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La plage (The beach) – Danny Boyle – 2000

12. La plage - The beach - Danny Boyle - 2000Au cœur des édéniques ténèbres.

   10.0   En le revoyant là pour la énième fois mais la première depuis plusieurs années, je me suis rendu compte que j’aimais ce film bien plus que je ne le pensais, bien plus que de raison, en somme. Je me souviens avoir découvert La plage, j’avais quinze ans. On avait loué la cassette à notre vidéo-club préféré. Je venais d’entrer au lycée. J’étais un peu comme Richard débarquant à Bangkok. Tout y était excitant, foisonnant, angoissant, immense, nouveau. Il fallait tout réapprendre. C’est un film qui m’a hanté longtemps, instantanément. Aussitôt, je devais le revoir. Encore, encore. J’en étais dingue.

     A tel point que j’avais pris des notes pour en écrire la continuité, enfin plutôt les prémisses, à savoir les fondements de la communauté, avec Sal, Daffy & Bugs, dont j’imaginais une relation similaire à celle entre Françoise, Richard & Etienne. J’avais imaginé que Daffy ne pouvait s’empêcher de colporter l’information de l’existence de l’île quand il rejoignait le continent pour les ravitaillements ; qu’il avait fini par être rejeté par la communauté, puis qu’il était devenu fou, un peu comme Richard, qui lui finit par se réveiller. Je voyais bien le récit se terminer sur la disparition de Daffy, que tout le monde croyait mort et s’en satisfaisait pleinement puis par l’arrivée de Keaty, qui se devait d’être, pour le bien de tous, le dernier à rejoindre la communauté. J’ai dû jeter ces notes.

     Puis je me suis penché sur les origines de ce film : Le livre éponyme, signé Alex Garland, tout aussi formidable, qui va d’ailleurs plus loin, notamment dans son issue mais aussi le temps d’un chapitre d’intoxication alimentaire, si mes souvenirs sont bons. Je n’en suis jamais vraiment revenu de ce récit, de ce film, que j’ai revu régulièrement, avec le même plaisir, puis que j’ai un peu délaissé tant le cinéma de Boyle ne m’intéressait plus du tout – La rupture entre Sunshine (sublime) et Slumdog millionnaire (indigeste) grosso-modo. Autant je trouve la filmographie de Boyle discutable (en restant poli) autant là, non, y a pas débat, selon moi : c’est un chef d’œuvre absolu, mais je sais qu’on est peu à le penser.

     Richard est un jeune américain (anglais dans le livre) en quête de sensations fortes. Déçu dès son arrivée dans la capitale thaïlandaise où il découvre que son rêve d’occidental est le même que tout le monde, le voilà qu’il fait la rencontre de Daffy, qui peu avant de se suicider lui parle d’une île secrète, paradisiaque où une petite communauté de touristes vivrait en autarcie totale. Richard n’y croit pas des masses mais il hérite d’une carte et embarque avec lui un couple de français. Ils font le voyage vers une île puis une autre avant de nager vers ce lieu secret. Non sans épreuves, ils y découvrent finalement cette plage tant vantée par le mystérieux et siphonné Daffy ainsi que le quotidien d’un groupe de voyageurs souhaitant préserver leur secret. Si ce paradis existe en apparence, il a un prix et Richard ne va pas tarder à le découvrir.

     Le film réussit pleinement son processus d’identification – renforcé par la grâce de Virginie Ledoyen, qui décuple notre substitution à Richard : Comment ne pas tomber amoureux de Françoise ? Et ce dès sa première apparition en chemise de nuit dans le guesthouse ? – à la fois dans sa façon de nous présenter l’utopie créée par cette petite communauté autarcique – qui n’a pas rêvé d’être à la place de Richard, Françoise & Etienne et de plonger dans cette aventure, ce danger, ce paradis, hors des circuits touristiques, d’être les nouveaux pionniers d’un Eden ? – autant que dans la logique cruauté qu’il construit pour détruire cet idéal impossible, entre la peur et le malaise insidieux que cette arrogance de « pionniers » génère. Il y a d’abord quelques incidents sans grandes conséquences, à l’image de cet homme qui souffre d’une rage de dent et qu’on refuse d’emmener voir un dentiste. Plus tôt il y a bien entendu l’arrivée sur l’île qui déjà brise l’élan paradisiaque, avec l’ascenseur émotionnel que fait naître la découverte de l’immense champ de cannabis : nos trois aventuriers n’ont guère le temps d’en profiter qu’ils découvrent que ce champ est gardé par des cultivateurs armés, desquels ils réchappent in extrémis.

