Archives pour la catégorie Costa-Gavras

Un homme de trop – Costa-Gavras – 1967

20. Un homme de trop - Costa-Gavras - 1967Compartiment maquis replié.

   8.0   Hyper impressionné et passionné par ce film, certes imparfait, mais tellement ambitieux, tellement ample, qu’il m’évoque, dans le magma qu’il charrie et pour rester dans l’époque, des films comme Les aventuriers, de Robert Enrico ou La bonne année, de Claude Lelouch. Pas de ressemblance directe entre ces films, sinon peut-être cette caméra qui sans prévenir va s’élever (dans un plan hélicoptère inattendu) dans le final de l’un dévoilant le Fort Boyard perdu au milieu de l’océan, la fuite en voiture de l’autre sur la Croisette cannoise, et bien entendu ici lorsque le camion de résistant esquive celui des allemands au virage d’une route de colline. Ce n’est pas le seul plan qu’on va retenir de ce film, mais il marque indéniablement, puisqu’il demande à faire partie de ce convoi avant de le quitter pour embrasser une vue d’ensemble complètement à contre courant : Idée osée tant on quitte momentanément le suspense accentué par l’espace clos du camion.

     Un homme de trop est un grand film de maquis. Le film s’ouvre sur l’évasion de condamnés à mort résistants par des maquisards et se ferme dans un carnage aussi suffocant que bouleversant entre les chemins escarpés du site du Château d’Alleuze, les gorges de la Truyère et le viaduc de Garabit. Entre ces deux pôles, un long retranchement dans les hauteurs du Cantal et avant cela, une embuscade isolée dans un village dans lequel l’équipée maquisarde emportera son agresseur : un môme de vingt ans, arraché aux larmes de sa mère, qui souffrant le martyr d’une mauvaise balle, dit avoir été enrôlé dans la milice puisqu’on lui a présenté la collaboration comme étant l’avenir du pays, sans aucun autre point de vue. Et tout le film s’intéressera à brouiller les certitudes – Gavras explique que si son film n’a pas marché, c’est en partie pour l’image peu salvatrice qu’il donnait du maquis. Un homme de trop prend clairement le parti du maquis, bien entendu, mais sa représentation est plus dispersée, faite de nombreux désaccords et de multiples engueulades.

     Et pour accentuer ce déséquilibre interne, Gavras choisit d’y injecter un grain de sable supplémentaire, un homme qu’on a libéré parmi les prisonniers mais qui ne devait pas faire partie du convoi, cet attendu homme de trop, ce prisonnier de droit commun aux bottes allemandes. Le groupe se retrouve donc avec treize prisonniers et non douze. Ce n’est pas grand-chose pour certain (Bruno Cremer, chef de maquis, garde son sang-froid) mais terriblement révélateur pour d’autres, comme Jean-Claude Brialy, qui l’aurait déjà exécuté depuis belle-lurette si ça ne tenait qu’à lui. Ce personnage, ce treizième homme, qui attise troubles et doutes (est-il un traitre, une taupe ?) est qui plus est affublé d’une vision qui ne se marie pas bien avec sa situation : Il dit ne se situer dans aucun camp, mais ne revendique rien de plus, il reste un personnage opaque, qui ère dans le paysage : Il faut la nonchalance d’un Michel Piccoli absolument génial, pour camper ce curieux personnage.

     SPOILER ON : Parmi d’autres scènes importantes, il y a celle de l’agonie du résistant blessé (Michel Creton, magnifique) lors de l’embuscade. Cremer le rejoint dans le grenier et l’accompagne jusqu’au bout et ses dernières paroles, dévorées par son intense souffrance, sont obstruées par le craquement de l’arbre que d’autres maquisards sont en train d’abattre dehors : Sa respiration qui semble se caler sur les coups de haches, puis le visage trempé de sueurs de Cremer le voyant s’en aller au son de la chute de l’arbre. Superbe. Dans la foulée de cet instant de calme et de mort, c’est la colère d’un maquisard (Jacques Perrin) qui s’abat froidement (et en caméra subjective) sur le jeune milicien, qui lui tire dessus à plusieurs reprises avant que Brialy ne se charge d’abréger ses souffrances. Sans parler de cette fin (qui évoque La horde sauvage) à rallonge où les maquisards sont encerclés par les allemands et résistent comme ils peuvent sous les bombes à l’image de Jacques Perrin qui tente en vain (les fils sont sectionnés un peu partout) de faire péter sa bombe. SPOILER OFF

     Un homme de trop m’a beaucoup fait penser à La 317e section de Pierre Schoendoerffer, et pas seulement parce qu’on y voit aussi Perrin et Cremer en camarades rebelles : Ce sont deux films qui filment singulièrement l’espace et le groupe dans cet espace, deux façons de faire assez proches. Et ce sont deux films de repli, qui rarement filmeront l’ennemi, préférant lui garder cette forme abstraite, imposante, ce monstre caché derrière les arbres et la boue ici, derrière les collines et les chemins de pierres là. On ressent l’air du Cantal comme on ressentait celui du Laos. Et les acteurs sont extraordinaires. Certes, Gavras leur donne un peu trop de lignes (mais c’est aussi pour accentuer le dispersement : Chacun parle en même temps que tout le monde) mais ils sont tous investi, on ne voit que des maquisards et à l’instar de son précédent film, quel casting monumental, 7 sur l’échelle de La ligne rouge, je pense. Bref, ce n’est que le deuxième film de Costa-Gavras (Après l’étrange objet que formait Compartiment tueurs) et c’est déjà une merveille.

