Archives pour la catégorie Emmanuel Mouret

Caprice – Emmanuel Mouret – 2015

Caprice - Emmanuel Mouret - 2015 dans Emmanuel MouretÀ quatre on y va.

   5.8   Après la déception ou n’ayons pas peur des mots, l’infiniment mauvais Une autre vie, je craignais que le cinéma raffiné et inventif de Mouret se soit définitivement empâté mais non, Caprice, s’il n’atteint certes pas le charme éloquent d’Un baiser s’il vous plait, renoue avec ses plus belles réussites. La merveilleuse Anaïs Demoustier (déjà non moins superbe dans le dernier Bonnell) remplace Frédérique Bel avec classe et malice. L’écriture de Mouret est fine, généreuse, élégante, pleine d’humour. Bref ça fait plaisir et ça prouve que Mouret n’a rien perdu de sa superbe.

Une autre vie – Emmanuel Mouret – 2014

19. Une autre vie - Emmanuel Mouret - 2014Tentative laborieuse.

   3.1   J’aime beaucoup le cinéma de Mouret. Enfin disons que je l’aime autant que celui de Guédiguian, ce n’est pas essentiel mais ça me parle suffisamment pour m’intéresser à chaque nouvel opus. Malheureusement, pour l’un comme pour l’autre 2014 n’est pas un bon cru. Pourtant, un film qui caste Jasmine Trinca et Virginie Ledoyen avait toutes ses chances de me plaire. Le problème c’est qu’on ne retrouve pas les qualités du cinéma de Mouret, son burlesque élégant, sa fine logorrhée. Il s’essaie ici au pur mélodrame mais ça ne prend presque jamais, la faute à des enchaînements d’une platitude sans nom et une mise en scène figée.

L’art d’aimer – Emmanuel Mouret – 2011

l-art-d-aimer-l-art-d-aimer-the-art-of-love-23-11-2011-8-gLa traversée de Paris.

   6.8   Six petites histoires (en rapport avec la séduction) pas vraiment liées, c’est la première fois que Emmanuel Mouret, qui se contente habituellement d’un marivaudage central tout en l’extrapolant ensuite, se concentre sur plusieurs récits, plusieurs personnages. A éviter, il y a aussi bien le piège du film choral que l’affiche Klapischienne et le rassemblement de stars laissaient craindre, ou bien celui plus mécanique du film à sketches. Ce n’était pas gagné. Pourtant, L’art d’aimer parvient miraculeusement à trouver non pas un juste milieu mais quelque chose de singulier, qui se rapprocherait davantage, s’il fallait lui effectuer un comparatif (l’unique moment où je le ferais puisque le film s’en détache amplement) des réussites de la série des Comédies et Proverbes de Eric Rohmer.

     Ainsi, avant chaque morceau d’histoire qu’il raconte, Mouret insère une petite phrase ou expression qui représente ce qu’il va raconter. Le procédé pourrait paraître désuet et rébarbatif mais il fonctionne sur deux points : sa façon de les partager (ces histoires peuvent être brèves ou plus longues, se dérouler dans le récit sur quelques minutes ou sur une semaine voire davantage) et d’y revenir, puisqu’il évite l’assemblage d’histoires contées l’une après l’autre. En cela il se rapproche du film choral mais sa seule manie sera d’y faire croiser ses personnages sans pour autant qu’ils interagissent ensemble, simplement dans le but de montrer Paris comme un village. Un peu à l’image de la traversée de cet homme, à qui sa femme vient d’avouer des pulsions nouvelles envers d’autres hommes, longue marche nocturne, racontée en voix off, à travers des lieux de la capitale. Les personnages se touchent sans se toucher. Certains profitent d’une rencontre, d’autres pas. C’est aussi la limite du film qui contrairement à Un baiser s’il vous plait, ne se concentre sans doute pas suffisamment sur un récit pour en faire éclater un miracle.

     Néanmoins l’utopie Mouretienne fonctionne. Car le cinéma de Mouret est utopique. Tout est filmé avec énormément de tendresse, de compassion et c’est la parole qui prime. Le parfait exemple de son cinéma se retrouve dans la rencontre entre les personnages joués par Frédérique Bel et François Cluzet, tous deux merveilleux. Lorsque ce dernier l’embrasse et qu’elle le repousse, elle ne fuit pas, cherche à comprendre le geste, réfléchir sur l’événement. Il y a quelque chose d’à la fois loufoque sans tomber dans le trop, ce qui à pour effet de créer une situation réelle, faire que l’on y croit. Le cinéma de Mouret me donne cette impression là : qu’il est impossible de connaître ces personnages en vrai pourtant miraculeusement je crois à tout ce que je vois. J’aimerais vivre dans les films de Emmanuel Mouret. Cinéma fait de questionnements sur l’amour, la séduction, la pulsion, le rapport à la sexualité, toujours en marge d’un discours moral. C’est revigorant et pourtant ça pose des questions essentiels.

