Archives pour la catégorie Diastème

Juillet-Août – Diastème – 2016

10. Juillet-Août - Diastème - 2016Diabolo grenadine.

   5.3   Si ce troisième essai n’a pas la force d’Un français, le second film « coup de poing » de Diastème, il est aussi plus homogène, bienveillant et finalement hyper attachant. Sous ses airs de vaudeville intergénérationnel un peu anecdotique, le film raconte assez justement ce double rapport qui cohabite : Celui entre deux sœurs, proche et houleux et celui entre leurs parents, divorcés, qui refont ou tentent de refaire leur vie chacun de leur côté. Le film raconte en deux parties distinctes les vacances des deux filles, passées d’abord en compagnie de leur mère dans le Sud en juillet puis aux côtés de leur père, en Bretagne en août. L’occasion des premiers émois de la plus grande, avec un garçon (pas si) dangereux (intrigue qui sort un peu du chapeau, mais bon) et de la métamorphose de la petite, qui affronte ses premières règles et sa colère de devoir filer en pension l’année scolaire à venir. Les deux ados sont plutôt bien castées. Et les deux parents sont campés par deux acteurs que j’aime beaucoup : Pascale Arbillot et Thierry Godard. Le film tombe parfois dans la facilité au détour de quelques situations mais globalement j’aime bien son ambiance, quelque part entre À ma sœur, de Breillat et Diabolo menthe, de Diane Kurys. Et puis Diastème aime chacun de ses personnages, ça se sent et dans ce genre de film, c’est important.

Un français – Diastème – 2015

30.-un-francais-diasteme-2015-900x506Chienne de vie !

   5.8   S’il est inégal sur la durée, le film de Diastème est passionnant dans son parti pris de raconter 30 ans de la vie d’un homme et singulier dans son étrange montage puisqu’il est découpé en plusieurs blocs de séquences toutes relayées par des ellipses très délicates à apprivoiser qui finit par accentuer l’ambivalence du récit.

     Dans sa violence et la méticulosité de sa retranscription Un français a moins à voir avec La haine, de Kassovitz qu’avec le sublime film de hooligans, The firm, d’Alan Clarke, au moins dans son approche frontale des interactions de groupe et familiales.

     On y suit un groupe de skinhead s’attaquant régulièrement à des inconnus, musulmans en priorité, les humiliant, les lynchant puis petit à petit le groupe se brise, chacun choisit sa voie, entre petite délinquance et participation politique, quand Marco, que le film va suivre, choisit une reconstruction intime en se débarrassant progressivement de sa haine.

     Il y a une scène pivot très symbolique mais très belle, où le garçon, soudain, étouffe, littéralement (Il vient de provoquer une famille musulmane dans le bus puis une femme qui l’observait) et se réfugie chez un pharmacien qui lui servira de passerelle vers le bien.

     Si le film est souvent intelligent et sobre dans son dispositif (Tout en réinjectant cette mise en scène collée aux personnages, cette caméra à l’épaule qui tremble) il se laisse parfois aller à des facilités de reconstruction comme s’il avait peur de perdre son spectateur en route. Disons qu’à préférer le raccord elliptique aux données temporelles, Diastème opte pour de nombreux moments historiques (de façon à mettre une date sur ce que l’on regarde) à l’image de la séquence avec la finale de la coupe du monde 98. Ce n’est pas un gadget puisque le film l’utilise, il permet en l’occurrence de voir combien Marco a choisi de « vivre ensemble » quand sa femme, qu’il avait rencontré à un meeting d’extrême-droite est restée campé sur ses positions racistes. La séquence de leur dispute (Alors que Marco venait chercher sa fille d’un an, pour lui montrer la fin du match) qui est d’une violence terrible, ouvre donc sur leur séparation, libère et accélère le récit, allonge les ellipses et enferme définitivement Marco dans sa solitude, ici dans une séquence où il cherche à récupérer le droit de voir sa fille, là quand il croise son ancien ami et plus tard, sur la tombe de sa mère.

     Ce qui est très beau c’est de voir cette reconstruction dans sa succession de petits boulots (Vigile de boite de nuit, vendeur en grande-surface…) jusque dans son dévolu humanitaire (Il donne la soupe aux Restos du cœur ou dérivé) et de constater que Marco n’a rien gagner de concret à changer de voie (puisqu’il a tout perdu) sinon une conscience morale. La dernière scène alors qu’il est devant son écran, outré par la manif pour tous où il y reconnait les présences de sa femme et sa fille, est un moment très beau, mais d’une violence terrible encore.


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Auteur:

silencio


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