Archives pour la catégorie Claude Chabrol

Les innocents aux mains sales – Claude Chabrol – 1975

35. Les innocents aux mains sales - Claude Chabrol - 1975Sang pour sang.

   6.0   Je pense qu’il faut le prendre comme une énorme farce. C’est d’ailleurs ainsi que Chabrol lui-même définissait Les innocents aux mains sales. Est-ce que ça en fait un Chabrol mineur pour autant ? Pas sûr. Car sous ses textures feuilletonesques de petit polar tropézien grotesque, cette satire bourgeoise prise sous l’angle du thriller domestique s’avère être une machine machiavélique assez jubilatoire, qu’on la prenne pour son intrigue alambiquée (il y a du James Hadley Chase là-dedans sinon du Sexcrimes avec vingt ans d’avance) ou par la somme de ses séquences, parfois improbables (le retour d’un personnage censé être mort, puis d’un autre) parfois truculentes : toutes les scènes avec Jean Rochefort (le seul qui semble avoir compris l’esprit du film) en avocat volubile, sont géniales ou celles avec le duo de flics (échappé des Biches) sont drôles aussi. J’y ai pris beaucoup de plaisir, sans doute car j’y ai vu du Bava ou du Fulci par instants. Et puis j’aime l’idée que Romy Schneider incarne l’unique femme du film – figurantes comprises – à la fois manipulatrice et manipulée, dans un monde d’hommes et une justice d’hommes, brillamment décrit par les derniers mots de l’avocat, qui termine d’en faire un portrait de femme assez touchant et une description d’hommes absolument pathétiques.

Les biches – Claude Chabrol – 1968

31. Les biches - Claude Chabrol - 1968En présence des clowns.

   3.0   Je ne suis pas un grand admirateur de Chabrol, mais j’ai mes préférences, certains films que j’aime beaucoup, et quelques incontournables comme Le boucher, La femme infidèle ou Que la bête meure. Les biches sort dans cette époque-là ou plutôt il les devance d’un an ou deux. J’en espérais beaucoup. Mais j’ai trouvé ça épouvantable, complètement abscons, amorphe, aussi nul que le jeu monocorde de Jacqueline Sassard, que les pitreries des deux clowns de Stéphane Audran, que l’irruption dans le récit de Jean-Louis Trintignant, que cette musique assommante de Jansen. Rien compris. Un film morbide. Sur l’ennui et terriblement ennuyeux, bien que visuellement très beau.

À double tour – Claude Chabrol – 1959

Celui par 10. À double tour - Claude Chabrol - 1959qui le scandale arrive.

   7.5   Troisième film de Chabrol (qui en fera plus de quarante) après Le beau Serge et Les Cousins, mais son premier en couleurs, À double tour est tout d’abord un choc visuel, une merveille de chaque instant dans la composition de ses plans, ses couleurs vives. Mais c’est aussi une entrée en matière idéale pour découvrir Chabrol aux prémices de sa dissection de la bourgeoisie. Le film se déroule le temps d’une journée principalement dans une maison, celle des Marcoux, non loin d’Aix-en-Provence. Une famille engoncée dans ses non-dits, jalousies, folies latentes, fantasmes refoulés, qui va littéralement exploser avec la présence de deux personnages périphériques que sont Léda (la voisine) et Laszlo (Belmondo en parisien libertin, qui fera office de modèle pour A bout de souffle) amoureux respectivement de père et fille. La maison bourgeoise est un théâtre autarcique toxique tant chacun s’acharne à rester pour des raisons de confort et de bienséance, mais la crise advient quand cet ordre menace de se fissurer. Il y aura donc un meurtre. Et l’idée géniale qu’a Chabrol c’est de traiter cela à la manière d’un anti-cluedo en faisant un faux whodunit puisqu’il nous dévoile très vite en un plan, un échange de regards, les tenants et aboutissants. Qui a tué, on s’en balance donc, tant le fruit est entièrement pourri et qu’il faut le jeter. L’intrigue est prétexte à dresser le portrait d’une bourgeoisie confinée, une journée chez les monstres, structurée autour de deux étonnants flashbacks et deux morceaux de Mozart et Berlioz. Brillant et d’une grande modernité.

