Archives pour la catégorie Clint Eastwood

Sully – Clint Eastwood – 2016

26L’étoffe d’un héros.

   7.8   Doublé de l’éternelle interrogation eastwoodienne sur la figure du héros, Sully est une merveille de biopic dépouillé, construit comme un doux cauchemar éveillé qui se répète et se déforme, un feel good catastrophe movie comme seul Eastwood pouvait en offrir. Le film s’ouvre d’ailleurs sur un cauchemar : On est dans le cockpit de l’avion, Tom Hanks est aux commandes, comme prévu, sauf qu’il rase les buildings, la chute semble imminente et… l’avion s’écrase. Le film a déjà réussi à nous secouer en trente secondes d’un faux crash. Quand le pilote se réveille on imagine que cette vision inconsciente agira comme une prémonition, façon Destination finale, mais Eastwood est plus intelligent que ça. En fait, ce rêve intervient après son amerrissage miraculeux, Chesley Sullenberger est assaillis par les doutes. Car malgré l’issue héroïque, l’affaire du vol 1549 US Airways soulève tout un tas de questionnements, que la commission d’enquête ne manque pas de rappeler. C’est que Sully a choisi, dès l’instant que les deux moteurs de son avion sont hors service, d’amerrir sur l’Hudson tandis que chiffres et simulations le contredisent : L’avion pouvait un, revenir à La Guardia, deux, atterrir en urgence à l’aéroport de Teterboro, dans le New Jersey. Et Sully, bien qu’acclamé héros par la population doute de son choix, du bien-fondé de sa prise de risque (Il avait entre ses mains et ses choix la vie de 155 passagers) c’est toute la complexité d’un film qui ne crée pas réellement de camps (Les inspecteurs de la commission eux aussi font leur boulot) mais gomme la traditionnelle figure héroïque du film américain, lui donne cette épaisseur moderne que Zemeckis offrait au sien dans Flight que certain ne manqueront pas de rapprocher de Sully. N’importe qui se serait planté avec un sujet pareil – Comme n’importe qui se serait planté avec American Sniper entre les mains. Mais pas Eastwood. Qui prouve 86 balais au compteur, qu’il est encore un grand humaniste capable de créer un héros ordinaire (Qui a fait le job tout en ayant le réflexe lucide de faire mieux que le job – Il est l’anomalie qui mène au miracle) et de donner un visage à chacun de ceux qu’il a sauvé – Sublime scène téléphonique père/fils séparés par le fleuve. Les séquences en avion sont d’une puissance hallucinante alors qu’elles sont très simples dans leurs enchaînements, idem pour les effets spéciaux et idem pour New York filmée comme on l’a rarement vu. Et la construction qui pourrait être hasardeuse et foutraque s’avère brillamment orchestrée et pertinente. Grand film.

American sniper – Clint Eastwood – 2015

AMERICAN SNIPERSheepdog in the sandstorm.

   6.6   Je ne comprends pas trop les motivations de cette polémique générale envers le dernier Eastwood. Dire qu’il est ambigu, d’accord, mais ce n’est pas comme si son cinéma ne l’avait jamais été. Depuis son passage devant la caméra de Siegel dans Dirty Harry jusqu’à son diptyque sur la bataille d’Iwo Jima, le cinéaste républicain a toujours attiré les foudres. Non pas que son cinéma soit de morale douteuse mais qu’il ne se contente aucunement de placarder des discours antimilitariste ajustés qu’un spectateur du dimanche soir s’attend à recevoir.

     J’admets avoir un peu lâché Clint ces dernières années, parce que cette somme de films classiques un peu trop suffisants me satisfait moins, au point de ne pas m’être déplacé pour Jersey boys, son cru 2014. Je le regrette. Allez, je m’emballe, évidemment, mais je pense qu’American sniper est le meilleur film d’Eastwood depuis Mystic river. Voilà, c’est dit. Je me sens mieux.