     Cette vie de robinson hippie fait pourtant vite rêver, comme elle fait au préalable rêver Richard. Avec ce mélange de cultures, puisque chacun vient d’un pays différent, l’apprentissage commun d’une nouvelle langue et bien sûr le bonheur de se satisfaire de pêche, de musique, de jeux et de cannabis. C’est un idéal qui fonctionne un temps mais qui se délite, de l’intérieur (« le désir reste le désir » rappelle Richard en off, ainsi que les rapports de domination, l’ennui, la folie latente sont vite les marqueurs d’un effondrement) et de l’extérieur : symbolisé ici par le fil rouge que représente le requin (la blague, le récit héroïque puis le drame) mais aussi par ce groupe d’américains qui détiennent quelque part une copie de la carte que leur a laissé Richard, qui est accepté par la communauté sur un mensonge puisqu’il nie avoir laissé des informations derrière lui.

     Ce qui n’était qu’un simple avertissement (la dent cariée que l’on extirpe dans la joie, l’alcool et la bonne humeur) se transforme vite en actes de barbarie : Gravement blessé par le requin, Christo, le suédois, souhaite qu’on fasse venir un médecin (car il ne peut se déplacer) ce qui lui est catégoriquement refusé, à l’unanimité ou presque, afin de préserver le secret de l’île. La gangrène se charge du reste et ses cris de douleur poussent la communauté à le rejeter dans la forêt, coupable de ne pas avoir su choisir entre la vie ou la mort, contrairement à son ami, mortellement mordu, qui avait eu le droit à une décente sépulture accompagnée en chœur de « Redemption song ».

     Mais le point de non-retour est encore loin. Pour que tout s’écroule – entendre par là pour que la communauté ouvre les yeux sur ce paradis perverti, comme Richard le fit enfin lorsqu’il voit les quatre routards se faire assassiner froidement par les fermiers – il faut que Sal, cheffe démoniaque cachée sous une apparence de stalinienne hypnotiseuse (il faut voir sa capacité de manipulation permanente couplée aux positions divines qu’elle arbore sans cesse, en écho à cette immense statue divine qui semble observer Richard dans l’introduction à Bangkok) soit démasquée dans sa démence : Ainsi quand les cultivateurs débarquent dans leur partie d’île pour se plaindre d’avoir encore eu la visite d’étrangers et dire à tout ce petit monde de faire ses valises, Sal n’hésite pas à leur balancer que Richard leur avait donné une carte et ainsi accepte de le tuer afin que la communauté puisse rester. Que l’arme soit chargée ou non n’a que peu d’importance (si bien sûr, puisque Richard est vivant) : Ce paradis n’existe plus. Les gens ont vu de quoi leur cheffe était capable. 

     Entretemps le film s’est transformé en Apocalypse now. Dans « l’horreur, l’horreur… » pour reprendre les mots du colonel Kurtz. La quête de l’Eden bascule dans les ténèbres Conradiennes. Richard, qui doit récupérer cette carte si problématique, est en mission de guerre. Les gardiens du champ de cannabis deviennent les Viêt-Cong. Et sa guerre se pare de jeu : ainsi fabrique-t-il des pièges dans la forêt ou s’immisce la nuit dans « le camp adverse » pour jouer avec leurs armes. Pour survivre il bouffe des insectes. Un peu plus et on le voyait sortir la tête des eaux au ralenti et découper Sal avec une machette. Et pendant ce temps, un blessé agonise dans un coin. Le paradis est un leurre, l’humanité une aliénation.