     Autre chose m’a frappé ici c’est la maturité dans la mise en scène, qui n’avait encore jamais chez Mouret été aussi inventive, dans la découpe du plan, les motifs. Et surtout dans le mouvement des personnages (véritable chorégraphie) et cette faculté à mettre en scène le dialogue. Offrir par ce dialogue une telle sensualité et par ces corps une grande légèreté. Il y a deux égéries dans le film qui représentent assez bien le cinéma de Mouret. Une que l’on croisait déjà auparavant, cette fille un peu folle, dans une contradiction permanente, qui se réfugie dans les mots pour comprendre ses états, muse sublime, ange de la parole campée par Frédérique Bel. Et une petite nouvelle, qui transporte sa grâce dans son mouvement, son regard, ses silences, dont l’expérience doit se vivre avant tout physiquement, voluptueuse créature incarnée par Elodie Navarre.

     L’art d’aimer c’est le genre de film qui me fait sortir avec un grand sourire, il me donne envie de chantonner, oui le cinéma de Mouret est une douce musique. Et loin d’être anecdotique en fin de compte puisqu’il s’interroge énormément sur l’enjeu de la séduction, de ces sentiments inénarrables, il ne donne pas forcément de réponse mais offre des pistes. Et puis la beauté c’est sa singularité, ces personnages nous ne les croiseront jamais ailleurs. Ils sont factices, comme je le disais plus tôt, mais ils font vrai. C’est un cinéma d’une grâce folle, drôle et ludique, qui m’enchante.

Un baiser s’il vous plait – Emmanuel Mouret – 2007

Un baiser s'il vous plait - Emmanuel Mouret - 2007 dans Emmanuel Mouret un%20baiser%20s%27il%20vous%20plait(1)La délicatesse.    

   7.2   Saisir des situations du quotidien, les rendre singulières et travailler autour, les faire fleurir pour en saisir toute leur beauté, leur gravité, leur absurdité. C’est en quelques sortes l’objectif du cinéaste dans ce film comme dans les autres. Un baiser s’il vous plait permet de voir plusieurs histoires, les unes dans les autres, souvent racontée par un narrateur qui chaque fois s’efface et laisse vivre son récit comme s’il provenait du présent.

     Au début Emilie se perd et demande son chemin à Gabriel. Par un concours de circonstances il l’emmènera à destination avec sa voiture, ils vont discuter, sympathiser, puis dîner. Ils sont tous deux mariés mais lui voudrait lui laisser un baiser, qu’elle esquive doucement, contre son gré. C’est qu’elle connaît une amie à qui il est arrivé une histoire de ce genre, qu’un baiser a lancé puis tout foutu en l’air.

     Nous voilà donc embarqué dans une autre histoire, celle d’une femme, mariée, un boulot qu’elle aime, un meilleur ami avec qui elle partage ses angoisses, lui fait part de ses conseils. Une petite vie tranquille et sans histoires qui bascule imperceptiblement le jour où son meilleur ami, Nicolas (Mouret himself) récemment laissé à l’abandon par une fille qui est partie en Asie, ne va pas bien et pense que son mal-être est dû au manque de sexe qu’il n’arrive guère à concrétiser dès l’instant qu’il ne partage pas un minimum de complicité avec sa partenaire. Judith acceptera donc (non sans hésitation) de venir au secours de son ami, de soigner ses maux pour qu’enfin il s’épanouisse à nouveau. Le baiser va tout changer, car ce baiser qu’ils s’offrent l’un et l’autre, ils n’en ont jamais eu de tels. Puis c’est en faisant l’amour qu’ils découvrent tous deux des sensations nouvelles qu’ils ignoraient complètement.

     C’est toute la beauté et la gravité du film de Mouret, qui montre l’éclosion d’un amour impossible puis la confrontation dans une deuxième partie avec les petits amis respectifs, souvent laissés sur la touche. Ce n’est pas tant le rapprochement en tant que tel qui est réussi (et pourtant il marche, j’y ai cru d’un bout à l’autre) mais la manière qu’a Mouret de le traiter. Avec beaucoup d’humour essentiellement. Il y a une scène savoureuse, irrésistible : les deux amis décident de remettre le couvert en y donnant de la mauvaise volonté de façon à désacraliser l’unicité de leur acte, ils vont donc faire ça par-terre et le moins glamour possible. Malheureusement ça ne marche pas (à cet instant on fait un bref retour à notre rencontre du début, l’homme qui coupe la jeune femme en lui disant qu’il se doutait du non-fonctionnement de leur plan. Plus tard d’ailleurs il la coupera une nouvelle fois, simplement pour lui raconter une histoire de cinq minutes, qui lui est arrivé par le passé, projetée à l’écran de la même manière que le reste, par l’effacement du narrateur derrière son histoire, aussi rapide donc soit-elle) et Judith a un autre plan : Puisqu’ils ont tout fait pour que le plaisir ne refasse pas surface, elle propose de recommencer et tout faire pour qu’ils en éprouvent un maximum, ainsi peut-être que les sensations s’inverseront. Scène hilarante et je pèse mes mots. Bien entendu ça ne marchera pas non plus. Et ce qui devait ressembler au départ à un simple rapport sexuel médicament va se prolonger en relation sexuelle régulière, les deux amis se désirant presque dorénavant à chaque moment de la journée.