     Ce que le film raconte sur la transmission est passionnant. Ce n’est même que ça puisque d’enfants, il en est question en permanence : De celui que Chris Kyle était (très beau flashback parallèle introductif) à celui que sa femme attend, aux enfants qu’il a parfois dans son viseur. Et ces enfants, qu’ils soient issus du Texas profond, pas bouseux hein Chris y tient, ou plongés au milieu d’un champ de guerre, sont élevés dans la violence et dans le culte de sa réussite. Le film s’achève d’ailleurs sur une autre transmission, une autre absurdité, la mort du tireur d’élite des Navy SEAL, par un vétéran américain. Lui que l’on surnommait The legend, pour toutes les vies américaines qu’il avait sauvées et vies ennemis (160 parait-il) qu’il avait volées. Quant à ce surnom exagérément héroïque, le tireur ne s’en accommodait pas. Et tout le film parle de ça. De ce décalage perpétuel entre ce qu’il veut être et ce qu’il est aux yeux des autres. De cette certitude quant à son engagement troublé progressivement dans son cheminement intime, du retour du front de son petit frère défait qui l’ébranle aux dommages qu’il subit quotidiennement mais qu’il ne veut accepter.

     On a souvent employé cette expression passe partout de « film dénonçant l’absurdité de la guerre » notamment lors des nombreuses œuvres autour de la guerre du Vietnam. Et je pense qu’American sniper, même si ambigu, mais subtil dans son ambiguïté, se situe dans cette veine là. Et c’est d’autant plus tangible ici que le film me parait être une sorte de point culminant du cinéma sur la guerre absurde, dans la mesure où son personnage, dont le film prend le parti de suivre l’intégralité de ses mouvements derrière son viseur comme au sein de sa vie privée, de laquelle il n’est bientôt plus que le fantôme de lui-même, est condamné à associer n’importe quel bruit quotidien aux horreurs qu’il a traversées, à entendre un brouhaha guerrier permanent même lorsque la télévision est éteinte (superbe plan dévoilant cette masse guerrière tétanisée devant cet écran vide).

     Si le film ne prône aucunement le nationalisme belliqueux et encore moins la glorification des héros de guerre, il ne s’aventure pas non plus sur le terrain politique et s’il utilise les attentats de Nairobi puis l’effondrement des tours jumelles comme prétexte au conflit Irakien c’est moins une question de raccourcis que parce qu’il s’aligne sur les impressions limités de son personnage, qui ne fait que répondre aux loups en chien de berger, comme son père lui a inculqué et comme il inculquera aussi à son propre fils.

     Les images d’archives finales bien qu’assez gênantes dans leur apparente distribution de larmes et de lauriers crée autre chose : la sensation que la société américaine vénère moins ses vivants que ses morts, qu’elle préfère tout construire sur des ruines et du sang. Rester le chien de berger qui protège ses brebis, le fort qui vient au secours des faibles. Une société en guerre dès la naissance. Que le film fasse de Chris Kyle un bon chien de berger bas du front, qui n’a aucune conscience politique et qui construit une famille pour créer d’autres chiens de berger est sans équivoque à mon sens. C’est le portrait d’un paumé issu du rodéo, qui n’a d’autre ambition que de servir sa patrie, protéger les siens contre cette barbarie qui selon lui sont les autres.

Le retour de l’inspecteur Harry (Sudden impact) – Clint Eastwood – 1984

sudden-impact---le-retour-de-l-inspecteur-harry_9099_33011Come-back éternel.    

   2.8   Il est intéressant d’observer combien la présence d’un metteur en scène respectable à la tête d’une série B ou d’une machine à suite comme c’est le cas ici, peut changer l’atmosphère générale qui poursuit cette chaîne de films. Sur ce point là, un réalisateur comme Tarantino me semble le meilleur moyen d’illustration, reprenant les codes de sous-films ou de films sans importance, de la série B aux drives movie d’antan pour les détourner, en faire un nouveau genre, ce qu’à mon sens un type comme Rodriguez ne sait pas faire, lui qui préfère tirer du sous-film un autre sous-film.

     La saga des Inspecteurs Harry, démarrée sous le joug de Don Siegel se poursuit maintes fois et même plus tard avec The dead pool, sans réel intérêt. L’intérêt de Sudden impact c’est Clint Eastwood. Pas devant la caméra, c’est comme James Bond il s’en sortira toujours, mais derrière, celui qui réalise. Première fois que dans cette saga il y a une attention portée aux grands espaces, aux villes qui englobent les personnages, à l’écoute d’un personnage qui a un drame à raconter. Sudden impact prend donc davantage son temps que les autres.