     La référence à Apocalypse now est évidente mais elle ne vient pas de Boyle : Dès la première page du roman d’Alex Garland, une sorte de prologue en forme de rêve halluciné, assimilait la présentation de son personnage, Richard, avec le film de Francis Ford Coppola. Dans le film, Apocalypse now est cité d’emblée aussi, puisqu’il est diffusé dans une salle en contrebas d’un couloir du guesthouse dans lequel loge Richard. L’ombre du film ne cessera de planer sur La plage, de Richard en simili capitaine Willard aux confins de la folie, en passant par Daffy, son double suicidaire, qui aurait comme déjà été gagné par la démence du colonel Kurtz qui peut aussi être incarné par le personnage de Sal.

     Le film s’achève dans un cybercafé, sur le visage de Richard découvrant, dans ses mails, la photo prise par Françoise, avec l’appareil jetable qu’il lui avait acheté lors de son escale avec Sal à Koh Phan gan. C’est la plus belle fin que Boyle pouvait offrir à son film – Et pour le coup, elle n’est pas dans le livre. C’est une simple photo accompagnée d’un petit mot : « Parallel universe, Love, Françoise ». C’est un souvenir, peut-être même un rêve, un mirage. Un peu plus tôt nous avions vu le groupe se prendre en photo en sautant tous en même temps sur la plage. Cette fin fige quelque chose, mais elle fige beaucoup de faux car elle ne fige que la dimension paradisiaque que fut ce séjour étrange, faussement idyllique, souvent terrifiant.

     On pourra reprocher beaucoup à Boyle ainsi qu’à son utilisation musicale mais il est rare de voir une telle alchimie dans une bande-son aussi éclectique : L’ouverture foisonnante sous Leftfield, Underworld quand Richard laisse la carte aux voyageurs, la découverte du lieu paradisiaque sous Moby, Spinning-away (d’Eno & Cale, reprise par Sugar Ray) durant la présentation de la communauté, une scène d’amour sous les All Saints, Les Chemical brothers lors de l’escale à Koh Pha Ngan, Dario G entre radeau et cybercafé, Unkle durant le générique final. Mais aussi New order, Blur, Mory Kanté, Asian Dub Foundation. Et j’en passe. Ça ne ressemble à rien sur papier, et pourtant c’est formidable. Sans parler du score original signé Angelo Badalamenti, qui revient régulièrement, ici durant la scène des étoiles ou celle de la traversée à la nage, là à la cascade ou pendant la mort de Christo. Aussi improbable que magnifique, et ce d’autant plus que ce thème (très proche de celui de Twin Peaks, par ailleurs) entre en parfaite adéquation avec les images et le rythme imposés par Danny Boyle. Allez savoir.

     Certes, le film n’est pas toujours bien canalisé, c’est du Danny Boyle, c’est trop frénétique, bourré de raccourcis, d’effets clipesques en tout genre ; il tente plein de choses et ne réussit pas tout – il suffit pour cela de rappeler ce plan de jeu vidéo à la Banjo & Kazooïe qui ne fonctionne pas, d’autant que contrairement au livre, le film ne fait pas suffisamment de Richard un gamer (On le voit qu’une fois jouer avec sa Game Boy) ou un américain nourri aux films sur la guerre du Vietnam. On peut encore citer cette scène d’amour en « nuit américaine » dans les eaux phosphorescentes sous le tube de l’époque « Pure shores » même si personnellement j’adore cette séquence. Mais à travers cette forme hybride, exagérée sans doute, indigeste probablement, La plage est aussi le portrait d’une génération, en mal d’identité, de territoire et de sensations fortes.