Masques – Claude Chabrol – 1987

15. Masques - Claude Chabrol - 1987Main basse sur la TV.

   7.0   Un journaliste s’installe chez le célèbre animateur d’un télécrochet – une sorte de L’école des fans avec des vieux – afin de s’entretenir avec lui en vue d’écrire sa biographie. Si on va découvrir peu à peu la vraie personnalité, pas si bienveillante et hospitalière du bonhomme, l’invité aura lui aussi sa part de secret et n’est pas plus biographe que son hôte est bienfaiteur.

     Sans y avoir recours ou presque (son ouverture, sa fermeture et quelques vidéos d’archives visionnées ici ou là) Masques est une formidable satire du monde de la télévision.

     Le film est surtout l’occasion pour Chabrol de faire la peinture d’un lieu – une immense demeure à la campagne – et du petit monde qui l’occupe : une secrétaire dévouée, un homme à tout faire, un couple d’amis, une mystérieuse filleule et une jeune femme qu’on évoque beaucoup mais qui a récemment disparu.

     Philippe Noiret y est génialement machiavélique d’hypocrisie cynique sous couvert d’une éloquence délectable, d’une générosité reconnue et d’une jovialité placardée. Son pétage de plombs lors de la toute dernière séquence est un pur moment d’anthologie. J’ai toujours adoré Noiret. Il y a des acteurs qui en font trop. Il en faisait trop, mais purée ce qu’il le faisait bien.

L’oeil du malin – Claude Chabrol – 1962

19. L'oeil du malin - Claude Chabrol - 1962Hostile.

   6.0   Le sixième film de Claude Chabrol est un objet très sec, rugueux, aussi glacé que son personnage. Plus glacé encore que La femme infidèle, qu’il réalise quelques années plus tard.

     Le journaliste Albin Mercier est envoyé dans le sud de l’Allemagne pour y faire un reportage. Il rencontre le romancier Andréas Hartmann et la femme de celui-ci, Hélène. Il envie d’abord leur bonheur, puis découvre qu’Hélène, en fait, trompe son mari. Espérant obtenir ses faveurs, il essaie de la faire chanter.

     Quasi abstrait, le déroulement se vit aux crochets d’Albin, enfermé dans un univers mental malade, renforcé par une voix off omniprésente, un démiurge tout en ressassements hostiles. Afin d’accentuer cet état vindicatif, le couple qu’Albin visite et auquel il s’attache, échange essentiellement en allemand, langue qui lui est complètement étrangère.

     On pense aussi bien à Plein Soleil qu’à Fritz Lang. Mais l’interprétation est pas au niveau. Jacques Charrier manque vraiment de charisme. Reste une découpe parfois très graphique et une superbe photo signée Jean Rabier. La séquence de la filature pendant l’Oktoberfest à Munich, est géniale, le film prend alors momentanément la roue d’Hitchcock.

Landru – Claude Chabrol – 1963

08. Landru - Claude Chabrol - 1963La barbe !

   2.0   Insupportablement mou et désincarné. Certes Charles Denner fait tout ce qu’il peut pour se donner des airs de séducteur invétéré, de menteur émérite, mimétisant Landru jusqu’au grotesque. Mais ce n’est même pas ce qui s’avère le plus désagréable ici : Incroyable de constater combien chaque personnage féminin est inexistant, robotisé, offert à des actrices superbes qui n’ont strictement rien à défendre. Quant à la reconstitution du temps de la première guerre mondiale elle est indigente, on n’y croit pas une seule seconde, et ce n’est pas en balançant quelques vidéos d’archives à intervalles réguliers que le film y gagne. C’est du téléfilm, du mauvais téléfilm. Pire encore, je suis très gêné à l’idée que le film nous prive des actes, des meurtres, nous obligeant ainsi à voir l’attachant séducteur mais jamais vraiment le dangereux psychopathe. Décidemment, hormis à quelques très belles exceptions près, Chacha et moi c’est pas ça.