     C’est la seule chose dans ce film qui m’intéresse un peu : déceler un semblant de mise en scène. Le reste est cousu de fil blanc. Enième histoire de vengeance. Enième apologie de la justice par soi-même. Enième accablement des grands méchants, tous plus répugnants les uns que les autres. Enième procès de l’inefficacité de la police. C’est aussi la première fois que tout assimile Harry à la raison et la clairvoyance, comme s’il était quoi qu’il arrive la victime d’une machination à l’échelle mondiale – Des hommes sont d’ailleurs envoyés pour le tuer par ordre d’un gros truand en prison qu’il a auparavant fait coffrer. En plus de cela Harry est désormais affublé d’un bon gros chien baveux et pétomane qui amène une touche de drôlerie dans cette ambiance glauque et vénéneuse.

     Et cette fois le film se concentre sur cette jeune femme qui se venge des ravisseurs qui les ont violés dix ans auparavant, elle et sa sœur, la dernière, devenue légume muet, ne s’étant jamais remise de l’horreur. Comment ne pas définitivement nous mettre du côté de la jeune femme et donc de Harry avec tout ça ? Et le film se terminera sur le camouflage d’une vérité qui en dit long sur le cinéaste lui-même, réac au possible, qui à l’époque, encore poursuivi par les codes binaires du western, ne se posait pas les bonnes questions.

Au-delà (Hereafter) – Clint Eastwood – 2011

Au-delà (Hereafter) - Clint Eastwood - 2011 dans Clint Eastwood AuDela1

Collision.    

