Archives pour la catégorie Frederic Mermoud

L’escalier – Frédéric Mermoud – 2003

17. L'escalier - Frédéric Mermoud - 2003L’amour à quinze ans.

   6.0   Il y a seize ans j’étais allé voir Complices (avec Emmanuelle Devos et Gilbert Melki) en salle, le premier long métrage de Frédéric Mermoud. C’était très bien. J’avais hâte de voir ce qu’il avait sous le pied. Mermoud a par la suite réalisé quatre des huit épisodes de la première saison (la seule qui compte) Les Revenants, créée par Fabrice Gobert qui réalisait les quatre premiers.

     Plus tard, Mermoud a retrouvé Devos au cinéma avec Moka, assez raté malheureusement. Puis il a réalisé les quatre derniers épisodes de la saison 6 d’Engrenages. Depuis je n’ai plus trop suivi son parcours. Il s’est un peu perdu, je crois, mais je préférerais qu’on me contredise.

     Je restais curieux de jeter un œil à ses galops d’essai, notamment L’escalier – court métrage nommé aux Cesar – avec la lumineuse Nina Meurisse (sublimissime récemment dans Le Ravissement, couronné d’un Cesar pour L’histoire de Souleymane) qui n’a alors pas quinze ans.

     L’escalier se déroule intégralement dans la cage d’escalier d’un immeuble de banlieue. Rachel y fait venir son petit copain Hervé, y discute avec son amie et voisine Béa. On comprend aussi qu’elle est la fille des gardiens et donc elle est parfois de corvée de ménage.

     Tout se déroule ici dans ce lieu de passage qui semble être le refuge de la jeune femme, celui où pour elle tout se passe, tout se projette : il est bientôt question qu’elle fugue un week-end à Honfleur avec son amoureux.

     C’est un beau film avec une belle unité de lieu, que Mermoud tente d’apprivoiser dans toute sa banalité et force mystérieuse, son instabilité et son mouvement, entre le jour et la nuit, au même titre qu’un déchirant premier amour.

Moka – Frédéric Mermoud – 2016

06. Moka - Frédéric Mermoud - 2016Pas de café, merci.

   4.0   Le premier film de Frédéric Mermoud, Complices (2010) était excellent, original, très prometteur. Ensuite Mermoud avait co-realisé la première saison des Revenants avec Fabrice Gobert. Puis plus grand chose sinon ce film, Moka, avec entre autres, Emmanuelle Devos (qui était déjà dans son premier film) et Nathalie Baye. L’histoire d’une mère qui prépare secrètement sa vengeance : elle retrouve et approche le couple responsable de la mort de son fils, qu’ils ont renversé avant de prendre la fuite. Le film est malheureusement complètement engourdi, éteint jusqu’à l’obsession (Une forme qui fait office de Van Sant du pauvre) et plongé vers une résolution en forme de tout ça pour ça, in fine à l’image de ce qui précède. Sans intérêt.

Complices – Frederic Mermoud – 2010

19142964_jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxL’argent.     

   6.5   Ce n’est pas tant la mise en scène qui fait de Complices un film passionnant mais bien sa construction et l’intensité dramatique que dégage chacun de ses acteurs. Il y a deux parties dans Complices. Bien distinctes même si elles se chevauchent en fin de film. D’une part une histoire d’amour de jeunes paumés sous fond de prostitution avec un meurtre à la clé. D’autre part l’enquête de deux flics sur ce meurtre. L’avant et l’après.

     Vincent a 18 ans, vit dans un bungalow et se fait de l’argent en rencontrant des hommes riches sur Internet avec lesquels il organise des rencontres sexuelles moyennant rémunération. Vincent est un junkie. Un junkie du cul. Enfin pas vraiment. Il dira plus tard à sa petite amie qu’il ne prend pas de plaisir, qu’il se retrouve dans une démarche mécanique seulement pour se faire du fric. Voilà deux ans que Vincent fait cela. Seulement un beau jour, en plein cybercafé il rencontre cette jeune fille, Rebecca. Tout se passe relativement bien jusqu’à l’aveu du mensonge. Complices prend un virage sec à cet instant et surprend par les choix de ses protagonistes avec au centre un amour fou, une jalousie progressive et une violence sourde, qui s’apprête à jaillir.

     En parallèle – disons toutes les 5/10 minutes, toutes les 3 ou 4 séquences – il y a une enquête policière. Elle ne se joue pas sur le même niveau temporel car l’on observe deux flics, Melki et Devos, tous deux excellents de retenue, enquêter sur le meurtre d’un garçon, Vincent, retrouvé mort par étranglement en plein Rhône. Si le travail de mise en scène dans la première partie, dans une démarche plus rapide, plus elliptique, convoquait par moment le travail de Larry Clark, dans ce parti pris osé, sa progression un peu folle, on pourrait rapprocher la partie policière d’un travail à la Haneke, beaucoup plus clinique, très épuré. Peut-être que ce sont les longs échanges de ping-pong qui m’y ont fait penser. Evidemment on est très en dessous de ces grands cinéastes, la faute à une volonté de vouloir montrer énormément. On n’en veut pas au cinéaste. Sa réalisation a au moins cette qualité de nous emporter dans une spirale rythmique assez surprenante.

     C’est tout de même un film d’âmes en perdition. Ceux qui n’ont pas encore vécu et vivent en totale insouciance. Ceux qui ont vécu et qui ont peur d’avancer, peur de remuer le passé. Le destin de cette jeune fille n’avait aucune chance de croiser celui de Vincent, pourtant l’amour fou qui les étreignent semble tout emporter sur son passage, même jusque dans cette chambre où nos deux tourtereaux en sont réduits à faire la couple pute pour un bourgeois mal dans son couple qui ne tardera pas à dévoiler son penchant pour le sadomasochisme. Puis celui de cet homme, ce flic, lui aussi complètement paumé, dont la fracture remonte si loin, peut-être au temps où il avait l’âge de Vincent. Et cette femme flic dont la rencontre amoureuse tant recherchée se fait attendre. Il n’y a pas de frontières entre ces deux générations. Ados comme adultes semblent baigner dans une atmosphère sinon malsaine au moins suffisamment glauque, pleine de regrets refoulés, de solitude permanente Un peu comme ces villas perdues au fin fond de la ville qui donnent une apparence bien proprettes avant de révéler la partie invisible, ces corps errent à n’en plus finir, dans un climat parfois doux, parfois drôle avant que les fissures du passé et celles du présent ne viennent tout engloutir.

     Complices a cette faculté à surprendre de part sa construction narrative mais aussi par le jeu habité de ses personnages. Deux histoires qui vont être beaucoup plus liées qu’on ne le pense. Si le film baigne comme cela dans un climat oppressant, parfois glauque, parfois incandescent, il sort en plus une dernière cartouche qui le rend plein d’espérance. Une fin déchirante.


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silencio


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