Archives pour la catégorie Frank Marshall

Arachnophobie (Arachnophobia) – Frank Marshall – 1991

24. Arachnophobie - Arachnophobia - Frank Marshall - 1991Bug me.

    6.5   Premier essai à la réalisation pour Frank Marshall, plus identifié en tant que producteur. C’est ainsi qu’il est référencé sur Wikipedia, d’ailleurs : « Frank Marshall (producteur) ». Il sera notamment celui de Steven Spielberg dès Les aventuriers de l’arche perdue. Et donc cocréateur d’Amblin. Il est par ailleurs marié à l’une des productrices les plus célèbres d’Hollywood, Kathleen Kennedy. Pour moi il restera malgré tout le réalisateur des Survivants, qui retraçait le drame du vol Fuerza Aérea Uruguaya 571 dans La cordillère des Andes. Et aussi celui d’Arachnophobie, que j’avais un peu oublié et que j’ai réhabilité l’an dernier avant de le montrer cette fois à mon fiston, qui me le réclamait depuis un moment.

     En plus d’être co-produit par Amblin Entertainment,  Arachnophobie sera aussi le premier film à sortir sous Hollywood Pictures, une filiale de Disney, à qui l’on devra bientôt La main sur le berceau (Curtis Hanson), Le poids du déshonneur (Barbet Schroeder), Rock (Michael bay) ou encore Sixième sens (M.Night Shyamalan). Bref à l’époque où je découvre ces films, je suis ado et j’en ai strictement rien à carrer de qui les fait, encore moins de leur système de production, mais c’est intéressant de s’y intéresser avec le recul.  Plus troublant : en le revoyant, je me disais que l’ouverture du film semblait citer le début de Jurassic park, avec son expédition dans la jungle vénézuélienne, mais le Spielberg n’était pas sorti, encore.

     C’est la même famille, quoiqu’il en soit. Arachnophobie c’est moins Tarentula, de Jack Arnold que Les dents de la mer, version araignées : on y retrouve le(s) monstre(s) abstrait(s) et la phobie du personnage principal. Martin Brody aurait préféré un plus gros bateau, Ross Jennings un meilleur insecticide. On y retrouve aussi la séquence des enfants, mais Marshall n’ira pas si loin que cette mémorable scène du matelas jaune, ni dans la tension imposée, ni dans sa force visuelle, se contentant de l’irruption d’une araignée descendant sur une poupée, avant que les gamines visées ne s’en tirent in-extremis.

     Arachnophobie ressemble davantage au cinéma de l’un des plus grands disciples de Spielberg, Joe Dante, mais une version plus sage, le film jouant sur des inserts comiques (le dératiseur incarné par John Goodman, notamment) pas forcément bien canalisées – la séquence avec le couple de vieux bouffant leurs popcorns devant La roue de la fortune, il y a vraiment une parenté avec le couple Futterman des Gremlins, mais c’est un peu bâclé – et une construction dramaturgique progressive et assez attendue, de la terreur de l’intrusion et de la prolifération. Qu’importe, je m’en satisfais, c’est très efficace et ça fonctionne très bien sur moi. D’autant que les araignées sont très belles (aussi bien les vrais que les animatroniques) et que c’est toujours un bonheur d’avoir Jeff Daniels dans un film. 

Les survivants (Alive) – Frank Marshall – 1993

12. Les survivants - Alive - Frank Marshall - 1993L’arène déneige.

   8.0   Encore un film catastrophe que je regardais beaucoup, beaucoup quand j’étais gamin. Un film catastrophe doublé d’un survival groupé. Un peu comme dans L’aventure du Poséidon, dont il n’est pas utile que je vous rappelle l’amour infini que je lui voue. Point de tsunami ni de paquebot renversé ici mais un antagoniste multi-facette : Le froid, la neige, la faim et l’altitude.

     Je ne l’avais pas vu depuis au moins vingt ans donc je craignais la douche froide. Ravi de constater que j’aime toujours énormément. J’avais oublié que c’était tiré d’une histoire vraie. Il s’agit en effet de l’adaptation du roman éponyme de Piers Paul Read, qui raconte l’accident du Vol 571 Fuerza Aerea Uruguaya, survenu dans la Cordillères des Andes, le vendredi 13 octobre 1972.

