Archives pour la catégorie Claude Sautet

Une histoire simple – Claude Sautet – 1978

21. Une histoire simple - Claude Sautet - 1978« C’est pas aussi simple »

   9.5   Ce soir-là j’avais prévu de me faire la soirée Romy Schneider sur ARTE et donc de poursuivre sur Portrait de groupe avec dame, d’Aleksandar Petrovic, que je ne connaissais pas, mais je n’ai pas eu la force : Petrovic attendra, Une histoire simple m’a dévasté.

     J’étais persuadé de l’aimer moins que les autres, celui-là. Moins que d’autres Sautet, je veux dire. Sans doute est-ce parce que je ne l’avais pas revu car c’est immense. Immense. Une claque. Sautet dans les années 70 c’est un sans-faute, c’est vertigineux. Si on y compte Les choses de la vie (1970) et qu’on y glisse Un mauvais fils (1980) ça fait sept merveilles. Sept !

     Je me demande même si Une histoire simple n’est pas son plus beau film, en fait, tant il condense à la fois la complexité, la mélancolie, la puissance de chacun de ses films, mais avec une dimension nettement plus féminine/féministe, lui qui était plus un adepte de la psychologie masculine. Cependant, il faut voir comment il filme Claude Brasseur et Bruno Cremer là-dedans, ils sont magnifiques, c’est à chialer.

     Il y a beaucoup d’impalpable dans Une histoire simple. Les couples sont fragiles quand les amitiés, elles, semblent plus invulnérables, capables de traverser des obstacles qui sont parfois des gouffres. « J’aimerais que tu me prennes dans tes bras. Et que tu me sers, fort » demande Marie à Georges, son ami, alors qu’il était jadis son mari, qu’il est le père de son enfant, un garçon aujourd’hui adolescent, et qu’il sera plus tard le père de son deuxième enfant, qu’elle prendra cette fois l’initiative d’assumer pleinement seule. Toutes les séquences entre Romy Schneider et Bruno Cremer sont bouleversantes tant il s’y joue quelque chose qui nous dépasse, nous, spectateurs n’ayant aucune image, certitude de leur passé. On imagine, on rafistole et grâce à la mise en scène de Sautet et au jeu magnétique de ses deux magnifiques comédiens, on comprend l’intensité de leur relation.

     C’est terrible car c’est un doux miroir de ce qui se joue entre Marie et Serge, entre Romy Schneider et Claude Brasseur, notamment cette séquence d’aveu et d’affrontement, avec cette dose de désespoir et de frustration que chacun renferme, dans son détachement, sa tristesse, son mutisme. Même Sautet dont c’était la spécialité, n’avait pas écrit de si beaux personnages pour ses acteurs, il me semble. Le « Je sais que c’est fini mais j’y arrive pas » de Brasseur, avant qu’il n’entre dans la comédie, qu’il ne se donne en spectacle, pour se protéger, c’est bouleversant.

     C’est peut-être le film de Sautet le plus proche de la vie, en fin de compte, d’une forme d’authenticité – au sens large – des relations, des fragilités, de la façon dont on appréhende une douleur. Il y a Jérôme, cet homme (apparemment pas un personnage important du récit, mais il devient pivot, parce que seule Marie est confrontée à l’entièreté de son désespoir : la scène des médicaments, évidemment) qui s’engouffre dans des pulsions suicidaires après un licenciement sous prétexte qu’il était moins performant. Il y a ce couple séparé qui continue de se voir comme des amants. Cette femme qui choisit d’avorter et de se séparer dans la foulée de l’homme qui l’a mise enceinte parce qu’elle ne l’aime plus. Il y a la mort qui surgit comme un coup de hache. Il y a la vie qui reprend son cours, imperturbable malgré la montagne de fêlures. Il y a une réunion dans une maison de campagne – de celles que Sautet aimait tant filmer : la douceur d’une baignade ou d’un diner guetté par la dépression d’un homme et les accrochages idéologiques de quatre femmes. Il y a une discussion entre amies dans une cuisine qui se poursuit sur une dispute et s’achève dans les larmes puis une crise de fou rire. Il y a cette nouvelle grossesse qui débarque là de façon aussi inattendue que la discussion sur l’avortement nous happait en introduction – Trois ans seulement après le vote de la Loi Veil, hein, quand même.

