I
nspecteur la bavure.
6.5 Dossier 137 serait aussi grand que Dossier 51 (le film de Michel Deville) s’il était aussi clinique et expérimental et s’en tenait à cette affaire, ce dossier, cette femme travaillant sur ce dossier, méticuleusement jusqu’à l’impossibilité de le résoudre.
En ce sens le début du film est de très haut niveau tant il est une succession d’actions, d’entretiens, de flux d’images (vidéos de surveillance, téléphones, infos télévisées…) visant à disséquer un événement, en l’occurrence une violence policière lors d’une manifestation des Gilets Jaunes.
Or le grand film dossier et théorique qu’il est par moments se voit perturbé par certains écarts de remplissage pas forcément essentiels : le chat trouvé et recueilli, la rencontre de la mère de la victime au supermarché, la poursuite du témoin, le clash au bowling : tout est trop écrit, balisé, sur les rails d’un scénario beaucoup trop sophistiqué. Et paradoxalement, la grande idée inattendue du film, c’est le biais : le fait est que la victime vient d’où a grandi notre inspectrice de l’IGPN. C’est à la fois ce qui permettra à l’enquête de se déployer et ce qui pourrait la rendre caduque. C’est passionnant.
Le film tient aussi car Dominik Moll est un super réalisateur de thriller, que la construction du film est impressionnante, son montage efficace, qu’il est aussi ultra documenté. Et surtout grâce à Léa Drucker, qui fait pleinement corps avec son personnage et sa quête de vérité. Elle est en train de devenir l’actrice qui peut tout jouer et jouer chez tout le monde.
Je pense toutefois que c’est le film de quelqu’un qui ne croit plus en grand-chose. Il y avait déjà cette enquête inachevée dans La nuit du 12. Dossier 137 dit ouvertement qu’on n’a plus qu’à mater des vidéos de chatons en boucle. Mais je ne trouve pas que ce soit ce qui soit le plus intéressant là-dedans. Un film resserré sur son dispositif m’aurait davantage séduit. Plus sec, plus brutal, moins aéré. Enfin ça reste un film passionnant, pour plein de raisons.