     Film mal-aimé, pour ne pas dire conspué à l’époque de sa sortie, par la critique notamment, La plage n’a jamais atteint la renommée que d’autres films chahutés réussissent à récupérer avec le temps. Aujourd’hui, pourtant, c’est quasi le même film que Spring breakers à mes yeux. Avec ces personnages dont l’idéal serait de capter l’instant de bonheur pour qu’il ne s’arrête jamais. Dans chaque cas tout s’effondre. J’aime l’énergie insufflée par Danny Boyle, sa manière de flirter en permanence avec le mauvais goût, de jouer sur plusieurs tableaux, différents genres, du film d’initiation au récit d’aventures, de la satire au film d’horreur, de la ville bruyante et nocturne à l’île calme et solaire, de cette eau azur à cette plage de sang.

Trance – Danny Boyle – 2013

14859720_10154105644667106_7622582402628408827_oRépulsion.

   4.0   Les films de Boyle sont souvent indigestes. Et paradoxalement ils parviennent constamment à me happer dans leur monde, aussi épileptique et lourd soit-il. Trance constitue presque un méta film sur la méthode Boyle tant son sujet est aussi celui de sa façon de faire : L’hypnose comme remède. Nul besoin ici de plage paradisiaque, faille rocheuse dans le désert, plateau télévisé ou Londres dévasté, la mémoire est l’unique terrain de jeu.

     Celle d’un commissaire-priseur qui va organiser le vol du tableau de Goya, Le vol des sorcières, mais qui suite à un choc, est incapable de se souvenir comment il a subtilisé la toile pour le compte d’un caïd plus gros que lui. Le film se perd peu à peu dans les méandres d’un gigantesque faux-semblant, puzzle confus avec ses rebondissements en rafale, véritable port-nawak laid et clipesque, dans la lignée esthétique de Slumdog millionnaire et 127 heures

     Pourtant, l’idée de base suffit comme souvent à ne pas me faire détester cette nouvelle bouillabaisse psychédélique dont Boyle a le secret, qui fait ici un peu office d’Inception du cancre. Et on y voit un full frontal de Rosario Dawson ce qui n’est pas négligeable.

28 jours plus tard (28 days later) – Danny Boyle – 2003

45. 28 jours plus tard - 28 days later - Danny Boyle - 2003 London has fallen.

   6.0   Je n’étais pas certain d’aimer autant que lors de sa sortie pourtant oui. Et si, comme la plupart des films de Boyle, ce n’est objectivement pas un bon film : c’est hystérique pour rien mais le paradoxe veut que justement ce soit hystérique (même les zombies sont rapides) au même titre que l’est la mise en scène de ce type qui ne sait pas prendre son temps.

     Comme souvent c’est donc limite supportable mais in fine vraiment intéressant. Je ne me souvenais plus que la musique de Godspeed You ! Black Emperor était tronquée. Évidemment, chez Boyle c’est attendu. Mais a t-il écouté un de leurs morceaux en entier ?

127 heures (127 hours) – Danny Boyle – 2011

127 heures (127 hours) - Danny Boyle - 2011 dans Danny Boyle 21.-127-heures-Danny-Boyle-2011-300x200L’ennui sous LSD.    

   5.0   Le cinéma de Danny Boyle se situe à l’opposé de celui que je défends aujourd’hui. Il n’a pas bougé d’un iota : effets de style en tout genre, accélérations, split-screen, ralentis, superpositions sonores, saccades, inserts, gros plans vulgaires, grands plans carte postale ou plans absurdes en série. Le temps comme donnée cinématographique n’intéresse pas Danny Boyle, au contraire il le déforme sans cesse, le découpe, le triture dans le seul but de ne pas ennuyer, de capter l’œil de son spectateur, de lui balancer sa sauce. Ce sont les mêmes desseins qu’un clip publicitaire.

     Confier le récit de l’histoire d’Aron à Danny Boyle c’est un peu comme laisser des enfants faire un cache-cache dans un magasin de porcelaines. Un jour, Aron, alpiniste et randonneur chevronné, se retrouve coincé dans la crevasse d’un canyon en plein désert, le bras sous un rocher. 127 heures, c’est le temps qu’il passe dans cette crevasse, avec très peu à manger, très peu à boire, dans une position délicate et surtout avec comme seul possibilité de s’en tirer de prendre l’option de se séparer de son bras, qu’il fut obligé de sectionner qu’avec l’aide d’un vieux canif. Un film sur la durée, l’attente, l’ennui, réalisé par Danny Boyle, c’te blague !