   5.2   On a connu Clint Eastwood nettement plus inspiré, plus intense, profond, émouvant aussi. Mais quoi qu’on en dise, il y a quelque chose de beau dans ce mineur – mais un peu à contre-courant de sa filmographie récente – Au-delà. Disons qu’il y a eu le Clint des grands jours dans les années 90 avec ce qui resteront comme ses deux chefs-d’œuvre, Un monde parfait et Sur la route de Madison. Puis il y a eu deux moments forts dans les années 2000, bien qu’un peu en dessous, avec Mystic river et Million dollar baby. Clint fait souvent des films très écrits, peu subtils qui me laissent parfois de côté, L’échange en est l’exemple parfait. Ou alors il veut parler de l’Histoire et ça ne fonctionne pas bien, le diptyque sur Iwo Jima ou encore le très faible Invictus sur Mandela. Je préfère quand il fait des come-back touchants comme ce fut le cas avec Gran Torino, Clint avait un peu rechausser les crampons de la bonne époque en somme. C’était un beau film. Mais voilà, je me rendais compte chaque fois d’une baisse de motivation me concernant à aller voir les films du bon vieux Eastwood. Parce que tout est propre, maîtrisé. Et même s’il surprenait dans les choix variés de ses films, il n’y en a finalement qu’un seul qui me plait chez lui, lorsqu’il y met de lui, vraiment, pas comme dans ses fictions impersonnelles comme L’échange ou Créance de sang. Clint divise à nouveau avec Au-delà et bien que j’y allais à reculons, c’est rien de le dire, au vu de la bande-annonce, et bien je suis plutôt agréablement surpris dans l’ensemble. C’est un film honnête. Avec Gran Torino c’était l’adieu du vieux maître, ce film aurait pu faire figure de petit dernier dans sa filmographie. On était ravi, la boucle était bouclée. Pas même un an plus tard sortait le suivant. Et encore un an plus tard sort ce film-là, qui regroupe assez bien les thématiques du cinéaste, mais qui n’avait jusque là pas autant parler de la mort. Il s’interroge, c’est très touchant. Toujours ces traumatismes de l’enfance en filigrane, cette fois ci à des niveaux différents pour chacun des personnages. Ce n’est jamais larmoyant, c’est classique, c’est du Clint Eastwood, et c’est en fin de compte plutôt beau. A l’aide d’un montage alterné, il propose de suivre trois personnages principaux qui n’ont a priori rien en commun, si ce n’est d’être confronté à la mort, plus que les autres. Une femme qui échappe de peu au tsunami en Indonésie. Un jeune garçon qui perd son frère jumeau lors d’un accident. Un homme, médium, qui peut entrevoir l’au-delà et saisir des mots, des gestes de l’au-delà concernant une personne à qui il a touché les mains. Comme ça on dirait du Inarritu. Mais en fait pas vraiment. Ce n’est pas l’histoire qui est au second plan pour en faire ressortir les fulgurances du montage et les prouesses offertes par les pièces du puzzle, mais c’est bien l’histoire, comme toujours, qui intéresse avant tout Clint Eastwood. Ou plutôt, ce qui découle de cette histoire, comme si le cinéaste faisait son film à mesure que ses personnages progressaient, à mesure que cette femme tente de retrouver cet état entre-aperçu durant quelques secondes où elle a eu des visions d’autre chose, à mesure que ce garçon avance aux côtés de son frère disparu espérant un jour encore pouvoir lui parler à nouveau, à mesure que cet homme tente de reconstruire sa vie se privant volontairement de ce don qu’il considère comme une malédiction. Le problème du film c’est qu’il est très inégal, ce qui ne l’empêche pas d’être dans l’ensemble passionnant, et puis doté de plus deux heures que l’on ne voit pas passer. La partie qui concerne George Lonegan (Matt Damon) est un véritable plaisir. L’installation et le très beau rôle de l’acteur qui joue son frère. La rencontre avec cette jeune femme lors des cours de cuisine, que le cinéaste pousse jusque chez George où s’ensuit une longue discussion autour de ce don embarrassant, entre discrétion d’un côté, curiosité de l’autre, c’est peut-être ce que Clint a fait de plus beau, en terme d’écriture de dialogue, de durée de scène depuis bien longtemps. Parce que ça se passe dans un salon, une cuisine et pourtant c’est superbe. Sans compter que passé cet épisode, qui se terminera mal, et dont on se doute d’ailleurs que c’est un épisode parmi tant d’autres dans la vie du médium, condamné à la solitude, coincé par un truc auquel il ne peut échapper, et bien la jeune femme disparaît, on ne la revoit plus. Clint détruit la beauté de cette rencontre en une pauvre seconde. Concernant la partie française, que je trouve correct dans l’ensemble, c’est malheureusement cousu de fil blanc. On s’attend à presque tout. La réussite tient là dans la beauté des personnages encore une fois. Et j’aime le passage en Suisse, il ne fait qu’affirmer les convictions du cinéaste, clairement athée, qui chie sur toutes les religions durant tout le film. La partie londonienne est en revanche pas loin de m’exaspérer, tant je trouve l’histoire d’un banal presque sans intérêt, et surtout le jeu du petit bonhomme complètement vide. Ça ne me touche pas pour un sou. J’aime la fin en revanche. Pas ce morceau de film où Clint nous fait passer quelques secondes dans la tête de George qui se voit embrasser la jeune française dans un futur très proche, que c’est mauvais ça, mais la fin dans son ensemble, la rencontre des trois personnages, la séance avec le garçon et le tout dernier plan. Après il y a plein de petites choses qui me gênent ci et là, déjà je ne vois pas l’intérêt de montrer quarante fois une espèce d’au-delà tout pourri, alors qu’ensuite on entend Marie (Cécile de France) dire qu’elle s’y est sentie en apesanteur, qu’elle a tout vu à 360°, franchement j’aurai bien aimé voir ce qu’elle a vu, nous on voit une image dégueu blanche et noire limite flippante. Concernant les dialogues qui suivent les visions, qui auraient pu être d’un ennui profond, ils sont au contraire passionnants, qu’il s’agisse du mystère autour de June (première séance avec un ami du frère), de la révélation trash et bouleversante autour du passé de Mélanie, ou encore l’émotion qui découle de la discussion entre Jason et Marcus dont George est l’intermédiaire. Il y a quelque chose d’Un monde parfait qui passe entre le médium et le garçon, un rôle subtil de substitution père/fils. En tout cas j’aime ce que cherche Clint Eastwood, ce qu’il tente de dire sur ses obsessions, ses angoisses, parce qu’il a l’air de les vivre avec une plénitude, une sérénité, peut-être même une curiosité que je trouve extrêmement touchante. Voilà, ça ne me marquera pas outre-mesure, car encore une fois le film m’a très peu touché à l’intérieur, c’est plus la démarche elle-même qui me touche, mais dans l’ensemble je suis agréablement surpris.

