, c’est Barbara qui l’a en elle, c’est son propre détachement. Inutile de préciser combien la mise en scène de Petzold s’accorde à merveille avec ce que le film raconte.

Phoenix – Christian Petzold – 2015

PHOENIX  2013Le retour.

   7.2   Futur classique ? On peut dire que ça y ressemble, en tout cas. Dans le sens noble du terme. Dans le sens où le film semble aussi bien emprunter que répondre, tout en les digérant, aux grands classiques incontestables sur la quête et/ou le double identitaire et/ou la guerre, citons pèle mêle Vertigo, Les yeux sans visage, Le mariage de Maria Braun ou encore Monsieur Klein. On peut considérer que Christian Petzold s’est définitivement extirpé de la Nouvelle vague allemande, dont il était il y a peu encore l’un de ses plus fervents représentants, à l’époque de Jerichow, de Yella. Ce serait oublier que le réalisateur allemand avait démarré avec une merveille – Contrôle d’identité, son plus beau film à mes yeux – qui rappelait déjà beaucoup un autre classique américain : Running on empty, de Sidney Lumet. Il y avait déjà l’ambition du classique, une ampleur narrative, une perfection dans le récit, un jeu de miroir et de culpabilité ô combien maîtrisé. Barbara, il y a deux ans, avait réenclenché cette tendance. Là aussi, on parle d’un futur classique.

     Phoenix déroule sa mécanique scénaristique par le biais d’attributs mise en scénique discrets mais forts. Réalisation transparente, pourrait-on dire. Le film converge en entonnoir de la plus belle des manières, naviguant entre le sublime et l’horreur. Le bonheur d’une part d’une femme qui revit en refaisant miraculeusement connaissance avec son mari. Le dégoût d’autre part de la trahison de l’être aimé, d’un abandon en amont et d’une retrouvaille aux relents douloureusement financiers.

     Nelly revient des camps de la mort, où elle fut laissée pour morte. Défigurée, elle est recueillie par une amie qui l’accompagne dans son rétablissement moral et esthétique, la poussant même, puisqu’elle en dispose le choix, à changer radicalement d’apparence – ce qu’elle refuse. Détail qui aura son importance. On lui reconstitue un visage, pas exactement le sien, mais un qui s’en approche, afin qu’elle puisse revivre et s’en retourner vers Jérusalem. Rétablie après quelques mois, Nelly n’a pourtant qu’une obsession, retrouver son mari, dont elle n’a aucune nouvelle, de vie comme de mort. Elle apprendra entretemps, sans vraiment y croire, qu’il l’avait plus ou moins trahi pour sauver sa peau. Cependant elle poursuit ses recherches au travers des ruines berlinoises et les clubs malfamés, qui vont la mener face à son homme qui ne la reconnait pas mais décèle en elle une maigre et suffisante ressemblance avec sa femme, qu’il croit morte, pour lui demander de la remplacer, afin de toucher son héritage dont il ne peut disposer sans sa signature.

     J’ai parfois eu du mal à y croire, à me faire que cet homme ne reconnaisse pas sa femme, ou ne veuille pas la reconnaître. Ne serait-ce que dans la gestuelle, les odeurs, ça me semble assez improbable. Je pense en fin de compte qu’il faut l’appréhender comme un cauchemar et la mise en scène, hyper inspirée, ne s’en cache pas, par l’utilisation des couleurs, des ombres, des cloisons, des sous-sols. Il y a tout un décor qui convoque les enfers. Et c’est d’autant plus terrifiant et vertigineux qu’il s’agit pour Nelly d’un second cauchemar, en sourdine, après celui vécu dans les camps. J’y crois parce que je crois en sa transformation, corporelle et sensitive. La réalisation s’acclimate à son état de perdition, en naviguant à la lisière du fantastique, au moyen de quelques plans assez mystérieux, ici une silhouette dévorée par une immense baie vitrée, là un corps s’acheminant vers une étrange péniche, providentielle et cruelle. Le film est donc plus symbolique qu’incarné, c’est probablement ce qui m’a souvent gêné. Mais aussitôt qu’il plongeait à nouveau aux confins de cet état de détresse, d’une femme qui n’existe plus qu’au travers de son propre fantôme, le cauchemar sinueux et bouleversant reprend le dessus.

     Le vertige avec lequel Petzold parvient à mettre en scène cette folle histoire de dupes, frise la perfection. Une perfection classique, comme je le disais. Peut-être que l’on décèle en effet un peu trop bien son programme, jusqu’à son attendu et sublime final, peut-être que l’on voudrait parfois que le récit bifurque, surprenne et s’embrase, n’empêche qu’il se dégage un tel équilibre, une telle puissance évocatrice, un tel crescendo dramatique, que j’en suis sorti conquis de toute part, à la fois ému, fasciné et outré.

Contrôle d’identité (Die Innere Sicherheit) – Christian Petzold – 2002

YMCK TIFF

Sécurité intérieure.

   7.8   Le lien de parenté avec A bout de course, de Sidney Lumet, saute aux yeux. Une adolescente vit avec ses parents dans la clandestinité, allant de déménagement en déménagement, d’un pays à un autre, avec comme seul vrai compagnon de route une montagne de faux papiers. Se construire ici et se tenir prêt à tout abandonner en cas de menace est l’unique leitmotiv de leur vie. Point d’acte éminemment terroriste ici, bien qu’on le devine de part le titre original (bêtise de la traduction française) qui fait référence aux réformes gouvernementales allemandes en chasse aux activistes des années de plomb. Le film ne dira rien de plus. Tout est dans ce titre à double connotation, puisque s’il se réfère à ce terrorisme de la RAF, il souligne aussi la situation familiale, isolée et paranoïaque, dans laquelle sont plongés ce couple et leur fille de quinze ans. Le film prend le parti de suivre cette famille dans la clandestinité, quelle qu’elle soit, en filmant ce que Lumet filmait déjà, à savoir ce douloureux moment où l’enfant qui subissait jusqu’ici aveuglément la fuite de ses parents, est en âge de ne plus la subir, de faire ses propres choix, de tomber amoureux. Au détriment de l’amour que l’enfant porte à ses parents, inéluctablement. Le film s’ouvre d’ailleurs sur cette rencontre, une manière de dire qu’elle est le principal sujet du film, voilà pourquoi nous ne saurons rien des actes politiques, puisque tout ce que l’on nous offre à voir se fera du point de vue de cet enfant – Superbe séquence où elle rencontre la fille d’un probable collègue de fuite de ses parents. L’empathie muette qui nait entre les deux demoiselles, victimes innocentes, est très belle. Mais c’est bien cette rencontre au Portugal qui bouleverse tout, avec ce jeune surfeur. Elle ouvre définitivement la personnalité de la jeune femme qui décide de vouloir se faire belle, de vouloir aller à l’école, de ne plus vouloir fuir pour une cause qui la dépasse. Le film se termine un peu abruptement, c’est dommage. Il n’a pas la puissance émotionnelle de son référent mais surtout il me semble en total désaccord avec ce qu’il venait de construire. Mais bon, c’est un infime détail au regard de cette réussite, premier d’une longue liste pour le surdoué cinéaste allemand de Barbara.


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silencio


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