     Deux choses : On voit d’une part ce qui intéresse le réalisateur, le récit de l’extrême. D’autre part, on prévoit ce qui ne l’intéresse pas, le temps passé. Le seul grief que j’aurais à faire contre ce nanar se situe là : Pourquoi le film se nomme t-il 127 heures, puisque le temps n’est pas ce qui l’intéresse ? Danny Boyle se retrouve avec le cul entre deux chaises, vouloir aller vite et vouloir faire du réel. Tout ce qui pourrait être passionnant et qui s’inscrit dans la durée ne l’est pas chez Boyle. On ne pourra jamais saisir la puissance du temps puisque celui-ci qui devrait paraître long est rendu très court. C’était donc une performance : Evoquer le récit d’un ennui (en tout cas ce que Boyle considère comme ennuyant) et le maquiller en divertissement. 127 heures est le contraire de Frozen (le film de Adam Green qui se rapproche assez sur le papier du film de Boyle), ce n’est pas un film éprouvant, c’est un film cool. L’idée fait rire, pourtant on se prend parfois à imaginer le film entre les mains d’un vrai cinéaste, qui aurait filmé intensément cette séquence (survolé chez Boyle) où Aron tente de faire un mouflage en vain sur le rocher afin qu’il se soulève, ce qui d’une part lui prend des heures (dira t-il) et qui en plus exige toute une connaissance de la technicité que j’aurais adoré que l’on me raconte.

     J’ai tout de même pris le parti de prendre le film comme on sauterait en parachute, une séance d’adrénaline, un rail de cocaïne, de l’extrême écervelé. Je ne cache pas mon plaisir. Mais que l’on ne vienne pas me dire que le film est légitimement rapide puisqu’il tente d’apprivoiser la personnalité de Aron. Très franchement, je pense que pauvre Aron qu’il soit, il a dû sentir le temps passé. Et que l’on ne vienne pas non plus me rabâcher que c’est tiré d’une histoire vraie, j’en ai plus rien à foutre, le film est à mon sens complètement nul de ce point de vue là. De toute façon je préfère le Danny Boyle qui part dans le faux pour raconter ses récits de l’extrême : l’équipage d’une navette spatiale dont l’objectif est de rallumer le soleil qui meurt, un garçon qui part à la découverte d’une île paradisiaque thaïlandaise inconnue des cartes, un homme unique rescapé d’un Londres post apocalypse zombifié, le destin heureux d’un garçon des bidonvilles qui s’apprête à remporter la grosse somme à Qui veut gagner des millions. Les films de Danny Boyle ont une énergie dont lui seul a le secret. Géniaux ou nuls, agaçants ou vitaminés, j’avoue avoir un petit faible (voire gros : La plage) pour certains d’entre eux. Ces films sont tellement bêtes que l’on se sent intelligent devant ; c’est aussi la vertu du cinéma de Danny Boyle : Il conforte sans sentimentalisme, sans grossir le trait de façon malhonnête, sans second degré. Simplement en étant lui-même.