Compartiment tueurs – Costa-Gavras – 1965

25. Compartiment tueurs - Costa-Gavras - 1965L’inconnu de la voiture couchette.

   7.0   Pour son premier film, Costa-Gavras a retenu les leçons outre-atlantique offertes par Hitchcock ou Fleischer : Dans L’inconnu du Nord-Express ou L’énigme du Chicago-express, le train est un vrai cadre de cinéma, aussi bien pour cloîtrer des personnages que pour déployer du récit. Car c’est ce il y a de plus frappant à la découverte de ce film : On croirait un film noir hollywoodien contaminé par une texture très française. A l’arrivée du train Marseille/Paris, une femme est trouvée morte, étranglée. La police va pour interroger les occupants du compartiment, mais chacun leur tour, ils se font assassiner.

     Compartiment tueurs a tout du « premier film » à la seule particularité près qu’il a oublié d’avoir des défauts. C’est un film hyper bien fichu alors qu’il a tout pour se casser la gueule tant il essaie de toucher à tout, de varier les tons, les formes, les inspirations, d’être sans cesse en mouvement, de passer d’un personnage à l’autre, de se poser, puis d’être haletant, de varier entre la noirceur et l’humour, la minutie d’une enquête et l’atmosphère truculente, mais il est pourtant constamment maîtrisé. Et ce n’est pas négligeable, Compartiment tueurs est doté d’un casting de malade mental. Et puis je sais maintenant de quel film provient la musique du générique de l’émission Le cercle. Premier film, première réussite.

Le capital – Costa-Gavras – 2012

20283494.jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxMissing Gavras.

   3.5   En fin de compte, la grosse erreur de casting (catastrophique, vraiment) n’est pas ce qui me déçoit le plus là-dedans, c’est l’absence de mise en scène qui est ahurissant. Comment le réalisateur de Missing – ce chef d’oeuvre – peut-il filmer cette partie d’échec économique aussi platement, avec si peu d’idées ? Franchement par moments on n’est pas loin de La Conquête. Bon, afin de nuancer un peu mes propos, ce n’est pas le gros navet non plus, CG donne du rythme et il est pas manchot pour agencer son récit mais ça manque cruellement d’ambition et c’est d’un cynisme mon dieu, tous les personnages sont exécrables.

Missing – Costa-Gavras – 1982

Missing - Costa-Gavras - 1982 dans Costa-Gavras tumblr_ntk5c2qxGh1qzqju7o1_500

Notes on the scandal.

   8.5   La vérité c’est ce que l’on ne voit pas voire ce que l’on ne veut pas voir. Beth (Sissi Spacek) aura des mots similaires lors d’une séquence du film, en s’adressant à son beau-père Ed (Jack Lemmon). Ceci semble être une constante dans le cinéma de Costa-Gavras, c’est du moins ce que l’on retrouvera quelques années plus tard dans le magnifique autant que terrifiant Music box.

     La réussite tient ici dans l’alchimie réussie entre l’aspect documentaire du film et son penchant romanesque. Le coup d’état de Santiago (ce que l’on ne cite jamais, pas de Pinochet, pas de 1973, le cinéaste préférant intégrer le récit de manière entièrement intime, introspective) et la disparition d’un citoyen américain. La disparition et le coup d’état. La disparition dans le coup d’état. Montrer ce qui a précédé l’événement, puis montrer les recherches. Nous ne verrons rien de cet enlèvement, au mieux des images comme reconstructions possibles de mémoires diverses, sublime scène où l’enlèvement est montré à plusieurs reprises suivant la manière de le raconter du témoin. Le cinéaste a d’ailleurs l’idée ingénieuse durant le film d’une sorte de montage parallèle, afin de confondre les temporalités, de faire comme s’il existait deux présents. Jusqu’ici je n’avais vu cela que dans un seul film : JFK de Oliver Stone. Ainsi, le film débute avant l’enlèvement et effectue ensuite une cassure montrant l’enquête s’effectuant un mois plus tard. Le fait de parfois revenir vers ces images du passé dans lesquelles nous avons baigné au début permet une concordance présent/présent que je trouve fascinante. C’est à dire que l’on est, et peu importe le moment où l’on se place dans le récit (avant l’enlèvement de Charles le 16 septembre ou un mois après son enlèvement) dans le documentaire, jamais dans le souvenir, jamais dans la fiction comme on a l’habitude de la voir. On baigne dans le drame mais le film donne l’impression première de ne pas en être un. La forme ne diffère pas suivant la temporalité, le rythme non plus et les séquences choisies peuvent tout aussi bien relever de la banalité dans un cas comme dans l’autre. C’est comme si nous voyions deux films. C’est la première chose qui me passionne dans Missing.

