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La rivière sauvage (The River Wild) – Curtis Hanson – 1995

03. La rivière sauvage - The River Wild - Curtis Hanson - 1995Pagayer ensemble.

   8.0   Une fois encore, difficile de parler d’un film que je connais à ce point par cœur pour avoir lancé la VHS des dizaines de fois durant mon adolescence. J’adorais ce film. Et le premier agréable constat de cette revoyure – au-delà du fait que ça faisait un sacré bail, punaise – c’est que je l’adore toujours. C’est une merveille de thriller à ciel ouvert, se déroulant presque exclusivement – après l’introduction à Boston – autour d’un lieu unique et sauvage, à savoir une rivière du Montana. Et c’est aussi une formidable comédie de remariage, de celles que les américains savent souvent si bien faire.

     La séquence pendant le générique d’ouverture raconte déjà toute la construction du film à venir : Meryl Streep sillonne tranquillement la rivière Charles sur sa traînière quand soudain, son rythme de pagaie s’accélère, lorsqu’elle tente et parvient à passer sous le Longfellow Bridge avant que le train, au-dessus, ne le franchisse. Il y a déjà l’idée d’une course, d’un combat (Se battre pour gagner ou se battre pour survivre) supplantant les apparences joviales, tranquilles.

     On quitte vite l’aviron de Boston pour un rafting dans les rapides du Montana. Deux destins vont se croiser : Celui d’une famille en crise et celui d’une bande de braqueurs en cavale. D’un côté, Kevin Bacon et John C.Reilly. De l’autre, Meryl Streep, David Strathairn et le gamin à peine remis de son aventure chez les dinosaures de Spielberg. C’est tout pour le casting ou presque. Et au centre, forcément, cette rivière l’autre personnage essentiel du film.

     Curtis Hanson alors à son sommet de son art puisqu’il venait de pondre une autre merveille du genre qu’est La main sur le berceau, et qu’il s’apprête à faire l’oscarisable L.A.Confidential, trouve les angles et la construction adéquats, le rythme et le suspense sont dosés à la perfection. Il utilise admirablement l’immensité offert par son paysage. Et il émaille le récit de petites trouvailles qui donnent du corps à cette reconquête familiale : C’est le réveil d’un père autant que les retrouvailles d’un couple réapprenant à faire équipe ensemble. Car il est surtout question de langage, perdu puis retrouvé. Qu’ils utilisent celui des signes (du fait de la surdité du grand-père, hors-champ) pour y parvenir renforce la beauté silencieuse de leur complicité retrouvée.

     On a même le chien. Qui sert de façon certes ostentatoire (pour ne pas dire hollywoodienne) le retour du père, d’abord sans aucune autorité sur lui, avant qu’il ne parvienne à le dompter dès l’instant qu’ils se trouvent tous deux quasi laissés pour mort, en marge, à tenter de faire quelque chose pour sauver les leurs.

     Le film marque surtout l’affrontement inoubliable nourri d’une attirance/répulsion charnelle entre Streep & Bacon. D’un côté la mère courage, pas si perturbée à l’idée de descendre à nouveau, même sous la contrainte, une rivière dangereuse franchie ado. De l’autre, Wade, le tueur téméraire imprévisible, dont la ligne de fuite n’est même pas perturbée par la présence d’une famille entière. En dépit d’un final un poil invraisemblable, ce combat de titans – magnifique puisqu’il est mixte, permettant au film de compenser son surplus de testostérone – s’avère grandiose. Et puis c’est beau. Et puis je veux faire du rafting en ayant comme guide Meryl Streep.


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