     C’est un film pour Romy Schneider mais c’est surtout un nouveau  Vincent, François, Paul et les autres dans lequel on aurait remplacé ces quatre prénoms masculins par quatre prénoms féminins. C’est comme si Sautet nous donnait à observer davantage les compagnes, maintenant. On retrouve beaucoup de ce film dans Une histoire simple. Mais à la profonde mélancolie des garçons répond la robuste solidarité des filles.

     Et puis il y a cette fin, incroyable, dans laquelle Marie rayonne sur une chaise longue, en plein soleil, maitresse de son destin. D’une part car elle répond évidemment à la scène d’ouverture dans laquelle on la découvre lors d’un entretien avec un médecin, juste avant de se faire avorter. D’autre part car elle offre une nouvelle décision pour Marie, une nouvelle prise de pouvoir, d’indépendance. C’est un grand film sur le choix (de la femme). Sur l’émancipation. Et c’est d’une limpidité, d’une intensité et d’une beauté, c’est déconcertant.

     Bref, ça m’avait échappé jusqu’à maintenant : c’est un chef d’œuvre, déchirant.

Garçon ! – Claude Sautet – 1983

cr,640,450-f9d3bbRêves multiples.

   5.0   C’est un film sur les couples fantômes. La majorité du film se déroule dans une brasserie parisienne où l’on suit l’effervescence du service, d’une table à une autre, de la salle aux cuisines. Le reste s’intéresse surtout au personnage campé par Yves Montand, en plein chaos sentimental alors qu’il voudrait se lancer dans une autre folie : La création d’un parc d’attractions en bord de mer. Les deux mouvements, intimes et professionnels, s’annulent et se rapprochent, créant quelque chose d’informe, éphémère, épileptique. Le film capte bien cette drôle de respiration. Trop. Les interactions n’ont pas grand intérêt, autant entre les garçons de café que dans les apparitions des multiples conquêtes. Montand cabotine, comme à son habitude et dévore ainsi tout le reste du casting, sans relief. Dommage qu’on ne voit pas suffisamment Villeret car c’est le seul personnage qui méritait un vrai intérêt. C’est un petit Sautet, dispensable, qui se suit néanmoins notamment parce qu’il parvient à dépeindre brillamment, en quelques plans bien orchestrés, cet univers de brasserie avec son sens de la mise en scène habituel.

Quelques jours avec moi – Claude Sautet – 1988

16316_10152350273337106_4368018241820470037_nL’amour par-terre.

   5.5   C’est un Sautet moyen dans l’ensemble. La première demi-heure est superbe, du pur Sautet, fascinant et magnifiquement écrit puis ça retombe et s’embourbe dans un truc chic et trop foutraque pour lui.

Un coeur en hiver – Claude Sautet – 1992

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Les sentiments.

   6.0   J’aime assez. C’est un bon Sautet, mineur mais bon. J’ai toujours un problème avec Auteuil bien qu’il campe ici un personnage fascinant, luthier dépourvu de sentiments. Le film suit sa rencontre avec la compagne violoniste de son meilleur ami dont on croit qu’ils s’amourachent mutuellement. Le chant contre le silence. La passion contre le marbre. C’est déstabilisant et finalement complètement sombre. Le plus désespéré des films de Sautet je pense. Même s’il lui manque tout de même quelque chose, enfin disons qu’il est loin d’égaler ses chefs d’œuvre.

Les choses de la vie – Claude Sautet – 1970

18783633Je t’aime, je t’aime.     