Invictus – Clint Eastwood – 2010

Invictus - Clint Eastwood - 2010 dans Clint Eastwood invictus-de-clint-eastwoodGod Defend New Zealand.

   3.1   Moins d’un an après le très beau Gran Torino Clint Eastwood s’attaque au rugby et tout particulièrement à l’influence majeure de Mandela sur la coupe du monde et l’union fédératrice qu’elle s’apprête à créer. Comme pour L’échange le cinéaste embraye une nouvelle fois vers un ton plus impersonnel qui à mon sens ne lui va pas beaucoup. Pourtant il y a de l’engagement. On y évoque bien entendu l’apartheid. Mais c’est tout, absolument rien d’autre. Tellement obnubilé par son unique sujet Clint n’a qu’un objectif formel : faire cohabiter le noir et le blanc dans tous ses plans. Quatre fédéraux gros et blancs avec quatre adjoints noirs de Mandela dans des scènes sinon inintéressantes sur-symboliques. Un petit garçon noir avec deux flics blancs. Des mains blanches qui soulèvent une coupe plus une main noire. Clint appuie le trait dès qu’il le peut c’est une horreur. Son récit tourne à une démonstration de la tolérance – il filme Mandela comme un nouveau Jésus, au moins comme le messie.

     On se rend très vite compte des enjeux du film. Installer un suspense sportif qui n’en est plus un (on sait déjà que l’Afrique du sud a gagné la finale de la coupe du monde 1995 contre les Blacks) et jouer avec chaque personnage qu’il a filmé depuis le départ. C’est un film de grimaces. Nous n’y voyons que des grimaces. Si la première partie du film est hyper insignifiante, la seconde est carrément insupportable. On suit la coupe du monde, presque matchs par matchs, avec en prime une finale qui dure un moment. Eastwood filme cette finale atrocement. En terme de rythme c’est plutôt correct mais en terme de parti pris de mise en scène c’est affreux. J’ai écarquillé les yeux plus d’une fois devant ces ralentis à n’en plus finir, son obsession à vouloir tout filmer, le mixage sonore lors des mêlées etc… En fait je crois que l’indigestion que cette longue séquence procure vient du fait que Clint veut tout montrer, vraiment tout. Chaque personnage à chaque instant, chacune de leurs grimaces. Mais il n’a pas le temps, il est pressé par le chronomètre, celui du match. Donc il opte pour des plans saccades sur ce chrono justement durant chaque seconde des vingt dernières qu’il reste à jouer, avec un boom retentissant en arrière fond. Quelque part on pense au combat dans Million Dollar baby. Lorsque Clint a le temps il s’en sort admirablement, mais lorsqu’il ne l’a plus (le dernier coup de poing et l’accident qui s’ensuit) sa réalisation devient grossière. Ici c’est la même. Certains plans sur le terrain sont bien trouvés, dans cette façon de suivre l’action. On se croirait en caméra embarquée dans un vrai match de rugby. Puis Clint est pris de vitesse.

     Mais voilà, durant les premiers matchs le réalisateur arrive à montrer ce climat fédérateur qui s’installe. Cette barrière de la couleur qui s’apprête à sauter, l’union pour une équipe, pour un pays, uniquement dans un domaine sportif. Quelque chose fonctionne assez bien. Ce pourrait être fait avec moins de gros sabots mais disons qu’il y a une tentative au moins. Cette ambiance, par moment, m’a évoqué certaines émotions que j’ai pu ressentir par le passé. Emotions sportives évidemment. Cette transe qui parfois nous accompagne et ne nous lâche plus. Donc le film ne m’a pas plu mais je ne peux pas le détester, ne serait-ce que pour les souvenirs qu’il a réussi à m’évoquer.