La demoiselle d’honneur – Claude Chabrol – 2004

26. La demoiselle d'honneur - Claude Chabrol - 2004La poison.

   4.0   Pas grand-chose à retenir de cet énième Chabrol mineur de fin de carrière, tant on a l’impression d’avoir déjà vu ça chez lui en mille fois mieux. La noirceur formatée de l’introduction est à peine rattrapée par le malaise Bernard Le Coq qui s’immisce à coup de statue de jardin dans le récit familial ni par son virage brusque lié à l’apparition de la vraie problématique du film, incarnée par une Laura Smet qui surjoue la dangereuse, apathique et mystérieuse. Et puis voir Magimel vampirisé par cet amour fou impénétrable (Pour ne pas dire détestable) difficile d’y croire. Il y a un certain savoir-faire, je dis pas, on sent que Chabrol excelle (ou a excellé) à construire sa mécanique de violence sourde dans une semi bourgeoisie cloisonnée sur elle-même, mais bon, on aimerait que ça se dévergonde, que ça se fissure de partout on aimerait voir plus qu’un bout de nichon et un cadavre en putréfaction derrière la porte. En l’état c’est vraiment trop lisse et propre pour éveiller davantage qu’un soupçon de curiosité.

Violette Nozière – Claude Chabrol – 1978

18. Violette Nozière - Claude Chabrol - 1978L’assassin habite chez ses parents.

   6.0   Bon film. J’aime surtout les instants « en famille » sans doute parce que Huppert, Audran et Carmet y sont parfaits. Le reste (Le scénario, le basculement, la procédure) me passionne moyennement comme souvent chez Chabrol, je trouve ça quand même un petit peu trop programmatique.

La rupture – Claude Chabrol – 1970

29Le monstre familial.

   6.0   Je ne suis pas un grand admirateur de Chabrol mais s’il y a bien une période durant laquelle je le trouve au meilleur de son inspiration, c’est bien celle couvrant la fin des années 60 et le début des années 70, de La femme infidèle aux Noces rouges, en gros. La rupture est le film qu’il réalise dans la foulée de son chef d’œuvre, Le boucher. Et c’est un film passionnant autant qu’il est un peu raté dans sa mécanique. Trop froid, trop à distance de ses personnages alors que le film a tout pour être franchement bouleversant : L’histoire d’une femme qui souhaite récupérer la garde absolue de son enfant face à un mari toxicomane et violent, protégé par sa famille, de riches bourgeois qui pensent avoir leur droit sur tout. Tout le début est fort, autant l’introduction d’une violence inouïe que la discussion, très belle, entre Stéphane Audran et son avocat dans un tram. Quand le film se permet de s’étirer de la sorte c’est très beau. Dès que Jean-Pierre Cassel entre en scène, l’espèce de machination qui l’accompagne (Il est engagé par les riches beaux-parents pour trouver La preuve qui permettra à la mère de se faire rejeter la garde par le juge) prend trop de place et brise l’élan dramatique en déroulant les coutures d’un scénario aussi visible qu’alambiqué. Et puis j’ai un problème avec certains points de l’interprétation, notamment le mari (Drouot) ou les vieilles joueuses de tarot. Ça pourrait parfois donner un truc barré à la Polanski mais ça ne prend vraiment jamais. Reste quelques belles séquences malgré tout. Et Michel Bouquet, toujours impeccable quand il s’agit de camper le monstre haut de gamme.

Le scandale – Claude Chabrol – 1967

12987138_10154099321297363_2308914864612121369_nThe Champagne murders.

   4.5   C’est le titre du film lors de sa sortie outre-Atlantique. C’est n’importe quoi, mais j’aime bien. Le film : la première partie est affreuse. Presque aussi mauvaise que Pas de scandale, de Jacquot. Ces deux films n’ont certes rien en commun mais il fallait que je fasse d’une pierre deux coups. Ronet et Perkins cabotinent comme des cochons. La satire bourgeoise chère à l’auteur prend les contours d’une farce lourde et grotesque, où la mise en scène est d’ailleurs d’une pauvreté hallucinante. Bref, c’est chiant comme la pluie, il faut se faire violence pour ne pas couper. Puis le film s’améliore nettement dans sa dernière demi-heure, notamment durant la soirée chez la sculptrice qui permet d’entrevoir de belles idées formelles dans les intérieurs. Il étire davantage, se débarrasse de ses saccades et de son hystérie insupportables ; Et puis il y a Stéphane Audran, invisible, mystérieuse, sexy, brutale. Sublime, quoi. Ça ne sauve pas ce Chabrol, qui se situe vraiment dans sa période creuse, avant ses plus grands chefs d’œuvre, mais ça permet d’en garder un petit quelque chose et d’entrevoir parfois, une porte vers cette merveille qu’est La femme infidèle.

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silencio


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