Le dernier des justes.
6.0 Dans son village corse, Joseph est surnommé « le dernier des mohicans » puisqu’il est l’un des derniers bergers du littoral. Un promoteur convoite son terrain mais Joseph refuse d’abandonner ses terres, ses chèvres, son monde. Lorsque la mafia locale s’en mêle, le berger, bientôt tueur malgré lui, se retrouve pris en chasse, tandis qu’en parallèle, médias et réseaux sociaux s’activent avec ou contre lui.
Frédéric Farrucci revient sur ses terres natales et change radicalement de décor après le noctambule et très beau La nuit venue, qui se déroulait dans la capitale. Le western rural remplace le western urbain. Le fléau n’est plus le même non plus, l’immobilier véreux supplantant l’ubérisation. Mais la résistance s’incarne encore dans la solitude d’un homme ou dans une solidarité masquée, ainsi que dans une clandestinité étouffante qui rappelle que Joseph, le berger n’est pas si éloigné de Jin, l’immigré chauffeur VTC du film précédent.
Il faut noter que Farrucci avait déjà tourné un documentaire consacré à un berger du littoral sud de la Corse, qui refusait de céder aux pressions immobilières. Dans le documentaire comme dans la fiction, il s’agit d’une guerre déséquilibrée, dans un nouveau monde où la seule possible marque de contestation se loge dans un hashtag sur internet.
Alexis Manenti (qu’on avait découvert dans Les misérables, de Ladj Ly) y est très bon dans le rôle du berger en cavale, mais pas seulement lui, tant le reste du casting, qu’ils s’agissent d’acteurs amateurs (du vétérinaire aux bergers) ou non, sont tout aussi excellents.
Le film impressionne aussi dans sa volonté à la fois de ne pas céder aux sirènes de la carte postale tout en y préservant cette dimension ultra touristique, qu’on retrouve brièvement dans un embouteillage ou de façon plus frontale dans une grande scène du film, une course poursuite qui passe par une plage bondée.
Après je crois que Farrucci ne croit encore pas suffisamment en sa mise en scène, pourtant idéale quand il s’agit de faire grimper la tension. Trop de temps morts, de plans de transitions, de plans de paysages un peu figés qui brisent sa belle cadence. On sent que l’inspiration première c’est Essential Killing, mais n’est pas Skolimowski qui veut.