     Historiquement il est évident que Mandela a apporté un soutien, qu’il a crée une unité par son courage, son abnégation dans le travail qu’il s’était donné. Pourquoi l’accompagner de violons ? J’ai eu cette impression que l’image n’est jamais seule ici, la musique est toujours présente, parfois même ce sont des chansons affreuses. Alors qu’on ne demande qu’à être embarqué. L’exemple des joueurs qui viennent faire une démo sur un stade délabré dans un bidonville. Il pourrait y avoir quelque chose de fort dans l’approche, dans cette confrontation entre les vedettes et leurs fans. Mais Clint enclenche alors sa soupe récurrente pour nous servir un joli petit clip Nike où il ne manque que Ronaldinho. Pas terrible donc.

L’Echange (The Changeling) – Clint Eastwood – 2008

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I want my son back.     

   5.1   Ah ce sacré Clint ! Il y a beau y avoir de nombreuses choses que l’on déteste dans ses films que pourtant il est absolument impossible de détester le film en son entier. Clint Eastwood c’est la grâce, l’élégance, le peu de classicisme beau qu’il reste à Hollywood.

     Il restait donc sur un diptyque moyen que constituaient Mémoires de nos pères et Lettres d’Iwo Jima, qui sur ses allures de plaidoyer anti-guerre faussement moral révélait quelque chose de très fluide, classique c’est vrai, mais où l’on ne voyait pas le temps passer. Clint fait des films qui durent deux heures, ils pourraient en durer trois que l’on ne voudraient en aucun cas partir. Million Dollar Baby et Mystic River sont des films non exempts d’une certaine abondance lacrymale et pourtant on y trouve du sublime. Un truc que l’on ne voit nulle part ailleurs dans les films ricains. Auparavant, dans les années 90, il avait pondu deux chef-d’œuvres que sont Un Monde Parfait et Sur la route de Madison, le premier brillant pour cette ambiguïté morale et ce personnage mi-figue mi raisin, car méchant mais attachant ; le second par la pureté de cette histoire d’amour impossible, épurée et magnifique.

     Le nouveau film du vieux c’est Changeling, L’Echange. En locurence l’échange d’un enfant. Christine Collins (excellente Angelina Jolie) rentre chez elle du boulot et découvre que son fiston de neuf ans a disparu. Probablement kidnappé. Et cinq mois plus tard comme par le plus grand des hasards les autorités ont retrouvés l’enfant et s’empressent de réunir la presse afin de filmer les retrouvailles. Mais Christine est formelle, ce garçon n’est pas le sien. Ce garçon n’est pas Walter Collins. It’s not my son dira t-elle à maintes reprises, en vain. Mais la police ne va pas salir sa réputation, déjà fortement mise en doute, pour cette citoyenne qui fait chier. Voilà où en est le personnage quand le film a à peine commencé.

     Clint Eastwood fait le film emphatique et complaisant par excellence. La mère Collins est victime d’une conspiration qui la dépasse, visant à faire croire n’importe quel mensonge à la populace car, comme le dit un flic en début de film : Les gens aiment les histoires qui finissent bien. Les rôles sont distribués : Les internes des HP, les membres de la police ne sont pas des gentils. Le révérend et la victime du kidnapping dans la ligne du bien. Mais Clint l’escroc s’est dit que ça allait être un peu too much quand même donc on a droit à flic gentil – plus tard dans le récit bien entendu, un fois que Miss Collins aura pleuré toutes les larmes de son corps – qui lui se démène pour trouver la vérité et n’hésite pas à bousculer les institutions.

     Et donc la grande qualité de ce film c’est son réalisateur. Si on avait eu un Barry Levinson (j’ai pensé à Sleepers parfois) ou un Frank Darabont (j’ai aussi pensé à La Ligne Verte, si si) le film aurait été une purge sans nom. Mais c’est Clint aux commandes. Et on a beau boudé on a envie d’être indulgent car il y a quelque chose de très beau là-dedans, quelque chose qui nous tiens et qui ne nous lâche plus.


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silencio


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