     127 heures comporte à la fois son lot de scènes gags et son lot de scènes chocs. Ça devient la marque de fabrique du film qui n’a plus d’identité sinon celle d’être le film où le héros se coupe un bras, d’être le film où le héros s’improvise vedette d’un jeu télévisé, d’être le film où il finit par boire son urine ou encore à profiter d’un quart d’heure de soleil journalier. Même ça Danny Boyle ne sait pas le filmer, ce quart d’heure de soleil si salvateur, ces poussières d’espoirs, il va vite, accélère tout, il n’y a pas un brun de lyrisme dans ce film, rien ne passe, rien ne prend, tout tient de l’anecdote. Le pire tient dans l’idée même de certains plans. Comment le réalisateur a l’idée de ces obscènes placements de caméra ? Se lève t-il un matin en se disant qu’un plan à l’intérieur d’une bouteille ce pourrait être fun ? Le film est gorgé d’exemples comme celui-ci. Il suffit de se rappeler une des premières séquences qui dévoilent les préparatifs de Aron et ce plan à l’intérieur de son placard (le seul plan qui dépasse deux secondes dans ce déluge d’images clipesques) avec cette main qui ne prend pas le couteau-suisse. On sait déjà où il veut en venir, on sait déjà ce qui l’intéresse, qui dit couteau, dit sang, dit sensation extrême. Et tout ça il faut bien l’appuyer au marqueur et ce sera toujours comme ça pendant tout le film.

     Et le paradoxe que l’on retrouve dans nombreux de ses précédents films c’est ce plaisir non dissimulé dont on ne sait guère d’où il vient vraiment. La sympathie pour les personnages ? Pas vraiment, James Franco est antipathique au possible, sans compter qu’il ne sait ou ne peut ni jouer la douleur ni l’attente. Quelle est cette sympathie alors ? Je pense qu’il s’agit de son énergie, j’en reviens toujours à ce terme en ce qui concerne Danny Boyle. Sunshine m’avait littéralement emporté. J’aimais la frénésie de Slumdog millionnaire. La plage c’est une de mes drogues. Qu’ont en commun tous ces films ? Tout simplement que je me fiche de ce qu’ils me racontent. J’aime leur rapidité de glissement, l’efficacité de cette marmite d’effets. 127 heures restera un nanar, peut-être encore plus que les autres, parce que je ne ressens absolument rien pour ce personnage, je n’éprouve rien, mais je ne m’ennuie pas pour autant, je rie aux gags et je me laisse bêtement porté par son énergie anti-cinématographique et efficace.

Slumdog Millionnaire – Danny Boyle – 2009

Slum5_LDreams on fire.    

   3.5   J’ai vu mon premier Bollywood movie! Plus sérieusement, sans connaître le cinéma indien, mais vraiment que dalle de chez que dalle, Danny Boyle m’aura permis d’en saisir un peu la trame, la logique étant donné qu’il nourrit son film de lourds sentiments, de paillettes, de scènes mélodramatiques à foison et qu’il nous réserve pour le générique final une sympathique chorégraphie sur un quai de gare. L’histoire assez nunuche et réberbative est celle d’un jeune gars des Bidonvilles de Mumbai qui se retrouve – et on sera plus tard pourquoi car d’emblée c’est le comment il s’y démerde qui nous intéresse – dans l’émission « Qui veut gagner des millions? ». Aussi, l’on sait tout de suite qu’il a raflé le pactole. Le but étant de montrer à chacune des questions ce pourquoi il connait ou non la réponse. Donc, quand on lui demande le nom d’une vedette de cinéma hop un retour en arrière afin que l’on comprenne comment Jamal a connaissance du sujet. Quand c’est une question de religion c’est un évenement tragique de sa vie qui lui permet de répondre correctement. Et ainsi de suite. C’est comme ça tout le temps. Parfois pénible et prévisible.     Durant toute une partie du film c’est bien l’industrie Hollywoodienne qui prime. ça pue la thune, la mise en scène est ultra speedée, très fatiguante mais qui a au moins le mérite, comme souvent chez Boyle (The Beach, Sunshine, Trainspotting…) d’être énergique et sans temps morts. La fin c’est Bollywood à fond, enfin j’imagine. Je ne raconterai rien mais soyez-en sur, ça vaut le détour! En fin de compte, sans doute m’étais-je préparé à voir exactement ce que j’ai vu, mais ce n’est pas du tout la daube que j’en attendais. Les personnages sont tout mimis, il y aussi plein de gens pas gentils, ça flashbackise un max, mais c’est finalement très attachant. Et puis hein cette petite actrice, avec ses yeux miel, à elle seule ça vaut le coup d’oeil!


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silencio


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