   8.5   Ce pourrait être ça les choses de la vie selon Sautet, un accident de voiture. Une jaguar lancée à pleine vitesse qui tente d’éviter un camion qui a calé et s’en va faire des tonneaux dans le fossé. Six secondes où tout bascule. Piccoli le premier, réduit à l’état de marionnette désarticulée. Mais le cinéaste utilise cet événement pour saisir chaque petits instants qui marquent l’existence. Piccoli est là, allongé dans l’herbe, sur le point de mourir et se souvient. C’est avant tout une double liaison. Ce sont des problèmes professionnels. Des rencontres. Des moments intimes. Tout se mélange, se confond. L’accident s’insère ici ou là. Certaines personnes apparaissent puis réapparaissent. D’autres sont là alors qu’ils ne devraient pas être là. La moitié du temps ce seront des souvenirs qui démarreront en voiture comme si l’accident les reliait inévitablement. Il y a aussi cette histoire de voyage. Cette histoire de lettre. Piccoli doit s’en aller avec une femme, quitter l’autre. C’est une mémoire sélective, presque aussi brève que ces six cruelles secondes. Lorsque l’une trouvera la lettre – qui était ce à quoi il pensait le plus avant la fin – qui ne lui était pas destinée, elle la déchirera, préservant l’amour, la tristesse infinie de sa concurrente. Somptueux. C’est le fait d’avoir opter pour une non-explication des évènements qui rend le film passionnant. Il n’est pas simple de tout remettre en ordre, il n’est pas utile de le faire d’ailleurs. Comme il n’est pas simple de différencier la femme de la maîtresse. Tout simplement car il s’agit d’un film de sentiments, de pulsions retranscrits tel un patchwork mémoriel. Ce sont seulement des bribes d’existence dans la tête d’un homme aussi chamboulé durant ces six secondes fatidiques que pendant toute sa vie.

Max et les ferrailleurs – Claude Sautet – 1971

Max-et-les-FerrailleursLa peau de Max.     

   8.0   C’est une enquête de police vécue comme une tragédie grecque. Max est un flic sans scrupules qui débusque ses proies méthodiquement en ne faisant aucune concession. En cherchant à remonter aux sources d’une grosse crapule il va tomber sur un ami d’antan, qui connaît probablement le bonhomme, qui fait du business bas de gamme. Max va l’utiliser, sans remords. Et de fil en aiguille, aussi par l’intermédiaire d’une prostituée qui fait partie de la bande, il va réussir à les embarquer dans un hold-up. C’est l’obsession du flagrant délit, dira l’un des personnages. Max a perdu une bataille, du temps où il était juge, pour faute de preuve. Etre passé flic, c’est sa revanche, il a maintenant toutes les cartes en main et n’hésite pas à utiliser toute son intelligence de ripoux. Si le désir ultime de voir tous ces minables au trou paraît indétrônable, Max a pourtant une faille. Il va tomber amoureux de Lilly, la prostituée. C’est dans ce cheminement relationnel que Sautet réussit un truc remarquable. Max semble impassible au départ, tout droit sorti d’un Melville, puis sa sévérité se délite. On le voit apparaître sur son visage. Les traits se creusent. Il n’y a plus certitude mais hésitation métaphoriquement reproduite par un possible bouleversement dans les plans de la petite bande, qui en arrive à prendre les armes. Max perd peu à peu le contrôle. Il devient humain en quelques sortes. La fin et ce hold-up qui forcément tourne mal puis le tête-à-tête avec Lilly en larmes et pour finir sa discussion avec ce petit flic indic, au départ simple marionnette, qui dorénavant maîtrise la situation en dit long sur le changement de Max, dont la mécanique professionnelle a été écrasée par les sentiments.

Nelly et Monsieur Arnaud – Claude Sautet – 1995

Nelly et Monsieur Arnaud - Claude Sautet - 1995 dans Claude Sautet 19044906

Brève rencontre.     

   6.0   On a connu Claude Sautet plus inspiré, néanmoins son film est intéressant sur de nombreux points. Comme son titre le suggère c’est un film sur deux personnages, mais à double consonance. C’est tout aussi bien un film sur Nelly et Monsieur Arnaud, qu’un film sur Nelly ainsi que sur Monsieur Arnaud. L’un peut aller sans l’autre, même si l’on est en droit de se demander s’ils ne se font pas grandir mutuellement l’un et l’autre. Quoiqu’il en soit ce sont deux personnes d’apparence complètement opposée, il est riche, elle galère financièrement, il a le poil gris, c’est une jeunette, il aime raconter sa vie, elle est très secrète, deux personnes rapprochées par leurs antagonismes, comme s’il y avait une pression magnétique qui ne serait autre ici que le désir commun de faire le ménage dans sa vie.

     Nelly rencontre M. Arnaud par hasard, à un café. Elle partageait une table avec une amie qui a demandé à ce dernier de les rejoindre, et s’absentant un instant elle laisse nos deux protagonistes ensemble. Brève discussion, des banalités, mais Arnaud, très curieux voir insolent, apprend de la jeune femme qu’elle a des loyers de retard et que son homme ne l’aide pas, situation délicate qu’il se propose de combler. La jeune femme refuse, d’abord, puis quitte son mari et accepte. C’est le début de sa nouvelle vie.