     La deuxième c’est la dynamique avec laquelle le récit parvient à s’imposer. Le film prend une ampleur considérable, politique autant qu’intime et on a l’impression que Costa-Gavras ne se laisse jamais dépasser par son double sujet, qu’il ne délaisse jamais le documentaire au profit du romanesque et vice-versa. Qui aujourd’hui peut se targuer, et au moyen d’une dynamique aussi trépidante, de s’en sortir aussi bien sur les deux tableaux à part David Fincher ? Le film ne parle même pas de disparition, nous n’en verrons jamais l’envers, il se focalise sur l’enquête (maints échanges avec l’ambassade américaine), le constat du réel (le chaos) et sur la mélancolie qui s’abat sur ces deux personnages que l’événement a rapprochés pour la première fois. Je crois que c’est pour cela que je préfère Missing à Busic box (mais entendons-nous bien ils sont pour moi tous deux magnifiques) car j’aime ce qu’il dit sur ce qui rapproche les membres d’une famille autrefois sans accroche. Il y a une séquence de vidéo familiale où un père redécouvre son fils, en tout cas son image, que je trouve absolument bouleversante. Les personnages auront été confrontés à ces vérités. Un fils qui s’est éloigné et un père qui a laissé faire parce qu’il était son exact opposé, un père et un fils qui se sont perdus. Un fils enlevé et exécuté, probablement pour avoir été un peu trop gênant. Deux vérités que l’on refuse de voir et d’admettre. Un père d’un côté, une femme de l’autre, tous deux avides de savoir, puis perdus, puis terrassés. Le film rejoint entièrement les thèmes chers à Costa-Gavras en même temps qu’il radiographie une période de l’histoire, en y laissant ses zones d’ombres, ses invraisemblances. Missing s’inspire de faits réels. Il est donc aussi un vibrant hommage à ces scandales beaucoup trop gros pour ne pas être honteusement étouffés.

Music Box – Costa-Gavras – 1990

Music Box - Costa-Gavras - 1990 dans Costa-Gavras 18453734

Where the truth lies.    

   8.0   Excellent film de procès. Mais en fin de compte ce n’est pas vraiment ce qui intéresse le cinéaste, l’issue de l’affaire, savoir si cet homme est ou non coupable de ces crimes de guerre dont on l’accuse. Mais c’est bien le drame familial qui se noue autour de cette affaire. Le film commence sur une séquence de danse, d’un homme avec sa fille, sous les yeux de son fils et de son petit-fils. Y’a t-il une séquence de cinéma plus fédératrice qu’une scène de danse ? La situation familiale est installée, les liens sont forts, c’est une famille américaine soudée, modèle. Quand cet homme subit les accusations c’est sa fille, avocate, qui s‘apprête à la défendre. Tous sont alors certains qu’il s’agit d’une erreur, mais très vite les preuves s’accumulent, de plus en plus évidentes, pour le spectateur dans un premier temps, de plus en plus porteuses de doute en ce qui concerne la jeune femme. Costa Gavras joue sur la répétition, laissant se succéder les interventions les unes aux autres, de survivants de l’holocauste qui ont eu affaire à cet homme il y a plus de trente ans. Le cinéaste joue intelligemment. Il place le spectateur en avance, en lui donnant d’emblée trois indices importants, que la jeune avocate ne connaît pas, que l’on retrouvera par la suite, à savoir un mouvement, une appellation, une phrase. Il n’y a plus de doutes finalement en ce qui nous concerne. Le doute nous est installé par cette femme, si déterminée à innocenter son père. C’est sans doute ce qu’il y a de plus beau dans ce film. Cette façon qu’elle a de se jeter à corps perdu dans ce procès, parce qu’il s’agit de son père, sans vraiment ouvrir les yeux sur ce qu’elle remet en cause. Costa Gavras ne remet jamais en cause les crimes de l’holocauste. Pourtant il y un instant où je me suis demandé où il s’embarquait. Si tout cela n’allait pas se terminer joliment, sur un acquittement, remettant ainsi en question les preuves de la partie adverse. Music box aurait alors été un film atroce. Mais non car une fois de plus c’est un film sur le combat d’une femme, pas sur les évènements tragiques de la Shoah. Ce n’est pas non plus qu’une toile de fond, jamais chez Gavras, mais c’est tablé comme une certitude, comme quelque chose d’intouchable. Quand l’affaire touche à sa fin, la jeune femme découvrira la vérité, d’un seul coup, il lui aura fallu se déplacer jusqu’au bord du Danube. Une vérité qu’elle n’attendait plus. Et c’est une simple boite à musique qui la lui offre. Ou comment passer au travers d’une affaire, quand on y défend son propre père, dont on aperçoit que l’on ne connaissait rien de lui, rien de son passé. Un père qui s’était construit une famille comme alibi pour l’innocenter, un statut bidon et comptait sur sa propre fille pour le sortir de cette terrible affaire. C’est à la fois terrifiant et bouleversant. Les dernières minutes du film sont d’une puissance incroyable.


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silencio


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