Archives pour la catégorie Frédéric Farrucci

Le mohican – Frédéric Farrucci – 2025

12. Le mohican - Frédéric Farrucci - 2025Le dernier des justes.

   6.0   Dans son village corse, Joseph est surnommé « le dernier des mohicans » puisqu’il est l’un des derniers bergers du littoral. Un promoteur convoite son terrain mais Joseph refuse d’abandonner ses terres, ses chèvres, son monde. Lorsque la mafia locale s’en mêle, le berger, bientôt tueur malgré lui, se retrouve pris en chasse, tandis qu’en parallèle, médias et réseaux sociaux s’activent avec ou contre lui.

     Frédéric Farrucci revient sur ses terres natales et change radicalement de décor après le noctambule et très beau La nuit venue, qui se déroulait dans la capitale. Le western rural remplace le western urbain. Le fléau n’est plus le même non plus, l’immobilier véreux supplantant l’ubérisation. Mais la résistance s’incarne encore dans la solitude d’un homme ou dans une solidarité masquée, ainsi que dans une clandestinité étouffante qui rappelle que Joseph, le berger n’est pas si éloigné de Jin, l’immigré chauffeur VTC du film précédent.

     Il faut noter que Farrucci avait déjà tourné un documentaire consacré à un berger du littoral sud de la Corse, qui refusait de céder aux pressions immobilières. Dans le documentaire comme dans la fiction, il s’agit d’une guerre déséquilibrée, dans un nouveau monde où la seule possible marque de contestation se loge dans un hashtag sur internet.

     Alexis Manenti (qu’on avait découvert dans Les misérables, de Ladj Ly) y est très bon dans le rôle du berger en cavale, mais pas seulement lui, tant le reste du casting, qu’ils s’agissent d’acteurs amateurs (du vétérinaire aux bergers) ou non, sont tout aussi excellents.

     Le film impressionne aussi dans sa volonté à la fois de ne pas céder aux sirènes de la carte postale tout en y préservant cette dimension ultra touristique, qu’on retrouve brièvement dans un embouteillage ou de façon plus frontale dans une grande scène du film, une course poursuite qui passe par une plage bondée.

     Après je crois que Farrucci ne croit encore pas suffisamment en sa mise en scène, pourtant idéale quand il s’agit de faire grimper la tension. Trop de temps morts, de plans de transitions, de plans de paysages un peu figés qui brisent sa belle cadence. On sent que l’inspiration première c’est Essential Killing, mais n’est pas Skolimowski qui veut.

La nuit venue – Frédéric Farrucci – 2020

07. La nuit venue - Frédéric Farrucci - 2020La nuit du carrefour.

   7.0   Voici un très beau premier film, qui compense sa narration vaporeuse de premier long métrage par un bel appétit formel, captant un merveilleux Paris nocturne, tout en utilisant très judicieusement la musique électro de Rone. Un film stylisé, aérien, dont on retiendra entre autres ces belles virées sur le boulevard périphérique.  

     C’est l’histoire d’une rencontre entre deux êtres au bord du gouffre. Lui c’est Jin, ancien DJ (chez lui, en Chine) immigré en France, devenu chauffeur VTC de nuit pour un garage mafieux dont il semble s’être endetté depuis qu’ils lui ont servi de passeur. Elle c’est Naomi, strip-teaseuse dans un nightclub miteux. Il rêve de composer sa propre musique, elle rêve de rejoindre Marseille.

     Leur rencontre – impromptue – est ce que le film capte de plus beau, doux, intense, flottant. Une somme de parenthèses qui semblent affranchies du réel. Dans le taxi, pendant un concert puis chez elle. Ça pourrait durer des heures, c’est superbe, on a presque la sensation d’être chez Hou Hsiao Hsien. Guang Huo & Camelia Jordana, sont tous deux irradiants de beauté.

     Mais le film est suspendu entre deux pôles, c’est une sorte de Drive à Belleville, une étincelle d’espoir dans un monde prisonnier de l’ubérisation et de l’exploitation des corps. Et c’est ce Paris-là qui intéresse Farrucci, celui des immigrés clandestins et des receleurs, on navigue dans la communauté chinoise, on s’immisce dans le quartier ivoirien et on entame les courses sous des ponts à côté des tentes de migrants.

     Et le film capte bien cela, cet aspect très brut, naturaliste, noctambule et interlope, tout en restant aussi un vrai produit détaché, un pur film d’ambiance, engourdi, musical, un peu à l’image de son personnage, qui passe son temps libre dans les Cybercafé pour mixer ses compos. C’est un beau polar de la nuit, qui vise la lumière mais qui sait le prix qu’elle coute.


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silencio


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