     Ce qu’il y a de passionnant c’est cette rencontre, et ce lien qui unit les deux personnages. Si lui a très vite une avance sur elle, pour ce qui est de connaître la vie de l’autre, elle ne va pas tarder à se rattraper. Lui voyant cela comme une aide bienvenue, elle comme un dédommagement aux miraculeux trente milles balles qui la sortent du désastre, ils vont travailler ensemble. Lui qui a besoin d’une main pour qu’on lui écrive par traitement de texte un manuscrit qu’il semble avoir écrit depuis belle lurette, et de quelqu’un a qui parler, qui serait en mesure d’apporter une opinion critique à son récit. C’est à partir de cet instant, soit l’intrusion de cette femme dans la vie de cet homme, que le film prend réellement forme. C’est l’occasion d’une part de profiter de l’excellent talent d’acteur de Michel Serrault, impeccable (même si Béart n’est pas en reste, mais plus renfermée, avare en paroles) mais aussi de cette toile tissée autour de ce personnage. Cet homme mélancolique qui se complait à raconter son passé, cette femme qu’il a aimé qu’il n’a jamais réussi à quitter, cet homme (Lonsdale de passage) avec qui il a fait des affaires après la guerre. Il voudrait débuter une nouvelle ère, symbolisée par cette bibliothèque qu’il veut se séparer, ce bouquin qu’il voudrait terminer pour de bon. Comme si la mort rodait, pas loin – ce mal de dos récurrent. Nelly a besoin de cet homme pour modifier sa vie – elle ne la change pas, elle la chamboule, mais reste très terre à terre – tandis que Arnaud a besoin de la jeune femme pour en commencer une autre. C’est un peu le maître mot final : ce grand voyage avec comme point d’orgue de revoir le fiston oublié, ce retour à la routine mais en ayant tout bouleversé.

     L’éventuel rencontre amoureuse peut-être évoquée de manière sous-jacente dans le film. Elle n’est pas explicite mais elle paraît évidente, comme en témoigne cette étreinte finale qui n’aura d’autres répercussions que la réussite dans ce combat respectif contre l’oubli et la routine régressive. Mais peu importe qu’il y ait ou non un sentiment amoureux, une jalousie mutuelle, il y a dans cette relation quelque chose de formidable qui est au-delà de cela même, une relation presque spirituelle, un développement parallèle mutuel.

Vincent, François, Paul et les autres – Claude Sautet – 1974

19849199Ensemble sinon rien.

   8.0   Sautet fait s’entrechoquer une bande d’amis dans leurs amitiés profondes, les problèmes de couples, les problèmes au boulot. En somme, ce sont les aléas d’une vie, ici de plusieurs vies, toutes plus ou moins liées par une amitié sincère qui menace parfois de se distendre.

     Le début de film et cette partie de foot suivie de cet incendie de cabane, montre les liens très forts entre les uns et les autres, principalement masculins, tout en laissant entrevoir des différents dans les couples (cf. celui de Piccoli).

     Puis on s’attarde sur ces vies : Montand aux prises avec des dettes énormes dans sa société de menuiserie, tout en digérant mal le départ de sa femme ; Piccoli dont le couple va mal ; Reggiani sans doute écrivain en mal d’inspiration ; Depardieu menuisier qui croit vouloir faire de la boxe.

     Un joyeuse bande de gais lurons dont l’amitié éclate réellement au grand jour devant ce sublime match de boxe, où les regards sont à la fois passionnés et dans le vide. Evidemment ces relations n’existeraient pas sans ces engueulades, parfois grandes comme durant cette scène culte où Piccoli passant ses nerfs sur le gigot, le fait ensuite sur ses amis, et pas avec le dos de la cuillère.

     Les femmes ici ont l’air d’aller de l’avant, plus courageuses elles savent dire non, oublier le passé et rebondir. Elles sont plus adultes. Les hommes sont très nostalgiques, sont davantage occupé à tisser leurs liens superficiels qu’à oser refuser la demande d’un pote (les lettres de Montand), et ne font jamais table rase du passé, au mieux ils ne font qu’en parler, du coup il leur manque le truc qui les fera grandir, rebondir… probablement ce match de boxe.


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