2.3 Eric Lavaine avait réalisé l’infâme Poltergay avant de « réussir » Incognito. Depuis il y a aussi eu Protéger et servir. Même pas osé l’essayer, celui-là. Bienvenue à bord, énième comédie en mer, genre over fashion ces temps-ci – probablement que le naufrage du Costa Concordia y est pour quelque chose – se présente à la fois comme un film ultra fauché de tout (gags, personnages charismatiques, rythme enlevé inhérent à la comédie, séquences détachées) et dans le même temps très influencé des travaux de Pécas, Lang et Veber essentiellement. Les premiers pour l’écriture indigente, le dernier pour les situations. J’aime le fait que le film ne tente à aucun moment de se poser en étendard d’une certaine façon de faire du comique, à la manière de Bienvenue chez les ch’tis ou de Intouchable. Comme Incognito le film ne raconte pas grand chose, il ne joue pas à devenir le garant d’un fait sociétal, il tente le film burlesque tout en se pliant aux habitudes des comédies actuelles. Il voudrait parfois être La party mais il est davantage La doublure. L’évidence c’est en effet Veber, ou plutôt François Pignon, Franck Dubosc jouant son personnage cousin. Et les sourires que l’on se surprend parfois à offrir proviennent systématiquement de lui. Pathétique au point d’en être touchant. Le temps de quelques gags ci et là, le film est à mon avis assez culotté. Alors évidemment ce n’est pas bien mais, mais, mais c’est loin d’être atroce. Disons que la démarche est tellement vaine et vide, sans surprises, sans fulgurances, qu’elle en devient attachante par d’infimes touches surprenantes, lors de quiproquos ou d’énormes absurdités inattendues. Le film va aussi loin que les promesses qui l’accompagnaient, c’est à dire nulle part et c’est mieux comme ça.
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4.8 Histoire improbable : Avant, Bénabar jouait dans un groupe de musique. Le groupe ne rameutait pas les foules, il s’est dissout et l’un d’eux est mort. Maintenant, Bénabar vit avec Dubosc car il a voulu l’héberger pour une nuit, voilà dix ans de cela et le bougre lui colle aux basques. Un jour, Bénabar trouve un vieux carnet de chansons qui semblent avoir été écrites par son ami du groupe d’antan. Frappé par leur justesse il se lance tout seul dans l’aventure et devient disque d’or grâce à ses textes. Mais voilà – le vrai présent du film est arrivé – Bénabar va tomber sur ce fameux pote dans des escalators d’aéroport. Celui-ci vit en Inde, il n’a donc pas connaissance de la notoriété actuelle de son vieux pote. Quivrin, l’ami, va rester trois jours à Paris. Pour réduire les chances qu’il a de tomber sur une affiche avec lui dessus ou qu’il écoute une de ses chansons à la radio Bénabar décide de l’héberger pour le temps qu’il faut. Première fausse/bonne idée du chanteur qui ne cessera de les cumuler ensuite…
Le sujet fait très cinéma bonne France profonde que l’on pourrait apparenter à du Leconte ou du Veber. Cette obsession de prendre la voie moderne en utilisant la télévision. Dans Mon meilleur ami de Leconte, Boon se rendait à Qui veut gagner des millions avec JP Foucault en personne. Dans Incognito Bénabar se rend au grand journal avec Denisot et Massenet en personne. Cette obsession pour l’histoire unique, improbable et réduite temporellement. Dans La doublure de Veber Gad Elmaleh le chauffeur doit laisser paraître qu’il est l’amant d’une femme de la mode très connue, la réussite ne sera pas longue. Dans Incognito Bénabar a trois jours pour faire en sorte que son ami ne se doute de rien. Il emploie alors les grands moyens comme celui de dire qu’il est hébergé par Dubosc lequel prend la chose très au sérieux et s’en sert comme de son larbin, lui a pris son lit, sa voiture. C’est la première fois que je vois Frank Dubosc supportable. En fait il l’est pour la simple et bonne raison que ce type tellement branleur qu’il en devient insupportable (le contraire d’un Dujardin par exemple) qu’il joue partout habituellement, devient le personnage insupportable ici que l’on arrive à supporter parce qu’il est plutôt marrant et n’a pas conscience de sa connerie. Tout n’est pas drôle ici mais certains moments sont sympathiques tout de même. Le ton est potache mais léger, Lavaine n’utilisant que discrètement son pouvoir de renversement. Rien n’est crédible et pourtant plus le film passe plus on est en mesure d’y croire. Car il ne faut pas lui enlever deux qualités importantes à cette petite comédie populaire : d’une part son rythme sans fausse note, on ne s’ennuie pas une seconde. D’autre part sa capacité à ne jamais se prendre au sérieux. Voilà. Ça ne vaut pas un déplacement ciné mais selon moi c’est nettement mieux, en terme de comédie française populaire comme il s’en fait des caisses par an, que les trucs des cinéastes précédemment cités.