     Je ne vais pas raconter la suite du film que l’on pourrait croire plus conventionnelle, chargée, peut-être même trop affectée. Il n’en est rien. Mouret est resté très sobre jusqu’au bout de son film, et les rebondissements se feront encore nombreux, d’autant qu’il a su faire exister les deux autres personnages, jusqu’ici hors-champs à savoir les deux petits amis officiels respectifs. Le projet aboutira alors sur un nouveau baiser, dont on se demande s’il ne va pas encore une fois changer la face du monde. C’est peut-être du vaudeville, mais alors du vaudeville de première classe. Les plans sont allongés, souvent fixes et saisissent chaque personnage avec amour et élégance. Au passage l’interprétation est formidable. C’est à la fois drôle et très émouvant.

Changement d’adresse – Emmanuel Mouret – 2006

Changement d'adresse - Emmanuel Mouret - 2006 dans Emmanuel Mouret change-of-address-changement-d-adresse-1Demain on déménage.    

   6.3   Changement d’adresse est un film très attachant, toujours grâce à son personnage qu’il joue lui-même, ce type maladroit, respectueux, toujours à se poser des milliers de questions, mais tout particulièrement ici grâce à la présence de Frédérique Bel, sublimée en bonne copine curieuse, sorte de miroir du réalisateur/personnage.

     Le film commence par un déménagement, logique. Ou plutôt il commence par une recherche d’appartement. David vient à peine d’accoler sa demande sur la vitrine d’un magasin qu’il est interpellé par une jeune demoiselle qui dit connaître quelqu’un qui recherche un colocataire. En fait, on se doute assez vite qu’il s’agit d’elle dès l’instant qu’elle l’emmène visiter l’appartement, prétextant qu’elle vit momentanément chez son amie, et invente tout un tas de trucs pour ne pas être grillée avant que le garçon en question lui ait fait bon effet. Elle lui avouera rapidement le subterfuge et bientôt il emménagera à ses côtés, dans cet appartement pour le moins étrange, sans vraiment l’être, assez banal en apparence, mais non doté de cloisons entre les pièces, chambres comme salle de bain, qui se retrouve en plein milieu du salon, ce qui n’a jamais été un problème selon elle.

     L’ambiance du film est installée. Bien plus installée encore lorsque David avoue à sa colocataire qu’il joue d’un instrument : le cor. Vient alors toute une série de jeux de mots subtils autour de cet instrument, que le spectateur voit souvent plus comme un corps que comme un cor. C’est très drôle. Le film fonctionnera toujours de cette façon là, c’est la patte Mouret. Il y a un truc vieux burlesque là-dedans hyper savoureux. Souvent par les mots, mais parfois aussi par les gestes. Quand David tombera amoureux d’une jeune femme à qui il donne des leçons de cor, et que Frédérique tombera amoureuse de l’homme à la photocopieuse, leur petit manège s’intensifie, entre conseils et confessions. A tel point que les barrières n’existent plus et ils apprennent à leur insu à vivre comme un couple (il discute avec elle lorsqu’elle prend son bain, ils dorment parfois ensemble, même une fois ils font l’amour, qu’ils oublieront aussitôt, prétextant qu’il ne vont pas culpabiliser d’avoir penser à leurs amours respectifs, j’étais plié) voire comme un vieux couple (dès l’instant qu’ils jouent au Monopoly ou bien qu’elle dit retrouver ses chaussettes au quatre coins de la pièce).

     La venue d’un nouveau personnage, en l’occurrence Dany Brillant ne fait pas partie des moments mémorables du film. Changement d’adresse perd alors un peu de son rythme. La fin est très belle en revanche. Après, je ne peux m’empêcher de me dire, maintenant que j’ai vu Un baiser s’il vous plait, que Mouret est encore meilleur quand il exploite à fond ses personnages. Dommage qu’il laisse ainsi de côté le personnage de Frédérique Bel, on aimerait tant nous aussi l’accompagner à la photocopieuse.


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silencio


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