     Après quelques recherches approfondies, j’ai réalisé que le film était hyper fidèle, jusqu’aux noms des personnages, leur façon de mourir, le nombre de jours etc… Même si évidemment ce que l’on retient de cette histoire et donc de ce film, ce qui marque en priorité, c’est que ces survivants ont survécu en mangeant les cadavres. Mais le film est bien plus fort que ça : Il sait créer une kyrielle de personnages, des interactions, un lieu, une temporalité. C’est hyper bien fichu.

     En effet, ce qui me frappait à l’époque et qui, je trouve, a plutôt bien vieilli, c’est le ressenti du temps. Le film distribue par instants quelques indications (nombre de journées depuis le crash) mais il n’en abuse pas, surtout, les images suffisent presque : On ressent cette durée, via l’épuisement des uns, la renaissance des autres, ainsi que par les changements de saison. Les séquences « anniversaires » participent à accentuer cette idée que le temps passe.

     Le film réussit par ailleurs à bien développer chacun des personnages. On apprend à connaître chacun d’eux, à les voir dans un travail d’équipe qui n’a rien à voir avec leur travail d’équipe habituel : Ils sont rugbymen. Mais dans cette situation ils ne sont pas plus rugbymen que couturiers. Ils doivent réapprendre à vivre en équipe mais à tâtons. Et on s’attache tellement à eux que chaque départ est une douleur, comme si nous faisions partie de l’équipe, qui se décime au fil des jours.

     Passé l’ouverture très bizarre, que je n’ai jamais comprise – Pourquoi accompagner les photos et la voix d’un passager par un acteur bankable (ici, John Malkovich) prostré sur une chaise ? D’autant qu’on ne le revoit plus, ensuite – le film nous plonge d’emblée dans un avion (à la manière de Lost, quelques années plus tard) sur le point de se crasher. J’ai toujours trouvé cette séquence de crash impressionnante, tant elle parvient à naviguer déjà pleinement d’un passager à l’autre (à l’image de ce que parviendra à faire le film en entier) et techniquement à se sortir de façon fulgurante de cet accident inaugural.

     A propos, j’aime beaucoup son aspect anti-spectaculaire, globalement. Souvent on apprend la mort de l’un d’entre eux, en même temps qu’eux, le matin au réveil. De la même manière, si elle est un peu le cœur du récit, toute la partie « anthropophagie » n’est pas traitée avec les sabots : C’est d’abord une longue dispute – entre ceux qui considèrent qu’il n’y a pas moyen de survivre autrement qu’en mangeant les morts et ceux qui le refusent catégoriquement – qui mène finalement à un essai, qui bientôt se transformera, au point que « manger les morts » fera bientôt partie intégrante de leur quotidien. 

     Aussi je n’avais pas le souvenir que le film fasse tant mention de Dieu et l’assène par des références religieuses aux quatre coins du film et de l’avion. Mais c’est important puisque la quasi-entièreté des passagers est croyante, chrétienne. Il y a des croix partout. Et à l’exception de quelque agnostique, ils prient chaque soir. Et c’est aussi ce qui soudait cette équipe sud-américaine. C’est par ailleurs ce qui accentua la polémique quant à leur façon de s’en tirer, quand bien même ils furent absous de « leur péché » par le Pape.

     Et puis j’ai toujours été marqué par son basculement central, à savoir l’avalanche. Ce moment où tu te dis que si Dieu il y a, quand même, il aurait pu les laisser un poil tranquille. L’avion est enseveli et nombreux sont ceux qui meurent sur le coup ou par étouffement sous la neige. Et l’un d’eux n’est autre qu’Antonio, qui était peut-être notre véritable point de repère depuis le départ. C’est ainsi que Nando (Ethan Hawke) prend le relais – alors qu’il était resté longtemps mal en point – et devient notre boussole. J’ai toujours trouvé ce glissement audacieux.

     Quoiqu’il en soit, c’est un film très angoissant – malgré ses saillies parfois humoristiques – qui tire parti de son huis clos à ciel ouvert, une immensité glacée, d’une blancheur immaculée, entourée de hauts pics rocheux. Bref, plaisir total à revoir et satisfaction d’aimer toujours un film qu’on adorait jadis, ce qui n’est pas systématique, loin s’en faut.


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